‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 130 sur 141 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il n'est pas d'erreur plus répandue dans le monde que celle qui nous fait regarder le rang et la naissance comme des titres qui adoucissent à notre égard les obligations de l'Evangile. On croit que l'extrême disproportion qui se trouve entre les devoirs d'une vie chrétienne et les usages inséparables de la grandeur, doit modérer en notre faveur l'austérité des règles saintes, comme si les obstacles de salut qui font la peine et la malédiction de la prospérité, pouvaient en devenir euxmêmes un privilège qui leur en facilitât les voies, et que ce qui fait le péril et le malheur des grands, dût en faire en même temps la sûreté et l'avantage. On se persuade que plus nous sommes élevés, plus le mérite de nos œuvres les plus légères croît devant Dieu ; et que pour peu (lue nous fassions pour le ciel, nos faibles efforts, enflés de nos titres et de nos dignités, ont le même poids dans la balance du souverain juge, que les justices les plus abondantes et les œuvres les plus saintes et les plus pénibles des âmes vulgaires.

A une illusion si commune saint Louis opposa les vues de la foi. Loin d'envisager la royauté comme un rangqui justifie des mœurs voluptueuses et toutes sensuelles, il comprit, avec saint Ambroise, que plus il avait reçu,

des qualités vulgaires. C'est ainsi que saint Louis est devenu un grand roi devant les hommes , parce qu'il était un grand saint devant bieu. Alais ce n'est pas tout, il crut devoir être uu grand sauit devant Dieu , parce qu'il était un grand roi devant les hommes ; c'est ainsi que la royauté en lit un grand saint, après que la sainteté en avait fait un grand roi. Vous l'allez voir dans la deuxième partie de mon discours.

SECONDE PARTIE

il n'est guère de plus dangereuse illusion dans le christianisme que celle qui nous fait regarder le rang, ta quahté et la naissance comme des privilèges qui adoucissent l'obligation de l'blvangile. On croit, quand ou est né dans l'éclat ou dans l'abondance, qu'on a droit d'opposer la mollesse d'une vie mondaiue à la sévérité d'une vie toute chrétienne, et que l'usage d'une grandeur mondaiue doit modérer cette ferveur d'un chrétien ; comme si les obstacles au salut , qui sont les douceurs de la prospérité , et la licence de la gtandeur, pouvaient devenir un privilège aux grands, qui leur facilitât les moyens de se sauver ; et comme si ce qui fait le malheur des grands en pouvait faire l'avantage. On s'imagine qu'on doit être moins à Dieu,

PANÉGYRIQUES

plus on exigerait de lui ; et que les périls du trône étant infinis, les fautes presque irréparables, les exenïples du souverain essentiels, il avait besoin de plus de vigilance, pour y conserver son âme pure ; de plus de mortification, pour y expier, outre ses propres faiblesses, tant de fautes étrangères, inévitables dans les grandes places ; et enfin de plus de fidélité dans le détail de ses devoirs domestiques , pour y être le modèle de ses peuples.

Je dis, en premier lieu, de plus de vigilance pour y conserver son âme pure. En efl'et, mes Frères, tout est j.éril dans la dignité souveraine : l'orgueil que nourrissent des adulations injustes; les passions auxquelles applaudissent toujours des complaisances basses; les plaisirs que facilite l'autorité suprême ; l'oubli deDieu que produit la mullifdicité des soins ou l'oisive indolence ; enfin , les usages que tous les siècles ont reçus, mais que la loi de Dieu, plus ancienne que les siècles, a toujours réprouvés. Au milieu de tant d écueils, le plus dangereux encore , c'est de ne pas les connaître ; car les grands, toujours loués et jamais instruits, périssent d'ordinaire sans avoir même su qu'ils avaient lieu de craindre.

Convaincu de ces grandes vérités, le pieux prince régla sa vigilance sur la multitude de ses périls. Les grands d'ordinaire, dès qu'ils oublient Dieu, ne mettent plus de bornes à la licence. Lassés des désordres conmiuns , il leur faut des excès bizarres pour réveiller leur

âme rassasiée de volupté; et jusque dans le crime môme, il n'est qu'une alTreuse distinction d'énormité qui puisse leur plaire. Ainsi ce prince de Babylone n'eût pas trouvé assez de goût aux dissolutions impures de ses festins , s'il ne les eût assaisonnées par l'impie profanation des vases du sanctuaire. Notre saint roi se fit des monstres des fautes les plus légères. Rien n'égala dins son esprit l'borreur d'un seul péché qui tue l'âme, et qui la met dans la disgrâce éternelle de son Dieu. Il ne pouvait comprendre que les hommes connussent de plus grand malheur sur la terre que celui de tomber dans le péché ; c'était là le sujet le plus ordinaire de ses entretiens; et, comme il le disait souvent, la perte de son royaume lui eût paru un gain , s'il avait fallu s'en dé()Ouiller pour éviter un seul crime. Ressuscitez, ô mon Dieu, au milieu des grands et des princes de votre peuple, une foi si vive et si digne de la religion ; et faites-leur comprendre que dans la plus haute fortune, etsur le trône même, on n'est plus rien et on a tout perdu, dès qu'on a eu le malheur de vous perdre.

