PREMIÈRE PARTIE
La source déplorable de nos désordres est presque toujours dans nos erreurs; et nous ne faisons point de chute, où quelque faux jugement ne nous ait conduits. Aussi la grande différence que met l'Apôlre entre le juste et le pécheur, est que le juste est un enfant de lumière, qui juge de tout par des vues hautes et sublimes , et qui, à la faveur de cette clarté supérieure qui le guide, démêle partout le vrai du faux, perce les dehors trompeurs répandus sur tous les objets qui nous environnent, et ne voit en eux que ce qui s'y trouve en effet : au lieu que le pécheur est un enfant de ténèbres , qui ne juge que par des vues fausses et confuses ; qui ne voit de tout ce qui est autour de lui que la surface et l'écorce ; et qui, loin de porter la lumière sur les ténèbres qui l'environnent, répand ses propres ténèbres sur un reste de clarté (jue lui offrent encore les créatures et les événements au milieu desquels il vit.
Or, mes Frères, on peut marquer trois erreurs principales, d'où naissent cette foule de fausses maximes répandues dans le monde, et qui dérobent presque à tous les hommes les voies de la justice et de la vérité. La première est une erreur d'espérance, qui, formée par la vivacité du premier âge et par le défaut d'expérience inséparable de notre entrée dans
le monde, ouvre à l'imagination, si capable alors de séduction, mille lueurs éloignées de fortune, de gloire, de plaisir , et l'attache à ce monde réprouvé, plus par les charmes qu'elle lui promet, que par ceux qu'on y trouve dans la suite. La seconde est une erreur de surprise, qui ne trouvant pas le cœur encore instruit sur le vide et l'instabilité des choses humaines, sur les caprices du monde et l'amertume des plaisirs, laisse aux premières impressions que fait sur nous le spectacle du monde, le loisir de nous toucher, de nous amollir, de nous entraîner, et profite d'une circonstance où tout ce qui blesse l'âme ne s'efface plus, pour y faire entrer le venin plus avant et la corrompre sans ressource. Enfin, la dernière est une erreur de sécurité, qui nous représente les abus du monde comme des usages ; ses précipices comme des voies droites et sûres; les précautions de la foi comme les faiblesses ou les excès d'une piété mal entendue, et nous fait marcher sans rien craindre dans des sentiers où tous les pas sont presque des chutes. Or, les lumières de la foi découvrirent à Benoît trois vérités principales, qui dissipèrent d'abord l'illusion de ces trois erreurs, et qui encore aujourd'hui condanmeBt le monde ou qui les ignore ou qui les méprise,
11 comprit, premièrement, que tout ce qui passe, et ne doit pas toujours demeurer, n'est pas digne du chrétien né pour l'éternité. II sentit, en second lieu, que tout ce que les créatures peuvent ménager de plaisirs au cœur de l'homme, n'est qu'un peu d'eau jetée
mundum. C'est-à-dire que les lumières de la foi de Benoit condamnent les fausses maximes du monde ; les démarches de la foi de Benoit condamnent les vaines excuses et les prétextes du monde. Voilà tout mou dessein , et le sujet de son éloge , ou pour mieux dire le sujet de votre instruction. Adressonsnous à Marie, en la saluant pleine de grâces. Ave, Maria.