‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 129 sur 141 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

11 est vrai que le monde, toujours injuste estimateur de la vertu, la regarde comme le partage des âmes faibles. Il sépare toujours le héros et le saint. 11 se persuade que la grandeur du prince est incompatible avec la sainteté du chrétien ; et il semble que les hommes ne peuvent jamais être grands et saiuts. tout à la fois. Ou s'imagine qu'on ne peut être saint que par la pauvreté et l'anéantissement. On croit que la religion a attaché à la condition des saints un certain fonds de pénitence, qui doit toujours èlre accompagné d'une médiocrité de fortune et d'une obscurité de naissance ; qu'on ne doit chercher la saiiitelé que parmi des qualités obscures, et dans un état pauvre et humiliant ; que les saints n'ont point d'autre gloire à espéier que celle d'être saints : et pour s'étourdir sur des vices qu'on ne veut pas quitter, on est presque disposé à faire un déshonneur de la vertu ; on se représente la piété comme l'ell'ort le plus grand d'une condition médiocre engagée dans le monde ; mais une âme chrétienne, animée des sentiments de la foi, n'a pas ces indignes sentiments ; elle ne croit pas entreprendre rien aujourd'hui au-dessOus d'elle-même ni de l'élévation de son rang, en embrassant la vertu, persuadée que c'est régner avec Jésus-Christ, que de l'imiter dans la pratique de ses vertus.

Ce fut pour convaincre le monde de cette importante vérilé que le Seigneur donna autrefois à la France un prince dont les exemples sont pour nous autant de salutaires instructions. La piété et les bons exemples d'une mère sainte tournèrent, dès l'enfance de Loir'^. son père du côté de la dévotion et de la vertu ; et c'en fut assez pour l'engager à confier son royaume et son enfant à la garde de la reine, pour aller combattre les

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suadée qu'en formant les mœnrs du souverain, elle formait, pour ainsi dire, les mœurs publiqui s, et que le bonheur de la monarchie était attaché au caractère de celui que Dieu avait destiné à la gouverner; elle n'oublia rien pour jeter dans son âme ces premières semences de magnanimité et de vertu , qui produisirent dans la suite des fruits si saints et si éclatants, Peu contente d'avoir assemblé auprès de lui tout ce que la France avait de plus pieux et de plus habile, elle-même voulut avoir la principale part à ce grand ouvrage. Mêlant sans cesse les leçons de la foi à celles de la royauté ; tantôt formant le chrétien , tantôt instruisant le prince, elle lui apprit à ne jamais séparer ces deux devoirs, et à regarder comme opposé aux véritables intérêts de sa gloire et de sa couronne tout ce qui serait contraire à la loi de Dieu.

Des attentions si religieuses trouvèrent des censeurs dans le monde ; — car il faut s'attendre à ses censures, quand on ne veut pas suivre ses exemples. — On publia que la jeunesse des rois devait avoir de plus nobles amusements que des pratiques journalières de piété; que, sous prétexte de préserver son innocence, on amollissait son courage; qu'il fallait laisser plus de carrière à des penchants, qui, dans la suite, ne trouvant plus de frein dans l'autorité souveraine, iraient d'autant plus loin qu'on aurait plus voulu les contraindre ; et qu'enfin une vertu si rigoureuse et si exacte pouvait former de bons solitaires , mais qu'elle n'avait jamais formé de grands princes.

Le langage du monde ne change point, mes

Frères ; vous le voyez ; ainsi justifîe-t-on tous les jours les abus des éducations profanes. Ce n'est pas qu'on ne recommande à ceux qui y président, d'imprimer de bonne heure aux enfants qu'on leur confie , les maximes de la vertu et de la sagesse ; mais ce sont les seules impressions qu'on craint toujours qui ne soient poussées trop loin. L'amour de la gloire, le désir de parvenir^ l'art de plaire sont les plus sérieuses et les plus importantes leçons qui cultivent la jeunesse de ceux que leur naissance destine à de grandes places. On aime à voir briller dans cet âge tendre les premières lueurs de toutts ces dangereuses passions. Les ébauches naissantes des grands vices, on les appelle de grandes espérances. On regarde les inclinations heureuses et tranquilles d'un naturel tourné à la vertu comme des présages moins favorables ; on craint tout d'une enfance moins docile aux leçons de la vanité; on y réveille par mille artifices les passions que la nature môme semblait avoir assoupies; et souvent Dieu permet que ces impressions étrangères prévalent, et que ceux pour qui on avait craint un excès de sagesse et de vertu, deviennent trop licencieux pour le monde même.

La mère pieuse de Louis n'écouta les censures du monde sur l'éducation du jeune roi, que pour se féliciter de les avoir méritées; on est sûr d'être dans la bonne voie , dès qu'on a choisi celle que le monde condamne. Aussi, instruit de bonne heure dans la foi et dans la piété, Louis porta sur le trône , outre l'innocence du premier âge , la grâce de l'onction sainte qui venait de le marquer du caractère

hérétiques, et détrnire une erreur qui dans peu avait infecté toute l'Europe. Au milieu des soins d'une régeuce difficile, la reine ne trouva point d'affaire qui demandât plus de vigilance que l'éducation du jeune roi son lils. Peu contente d'avoir assemblé auprès de lui ce qu'il y avait d'hommes plus capables et plus vertueux; e le voulut ulle-niènie s'appliquer à sou éducation et le rendre parfait, soit pour la religion, soit pour le monde. Tantôt formant le chrétien par ses exemples, et taulôt instruisant le prince par ses teçoui>, elle lui apprit à ne jamais séparer ces deux devoirs es>enliels, à toujours travailler aux inlérëls de sa couronne quand il ne s'y trouverait rien de contraire aux intérêts rie Dieu, et de veiller toujours aux intérêts de son Uieu, quand même il s'agirait des intciéls de sa couronne. Développons ces deux belles leçons, et lâchons d'en proliter.

Loin d'»ppiaiidir dans le monde à cette première leçon que le jeune prince tuetlait si bien en pratique, on la censurait au contraire en public. On disait que la jeunesse d'un roi qui se passait à pralii|uer ces vertus, et surtout la charité envers les pauvres, devait avoir de plus nobles amusements que des pratiques de piété, et qu'une vertu si fervente pouvait bien former do grands solitaires miis jamais de grands princes.

Ce langage du monde ne cbsnge point, mes Frères. C'est

ainsi que vous le voyez condamner les premiers principes de piété que quelques parents vertueux donnent à leurs enfants, et justilier des éducations tout à fait profanes, sous prétexte qu'on les destine pour des places ou des emplois éclatants dans le siècle L'art de plaire et de briller, de feindre et de dissimuler, sont les premières leçons que les parents fout donner à leurs enfants, et l,uc le inonde juslilie toujours en eux, sous prétexte qu'ils sont de qualité, qu'ils doivent vivre dans le monde, et qu'ils auront un jour de grands postes à occuper. Un aime à voir briller dans les enfants de grands vices, pour les disposer à de grandes espérances. On attend tout d'un enfant, pourvu qu'il soit formé pour le monde ; on aime mieux leur apprendre la science du siècle que la pratique de la vertu; on y remarque aussi dans ces enfants, élevés de la sorte, que partout oîi ils vont, ils portent avec eux l'artifice qu'on leur a appris, qu'ils se gouvernent par la passion qu'on leur a inspirée, qu'ils font gloire des péchés qu'on leur a appris à commetln;, que la veitu dans les postes qu'ils occupent leur parait t cp farouche, jiour s'accorder avec la science qu'on It'ur a recommandée dans le monde.