Aux sentiments saint Louis ajouta les précautions et les remèdes. Car qui ne sait, mes Frères, que l'adulation est l'écueil des meilleurs princes; que leurs vices ne trouvantaulour d'eux que des yeux favorables et des langues mercenaires, ne reviennent jamais à eux que sous les couleurs flatteuses de la vertu ;

parce qu'on est plus au service du monde ; et enflés de vos titres , giands de la terre , vous croyez qu'ils donnent à vos œuvres le même poids de mérite que l'liumil<té et la vertu donnent aux justes et aux pénitents les plus parfaits.

C'est une illusion si vulgaire et si fort opposée à la vérité de la foi, qu'on ne peut la suivre sans s'égarer de la vraie religion ; et c'est ce que comprit admirablement bien le grand saint Louis. Loin d'opposer les grandeurs de la royauté comme un obstacle à l'accomplissement de ses devoirs, il opposa plutôt les devoirs de la religion aux litres et aux grandeurs de la royauté : il comprit que plus il avait reçu de Dieu, plus il devait rendre ; que plus Dieu l'avait fait grand, plus il exigeait de lui; et que les périls du trône et de la grandeur étant presque incompréhensibles et innombrables, il avait donc besoin de plus de vigilance que tout autre , pour y conserver une âme pure ; qu'il devait apporter plus de précautions pour éviter les pièges presque inévitables aux grands ; et que n'étant élevé si haut que pour servir d'exemple à son peuple, il fallait donc se comporter plus saintement que dans tout autre état. Attention, s'il vous plaît, à ceci.

Je dis qu'il avait besoin de plus de vigilance pour conserver son Ame pure. En effet tout est dangereux et séduisant dans les grands de la terre : la foule des flatteurs, de qui l'un est applaudi jusques dans ses défauts ; l'injustice que facilite l'autorité supérieure qu'on a sur les autres ; les bienséances que le rang et la qualité exigent, et qui entretiennent l'amour-propre ; les usages profanes ; la licence des courtisans ; le luxe et la pompe

que les grands du monde autorisent , et que la loi de Dieu a toujours réprouvés. Mais parmi tous ces écueils, le plus dangereux de tous c'est de ne pas les connaître au milieu de la grandeur. Les périls s'y cachent sous tant de voiles diHérenls, qu'il y a lieu de craindre que pour être roi on ne soit obligé de devenir un grand pécheur.

Les grands i-e font de leurs inférieurs de grands ministres de leurs passions ; il leur faut ii leur service des personnes qui K s flattent, et jusque dans le crime même, il leur faut de fidèles serviteurs qui les servent. C'est ainsi que ce superbe prince de Uabylone n'eût pas trouvé assez de plaisirs et de gloire dans ^a haute élévation , s'il ne l'eût assaisonnée de la profanation des vases sacrés. Le saint roi dont je parle , pour se garantir de tous ces périls, ne voulait presque pas d'autre honneur sur son trône que celui qui est attaché aux disgrâces, aux contradictions et aux soufTrances où l'on est exposé pour l'amour de son Dieu. Il ne pouvait s'imaginer qu'il y eut un plus grand malheur que celui de tomber dans le péché; et, comme il disait lui-même, la plénitude de sa joie n'était point entière s'il ne se voyait près de soulTrir quelque chose de rude dans celte vie. U Dieu de miséricorde, ressuscitez celte foi morte dans les grands de ce siècle, et fuites connaître à toutes les puissances et à ces souverains de la terre qu'on n'e^t plus rien, et qu'on ne possède plus rien dès qu'on vous a perdu.

A cette vigilance pour conserver son âme pure le saint roi ajouta les sages précautions nécessaires pour éviter les piegis presque inévitables à la grandeur et à l'élévation. Kn elTel, qui ne

SERMON POUR LE JOUR DE SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE

et que tout les trompe, parce que l'art de leur plaire, c'est de les tromper? Le saint roi n'eut point de flatîeurs, parce qu'il n'aima point ses fautes. Environné d'un nombre d'amis saints et fidèles, il les établissait les censeurs de sa conduite ; les plus sincères lui étaient toujours les plus chers. Persuadé que les princes n'apprennent jamais que les vérités agréables; qu'on est à plaindre sur le trône de n'être puissant que pour n'avoir pas un ami, et de rendre les hommes faux et timides par les grâces mêmes qui nous les attachent, le saint roi chercha dans les gens de bien cette droiture de cœur, cette sincérité de lèvres, cette liberté désintéressée qu'on ne saurait trouver qu'en eux seuls. Il voulait être instruit, il ne voulait pas être flatté : la vérité n'est odieuse qu'à ceux qui craignent de la connaître.

