‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 119 sur 141 · SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME SERMON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME SERMON

SERMON POUR LE JOUR DE SAINTE MADELEINE

^ NOTICE

Ce sermon se trouve dans l'édition de Trévoux, au jeudi de la Passion. Nous le donnons ici en note. — Il est plein de sentiments tendres et toucliants, de profondes observations morales ; et le langage en est pur, noble et exquis. Il faut, au surplus, se reporter à la notice de la page 298 de ce volume. Ce discours a dû être prononcé durant le carême de 1704.

ANALYSE

Division. — Madeleine avait aimé le monde d'un amour de goût et de vivacité, qui adoucissait tout ce qu'elle trouvait de pénible dans ses voies; d'un amour de préférence jusqu'à tout sacrifier au monde. Elle aime Jésus-Christ : I. d'un amour tendre et ardent , qui adoucit tout ce qu'elle entreprend de plus amer pour lui; II. d'un amour fort et généreux , qui ne cannait plus rien qu'elle ne lui sacrifie.

Première partie. — Madeleine aime Jésus-Christ d'un amour tendre et ardent, qui adoucit tout ce qu'elle entreprend de plus amer pour lui. La grâce de la conversion imite et suit d'ordinaire le caractère du cœur qu'elle touche ; et la miséricorde de Dieu trouve toujours dans nos passions les moyens mêmes de notre pénitence. Or, voilà ce qui se passe aujourd'hui dans le changement de Madeleine.

1" Le monde avait trouvé en elle un de ces cœurs tendres et faciles, que les premières impressions blessent ; un de ces caractères que tout entraine, et à qui tout devient presque un écueil : et voilà la première disposition que la grâce fait aujourd'hui servir à son salut. Kxcilée par la curiosité, elle vient entendre les paroles de grâce qui sortaient de la bouche du Sauveur, e qui portaient des traits célestes et une onction ineffable dans les cœurs. Ce cœur, si facile pour le monde, ne se défendit pas longtemps contre Jésus-Christ. De nouvelles agitations naissent dans son âme : les idées de la vertu que ce prophète vient donner aux hommes la surprennent et la lui rendent déjà aimable ; les couleurs terribles avec lesquelles il peint le vice l'alarment, et déjà elle se propose des mœurs plus dignes de sa gloire et de son nom. Voilà la première impression de Jésus-Christ sur celte âme ; les mêmes facilités que les attraits des passions avaient trouvées en elle pour le monde, la grâce les trouve pour le salut.

2o Le monde avait trouvé en Madeleine un cœur habile et ingénieux dans le choix des moyens pour arriver à ses Hns. Or, cette malheureuse prudence qui l'avait conduile dans les voies de l'juiquilé, devient une pieuse sagesse dans les démarches de sa pénitence. Elle choisit les circonstances les plus favorables pour toucher Jésus-Christ, et obtenir de lui le pardon de ses fautes. Elle choisit, premièrement, la salle du festin, c'est-à-dire un lieu qui, l'exposant à la risée et à la censure publique, intéressera Jésus-Christ pour elle, et le touchera de pitié. Secomtement, le temps du repas, où les grâces s'accordent plus facilement. Troisièmement, la présence des Pharisiens, parce que Jésus-Christ, pour confondre leur dureté, se plaisait à donner des marques de bonté et de tendresse envers les brebis égarées. Quatrièmement, elle emploie une confusion salutaire, sans chercher de vaines excuses pour adoucir, du moins aux yeux de son Sauveur, l'excès de ses égarements, et se contente de se tenir à ses pieds. Cinquièmement, elle emploie pour le fléchir une humilité profonde : elle répand des parfums précieux ; mais elle ne les répand que sur ses pieds, ne voulant presque pas que le Seigneur s'en aperçoive ; elle ne veut attirer les regards de son libérateur que sur les misères de son âme, et point du tout sur le mérite de ses œuvres. Voilà les saints artifices de l'amour de Madeleine ; elle avait été prudente dans le mal, elle est prudente pour le bien ; au lieu que souvent, habiles dans la recherche des plaisirs et dans la conduite de leurs passions , les femmes du monde ne savent plus par où s'y prendre , quand il faut se déclarer pour Jésus-Christ.