Instruit par la pieuse reine sa mère, le jeune Louis porta jusque sur le trône toute l'onction de la giàce qu'il en avait

SERMON POUR LE JOUR DE SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE

auguste de la royauté et l'établir successeur du grand Clovis. Un règne , commencé avec celte grâce qui consacre les rois et les fait régner saintement, ne pouvait qu'être saint et glorieux. C'est la manière d'entrer dans les dignités , qui d'ordinaire en sanctifie ou en dérègle Tubage. Dieu préside toujours au règne des souverains que sa grâce elle-même a placés sur le trône ; il devient alors luimême le protecteur du roi et du peuple; et s'il permet des événements fâcheux, il en sait tirer de nouveaux avantages et pour le souverain et pour les sujets. Ainsi , ne croyez pas que la piété du saint roi aille diminuer quelque chose de la gloire de son règne. Un roi n'est établi de Dieu sur les peuples que pour les défendre et les protéger dans la guerre, ou pour les rendre heureux durant la paix ; c'est par là que les rois vantés dans l'histoire ont mérité que la postérité les démêlât de la foule de leurs ancêtres. Or, jamais l'amour de la gloire ne poussa si loin dans les autres princes les vertus pacifiques et militaires que la foi dans le saint roi dont nous honorons la mémoire. Persuadé que le trône n'était pas le siège de la mollesse, de l'orgueil et de la volupté, mais un tribunal de justice, de religion et de vigilance , il regarda son royaume comme sa famille , et comprit qu'il n'était souverain de ses sujets que pour en être le père.

Et ici , mes Frères , représentez-vous le détail immense des soins de la royauté, et un prince qui veut suffire à tous , et à qui tous

reçue. La Providence , qui le djstine au gouvernement d'un grand royaume, veut l'installer et établir s-on règne sur les fondements solides de la sainteté, et en faire un modèle de piété, en même temps qu'il en fait l'héritier du grand Clovis. C'est la manière d'entrer dans les dignités et les emplois, qui d'ordinaire ou en sanctifie les moyens, ou en règle l'usage. Et ne croyez pas, mes Frères, que le roi que nous honorons aille diminuer par la force de sa piété la gloire de son règne ; il sait trop bien qu'un prince n'est mis à la tête des peuples que pour les défendre dans la guerre par tous les secours de l'art militaire, et pour les conduire dans la paix par les sages lois de la jus'ice et de l'équité. C'est ce qu'on lui avait appris de bonne heure, et ce qu'il pratiqua soi,.neiisement, comme ou le voit dans les histoires de sa vie, où il est manqué que jamais prince ne porta si loin l'amour de la gloire d'un royaume, et que personne ne se servit plus à propi s de l'art militaire que le saint roi dont nous parlons. Ln elfet, persuadé qu'un trône n'est pas un lieu de licence, mais de vigilance ; et qu'un sceptre n'est pas un litre qui autorise le relâchement et !a mollesse mais qui demande de grands soins et une continuelle application, il regarda son royaume comme sa famille, ses peuples comme ses enfants, et compiit que si la Providence l'avait élevé au-dessus de ses sujets, ce n'était que pour en être le protecteur et le père.

Ici mes Frères, représentez-vous les travaux immenses du

peuvent à peine suffire, abolissant les abus, rétablissant la décence et l'autorité des lois; tirant les dijinités publiques de l'avilissement où les choix injustes les avaient laissées; ne laissant jamais les talents et le mérite ou inutiles ou malheureux ; jaloux des droits de sa couronne, plus jaloux encore des intérêts de Dieu; soutenant la majesté et les prérogatives du trône, sans rien perdre de l'amour de ses peuples; toujours prêt à écouter les plaintes ou à consoler les mi?ères ; voulant être instruit de tout pour remédier à tout; ne cherchant pas dans un abord inaccessible le secret d'ignorer les maux publics, de peur d'être obligé de les soulager; convaincu que l'affliction est un titre qui donne droit d'aborder un bon prince, et qu'il n'est point de malheureux dont les plaintes ne méritent du moins d'être écoutées ; en un mot, cher à son peuple par sa bonté , redoutable au vice par son équité, précieux à l'Eglise par sa religion, et persuadé que la souveraineté n'est plus qu'une tyrannie dès qu'elle n'est utile qu'à celui qui règne , dès que les peuples ne vivent que pour le prince, et que le prince ne vit que pourlui seul. Maximes saintes, soyez à jamais gravées autour du diadème et dans le cœur de ses augustes descendants !

En effet, mes Frères, la bonté est la première vertu des rois. C'est elle, dit un grand roi lui-même*, qui est la force et le soutien de leur trône; ils ne sont puissants que pour

* Et roboratur clementia tlironus ejus. Prov., xx, 28.

saint roi Louis, qui veut suffire à tout, et qui veut prendre connaissance de tout pour y mettre ou y entretenir le bon ordre ; qui, voulant rétablir les lois presque détruites, ne laisse régner la licence en aucun endroit de son royaume ; toujours jaloux des droits de sa couronne, plus jaloux encore des intérêts de son Dieu ; toujours prêt à écouler le peuple pour l'assister de ses ctmseils ou le soulager dans sa misère ; voulant être instruit de tout, pour remédier à tout ; ne voulant pas qu'on lui cache les besoins de ses sujets, de peur d'être obligé de les secourir ; ne refusant pas l'oreille aux plaintes des opprimés, de peur de les défendre ; persuadé que la pauvrelé, que l'affliction sont de grandes marques de prédestiriation pour ceux à qui Dieu les envoie, et qu'il n'est point de pauvre, d'affligé, qui ne mérite d'être écouté des plus grands de la terre ; enfin, que c'est à un roi à donner toutes sortes de secours k ses peuples, quand il s'agit de leur faciliter la pratique de leur sainte religion ; et il n'est pei sonne dans son royaume qui ait recours k lui, ou besoin de lui, qu'il ne protège, et sur qui il n'élende l'immensité de ses bienfaits.

Mais voici de nouveaux traits de sa gloire : la bonté est la première vertu des rois. C'est elle qui soutient leur trône ; ils ne régnent heureux qu'autant qu'ils se font aimer de leurs sujets. Saint Louis, élevé dans ces sentiments, instruit de ces maximes, et ayant appris dans les saintes Écritures que les rois des nations aiment à dominer sur les peuples par la puis-

PANÉ(iYftIQMES.

être bienfaisants ; ils ne régnent proprement qu'autant qu'ils sont aimés; c'est la naissance qui leur donne les royaumes; mais c'est Tamour qui leur forme des sujets. Elevé dans ces maximes, et d'ailleurs ayant afipris dans l'Evanjiile que les rois des nations ne cherchent qu'à dominer sur leurs peup'es, mais que les rois chrétiens ne doivent s'appliquer qu'i^ les rendre heureux, ce fut là aussi la principale occupation de Louis. Sous les règnes précédents, et durant les troubles inséparables d'une longue minorité, la France presque épuisée avait éprouvé ces temps difficiles, où le salut des peuples rend la dureté des charges publiques nécessaire, et où pour les défendre il faut presque les accabler. Le saint roi leur rendit avec la tranquillité )a joie et l'abondance ; les familles virent renaître ces siècles heureux (ju'elles avaient tant regrettés; les villes reprirent leur premier éclat; les arts facilités par les largesses du prince attirèrent chez nous les richesses des étrangers ; le royaume, déjà si abondant de son propre fonds, se vit encore enrichi de l'abondance de nos voisins. Les Français vivaient heureux ; et sous un si bon roi , tout ce qu'ils pouvaient souhaiter à leurs enfants, c'était un successeur qui lui fût semblable.