Mais, peu content d'éviter les périls de la royauté, saint Louis se crut obligé d'en expier sans cesse les fautes ou inévitables ou inconnues. Car, mes Frères, quel abîme qu'une grande place, qui nous établit sur les peuples, qui nous rend responsables devant Dieu de la destinée des villes et des provinces, de la tranquillité des familles, de l'observance des lois, des suites de la paix ou de la guerre, de l'abondance ou des calamités publiques, de la licence ou de la discipline des mœurs, des artifices ou des passions humaines, des abus ou impunis et autorisés, des vertus ou négligées ou peut-être persécutées, des grâces ou accordées au vice ou refusées au mérite ! Grand Dieu! vous ne rejetez pas les grands et les

puissants, puisque vous les avez établis vousmême, et qu'ils tiennent leur puissance de vous seul; mais que les grandes places sont de grands écueils pour le salut 1

Plein de ces vues de la foi, le saint roi gémissait sa:is cesse sous le poids de la couronne et sous la multi|)licité de ses soins et de ses devoirs. Il n'était pas ébloui de l'éclat qui environne le trône ; il était etfrayé des sollicitudes et des obligations immenses cachées sous cet éclat trompeur. Il punissait sur sa propre chair les désordres publics. Il regardait les péchés de ses peuples comme ses péchés propres, et se croyait obligé d'expier tout ce qu'il ne pouvait empêcher. Sous l'éclat de la pourpre royale il cachait la mortification de Jésus- Christ; l'austérité d'une haine presque perpétuelle affligeait l'innocence de son corps. La seule soumission aux avis du guide de sa conscience suspendait quelquefois cette pratique douloureuse ; et des membres qui n'avaient jamais servi à la volupté, servaient à la justice et à la pénitence. Cependant, après les plus grands crimes, on n'oserait l'exiger des grands ; leurs plus légères démarches de religion sont accompagnées d'éloges si pompeux qu'on les donnerait à peine à la piété la plus consommée ; ils sont des modèles de vertu, le moment après qu'ils ont cessé de l'être du vice et de la licence. Aussi, comme le disait saint Ambroise au grand Théodose, les siècles passés ont vu beaucoup de princes pécheurs assis sur le trône; mais ils n'y ont presque vu qu'un seul David pénitent. Combien de fois dans les calamités publiques qui affligeaient le

6a,it que le vice se trouve ordinairement mieux chez les grands que chez les peuples, parce que tout leur en faciUte l'entrée ? Us n'ont autour d'eux que des âmes flatteuses, des âmes mercenaires, qui témoins ou confidents de leurs plaisirs , sont aussi les approbateurs de leurs crimes. Saint Louis n'eut point à sa cour de tlatteurs, parce qu'il n'y voulut point avoir d'approbateurs de ses fautes. Persuadé que les princes n'apprennent jamais de leurs courtisans que des vérités agréables, il se la faisait dire par des étrangers à qui il ne se faisait point connaître ; et convaincu qu'où n'est applaudi dans ses défauts lorsqu'on est puissant, que pour n'avoir pas auprès de soi un fidèle et sincère ami, il chercha dans cette pensée une sûreté contre ces dangers où tombent tous les autres ; et par là il nous apprend qu'un vice, quelque subtil qu'il soit, n'est redoutable et invincible qu'à ceux qui craignent de le connaître.

Mais, peu content d'avoir évité les pièges dangereux et presque inévitables de la royauté, saint Louis crut devoir expier les fautes commises ou par lui ou par son peuple. Car quelles fautes ne se glissent pas dans les grandes places ; à quelles occasions n'est-on pas exposé ? quelle charge n'a-t-on pas dans les dignités éminentes ? C'est là qu'on est maître absolu de toutes choses ; de là dépend la sûreté des peuples ou leur inquiétude ; le bon ordre des familles ou leur renversement ; de

là dépend le succès des procès ou le malheur des guerres. C'est là qu'on voit des licences permises ou même pratiquées, des abus autorisés ou impunis, des grâces accordées à la faveur, ou refusées au mérite. Grand Dieu ! vous ne résistez pas aux puissances de la terre, et plus vous êtes puissant, plus vous communiquez de pouvoir aux souverains ! Mais, ah ! que ces places, quelque grandes qu'elles soient, sont pleines de dangers !

Saint Louis était bien éloigné de succomber à ces périls. S'il était puissant, ce n'était que pour punir puissamment les désordres. Toute son autorité était employée à dompter ses passions. Il se croyait chargé de tous les péchés de son peuple, parce qu'il en était le roi. Sous l'éclat de la pourpre, ce saint roi cachait l'austérité d'une haire presque perpétuelle ; et des membres qui n'avaient jamais servi à l'iniquité, il les faisait servir à la pénitence et à l'austérité. Raisons faibles, prétextes frivoles qu'on oppose à Dieu quand on est placé dans les hautes dignités, vous serez confondus par la force des exemples du plus grand et du plus saint de nos rois. Cette ville régnante le vit couvert de haire et de ciliée, s'offrir lui-même à Dieu comme une victime d'expiation pour son peuple. Elle le vit seul se rendre coupable des malheurs pressants qui accablaient .«on royaume , et dire , comme autrefois le saint roi David à la vue du fléau dont Dieu frappait son peuple : « Epargnez ce peuple,

