‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 86 sur 117 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

leurs de conseils \i0len5 et démesurés^ et la raison calme , la tranquille sagesse ne rendent pas leurs oracles au milieu du tumulte , du dés^ ordre et des scènes factieuses. Le danger , sire , est pluâ terrible encore , et jugez de son étendue

Ëar les alarmes qui nous amènent devant vous, ^e grandes révolutions ont eu des causes bien moins éclatantes : plus d^une entreprise fatale aux nations s'est annoncée d'une manière moins sinistre et moins formidable.

» Ne croyez pas ceux qui vous parlent légèrement de la nation , et qui ne savent que vous la représenter selon leurs vues : tantôt insdiente, rebelle, séditieuse^ tantôt soumise, docile au joug, Srompte à courber la tête pour le recevoir. Ces eux tableaux sont également infidèles. Toujours prêts à vous obéir , sire , parce que vous commandez au nom des lois , notre ndélité est sans bornes comme sans atteinte. Prêts à résister à tous les commandemens arbitraires de ceux qui abusent de votre nom, parce qu*ils sont ennemis des lois , notre fidélité même nous ordonne cette résistance , et nous nous honorerons toujours de mériter les reproches que notre fermeté nous attire.

» Sire , nous vous en conjurons au nom de la patrie , au nom de votre bonheur et de votre gloire , renvoyez vos soldats aux postes d'où vos conseillers les ont tirés ; renvoyez cette artillerie destinée à couvrir vos frontières \ renvoyez surtout les troupes étrangères , ces alliés de la nation que nous payons pour nous défendre et non pour troubler nos foyers 5 votre majesté n'en a pas besoin^ et pourquoi un roi, adoré de vingt millions de Français , ferait-il accourir à grands

500 HEMOIKES.

frais autour du trône quelques milliers d^étran* gers ? Sire , au milieu de vos enfans , soyez garde par leur amour. Les députés de la natiou sont appelés à consacrer avec vous les droits éminens de la royauté sur la base immuable de la liberté du peuple ^ mais lorsqu'ils remplissent leur devoir , lorsqu'ils cèdent à la raison , à leurs sentimens , les exposerîez-vous au soupçon de n'avoir cédé qu'à la crainte ? Ah ! l'autorité que tous les cœurs vous défèrent est la seule pure , la seule inébranlable ; elle est le juste retour de vos bienfaits et l'immortel apanage des princes dont vous êtes le modèle. »

Cette harangue insolemment flatteuse , cette menace éloquemment tournée d'un soulèvement général , si le roi , pour la sûreté des bons et l'effroi des méchans , gardait auprès de lui une partie de ses armées , s'il n'abandonnait pas sa ville capitale à tous les excès de la licence et du brigandage, et l'assemblée nationale aux insultes et aux menaces d'une populace ameutée ; cette affectation d'englober des mutins et des vagabonds révoltés dans les éloges d'un bon peuple 5 cet avis arrogant qu'il importait au roi de leur céder , de leur complaire , et la déclaration: formelle que cet empire était le seul qu'il lui fût désormais possible d'exercer , ne firent pas sur l'esprit du roi l'effet qu'on en attendait. A travers ces menaces respectueuses et ces alarmes hypocrites , il vit trop bien qu'il s'agissait d'abandonner ou de maintenir son autorité légitime ; qu'on l'exhortait à se laisser désarmer et lier les mains \ il vit surtout qu'en glissant sur l'article de ses bonnes intentions , on évitait de toucher aux faits qui rendaient justes et nécessaires les précau*-

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