Mais peu content d'être attentif a^rx besoins des particuliers, Louis redoubla son attention pour remédier aux misères publiques, et môme pour les prévenir. C'est le privilège et en même temps le devoir des grands, de i)réparer nonseulement à leur siècle, mais aux siècles à venir, des secours publics aux misères publiques. Notre saint roi connut ce devoir, et jamais prince ne fit plus d'usage d'un si heureux pri vilége. Quede maisons saintes dotées ! que delieux de miséricorde élevés i»ar ses libéralités! que d'établissements utiles entrepris par ses soins!

Il n'est point de genre de misère à laquelle ce pieux roi n'ait laissé pour tous les âges suivants une ressource publique. Ville heureuse, qui le vîtes autrefois régner, au milieu de vos murs s'élèvent encore et subsisteront toujours des édiiices sacrés , les fruits immortels de sa charité et de son amour pour son peuple. Mais l'enceinte de cette capitale ne renferma pas tous les soins bienfaisants de sa magnificence et de sa piété. Obligé souvent de visiter ses provinces et de se montrer à ses sujets les plus éloignés, il laissa partout des monuments durables de sa miséricorde et de sa bonté; et encore aujourd'hui on ne marque ses voyages dans les divers endroits du royaume, que comme autrefois les Juifs marquaient ceux des patriarches dans la Palestine, c'est-à-dire par les lieux de religion, qu'il éleva à la gloire du Dieu de ses pères. Ses trésors pouvaient à peine suffire à ses pieuses largesses; et comme on lui remontrait, dit l'ancien historien de sa vie, que ces dons excessifs épuisaient l'épargne, et pouvaient nuire à des besoins plus pressants : «11 vaut mieux ré|iuiser, répondail-il, pour soulager les pauvres dont je suis le père , et que Dieu m'ordonne de secourir, que pour fournir à des profusions et à de vaines magnificences que la royauté semble permettre , mais que la loi de Dieu me défend ». Aussi il prenait même sur ses i)ropies besoins les fonds destinés aux malheureux ; et tout roi qu'il était, il se crojait les dépenses les moins superflues interdites , taudis qu'il lui restait encore des misères à soulager.

Quel exemple, ô mon Dieu, |)Our confondre un jour les excuses barbares que le rang et la naissance opposent au devoir de la miséricorde! Eh! quoi, mes Frères, tandis que la magnificence et les plaisirs publics de cette

sance, mais que les saints rois oe doivent penser qu'à les rendre heureux, ne songe qu'à trouver les nmyj'iis de Icurpiocurer ce buntieur. Fendaut une loigue muiunté, la t'raiice, presque épuisée, avait vu ces temp^ inallicureux où la guerre rend les grandes dé^ieuses nécessaires, et où puur conserver les peuples daus la tranqudiilé, il laut presque les accabler. Lis Français virent levivre ces temps heureux qu'on avait tant regruiiés;les ans facilités par les suius du prince attirëicnt dans le royaume les richesses des étiangeis. <e fond sévit encore enrichi et augoieulé de l'abondance de nos voisins. La France était contente du règne d'un tel prince, et tout ce qu'elle pouvait souhaiter, c'éiail d'avoir pour successeuis des enfants qui lui ressemblassent.

Ses biens étaient devenus entre ses mains la substance des pauvres; mais son palais ne fut pas moius l'asile des malheureux qui se voyaieul déchus de leur état et de leur fortune.

Ville heureuse, qui le vîtes autrefois appliqué avec tant de soin à découvrir vos misères, pour les soulager par des secours proportionnés à la grandeur de vos maux, dites-nous quels furent les épanchemeiits de sa miséricorde. Mais l'enceinte de la capitale du royauinc ne renrerma pas toute l'étendue de son zélé et de sa chante. Obligé de quitter son peuple puur aller le défendre convie ses euneiiu , il la^sa toujours pour leurs besoins propres le fond et la matière de ses miséricordes; et aujourd'hui nous ne remarquons sou règne, que comme les juifs remarquaient aulielois l'empiie de leur grand patriarche, c'està-dire qu'il n'était riche que pour les autres, et qu'il ne faisait des éfiargnes que pour le souidgement de son peuple. Aussi conimande-til à de sages m.uislres, préposés pour le soin de son peuple, qu'ils ne le laissent manquer de ncii pendant son absence. Un lui représente que son épargne est épuisée, et qu'il n'aura pas de quoi soutenir ses projets:» Ah! il vaut

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ville superbe y attirent de toutes parts les étrangers; que la pompe lascive des théâtres et des spectacles surpasse presque celle des siècles païens; que l'orgueil des édifices et l'excès bizarre des ameublements n'a plus de bornes; que la fureur du jeu a eu besoin même du frein de l'autorité souveraine; que le luxe, croissant tous les jours, commence à devenir un usage onéreux et insoutenable au monde même qui l'a inventé; que c'est d'ici qu'il se répand dans toute l'Europe; et que nos voisins viennent en chercher chez nous le modèle; en un mot, tandis qu'il n'est point de profusions dont cette ville somptueuse ne donne l'exemple aux autres peuples, les misères publiques y seront négligées; les maisons communes de miséricorde, que les villes païennes elles-mêmes entretenaient avec tant de soin et de magnificence, tomberaient faute de secours au milieu de la nôtre; Its pauvres manqueraient de ressource publique et particulière; le zèle des gens de bien ne serait plus secondé; les œuvres les plus utiles seraient délaissées; et les larmes de tant d'infortunés qui y venaient chercher un asile, l'y chercheront en vain, et ne trouveront plus de main charitable qui les essuie? Dieu vous jugera, mes Frères ; et devant ^ son tribunal terrible vos richesses s'élèveront contre vous, et se plaindront que vous les avtz fait servira lavanitéetà la'volupté, elles qui étaient destinées à glorifier, par des usages miséricordieux, le souverain dispensateur qui vous les avait confiées.

* Dans, 1765.

Ainsi la piété et l'humanité du saint roi faisait la félicité de son peuple. Accessible à tous, il ne disputait pas même au dernier de ses sujets le plaisir de voir son souverain. Leur montrant toujours un visage riant, tempérant par l'alfabilité, la majesté du trône, jetant, comme Moïse, un voile de douceur et de tempérament sur l'éclat de sa personne et de sa dignité , pour. rassurer les regards de ceux qui l'approchaient, et se dépouillant si fort de tout le faste qui environne la grandeur, qu'en l'abordant, on ne s'apercevait presque qu'il était le maître, que lorsqu'il accordait des grâces. L'affabilité et l'humanité seraient les vertus naturelles des grands, s'ils se souvenaient qu'ils sont les pères de leurs peuples. Le dédain et la fierté, loin d'être les prérogatives de leur rang, en sont l'abus et l'opprobre; et ils ne méritent plus d'être maîtres de leurs sujets , dès qu'ils oublient qu'ils en sont les pères. Celte leçon regarde tous ceux que leurs dignités établissent sur les peuples. Hélas! souvent on laisse à l'autorité un front si sévère et un abord si difficile que les affligés comptent pour leur plus grand malheur la nécessité d'aborder celui duquel ils en attendent la délivrance. Cependant, les places qui nous élèvent sur les peuples , ne sont établies que pour eux; ce sont les besoins publics qui ont formé les dignités publiques; et si l'autorité doit être un joug accablant, elle doit l'être pour ceux qui l'exercent et qui en sont revêtus, et non pour ceux qui l'implorent et qui viennent y chercher un asile.

mieux, disait-il, qu'elle soit épuisée pour le soulagement des pauvres et pour la consolation des atfligés de mon royaume, que de l'employer à l'entretien d'un faste et d'une magnificence superbe que la loi de Dieu condamne ». Auisi il prenait de ses fonds et de ses finances destinées aux usages et aux dépenses des rois, de quoi assurer une ressource aux misérables. 11 se croyait les plaisirs les plus innocents mierdils, tandis qu'il aurait dans son royaume des sujels tristes et affligés.