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royaume , cette \ille régnante vit-elle notre saint roi traverser ks rues couvert de cendre et de ciliée ; aller implorer publiquement dans nos temples le secours du ciel ; s'offrir luimême, à l'exemple de David, comme une victime de propitiation pour tout son peuple; se reconnaître seul coupable des malheurs publics ; et comme ce prince, dire au Seigneur : a Détournez sur moi seul, ô mon Dieu, le glaive de votre fureur et de votre colère; épargnez ce peuple que vous avez choisi, qui vous connaît et qui vous adore, et dont peutêtre tout le crime à vos yeux est d'avoir un prince que vous avez comblé de faveurs, et qui ne vous en est pas plus fidèle : Vertatur^ obsecro, mamis tua contra me ; ego siim qui peccavi ; isti qui oves sunt, quid fccerunt ' ? » Et au fond, mes Frères, ces sentiments, si humbles dans la bouche de saint Louis, ne seraient (jue les dispositions les plus légitimes des personnes élevées. Les malheurs des peuples sont presque toujours une suite des crimes des grands. Oui, mes Frères, le peuple simple adore encore le Dieu de ses pères avec une foi humble et une consiience sincère; la religion n'est presque plus que pour lui. C'est parmi les grands et les ptiissnnts que la religion devient un problème; que la foi passe pour crédulité ; qiie l'impiété n'a souvent d'autre frein que la bienséance ou la sévérité religieuse du maître ; que la volupté ne connaît pas môme les bornes sacrées de la nature et de l'humanité ; et que l'ennui et la satiété, qui suit les plaisirs, est le partage des plus vertueux et des plus s'iges. Cependant, mes Frères, c'est vous seuls qui attirez les châtiments publics sur les peuples ; et c'est le peuple seul qui souffre de

« II Rois, XXIV, 17.

ô mon Dien , c'est moi seul qui ai péché , je suis le seul coupable ; quel mal mes sujets vous out-ils fail? Détournez, je vous prie , voire bras vengeur de dessus eux , et le tournez contre moi : Ef)0 sum qui peccavi, isti qui oves sunt quid fecerunt ? Verintur, obsecro, manus tua contrn nie ».

Vuilà sans doute des scnliuients bien ciiréliens ; et au Tond, CCS sentiments, si humbles et h louables dans la bouche de saint Louis, sont ceux qui devraient êlre dans le cœur de toutes les personnes élevées en rang et eu dignité au-dessus des autres. i.a punition des peuples est presque toujours tirée des crimes des puissances. C'est le mauvais usage qu'ils font de leurs grands biens, qui attire de temps en temps des fléaux de Dieu qui accableul les petits ; ce sont ces profusions monsirueuses que chaque jour vous faites de vos biens, grands et riches du monde, qui irritent la colère de Dieu et qui lui font suspendre tantôt ces pluies après quoi on soupire, et tantôt cette sérénité sans laquelle les campagnes ne produisent que des ronces. Cependaut^ les peuples souffrent, leurs besoins deviennent de plus

ces chàtimenis publics. Vous vous servez môme tous les jours de l'excuse des calamités publiques pour diminuer vos largesses et vous dispenser de les soulager ; vos jeux, vos tables, vos profusions, vos plaisirs n'y perdent rien ; les devoirs seuls de la miséricorde sont retranchés. Vous êtes les seuls coupables; et les pauvres seuls sont punis. Votre crime devient votre excuse; les calamités publiques qui sont toujours la peine de vos dissolutions, et qui devraient êlre le juste sujet de vos larmes et de vos largesses, le deviennent de votre dureté et de votre barbarie. Vous avez attiré l'indignation de Dieu sur son peuple par l'usage criminel des biens dont il vous a comblés ; vous rallumez sa foudre, en les refusant aux malheureux qu'il ne frappe que pour vous donner occasion de Tapaiseren les soulageant. Malheur à vous, qui, après avoir abusé des grâces du ciel, abusez encore de ses châtiments, et qui, également insensibles aux démarches d'un Dieu ou bienfaisant ou sévère, trouvez partout ou l'occasion de vos crimes ou le prétexte de votre im pénitence !

Du moins, mes Frères, vous devez l'exemple aux peuples, quand même vous trouveriez des prétextes pour vous dispenser de la réparatioa des maux publics qui les affligent; dernier motif de vertu que le saint roi trouva dans la dignité souveraine. En eifet, les exemples des grands décident presque toujours des mœurs publiques. Les hommes aiment les grands modèles ; et par une vanité naturelle que chacun trouve en soi, on croit en copiant leurs mœurs, entrer en part de leur grandeur et de leur naissance. Le peuple surtout, qui n'est pas capable de se faire des règles, cherche des exemples ; et comme les grands lui paraissent les plus dignes d'envie, ils sont aussi ceux qui

en plus pressants, tandis, grands de la terre, qne vos plaisirs ne perdent rien, que votre luxe est toujours le même, vos dépens! s également grandes ; vos excès deviennent ici la famine des peuples ; vos joies et vos divertissements , leur tristesse et leur malheur ; vos pompes et vos équipages deviennent ici la cause de la nudité et de l'indigence de vus sujets; vos passions, qui coûtent bien cher à contenter, deviennent ici le prétexte de votre dureté. Malheur à vous qui par toutes vos richesses et vos grandeurs trouvez ou l'occasion de vos crimes ou la dispense de votre pénitence !