SERMON POUR LE JOUR DE SAINTE MADELEINE. §61

30 Le monde avait trouvé dans Madeleine «n cœur ardent, où les passions ne savaient pas même garder de mesures ; vous allez voir les mêmes traits dans le caractère de son amour pour Jésus-Christ. Premièrement, la promptitude. A peine eut-elle appris que le Sauveur élail entré dans la maison du pharisien, elle y court; elle profite de la première occasion qu'elle trouve de venir se jeler à ses pieds. C'est qu'en effet la promptitude est essentielle à la conversion : la grâce a des moments heureux, que ni le temps, ni les années, ni les mêmes circonstances ne ramènent plus. Secondement, la vivacité. Le monde avait trouvé en elle un de ces caractères extrêmes qui ne se donnent jamais à demi. C'est ainsi qu'elle aime Jésus-Clirist : tout ce que l'iimour a de plus vif et de plus extrême , pour ainsi dire , elle le sent; toutes les marques de la douleur la plus profond* , elle les donne. Les suites ne diminuent rien à cette ardeur; et partout dans l'Evangile elle nous sera représentée comme une amante vive çt fervente. Instruction importante ; car, si l'on n'y prend garde , les conversions les plus vives finissent d'ordinaire par la tiédeur et par le relâchement; et d'un pénitent zélé on devient un tiède chrétien. Troisièmement, l'aveuglement de son amour, si j"ose ainsi m'exprimer. Car, quoique la grâce soit une lumière céleste , il est vrai de dire néanmoins qu'elle aveugle la raison charnelle sur mille difficultés que l'amour-propre oppose d'ordinaire aux premières démarches de la conversion. Aussi Madeleine ne raisonne point sur les difficultés infinies qu'elle pourra rencontrer dans son changement. En effet, les précautions excessives dans un commencement de pénitence, outre qu'elles ne supposent qu'un cœur à demi touché, ne sont jamais heureuses. La grâce, dans ses iiremiers mouvements surtout , a d'heureuses imprudences qui révoltent la sagesse humaine , mais qui consomment l'ouvrage du salut. Ce n'est pas que pour mourir au monde et servir Dieu , il faille renverser toutes les règles de la prudence. La raison est donnée à l'homme pour le conduire ; c'est tenter Dieu , et sortir de l'ordre de la Providence, que de ne pas consulter une lumière qu'il a mise lui-même en nous. Mais il est certain que trop de prévoyance et de circonspection arrête toujours l'ouvrage de la grâce ; et que dans les premières démarches de la grâce surtout , il faut laisser quelque chose à faire à l'esprit qui nous touche , ne vouloir pas tout prévoir soi-même, s'ahandonner à Jésus-Christ sur mille difficultés auxquelles on ne voit pas de ressource , et avoir encore plus de foi et de confiance que de raison.

Deuxième PARTIE. — Madeleine aime Jésus-Christ d'un amour fort et généreux qui ne connaîl 'plus rien qu'elle ne lui sacrifie. Madeleine avait aimé le monde d'un amour de préférence ; elle lui avait sacrifié sa réputation , son repos , ses biens , ses qualités naturelles : c'est ainsi qu'elle aime Jésus-Christ ; et voilà précisément ce que son amour lui sacrifie aujourd'hui.