Giand Dieu ! quels princes et quels grands de la terre exercent mamienant une telle cbarité! bommes barbares, quel prétexte pouvez-vous opposer aux devoirs de la miséricorde que Louis crut mJispensabies pour lui? Comment laisser gémir sous le poids de leurs misères lant de pauvres maibeureux, tandis que la superbe et les magmlicences de cette ville y attirent de toutes paris les étrangers; tandis que la dépense qu'on fait pour les spectacles, surpasse de beaucoup ce qui serait uécessaiie pour la nourriture des misérables ; tanuis que la passion démesurée du jeu a eu besoin de l'auioriié souveraine pour en réprimer l'impéiuosité; taudis que le luxe est monté si haut qu'il commence à de ve.iir onéreux aux peuples qui l'ont inventé ; tandis qu'on s'éiudie à tant de divers ajustemenis, et à tant de sortes d'éiotfes, que nos voisins viennent en chercher les modes ; taudis qu'on se consomme en folles dépenses, et que les misères publiques sout négligées ; eutin taudis qu'il n'est point de profusion dont on ne donne l'exemple, soit dans la

table, soit dans les habits, soit dans les palais, soit dans les équipages. Ces œuvres de charité que Saint-Louis entretenait avec tant de soins, tomberont au milieu de son royaume! Et parmi ses enfants, les occupations les plus ordinaires seront d'étaler aux yeux de l'univers des spectac les ue joie et de magniticence, d'eutrelenir des acteurs profanes pour divertir les enfanis de Babyloue! Et les enfants d'Israël qui sont affligés et qui pleurent enseciet, ne Irouveiont pas seulement de quoi essuyer leurs larmes! 0 cœurs durs et im|..itoyables! sachez qu'un jour vos richesses s'élèveront contre vous, et se plaindront que vous les aurez lait servir à la voluplé et à la vanité, elles qui élaieul destinées à glorifier Uieu, dans ta distribution que vous en deviez laire à ses membres.

C'est ainsi que le saint roi que nous honorons, insensible à tous les charmes et à tous les honneurs que lui offraient sa dignité et sou rang, n'était sensible qu'aux besoins et aux misères de ses peuples. Pour leur faciliter les moyens de s'auresser à lui dans leurs besoins, il leur montrait toujours un visage riant par l'aflabilifé, par la douceur prévenante dont il accompagnait sou autorité, jetant comme Moïse un voile sur l'éclat de sa majesté, pour se rendie coiiforme à la petitesse des peuples qui le voulaient approcher, et se dépouillant si fort de tout le faste de sa grandeur qu'on l'enlenUait se nommer comme un simple particulier, et qu'où ne s'apercevait qu'il fût grand que lorsqu'il accordait des grâces réservées à un grand

PANÉGYRIQUES

Il est Vrai qUe la bonté toute seule serait dangereuse dans les soins publics, si elle n'était tempérée par une juste sévérité; et que, comme les princes portent le sceptre pour marquer qu'ils sont les pasteurs de leurs peuples et quMls doivent pourvoir à leurs besoins, ils portent aussi le glaive pour se souvenir qu'ils sont établis pour en corriger ou punir les abus : c'est ce que le saint roi n'ignora pas. Les dissensions civiles, la faiblesse des règnes précédents, l'ignorance même et la corruption de ces temps malheureux, avaient confondu dans le royaume la majesté des lois avec la licence des usages. Au milieu même de la capitale, et sous les yeux du prince, étaient revêtus de l'autorité publique des hommes corrom|)us qui abusaient des lois, et auprès desquels l'indigence était le seul crime auquel on ne faisait |)oint de grâce. Sous de tels censeurs des désordres publics, vous comprenez assez quelle devait être dans ce siècle infortuné la discipline des mœurs. Il s'était répandu dans toutes nos villes une foule d'histrions , qui sur des théâtres impurs corrompaient les peuples ; et qui, mêlant même les mystères saints de la religion dans leurs fades et indécents spectacles , débitaient avec impudence des obscénités que ce mélange impie et ridicule rendait encore plus sacrilèges, mais dont la grossièreté de ces temps ne permettait pas alors de sentir toute l'infamie et toute l'impiété. De ces écoles publiques de lubricité, naissait, comme il arrive toujours, un débor-

roi. Ah ! mes Frères, quelle difTérence entre la conduite de saint Louis et celle des granls d'anjourd'liui ! Sous celui-là, IfS affligés prenaient pour un gntml bonheur leurs misères et leurs aflliction», parce qu'ils n'avaient qu'à s'approcher de lui pour en être délivrés ; au lieu que sous ceux-ci, les affligés comptent pour leur plus grand malheur d'èlre obligés de recourir à eux pour obtenir le soulaiicnient de leurs afflictions et de leurs misères. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas, les places sont mesurées sur les nécessités ; ce sont les besoins publics qui ont fait le^ dignités publiques; elies doivent être un rang pour ceux qui en sont revêtus, et non pas pour ceux qui implorent leurs assistances.

Il est vrai que la miséricorde serait inutile dans un roi, si la sévérité n'eu était la compagne, et que comme les princes de la terre portent le sceptre pour montrer qu'ils doivent défendre et protéger leurs peuples par leur puissance et leur autorité, ils poileut aussi le gluive pour faire voir qu'ils en sont aussi les juges, et que c'est à eux à réprimer leurs abus. Alors l'ignorance, la corruption, l'avarice, l'ambition avaient confondu dans ce grand royaume la majesté des lois avec la liceuce des usages. Au milieu de cette capiiale de la France étaitnt assis des hommes corrompus qui abusaient impunément des lois, et auprès de qui l'indigence était le seul ciime dont on ne devait point attendre de grâce. Vous concevez arsez, mes Fiéies, quelle devait être la corruption des mœurs dans des états aussi pal policés, et parmi des magistrats aussi peu instruits de

dément de vices; et la France, plus civilisée depuis qu'elle avait embrassé la foi chrétienne, avait, ce semble, repris, par cette effrénée licence, la barbarie de ses ancêtres'. A de si grands maux le saint roi crut (ju'il fallait applitiuer de grands remèdes. Il commença par établir ces règlements utiles qui font tant d'honneur encore aujourd'hui à la jurisprudence du royaume. Des personnages intègres et éclairés furent choisis pour présider à ses côtés à la justice et aux jugements. Des hommes nouveaux, élevés sur les ruines des peuples et peu capables d'être touchés des misères publiques, dont ils avaient été euxmêmes les auteurs, ne parurent plus assis parmi les anciens d'Israël. Le bien et la faveur n'élevèrent plus à des charges, où il ne faut que de la lumière , du désintéressement et de l'équité; on chercha dans tout le royaume des hommes de ce caractère ; et souvent le mérite, appelé des lieux les plus éloignés et de la situalion la plus obscure, venait remplir le premier tribunal de la ville capitale. Le don le [dus précieux que les rois |)uissenl faire à leurs peuples, c'est de ne confier leur autorité qu'a des hommes qui n'en usent que pour les peuples eux-mêmes.

