‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 18 sur 141 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ce que saint Paul disait autrefois des observances de la loi de Moïse, nous pouvons le dire aujourd'hui des pratiques extérieures de la piété : elles sont utiles, elles sont saintes, elles sont justes : Mandatum quidem boniim^ et sanctum, etjustiimK Mais l'abus qu'on en fait, change en occasion de péché ce qui n'avait été d'abord établi que pour faciliter le salut. Elles sont utiles, mandatum quidem bonum; et on les rend vaines en ne les accompagnant pas de cet esprit de foi et d'amour, sans lequel la chair ne sert de rien. Elles sont saintes, mandatum quidem saiictum;(iiVon en fait des obstacles de salut par l'orgueil et la vaine confiance qu'elles nous inspirent. Enfin elles sont justes, mandatum quidem justum ; ei on blesse la justice, en les préférant souvent aux obligations les plus essentielles.

En premier lieu, les pratiques extérieures de la piété sont utiles, mandatum qiddem bonum; et on les rend infructueuses, en ne les accompagnant pas de cet esprit de foi et d'amour sans lequel la chair ne sert de rien.

En effet, mes Frères, tout le culte extérieur se rapporte au renouvellement du cœur comme à sa fin principale. Toute action de piété qui ne tend pas à établir le règne de Dieu au dedans de nous, est vaine ; toute pratique sainte qui subsiste toujours avec nos f>assions, qui laisse toujours dans notre cœur l'amour du monde et de ses plaisirs criminels, qui ne tuuclie point à nos haines, à nos jalousies, à notre ambition, à nos attachements, à notre [•aresse, est plutôt une dérision de la vertu, «lu'une vertu môme. Nous ne sommes devant Dieu que ce que nous sommes par notre tœnr et par nos aUcctions; il ne voit de nous que notre amour; il veut être l'objet de tous nos désirs, la fin de toutes nos actions, le principe de toutes nos affections, l'inclination domi-

* MaudaluD) sauclaoi, et jaslum, et bonum. Rom., vu, 12<

nante de notre âme. Tout ce qui ne prend pas sa source dans ces diposilions, tout ce qui ne doit pas nous y affermir ou nous y conduire, quelque éclat qu'il puisse avoir devant les hommes, n'est rien devant lui, n'est qu'un airain sonnant, et une cymbale vide et retentissante.

Toute la religion en ce sens est dans le cœur. Dieu ne s'est manifesté aux hommes, il n'a formé une Eglise visible sur la terre, il n'a établi la majesté de ses cérémonies, la vertu de ses sacrements, la magnificence de ses autels, la variété de ses pratiques et tout l'appareil de son culte , que pour conduire les hommes aux devoirs intérieurs de l'amour et de l'action de grâces, et pour se former un peuple saint, pur, innocent, spirituel, qui pût le glorifier dans tous les siècles.

Voilà la fin de tout culte établi de Dieu, et de tous les desseins de sa sagesse sur les hommes. Toute religion qui se bornerait à de purs dehors, et qui ne réglerait pas le cœur et les affections, serait indigne de l'Etre suprême, ne lui rendrait pas la principale gloire et le seul hommage qu'il désire, et devrait être confondue avec ces vaines religions du paganisme, dont les hommes furent les inventeurs, qui n'imposaient à la superstition des peuples que des hommages publics et des cérémonies bizarres, qui ne réglaient point l'intérieur, et laissaient au cœur toute sa corruption, parce qu'elles ne pouvaient, ni la guérir, ni même la connaître.

Cependant, mes Frères, on peut dire que c'est ici l'abus le plus universel et la plaie la plus déplorable de l'Eglise. Hélas ! toute la gloire de la fille du roi est, pour ai.isi dire, en dehors. Jamais la montre ne fut si belle ; jamais les dehors du culte plus solennels; jamais les temples plus pompeux, les sacrements plus fréquentés, les sacrifices plus communs, les œuvres de miséricorde plus recherchées : jamais tant d'extérieur de dévotion, et jamais peut-être moins de pieté; et jamais les véritables chrétiens ne furent plus rares.

Vous comprenez bien que je ne prétends pas ici justifier les vains discours du monde, et les préjugés du libertinage contre la vertu, que j'ai dcja confondus dans la première partie de ce discours. L'impie veut que tous les dehors de la piété cachent un cœur double et conoujpu, et que toute vertu soit une feinte et une hypocrisie, parce que l'impie juge de

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