Mais sachez que si vous n'êtes pas toujours en état de nourrir vos peuples, et d'empêcher les calamités qui leur arrivent, du moins vous leur devez le bou exemple. Si vous ne le leur donnez pas, vous êtes coupables et de vos crimes et des leurs dernier moiif dont s'est servi saint Louis pour se sanctilier par la royauté. Aussi bien, rien n'esl-il plus nécessaire à des peuples que le bon exemple. Les exemples des personnes élevées au-dessus des autres décident presque toujours des mœurs et

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lui semblent les plus dignes d'imitation. Ajoutez à ce désir qu'inspire la nature, les motifs étrangers de complaisance, de crainte, de fortune, qui donnent aux grands tant d'imitateurs, et qui rendent si dangereux, ou si utiles, les exemples de ceux à qui on a intérêt de plaire.

Plus donc on est exposé aux regards publics, plus on doit à son rang le spectacle d'une vie pure et irrépréhensible. Aussi on admire encore aujourd'hui dans saint Louis toutes les qualités d'un grand roi, jointes à toutes les vertus d'un simple fidèle. Plus magnifique que tous les princes de son siècle, dans les occasions où la dignité du trône le demandait, il savait reprendre ensuite cette simplicité chrétienne dont les grands ne sont pas dispensés ; et, en surpassant même ses sujets, comme le remarque l'historien de sa vie, dans la simplicité de ses habits et dans la frugalité de sa table, il nous apprenait que l'usage n'est une loi que pour ceux qui l'aiment, et que ce sont les passions des hommes, et non leur rang et leurs dignités, qui ont rendu le luxe et les profusions nécessaires. De plus, plein d'une noble fierté quand il s'agissait de soutenir les droits de l'empire, de ramener au devoir des sujets rebelles, ou de faire respecter à des vainqueurs barbares la majesté de son rang, on le voyait au sortir de là, tantôt porter aux pieds des autels la componction et l'humilité d'un pénitent, tantôt abaisser aux pieds des pauvres, qu'il servait presque tous les jours de ses mains, la majesté

royale ; tantôt ensevelir lui-même, au milieu de la contagion et de la défaite de son armée, les soldats morts pour la gloire de Jésus- Christ, animer les siens par son exemple, et, malgré l'odeur de mort que l'air, corrompu par la puanteur des corps, répandait à l'entour, et l'horreur du spectacle, aimer mieux exposer sa personne à cette infection mortelle, que laisser exposés à l'insulte des infidèles des corps consacrés par la grâce du baptême et par la gloire de s'être dévoués à la mort pour l'honneur de la religion. Exemple d'autant plus rare que les grands ne croient être nés que pour eux-mêmes ; que le bonheur et l'intérêt des peuples n'est compté pour rien, dès qu'il leur en doit coûter un seul plaisir; qu'ils regardent le reste des hommes comme des créatures d'une autre espèce, et faites seulement pour servir à leurs passions ou à leurs caprices ; et que, loin d'être les victimes du bien public, le public est d'ordinaire la victime de leurs cupidités inj'ustes!

Ici, mes Frères, si la brièveté d'un discours le permettait, après vous avoir représenté saint Louis comme l'exemple de ses peuples et le modèle des rois, il faudrait nous renfermer dans l'enceinte de ses devoirs domestiques, et le considérer comme le modèle des pères de famille. Et certes, mes Frères, il est plus aisé, ce semble, de remplir avec fidélité les devoirs publics où l'on est comme soutenu par l'éclat de ses actions mêmes ; mais c'est dans la pratique constante de ces devoirs obscurs et or-

de la conduite des peuples ; et on aime d'ordinaire à ressembler à ceux qu'on se fait honneur de suivre en quelque chose. Le peuple cherche à se faire des modèles qui l'animent. A ce motif ajoutez ceux de crainte et d'espérance, qui en sont la suite : l'exemple est donc un devoir plus essentiel pour les grands que pour tous les autres ; et plus on est élevé, plus on doit au public le spectacle d'une vie pure et irréprochable ; et voilà ce qui a fait admirer davantage dans saint Louis toutes les qualités d'un saint roi.