Ainsi se rétablissait tous les jours la majesté des lois et la bienséance des mœurs publiques. Ou vit bientôt la source des désordres publics

' On connaissait bien mal le xiii« siècle au temps de Louis XIV. Même les esprits les plus éclairés, un Fénelou ou un Massilloii, en parlaient comme d'un âge sauvage et barbare.

leurs devoirs, et si mal appliqués à faire observer la justice des lois, il s'était élevé des théologiens nouveaux, des hommes charnels et ignorants, qui débitaient des obscénités que la grossièreté des temjts aidait à recevoir, et que la lubricité faisait trouver agréables, p rce que la chair avait corrompu sa voie; et la France, plus civilisée que les autres royaumes, avait, ce semble, repris la barliarie et la ru.>ticité de ses ancêtres. A ces grands maux, le saint roi que je loue, crut qu'il fallait apporter de grands remèdes, et qu'à ces hommes coiromjius et ignorants il fallait faire succéder autant d'IiomuKs savants et religieux; quil taliail dans la jurisprudence des maîtres éclairés et profonds pour enseigner le droit et les loia; qu'il fallait à la magistrature des hommes intègres, fermes, mcorruplibles, à l'éprtuve des tentations et de tous les pièges que peuvent leur tendre ta volupté, l'avance, l'ambition , exerçant envers les innotenls la miséricorde, et envers les coupaules la sévérité des lois, ^ans aucune acception de [jersonnes. On cherchait dans to..t le royaume des gens capables de remplir ces charges à la plate des indignes sujets qui ks remplissaient avec lant de scandales ; et si l'un ne trouv,.il pas parmi la noblesse di s gens de mérite, d'autres sans naissance et sans nom élaiei i lires des lieux obscurs, pour venir remplir ces grands posi' de la ville capitale.

Ce fut ainsi que se rétablit peu à peu la force des lois et la piété parmi les chefs du peuple. On vit bannir de l'espiii des juges et des magistrats ces vaines complaisances qu'on a d'oi'

SERMON POUR LE JOUR DE SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE

arrêtée, les lieux de honte et d'ignominie proscrits , les Ihéàlres impurs renversés , les spectacles dont nous avons tant de peine aujourd'hui à vous faire comprendre le danger par toutes les règles de la foi, interdits comme des crimes par les lois mêmes de l'Etat ; et les comédiens, que le monde du plus hatit rang ne rougit pas aujourd'hui d'honorer de sa familiarité, et auxquels des parents chrétiens osent même confier le soin d'instruire leurs enfants de tous les arts propres à plaire, déclarés infâmes et bannis du royaume comme des corrupteurs publics des mœurs et de la piété.

Mais si le saint roi purgea l'Etat par la sévérité de ses lois, quels furent ses soins pour rétablir la majesté du culte et la sainteté des autels! Les Français, peuple fier et belliqueux, en conquérant les Gaules, y avaient porté avec eux une espèce de barbarie et de férocité inséparables d'une nation dont la guerre avait été jusque-là la seule occupation, et que la foi qu'elle embrassa depuis n'avait pas encore adoucie. Nos premiers rois mêmes conservèrent longtemps ce reste de férocité, et leurs règnes furent presque toujours souillés de sang et de carnage. La religion, qui monta sur le trône a^ant le grand Clovis, y fit monter avec elle plus de clémence et d'humanité ; mais l'esprit bouillant de la nation ne changea pas si tôt, et quoique l'Eglise de France, toujours célèbre par ses lumières et par sa piété, ne fût pas dépourvue alors de saints pasteurs, la plupart de ceux que nos rois élevaient à ces dignités saintes, en quittant l'habit du siècle, n'en quittaient pas les mœurs et les abus ; et se trouvant, par le droit de leurs églises , seigneurs de fiefs considérables et

d'un grand nombre de vassaux , on les voyait souvent plus occupés à faire la guerre à leurs voisins qu'à instruire et édifier leurs peuples. De là, l'ignorance, le relâchement, l'oubli des règles, le mépris de la discipline n'avaient pas manqué de passer des premiers pasteurs dans tout le reste du clergé : et, quoique, sous les règnes précédents, les évoques souvent assemblés n'eussent rien oublié pour remédier à ce scandale par des règlements utiles qui sont encore aujourd'hui un des plus précieux monuments de l'Eglise de France, néanmoins la plaie n'était pas encore tout à fait fermée, quand le saint roi monta sur le trône.

Aussi, persuadé que sa puissance , qui venait de Dieu , ne lui avait été donnée que pour faire régner Dieu sur son peujde; que les rois n'étaient établis que pour protéger et agrandir le royaume de Jésus-Christ sur la terre; et que les Césars, comme le disait autrefois Terlullien , ne naissaient que pour les fidèles ; les intérêts de la religion devinrent un de ses soins les plus chers et les plus pressants. Il comprit d'abord que la première source des maux de l'Eglise est toujours dans l'incapacité ou le dérèglement de ceux qui en remplissent les premières places; que sous des pasteurs ignorants ou mondains la doctrine s'atTaiblit et le culte peu à peu dégénère; et que l'arche sainte ne tarde pas de tomber dans l'avilissement , et de devenir même la risée des Philistins , dès que les enfants d'Héli en sont établis les principaux dépositaires. Le saint roi commença donc à rétablir la sainteté et la majesté du sanctuaire, en élevant aux premières dignités des ministres fidèles. La naissance , la brigue, la faveur, ne donnèrent plus des

dinaire pour certaines personnes qu'on estime ; ces sollicitations (lauëereuses n'avaient plus lieu auprès des cliefs de la justice ; le blasphème et le jurement fut i)auni de la bouche des peuples ; les spectacles dont on a tant de peine à vous faire comprendre les dangers, quoique si connus dans le monde chiéiiin, fuient exclus ou du nioiiiS réformés par des lois sans reproche ; et l'on fuyait, comme des houimes pestiiérés, ces acteurs profanes, auxquels les parents chrétiens ne donnaient pas comme l'on fait k présent le soiu et l'éducaiion de leurs enfants, afin de les dresser pour le monde. Ainsi fut bannie du monde la corruption des mœurs et l'empire de la solide piété rétabli.

Mai? si saint Louis pourvoit au rétablissement des lois et de la piété, par ses soins et ses sages ordonnances, quels furent encore ses toins pour réparer et assurer la gloire des autels du vrai Dieu ! Il lui semblait qu'il n'était élevé sur la lète do peuples, que pour prendre en main la cause de Dieu contre ses ennemis, que pour soutenir par sa puissance le zèle et la mission de ses ministres, dont le pouvoir, quoique venu d'en- .

haut, avait encore besoin d'être appuyé de l'autorité du prince de la terre, et que le Seigneur n'avait joint à son courage et k sa puissance un cœur susceptible des impressions de la piété, que pour protéger les fidè'es serviteurs du roi des cieux, qui l'avait fait naître avec de si sainis sentiments.