1° Sa réputation. Elle l'avait d'abord sacrinée au monde : d'abord arrêtée sans doute par la pudeur naturelle à son sexe et par sa naissance , ensuite rassurée contre elle-même par ces maximes insensées que le monde inspire , elle ouvrit son cœur à tout ce qui s'offrit pour le capliver. En vain sa gloire et sa raison rougissent en secret de ses faib'esses, l'ascendant de son caractère avait pris le dessus , et tous les nouveaux objets étaient pour elle de nouvelles passions. Elle a les motifs les plus puissants de retenue , sa naissance, la tache immortelle que ses égarements allaient faire à son sang, l'exemple d'une sœur attachée au devoir, les suites mêmes d'une réputation flétrie dans les personnes de son âge, etc.; mais elle aime le monde , et il n'est plus rien de si cher qu'on ne sacrifie à ce qu'on aime. Maintenant elle aime Jésus-Christ ; et voyez comment elle fait un sacrifice de sa réputation à l'amour qu'elle a pour lui. Elle vient chercher Jésus-Christ dans une maison étrangère où elle n'est ni connue ni priée, et s'avoue pécheresse par celle démarche, sans écouler toutes les réflexions qui pouvaient naître dans son esprit sur son âge, sur son sexe, etc. Elle ne risquait rien , ce semble, d'attendre que Jésus-Christ se fût retiré chez quelqu'un de ses disciples, où elle lui eût exposé en secret le triste état de son âme ; mais le saint amour, comme la passion, ne raisonne pas. Elle ne pense pas à se faire approuver des hommes dans une action où elle va se condamner elle-même; elle traverse les rues de Bétlianie dans un appareil bien difi'érent de celui où elle y avait paru ; elle entre dans la salle du festin avec une sainte impudence ; sa piésence renouvelle dans l'esprit des spectateurs le souvenir de ses excès passés, et elle veut bien en soutenir toute la honte. Chacun cherche dans sa malignité des raisons de son changement; et dans ce déchaînement universel, elle n'est touchée que de ses crimes, et n'est occupée que de son amour. Les discours publics ne l'avaient jamais refroidie dans ses passions; ils ne lui font rien rabattre de sa pénitence. Et en elfet, pourquoi les passions n'ayant point craint la censure publique , la pénitence serait-elle plus timide? Le monde est-il donc un juge plus éclairé et plus à craindre sur les voies de la grâce que sur celles du péché ? On n'est touché de Dieu qu'à demi , tandis qu'on a encore le loisir de se ménager avec les hommes.

20 Son repos. Madeleine avait sacrifié au monde le repos de son cœur, cette paix si chère à l'âme, et la plus sûre source dft nos plaisirs. Car, s'écrie saint Augustin, vous l'avez ordonné, ô mon Dieu, et la chose ne manque jamais d'arriver, que toute âme qui est dans le désordre soit à elle-même son supplice. Il n'est point d'iniquité tranquille ; et le crime est toujours plus pénible que la vertu. Son amour fait encore ici le même sacrifice à Jésus-Christ : elle lui sacrifie, non la paix véritable, mais une certaine paix à laquelle le pécheur renonce véritablement, en renonçant à ses vices, parce que la grâce fait toujours au fond du cœur des séparations douloureuses. Premièrement, elle se fit une grande violence pour éteindre des passions, dont le caractère de son cœur la rendait si capable. Secondement, elle ne se proposa pas une conversion douce et commode, comme tant d'âmes à demi-converties. Or, à son âge, il faut bien prendre sur soi-même pour accoutumer au joug une chair qui frémit au seul nom de tout ce qui peut la contraindre. Madeleine, attachée à la personne du Sauveur, le suit dans ses courses, et partage avec lui tous les travaux de sa vie pénitente. Ajoutez à cela les alarmes qui suivirent son tendre amour pour Jésus-Christ, et tout ce qu'elle craignait de la fureur et de la jalousie des pharisiens contre son divin Maître ; ajoutez à cela le spectacle du Calvaire ; de quel glaive de douleur son âme n'y fût-elle point percée ? C'est ainsi que, renonçant au inonde, Madeleine fil un sacrifice de son corps à Jésus-Christ; et souvent, en se déclarant pour la piété, on y cherche une vie plus douce et plus tranquille ; et on ne sort des voies difficiles du siècle que pour trouver une sainte oisiveté dans le sentier du salut.

3» Ses biens. Mudeleine avait sacrifié ses biens au monde ; car quel usage en fait-on dans une vie toute mondaine ? La passion n'est jamais avare, et tout ce qui peut aider à la satisfaire n'est jamais trop acheté. Ses biens servent aujourd'hui à sa pénitence ; elle répand des parfums précieux sur les pieds du Sauveur ; elle lui ouvre sa maison au retour de ses voyages ; elle le suit dans ses courses pour fournir à ses besoins ; et voilà le modèle de la pénitence des pécheurs. Ils ont semé pour l'iniquité ; il faut qu'ils sèment pour la justice. Cependant, souvent après les excès et les profusions des plaisirs, on prend avec la piété des inclinations dQ, réserve et d'épargne ; et il semble qu'on veut regagner avec Jésus-Christ ce qu'on a perdu pour le monde. ^

