PREMIÈRE PARTIE
Je suppose d'abord, mes Frères , que le véritable culte, si nous le considérons en luimême, et sans aucun rapport à l'état présent de l'homme, est purement intérieur, et se consomme tout entier dans le cœur. Adorer l'Etre souverain, contempler ses divines perfections, s'unir à lui par les saints mouvements d'un amour pur et parfait, la louange, la bénédiction, l'action de grâces, c'est toute la religion des esprits bienheureux ; c'est celle des justes qui nous ont précédés avec le signe de la foi. C'eût été la religion de l'homme innocent, dit saint Augustin, si, déchu de cet état de justice où il avait été d'abord créé, on ne l'eût pas condanmé à ramper sur la terre, et à ne jiuuvoir plus s'élever à son Créateur, que par le ministère des mêmes créatures qui l'eu avaient éloigné.
SucctSieurs de son infidélité , nous le
sommes de sa peine; enfants d'un père charnel, nous naissons charnels comme lui. Notre âme, enveloppée dans les sens, ne peut presque plus se passer de leur ministère; il faut à notre culte ties objets sensibles qui aident notre foi, qui réveillent notre amour, qui nourrissent notre espérance, qui facilitent notre attention, qui sanctifient l'usage de nos sens, qui nous unissent môme à nos frères. Telle est la religion de la terre; ce sont des symboles, des ombres, des énigmes qui nous fixent, qui nous purifient , qui nous réuuisseut. Abel offrit des sacrifices ; Enos invotpja le nom du Seigneur avec l'appareil des cérémonies sensibles; les patriarches dressèrent des autels ; la loi vit multiplier à l'inliiii ses prali.|ues et ses observances. L'Eglise {)lus spirituelle en eut moins, mais elle en eut. Un Dieu même manifesté en chair y devint visible, pour s'insinuer à la faveur de nos sens jusque dans nos cœurs ; et ce mystère, continué sur nos autels sous des signes mystiques, doit servir, jusqu'à la consommation des siècles, et d'exercice et de consolation à notre foi.
Les hommes ne peuvent donc se passer d'un culte extérieur, qui les réunisse, qui les discerne des infidèles et des errants, qui édifie même leurs frères, qui soit une confession publique de leur foi. Voilà pourquoi Jésus- Christ a rassemblé ses disciples sous un chef et sous des pasteurs visibles, les a unis entre eux par la participation extérieure des mêmes sacrements, les a assujélis aux mêmes signes sensibles, et a donné à son Eglise un caractère éclatant de visibilité auciuel on ne peut se méprendre, et » qui lui a toujours servi de rempart contre toutes les sectes et les esprits d'erreurs, qui dans tous les temps ont voulu s'élever contre elle.
Cependant, ce n'est pas l'hérésie seule qui a prétendu borner tout le culte à l'intérieur, et regarder toutes les praliijues sensibles comme des superslilions populaires ou des dévotions inutiles. On peut dire que cette orgueilleuse erreur a régné de tout temps diins le monde. Nous entendons dire tous les jours que la véritable piété est dans le cœur ; qu'on [)eut être homuiedebien, juste, sincère, humain, généreux, sans lever l'étendard, sans courir à toutes les dévotions, sans se faire un monstre d'un vain discernement de viandes
< Et, 1745, 1764, Ruuouard. M. de Sacy retranche ce mot, je ne sdig pourtiuoi.