L'intérêt de l'Kglise devint le plus cher de tous ses intérêts, et semblable à Judas Machabée, après avoir ruiné et désolé les ennemis de la religion, il s'appliquait à purifier les lieux saints qui devaient servir au service du Dieu saint : Eccecontriti sunt inimici nostri , ascendamm nunc mundare sancta et renovare. La première source des maux de l'Eglise est toujours dans le dérèglement de ceux qui en occupent les premières places. Sons des pasteurs ignorants ou mondains le troupeau s'égare ou se relâche ; les instructions chrétiennes dégénèrent peu à peu en railleries profanes ; et l'arche sainte ne tarde plus à devenir la risée des Philistins, dès qu'elle est à la garde des lévites imprudents. Le saint roi commença donc par arrêter les abus qui se conoraeltaient dans la promotion aur bénéfices : il empêche qu'on ne les donne à la brigue et à 1%

PANÉGYRIQUES

guides aux peuples et des pasteurs aux églises; la dispensaliori déshonneurs sacrés ne fut[)lus une intrigue de cour, mais une affaire de religion; les services rendus à l'Etat ne furent plus payés des revenus et des honneurs du sanctuaire; un ministère de paix et de douceur ne fut plus le prix du sang et la récompense des victoires. On n'eut égard aux sollicitations que ()our exclure ceux qui étaient assez téméraires pour solliciter et s'appeler euxmêmes ; on lira de l'obscurité des cloîlres ce que ces pieux asiles, si fertiles alors en grands hommes, avaient de plus saint et de plus éclairé; on élevait ceux qui avaient su se cacher ; et, pour être digne des premières places, il fallait avoir eu le courage de les rt fuser. 0 mon Dieu, renouveUz cet esprit primitif dans le relâchement de nos siècles. Secondez les saintes intentions d'un monarque religieux; et au milieu des cupidités humaines dont le trône est toujours environné, cachées môme souvent sous les apparences de la vertu, éclairez ses yeux si favorables à la piété. Montrez-lui vous-même ceux que vous avez choisis; et continuez à protéger votre Eglise , en conservant un prince qui, sur les traces de son saint prédécesseur, regarde comme la fonction la plus importante de sa couronne, de donner aux peuples de saints pasteurs, et à l'Eglise des ministres fidèles.

Mais ce ne fut pas assez même pour saint Louis d'élever des hommes pieux et habiles aux honneurs sacrés; il les honora de sa familiarité. Ce que son siècle avait alors de plus illustre en doclrme ou en sainteté, venait presque tous les jours, ou le délasser des soins de la

royauté par des discours de salut , ou les partager avec lui par des conseils utiles. Thomas, Bonaventure, Robert Sorbon, ces hnmmes si célèbres et si saints, parurent souvent assis à sa table ; et en honorant ainsi la science et la piété, non-seulement il montrait que la familiarité des bons princes devrait être la récompense du mérite et de la vertu ; mais encore que la royauté elle-même ne fournit pas de plaisirs plus vifs et plus purs (jue ceux qui se goûtent avec des amis saints et fidèles. Et c'est ainsi que dès lors on commençait à voir ce que nous voyons aujourd'hui sous un règne encore plus florissant, c'est-à-dire le palais du prince devenu l'asile des sciences et des lettres; les savants assemblés autour du trône y faire tous les jours de nouveaux progrès dans la connaissance de la nature, y polir les mœurs et le langage, renouveler l'éloquence des bons siècles, éclairer ce que l'antiquité a de plus obscur et de plus curieux ; et par là la France devenue l'école publique de toute l'Europe, et les hommes docles s'y multiplier, autant par le génie heureux de la nation que par les largesses du souverain, qui ne laisse jamais sans récompense les talents et le mérite.

Un règne, accompagné de tant de sagesse et de justice, fut bientôt proposé comme le modèle de tous les règnes, et rendit le saint roi l'admiration de toutes les cours de l'Europe. Nos voisins, de tout temps jaloux de la grandeur et de la gloire de la monarchie la voyaient prospérer sans envie sous un monarque dont ils étaient forcés d'admirer la prudence et la vertu. Ils cherchaient plus à étudier et imiter la sagesse de son gouverne-

faveur ; les précautions et les mesures qu'il prend, font qu'on ne donne plus à l'Eglise des ministres ignorants ou roriompus; les services rendus a l'Ktat ne sont plus payés des revenus du sancludire ; un bénétice ne devient plus la récompense des bons ofiices qu'un a rendus au pnuce ; ce n'est plus la faveur qui tail les pasteurs et les prélats ; ou n'a égdrd qu'à la vertu et à la science ; et s'il se trouvait plusieurs grauds lioinmes à peu près de même mérite, ou choisissait celui qui s'éloignait le plus de ces dignités; on élevait, pour ain>i dire, du force sur le trône de l'Itgli^e ; et pour é re trouvé digne des premières places de l'Eglise, il fallait avoir eu la force de les refuser.

0 Dieu juste, renouvelez dans notre siècle une pratique qui est si nécessaire à la gloire de votre Eglise et au s^lut du vos peuples. Secondez les soins et lis précautions du monarque illustre qui nous gouverne, et au milieu de tant de dilTeieots sujets, dont les uus cachent un abime de désordres sous l'apparence de la vertu, et les autres les saintes rigueurs de la vertu sous un extérieur qui n'est point hypocrite, ouvrez-lui les yeux déjà si favorables à la piété, et montrez-lui ceux qu'il doit choisir pour ministres de votre Eglise. Mais, ô Dieu qui nous avez rassemblés sous un pasteur lidèle , peut-on douter que vous ne secondiez les bonnes intentious du grand mo-

narque, qui entre tant d'autres en a fait un juste choix et une préférence qui nous est si avantageuse. ÎNons devons bien plutôt fane des vœux au ciel, qu'il nous le cunseive, ce sage prince, qui prend tant de som de la religion, cl bénissant le Dieu de miséricorde qui a donné à cette ville un apôlre, à tout le diocèse nu pasteur, à tout le royaume un pontife saint, à la vertu un asile, aux p-iuvres un pèie, aux maliieureux un protecteur, aux nouvelles ductrine.^ un mur d'airain, aux peuples un 3|>pui , à la cour un évéquc , à l'ép.scupat un modèle ; peuples heureux, quelles grâces pouvez vous rendre au Seigneur pour le préseui qu'il vous a lait > ?

(..e n'était pas encore assez à sjint Louis d'avoir honoré lui-même et fait honorer aux hommes la science et la piété ; il les réunit en lui dans un souverain degré. Jusque-là il n'avait pas fait éclater sou mérite ; ou ciaini toujours, quand ou est saint, de paraître aussi parfait que l'un e^l, de p< ur d'en tirer de l'orgueil. Cependant on ne peut douter que ce mérite ne fût ^raiid, puisque les 'ihouias, les bonaventure, et tous ces hommes si éclatants par leur science et leur sainteté, se

' Le cardinal de Noailles. Voyez la fia de la première partie Hu panégyrique de «aint François de Paule ; pag. 52J de ce volume.