40 Les qualités naturelles. Madeleine avait sacrifié au monde tous les dons qu'elle avait reçus de la nature ; elle en fait dans sa pénitence un sacrifice à Jésus-Christ. Sa douleur n'excepte rien, et sa compensation est universelle ; son amour reprend toute les armes de ses passions, et s'en fait autant d'instruments de jusiice. Elle punit le péché par le péché même, et n'imite peint ces personnes qui, dans leur pénitence, veulent encore sauver quelque chose du débris de leurs passions. Or, iMoit y avoir une compensation entre le péché et la pénitence, entre le sacrifice de jusiice et le sacrifice d'iniquité; et puisque l'on n'a pas été un demi-pécheur, on ne doit pas être un demi-pénitent.

Mass. — Tome II. 36

PANÉG\T\I01ÎES.

RemittoDtur ei p«ccau œuUa, quoniam dilexit multum.

Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Luc, m, 47.

L'amour est le principe et le mérite de la pénitence ; et quoique la crainte du Seigneur soit un don de l'Esprit-Saint, il est rare qu'une douleur qui n'aime pas ne soit la nature toute seule qui craint, ou l'amour-propre qui se déguise. Le péché, dit saint Augustin, n'est que le dérèglement de l'amour ; la pénitence doit donc en être l'ordre, puisque son office est de rétablir dans l'état naturel ce que le péché avait renversé. Nous ne sommes coupables devant Dieu que lorsque nous aimons ce qu'il ne faudrait pas aimer, et tous nos vices ne sont que des amours injustes. Nous ne saurions donc être de sincères pénitents qu'en rendant à notre bien véritable un amour que nous lui avions injustement ravi ; autrement la pénitence ne serait ni le remède du péché, ni la réconciliation du pécheur. En un mot, c'est l'amour qui décide de tout l'homme : nous sommes justes, s'il est réglé ; s'il est déréglé, nous sommes pécheurs : et lui seul fait nos vertus comme nos vices.

Ne soyez donc pas surpris, mes Frères, si la pénitence de Madeleine n'est venue jusqu'à nous qu'avec l'éloge de son amour, et si Jésus-Christ ne nous donne point d'autre raison de sa grande miséricorde envers celte pécheresse, si ce n'est qu'elle a beaucoup aimé : Memiltuntur ei peccata multa, quoniam dilexit multùm. On ne nous dit pas que plusieurs péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup

pleuré, parce qu'elle a répandu avec une sainte profusion des parfums précieux sur les pieds du Sauveur, parce qu'elle n'a cessé de les baiser. Pourquoi cela, mes Frères? C'est que les larmes, les saintes largesses, la participation même au corps du Seigneur figurée par le baiser de ses pieds, les pratiques extérieures d'humiliation ne sont que comme le corps de la pénitence, c'est l'amour qui en est Tàme. Et vous pleurez en vain, si ce n'est pas l'amour lui-n)ême qui pleure ; vous répandez en vain vos richesses, si ce n'est pas l'amour qui les répand ; vous donnez en vain le baiser de paix au Sauveur, si ce n'est pas Tamour qui le donne; en un mot, vous ne faites rien, et vous n'êtes rien vous-mêmes, si vous n'aimez pas.

Voulez-vous donc, mes Frères, lorsque vous vous prosternez aux pieds des ministres de l'Eglise, entendre sortir de la bouche du Sauveur cette sentence favorable : Vos péchés vous sont remis ? aimez , dit un Père : Absolvi vis ? ama. Je ne vous dis pas : Changez vos deux yeux en deux fontaines de larmes comme David ; fra|»pez voire poitrine comme le publicain ; déchirez vos vêtements, et couvrezvous de cendre et de cilice, comme le roi de Ninive ; rendez quatre fois autant que vous avez pris, et partagez avec les pauvres ce qui vous reste, comme Zachée ; renoncez à une profession funeste à votre innocence, et quittez la banque , comme Lévi. Mais je vous dis ; Aimez ; l'amour vous apprendra l'art sacré de la pénitence : il ne faut plus de leçons à un cœur que l'amour instruit; et comme il ef-