Plus magnifique pour ses peuples que pour lui-njême, il savait répandre le bien par son exemple dans tout son royaume. Premièrement, par la simpliciié chrétienne, dont les grands, pour être nobles et riches, ne sont pas dispensés, par la modestie de ses habits, parla frugalité de sa table, il faisait connaître que ce sont les ambitieux et les sensuels, mais non pas les grands et les riches, qui font tant de dépense en habits et en toutes sortes de mets exquis ; et sa simplicité en tout cela condamne tant de grands et de riches, qui depuis lui par leurs profusions excessives ont rendu nécessaire ce qui est superflu. En second lieu, ce saint roi n'avait point de fierté ni de délicatesse, quand il s'agissait du soulagement de ses peuples. On le voyait tantôt pleurer aux pieds des autels les crimes de quelque endurci qu'il n'avait pu ramener à son devoir, employer la douceur pour gagner les méchants, et les épouvanter ensuite par la crainte des châtiments. Tantôt on le voyait aux pieds des pauvres , pour les consoler et les assister de ses

aumônes; tantôt ensevelir lui-même dans le camp ceux de ses soldats qui avaient été tués, animant les uns et les autres à se rendre les derniers devoirs; et, malgré l'infection que répandaient à l'entour ces cadavres puants, les prendre lui-même et les faire enterrer ; aimant mieux s'exposer à mourir lui-même , que de laisser sans sépulture et à la proie des oiseaux carnassiers des corps consacrés par le baptême. Ce fut là l'exemple qu'il donna pendant sa vie. Exemple d'autant plus nécessaire dans un souverain, que les grands du monde croient être exempts de rendre service à leurs peuples, dès qu'il doit leur en coiiter le moindre dégoût , la moindre fatigue ; et que, loin de se rendre de pieuses victimes pour le bien public , le bien public devient au contraire leur victime à euxmêmes !

Ici , mes Frères , si la brièveté d'un discours me le permettait, après avoir fait voiries rares vertus de saint Louis envers ses peuples, et à l'égard même des étrangers, il faudrait vous le montrer renfermé dans le soin de ses domestiques, réglant sa famille, et enfantant plus de saints à l'Eglise que des conquérants à l'Etat.

Ce ne sont pas là d'ordinaire les occupations des grands de la terre. Plus jaloux de la gloire que de la sanctification de leurs enfants , ils les instruisent eux-mêmes des moyens d'acquérir celle-là, et se mettent peu en peine de leur apprendre le secret d'arriver à celle-ci. Saint Louis plus sage qu'eux tous s'occupe purement et principalement au soin de sa famille ; et

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dinaires, où l'on est moins en garde contre soi-même, que la vertu solide paraît principalement ; et rien n'est plus rare dans la piété des grands surtout, plus dominés par les inégalités de l'humeur que les autres hommes, que de soutenir avec dignité cette partie obscure de leur vie, qui est toute cachée aux yeux du public et renfermée dans le devoir domestique.

Cependant, les soins d'un vaste royaume n'empêchèrent jamais le saint roi d'ofTrir tous les jours au Seigneur, à la tète de sa famille royale, des vœux communs et des prières ferventes. Son palais était devenu une église domesli(|ue ; et cette demeure snperbe des rois, où se forment toutes les jassions, et d'où elles se répandent ensuite sur toute la terre, n'était plus que le séjour de l'innocence où le Seigneur était invoqué, et d'où coulaient sur tout le royaume des sources de vie et de vertu.

C'est ainsi que ses exemples, autant que ses instructions, inspiraient de bonne heure la crainte de Dieu à Philippe son fils aîné et aux autres princes ses enfants. Qu'on lit encore avec un saint respect pour ce |)ieux roi, mes Frères, les soins où il voulait bien entrer luimême pour leur éducation! Les assemblant tous les soirs auprès de sa personne ; étudiant dans la naïveté de leurs discours leurs inclinations naissantes , ou pour les redresser lorsqu'elles paraissaient dangereuses , ou pour les cultiver lorsqu'elles étaient louables; leur proposant, dans l'histoire des rois leurs ancêtres, des exemples de vice et de vertu ; et en leur faisant remarquer les destinées différentes des bons et des méchants princes, le bonheur ou le malheur de leur règne, et les blâmes ou les louanges que la postérité

toujours équitable donnera jusqu'à la fln à leur mémoire; les animant par ces grands motifs à imiter les qualités louables et bienfaisantes des uns, et à éviter les vices et les fautes des autres. On aime assez, je l'avoue, mes Frères, à donner à des enfjinls des leçons de vertu et de probité; on se fait honneur même de leur débiter les maximes les plus sévères et les plus héroïques de la sagesse. Mais la conduite domestique soutient mal le faste et la vanité de ces instructions; on leur propose les vertus de leurs ancêtres, et on affaiblit, en les démentant soi-même par des mœurs opposées, l'impression qu'aurait pu faire le souvenir de ces anciens modèles. Ainsi, loin de leur inspirer des sentiments de vertu par ces instructions contredites par nos exemples, nous les accoutumons à penser de bonne heure que la vertu n'est qu'un nom; que les maximes qu'on nous en débite ne sont qu'im langage et une façon de parler qui a passé des pères aux enfants, mais que l'usage atoïijours contredite; et «ju'enfin ceux qui en ont paru dans tous les temps les plus zélés défenseurs, ont toujours été au fond semblables au reste des hommes.