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mi

ment et le bonheur de son règne qu'à venir le troubler. On les voyait même venir mettre aux pieds de son trône leurs dissensions et leurs querelles; s'en remettre à sa décision seule de tous leurs intérêts ; et malgré les raisons d'Etat, qui semblaient nous rendre leurs querelles utiles , ils trouvaient toujours en lui un juge équitable et désintéressé , qui réglait leurs différends , qui assoupissait leurs animosilés, et qui, en les réunissant, ne faisait que réunir en sa faveur leur admiration et leurs hommages. Non, mes Frères, c'est déshonorer la foi des chrétiens et blasphémer contre elle, d'oser soutenir que les maximes de l'Evangile ne s'accordent guère avec celles du gouvernement. La religion, qui établit les rois, seule conserve et soutient les royaumes ; la prudence de la croix fait régner encore plus sûrement que la fausse prudence de la chair; l'ambition et la mauvaise foi ont renversé beaucoup de trônes; mais la justice et la piété les ont toujours affermis.

La source de celte illusion, c'est qu'on regarde la piété comme le partage d'une âme faible et timide ; et qu'on ne croit pas que les vertus militaires, qui supposent du courage, de l'ardeur, de l'élévation, puissent s'allier dans un cœur avec la tendresse de la charité, la paix et la douceur de l'innocence; comme s'il fallait être vicieux pour être vaillant , au lieu que la valeur la plus sûre est celle qui prend sa source dans la vertu. Aussi le héros, dans notre pieux monarque, ne fut pas moindre que le saint. A la têle des armées , ce n'était plus ce roi pacifique , accessible à ses sujets; assis sous le bois de Vincennes avec une affabilité que la simplicité du lieu rendait encore plus respectable ; réglant les intérêts des familles; réconciliant les pères avec les enfants ; démêlant les passions de l'équité ;

assurant les droits de la veuve et de l'orphelin; paraissant plutôt un père au milieu de sa famille qu'un roi à la tête de ses sujets; entrant dans des détails, dont des subalternes se seraient crus déshonorés, et ne trouvant indigne d'un prince et indécent à la majesté des rois que d'ignorer les besoins de leurs peuples.

Ce n'était plus, dis-je , ce roi pacifique et clément; c'était un héros toujours plus intrépide à mesure que le péril augmentait; plus magnanime dans la défaite que dans la victoire; terrible à ses ennemis, lors même qu'il était leur captif. Elevé sur un trône que les troubles de la minorité avaient affaibli, avec quelle valeur en rétablit-il la gloire et la majesté I Les grands, sous prétexte de mécontentement contre la régente, avaient pris les armes contre leur roi; un prince de son sang à la tête des rebelles entraînait tout dans son parti ; et déjà la plupart des provinces , gouvernées alors par de petits souverains, ne voulaient plus reconnaître le maître commun. Le jeune Louis, au milieu de ces troubles , si dangereux à une autorité naissante, assemble des troupes, poursuit les rebelles, prend les villes, ramène les provinces au devoir. Le prince chef de la révolte demande la paix ; les grands suivent son exemple; obligés de venir implorer la clémence du vainqueur, ils sont surpris de retrouver un père ; et le voyant partout plus grand ou que le danger ou que la victoire, ils s'applaudissent d'un malheur qui les a rendus a un si bon maître, et qui leur a fait connaître un si grand roi.

En subjuguant ainsi les ennemis domestiques, notre pieux héros s'exerçait à combattre un jour les ennemis de la foi. Il voyait avec douleur les armes des princes chrétiens employées à s'exterminer les uns les autres, et

faisaient un plaisir d'entretenir avec lui un commerce de doctrine et de vertu ; ils l'honoraient de leurs fréquentes visites, et ils en étaient réciproquement honorés ; et par là il apprend aux hommes, non-seulemect que la laveur et la protection parlicul.ère des princes doit être l'innocente récompense de la science et de la vertu, mais qu'il n'est puint de récréation plus digue des granils princes que celle qui se goûte avec les per^ouues savantes et vertueuses.

Que ne puis-je m'étendre autant que la matière le demanderail, sur ces occupations aimables, où les soins de saint Louis pour son peuple ont |>aru avec tant d'éclat? Je vous le montrer.tis assis sous les arbres du bois t.e Viuceiiues, conversant familièrement avec ses sujets, excitant les pères à bien élever leurs enfants, réconciliant les enfants avec leurs pères dont ils s'étaient séparés, réglant lui-même sans procès les intérêts des particuliers, soutenant le droit de la veuve et de l'orphelin

contre les puissances qui voulaient usurper leur bien , et paraissant plutôt un père au milieu de sa famille qu'un roi à la tête d'un royaume, il ne croyait pas indijine d'un grand prince d'entrer dans ces détails, pour bannir la division de ses Etats. Mais quand il s'agit des droits de sa couronne, ce n'est plus ce roi pacifique qui écoute tnut, qui souffre tout, qui apaise tout et qui se lient assis pour se mettre à la portée de ses peuples ; c'est ce hou de la tribu de Juda , terrible à ses ennemis, lors même qu'il ne semble pas songer à se défendre. Elevé sur un trône que la niiaoïilé lui avait éloigné, avec quel courage défendit-il les droits de sa couronne, qu'on osa lui disputer dès qu'il en eut pris possession ! Quelle force ne fit-il pas paraître dès le commencement de son règne, quoique tout jeune encore , contre ses ennemis ! Déjà le duc de Bretagne, les comtes de la Marche et de Champagne, ligués ensemble contre le jeune roi pour le faire descendre du trône,

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leurs tristes divisions augmenter tous les jours l'insolence et les concjuètes des nations infidèles. Poussé d'un zèle saint, il sort comme un autre Abraham de sa terre et de la maison de ses pères ; il s'arrache à toutes les délices du Irône; et, à la tète de ses plus vaillants sujets, il vole venger la gloire de Jésus-Christ outragée par des barbares qui foulaient encore aux pieds une partie des lieux saints de la Palestine, et menaçaient d'envahir le reste que la valeur des Français venait de conquérir depuis peu. Terre infortunée, qui, arrosée du sang de Jésus-Christ , et consacrée par les mystères qui ont opéré le salut de tous les hommes, gémissez pourtant encore , malgré tous les eObrts de nos pères, sous une dure servitude, pour servir sans doute de monument jusqu'à la lin à la vérité des prédictions du Sauveur et à la triste réprobation des Juifs; terre infortunée , vous rappelâtes alors , en voyant ce pieux héros armé pour la délivrance de la suinte Jérusalem , vous rappelâtes vos anciens jours de gloire et d'allégresse; vous parûtes animée d'une nouvelle espérance ; vous criites revoir les Josué, les Gédéon, les David à la tète de vos tribus, qui venaient briser votre joug, et vous délivrer de la servitude et de l'oppression d'un peuple incirconcis. Mais le temps de votre délivrance n'était pas encore arrivé; le crime de vos pères n'était pas encore expié; et le Seigneur ne voulait que glorifier son serviteur en réprouvant, et point du tout mettre fin à vos malheurs et â votre ignominie.