L'amour est le principe et la matière de la pénitence , et la douleur qui n'aime point du tout, est presque toujours un empressemeut qui rebute , ou un amour-propre qui soulève le pécheur, dit saint Augustin, lui qui doit sa conversion à la force de son amour. 11 faut donc que la pénitence en soit toujours accompagnée , puisque son oflice propre est de relever dans Tordre naturel ce que le péché a renversé. Nous ne sommes coupables devant Uieu que lorsque nous aimons ce que nous ne devons pas aimer, et notre péché ne vient que des désirs injustes que nous formons vers d'autres objets que vers notre Dieu. Nous ne saurions donc être de sincères pénileuls qu'en lui rendant l'amour que nous lui avions injustement ravi par notre péché ; sans cela nous ne pouvons ni expier l'injustice du péché , ni obtenir la réconciliation du pécheur. Eu un mot nous sommes justes, si notre amour est bien réglé, et' nous sommes péclieurs s'il est déréglé ; et c'est sur cet amour que nous devons mesurer nos vices comme nos vertus.

Ne soyons donc point surpris, mes Frètes, si Madeleine, après tant d'égarements , ne revient à la pénitence que par son amour. l'Evangile ne nous fait point remarquer d'autre cause de rémission de ses fautes, et Jésus-Christ ne donne point d'autre éloge à cette femme pénitente, sinon qu'elle a beaucoup aimé : Dilexit multum. Il ne dit pas que beaucoup de

péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup pleuré, parce qu'elle a répandu avec profusion des parfums précieux sur ses pieds dans la salle du fesiin, qu'elle les essuyait de ses cheveux, et qu'elle ne cessait de les baiser. Pourquoi cela? C'est que les larmes et toutes les autres circonstances de la conversion de cette femme ne sont que des pratiques extérieures de la pénitence, c'est l'amour qui en est l'àrae. Vous répandez en vain des larmes sur les pieds de Jésus-Christ, si ce n'est l'amour qui vous les fait répandre; en vain lui offrez-vous vos biens et vos largesses, si ce n'est l'amour qui vous Ks fait distribuer; eu vain donnez-vous sans cesse le baiser à Jésus-Christ dans la sainte communion , si l'amour n'en est le guide et le principe; en vain mortiliez-vous vos sens, captivez- vous votre esprit , crucifiez-vous votre chair, si vous n'avez cet amour qui seul met le prfx à lonles vos actions.

Voulez- vous donc, dans ces saints jours de pénitence, prosternés aux pieds oes ministres des autels, entendre sortir de la bouche du Sauveur : Vus péchés sont remis? Je ne vous dis point : Baignez vos yeux de larmes comme David ; frappez votre poitrine coiiiiiie le publicain; déchirez vos vêtements, et vous couvrez de cendre et de cilice comme le roi de Ninive; donnez quatre fois autant que vous avez pris comme Zachée ; renoncez à votre commerce et quittez la banque comme Lévi. Non, ce

SERMON POUR LE JOUR DE SAINTE MADELEINE

face tous les vices, il apprend aussi toutes les "vertus.

Voilà les instructions que nous donne l'illustre pénitente, dont l'Eglise rappelle aujourd'hui la conversion. Comme elle avait beaucoup aimé le monde, elle aime beaucoup Jésus-(^hrist; et l'excès de ses passions devient le modèle de sa pénitence. Or, elle avait aimé le monde d'un amour de goût et de vivacité, qui adoucissait tout ce qu'elle trouvait de pénible dans ses voies ; d'un amour de préférence jusqu'à tout sacrifier au monde : c'est ainsi qu'elle aime Jésus-Christ. C'est un amour tendre et ardent, qui adoucit tout ce qu'elle entreprend de plus amer pour lui : c'est ma première réflexion ; un amour fort et généreux qui ne connaît plus rien qu'elle ne lui sacrifie : c'est ma seconde réflexion. Voilà , mes Frères, toute l'histoire de sa conversion et tout le sujet de cette instruction. Ave , Maria.

Page 1