Tel lut le saint roi dont je n'ai fait qu'abréger l'histoire, persuadé que le simple récit de sa vie était un parfait éloge et une excellente instruction. Une terre infidèle reçut ses derniers soupirs. Les malheurs de sa première expédition dans la Palestine n'avaient pu ralentir son zèle. Déjà cassé, moins par les infirmités d'un âge avancé, par les fatigues de ses voyages et de ses guerres, que par les austérités d'une vie dure et pénitente , il part et marche encore contre les infidèles suivi de ses princes et de ses troupes. Il aborde en Afrique, persuadé que s'il peut chasser de ces

quoique les grands s'excusent toujours des soins de leur domestii|ue sur les grands emplois et les grandes occupations de leur étal , le saint roi que nous honorons n'en use pas de la sorte. Il veille à tout, il (nteml tout, règle tout; et cependant les soins immenses d'un vaste voyage ne l'ont jamais empêché â'oiïrir à la lète de sa famille des vœux et des prières pour leur sancliticalion et pour rendre ses peuples heureux et tranquilles. Son palais était devenu la maison d'un père de famille ; tout plein d'amour et de teudresse pour ses peuples , qu'il regardait comme ses enfants, et dont il avait banni toutes sortes d'allrails d'orgueil et de voinpié , il lit changer toute la face ordinaire de la cour des princes ; et les palais des grands, où létEuaieiit auparavant les délices, la mollesse, le luxe et les plaisirs, ne fuient plus par sou exemple qu'un lieu d'innocence , u'uii coulaient eu abondance oes ^ources de vertus et de sainteté. C'était ainsi que l'exemple de saint Louis inspirait à Pbihppe son tils aîné et à ses deux autres enfants le désir de la vertu et de la saialeté. Ce saint roi étudiait toutes leurs

inclinations et leurs penchants, ou pour les redresser sur la loi de Uieu lorsqu'ils s'en écartaient, ou pour les alfermir dans le bien lorsqu'ils en avaient le désir. Il leur proposait, pour les animer davantage. Us bons et les mauvais succès de leurs ancêtres , en leur apprenant que ce serait en suivant les bons ou les meclianls qu'ils seraient de bons ou de mauvais princes. On aime assez dans le monde à donner à des enfants des leçons de vertu et de probité; on s-e plait à les instruiie des ventés de la religion. Mais d'ordinaire les parents soutiennent mal les leçons qu'on donne à ces enfanis qu'on mène devant eux. Et, loin d'allennirces sages préceptes par laulorité des bons exemples, ou les dément sins cesse et on les ruine^ tout à fait ; par là, on tait croire à des enfants peu éclairé! que la venu n'est <|u'uu nom dont ou se paie, mais qui n< coûte lieu à ai quérir ; et que celui qui en donne de bel.i leçons à ses enfants ne la pratique pas pour lui-même.

Le saint roi, dont nous décrivons ici en général rhistoire,| fut bien éloigné de donner occasion à ses enfants de regarde

SERMON POUR LE JOUR DE SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE

contrées les ennemis de Jésus-Christ , cette conquête lui facilitera celle des lieux saints, et de cette terre dont la délivrance avait toujours fait le pieux objet de tous ses désirs. Mais il meurt, comme Moïse, avant d'avoir pu passer le Jourdain; il salue de loin, comme lui, cette terre heureuse promise à sa postérité ; et se consolant, à l'exemple de Moïse, dans l'espérance que ses successeurs établiraient enfin un jour le peuple de Dieu dans son héritage, et en chasseraient les ennemis du Seigneur : 0 Je meurs dans celte terre étrangère, dit-il à ses enfants et aux principaux chefs de son armée, comme autrefois Moïse sur le point de sa mort : Ëcce morior in hac hiimo '. Le Seigneur refuse sans doute à mes infidélités la consolation que j'avais tant souhaitée de délivrer son héritage : Non transibo Jordanem. Mais vous, ou vos successeurs, le délivrerez; et cette terre promise au peuple de Dieu deviendra enfin la conquête des héritiers de mon sang et de mon trône : Yos Iransibilis^ et possidebitis terram egregiam » .

0 Dieu, conservez donc à la France une si sainte et si auguste postérité ! Faites passer, jusqu'à la dernière génération, aux descendants de saint Louis, avec son sang et sa couronne, toutes les vertus qui rendirent son nom si respectable à ses voisins , et son règne si

heureux à ses peuples. Donnez toujours votre justice et votre jugement aux enfants de ce saint roi ; rendez-les saints, et vous les rendrez grands! N'en faites pas les vainqueurs des provinces et des royaumes; faites-en les pères de leurs peuples. Les conquêtes les plus éclatantes ébranlent souvent le trône où est assis le conquérant ; et l'amour de ses sujets l'affermit toujours. Ecoutez les vœux surtout que nous vous offrons tous les jours pour le plus grand de ses successeurs S pour qui nous n'avons plus rien à désirer, qu'un règne aussj long et aussi saint, qu'il a été jusqu'ici glorieux. Secondez ses pieux desseins ; éclairez la droiture et la sainteté de ses intentions; montrez-lui vous-même vos voies , puisqu'il les cherche de bonne foi, et que son désir le plus vif et le plus marqué est de les connaître. Et soyez béni à jamais, Seigneur, de ce que vous avez voulu enfin sanctifier la prospérité de son règne ; faire servir sa gloire à son salut; embellir son histoire, déjà pleine de tant de prodiges, des actions de la foi plus durables et plus immortelles que les victoires et les conquêtes, et combler toutes les grâces dont vous l'aviez favorisé jusqu'ici par la plus grande de toutes, je veux dire par une piété tendre et sincère.