Cependant, tout semblait annoncer des suc-

cès heureux : la sainteté de l'entreprise, le zèle ardent d'une nation accoutumée à vaincre, le bonheur de la première expédition conduite par le vaillant Godefroy, les prières de toute l'Eglise, qui donnent toujours une nouvelle force aux armées qui vont combattre pour la gloire du Seigneur, et enfin la valeur et la piété du prince, à qui la religion seule avait inspiré ce grand et pieux projet. Je dis sa valeur. Car, mes Frères, qui pourrait redire ici tout ce que son courage lui fit entreprendre d'héroïque dans une guerre si fameuse par ses malheurs et par sa foi? Tantôt, arrivé au port de Damielte, impatient de venger la gloire du Seigneur, il se jette dans l'eau répée à la main et le bouclier pendu au col ; et devançant ses troupes à la vue de l'ennemi : « Où est le Dieu de Louis? » s'écriet-il comme un autre Théodore; rassure les siens ébranlés par la grandeur du péril; glace les ennemis par la fierté de sa couten.ince; et Damittte devient la conquête de sa foi et de sa valeur. Tantôt courant partout où le péril devient plus grand; exposant à tout moment avec sa personne le salut de son armée ; sourd aux remontrances des siens ; se jetant dans la mêlée comme un simple soldat ; il ne se souvient qu'il est roi que pour se souvenir qu'il est obligé de donner sa vie pour le salut de son peuple. Tantôt invincible même dans les fers, son courage et sa grandeur n'y perdent rien de la majesté du trône; et tout captif qu'il est, il sait se faire rendre des hommages par des vainqueurs barbares.

Non, mes Frères, et c'est ici le fruit de cette

sont forcés de rentrer dans son parti. Le jeune Louis, au uiiliou de ces troubles si dangereux à hi religion et à l'bJat, trouve cependani le secret de rasst mbler les brebis dispersées, de sou ri;ettre les rehelle>i, de rèduiie les «bitincs^ et de reuiettie tout TËIal diUi sa première tranquillité ; tout devint soumis à son empire : ses ordres furent regardés comme les seuls qu'on devait légitimement suivre ; le duc de Brela^'ne, avec toutes ses forces, oblii;é de céder et de reconnaître l'injustice de sa révolte ; tous ses ennemis expo.^és à la juste colère de ce jeuue mouarque éprouvent sa clémegre; ils sont surpris de trouver un prince qui pardonne si facilemeni les oiïenses qu'un lui a faites; ils s'applaiidisseiit d'être les sujets d'un roi qui, malgré la punition qu'ils mentent, leur fait des offres de services, et qui, envers des rebelles^ fait voir uu si bon naturel et une chanté si étendue.

Terre infortunée, qui gémissez encore sous la tyrannie du démon, uiagié les efforts «Ju saint roi (pii vous en délivra pour na teints, dilis-nuiis avec i|uelle joie vous vous rappelâtes, à la vue de ce nouveau litiérateur, un ancien éclat de gloire et de Splendeur ; vous croyiez recevoir un autre Josué, un autre Gédeon, un autre i)avi<l a la tête ue vos tribus, et que c'était lui que Dieu envoy;iit pour reudre à la véiitable religion un peuple incirconcis qui s'en était séparé ; mais le Seigneur ne

voulait qu'éprouver son serviteur, et non pas signaler sa puisr^ance.

Kn effet, qui ne sait, mes Frères, que lorsque le Seigneur eut engagé i>aint Louis dans cette guerre étrangère, qu'aussitôt, impatient d'étendre l'empire de Jésus-Chll^t, il se jette au travers d'une nombreuse unuée, le bouclier d'une main et la croix de l'autre, s'ecriant, comme autrefois le grand Théodose : « Où est le Dieu de Louis» ? il passe ainsi sam et sauf maigre les forces des ennemis, et hamiette devient sa première conquête. Après ce succès il demeure sourd aux louanges qu'un lui donne, plus empressé que jamais d'accroiire ses conquêtes pour la liloire de Dieu, se mêlant à la foule du combat comme un S:inple soldat, ne se souveuani qu'il e^t roi que pour se souvenir du besoin que les peuples ont de lui. Tautôi dans les fers et sous les chaînes, il su fuit respecter, et tout captif qu'il est, il se fait rendre des hommages qu'on aurait peine u'accorder à des vaiuqueuis. Tau;(jt li charme par ses vertus, et les baibares mêmes ne peuvent s'empêcher de lui faire des lionneurs. Tant il est vrai que les grandes qua ités des héros ue sont pas tant honorées que leurs vertus; qu'au contraire elles ne leur servent qu'à nourrir des passions, ou à couvrir leur faiblesse !

La vertu fait toute la grandeur des Uommes, et leurs actions,

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première partie de mon discours ; les grandes qualités que le monde admire ne sont héroïques que dans les saints ; partout ailleurs elles sont ou des passions ou des faiblesses. La piété est la source du vrai mérite ; les actions les plus brillantes des pécheurs, rapprochées de la corruption du cœur où elles partent, rougissent toujours de la bassesse de leur origine; il en est d'elles comme de ces nuées éclatantes, qui n'ont de beau que le spectacle , mais qui se sont formées dans la plus vile boue des marais. On applaudit aux victoires d'un conquérant ; mais si son cœur est corrompu, mais s'il ne craint pas le Seigneur, on peut louer ses succès, mais le héros mérite peu de louanges, et l'on prend pour grandeur d'âme, ou une férocité de naturel, qui le rend intrépide, ou une ivresse de raison qui lui cache le danger, ou une bassesse d'âme qui s'expose et risque tout pour s'attirer de vains honneurs et de vains éloges. On loue la fermeté d'un homme que l'adversité ne peut abattre ; mais si le principe de sa constance n'est pas dans sa foi, dans la consolation de sa propre conscience, et dans la soumission aux ordres de Dieu qui le frappe ; c'est un imposteur qui se trahit et qui nous trompe, ou un barbare qui n'a pas même assez de naturel pour s'affliger.

Soyez donc saints, mes Frères, si vous voulez être véritablement grands. La piété, que vous regardez comme une faiblesse, seule ennoblit le cœur, l'élève au-dessus des passions vulgaires, et forme seule les grandes qualités, parce qu'elle seule nousfaitagir par de grands principes. C'est ainsi que saint Louis fut un

quelque éclaiantes qu'elles soient, n'ont presque rien de relevé que ce que la vertu y met du stin. Sans la vertu les plus grands hommes rougiraient, si j'ose ainsi parler, de la bassesse (le leur ori^-ine ; et il eu est de ces faits héruiiues qui brillent dan= le monde, comme de ces nuées qui s'élèvent jusqu'au ciel, et qui s'y t(mt admirer, quoiqu'elles ne soient formées que de vapeurs et des exhalaisons infectéis qui sortent du fond des mirais. Vous êtes magnanime, brave, généreu.v, héros, conquérant, vainqueur, prince, roi de la terre ; si avec cela vous n'êtes pas vertueux et tldèle dans les promesses de votre baptême, c'est comme si vous n'étiez rien; et vous êtes digne d'aversion et de home. Un homme qui est capable de sacrifier son âiue à une passion honteuse, à ses auns et à ses compaiinous de débauche ; un homme capable de livrer son cœur à l'avarice, à la volupté, à l'ambition, qui se lend esclave de ses biens, n'est pa? intrépide dans les périls ; car, au milieu des dangers qui l' nvirounent de toutes parts, il envisage la mort comme le plus grand de tous les maux, et non pis comme le plus grand bien d'un chrétien sur la terre.

Soyez donc saints si vous voulez être grands ; appuyez voire grandeur sur vos vertus, si vous voulez qu'elle soit honorée et respectée. Ce n'est que la vertu qui peut vous élever au-dessus

grand roi devant le monde, parce qu'il fut un roi saint aux yeux de Dieu. Mais ce n'est pas assez, il crut qu'il devait être d'autant plus saint aux yeux de Dieu, qu'il était plus grand devant le monde ; c'est ce qui me reste à vous montrer.

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