Pour vous, mes Frères, instruits dans ces

1 Deut., IV, 22.

Louis XIV.

si mal la vertu. Il leur en donna lui-même l'exemple avec les leçons, persuadé que le récit qu'on leur en faisait avait beaucoup moins de force sur leurs esprits que l'exemple qu'on leur en donnait. Après avoir ainsi réglé sa famille et son royaume, il est tenté de prendre en main les intérêts de son Dieu avec plus d'ardeur que jamais, il entend parler que les barbares étaient en possession de l'iieurtux séjour que le Sauveur du monde avait consacré de ses pas et arrosé de son sang. Il lève -une grande armée ; et, pour tâcher d'arrarher des mains de ces barbares une terre si sainte et si véiiéiable, il s'embarque avec confiance, et, malgré les dangers de sa première maladie, il vole dans la Palestine. Déjà cassé par les rigueurs des fatigues qu'il avait essuyées dans la guerre, atténué par les incommodités de ses voyages, et tout atldibli par les austérités d'une vie pénitente, il passe tn la terre sainte accompagné de quelques troupes choisies de son peuple, pour aller conquérir ce séjour des saints. Mais Dieu permet que, comme Moïse, il meurt avant que d'y entier, et que, comme ce grand chef du peuple de Dieu, il s'écrie, en parlant à ses enfants: «Ah! je meurs dans cette terre étrangère : Ecce morior in hâc liumo ; le Seigneur refuse sans doute à mes péchés la consolation de passer le Jourdain, non transibo Jordanem. Mais vous, mes enfants, mes successeurs, vous le passerez ; vous aurez le bonhour de posséder cette terre délicieuse ; et héritiers de mon trône, vous le serez aussi du fruit de mes travaux : Vos iransibitis et possidebitis terram egregiam ».

0 Dieu! conservez donc à la France une si auguste postérité. Faites descendre sur ses dignes successeurs les vertus qui le

rendirent si agréable à vos yeux et aux yeux de son peuple. Donnez-leur tout ce que vous donnâtes à saint Louis, pour en faire un grand saint et un grand roi. Ecoutez favorablement les vœux que font sans cesse les peuples de ce royaume pour la santé et la prospérité du grand prince qui nous gouverne. Secondez d'autant plus la droiture de ses intentions, que c'est vers vous qu'il les porte. Soyez à jamais béni de ce que vous avez voulu atferuiir contre tous tes ennemis la prospérité de son règne ; annoblissez son histoire déjà embellie de tant de faits éclatants et de tant d'héroïques et de pieuses actions ; annoblissez-la dis-je, encore des plus éclaianies marques de sainteté, et faites trouver p ace à sa tendre piélé dans le livre de sa vie et de ses exploits.

Pour vous, mes Frères, ne vous défendez plus de la piété et de la vertu, sous quelque prétexte de grandeur que ce soit. Après l'exemple que je viens de vous proposer, souvenez-vous qu'il n'est plus rien de grand sur la terre qu'on ne doive faire servir à se rendre saint dans le ciel ; apprenez que c'est pour les pauvres et les iutirmes que Jésus-Christ a promis son royaume ; la misère de leur condition leur est presque une loi d'être saints ; et l'Evangile ne promet les délices du ciel qu'à ceux qui ne goûtent plus celles de la terre. Voilà ce qui regarde les avantages des petits et les dangers des grands; ce qui vous fait voir à tous la différence de vos conditions. Que ces grandes vérités sont peu connues dans le siècle ; et qu'heureuses sont les âmes, ô mon Dieu, qui, séparées du milieu du monde et opposant sans cesse leur sainteté à ces dangers qui environnent les grands de toutes parts, ne vous perdent jamais de vue ;

PANÉGYRIQIES.

grands exemples, ne rougissez plus de la piété comme d'une faiblesse. Souvenez- vous que c'est le plus haut point de gloire où l'homme puisse atteindre; qu'elle seule donne du prix et une véritable grandeur à nos actions; que sans elle les plus grands hommes sont petits

qni ne font que bénir vos bontés et vos miséricordes ; qui ne craignent que vous; qui ne cherchent de consolation qu'en vous ; qui ne se mettent pas en peine de chercher ici-bas des grandeurs, et qni ne s'en promettent de parfaites que lorsqu'elles jouiront de votre gloire avec vous. Voilà les avis que j'avais à vous donner : An nescUis quoniam sancti de hoc mundo

etraî.^pants, et avec elle les plus petits et les plus cl)scurs deviennent grands et héroïques; et qu'enfin il n'y a de réel sur la terre, que ce que nous faisons pour le ciel, que je vous souhaite, etc Ainsi soit-il.

judicnhunt ' ? Ne savez-vous pas que los saints doivent un jour juger lo monde '? Fasse le ciel que, loin d'être jugés avec le uioude, vous le jugiez vous-mêmes avec les saints ! C'est ce que je vous souhaite.

' I Cor., VI, 2.

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