‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 29 sur 141 · SUR L' AUMONE · texte numérisé non relu

SUR L' AUMONE

ROTICL

Ce sermon fut d'abord prononcé à la cour, devant Louis XIV ; puis avec quelques traits ajoutés, à Notre-Dame, dans le carême de cette terrible année 170!). Mais qu'on lise dans le texte de no-i, que nous |il9ç.ins au bas dos papd?, !ps pémisseraonts de Massillon sur les calamités des pauvres, l'excès de leurs maux, leur faim et leur nudité, on ne trouve nulle part rien de plus hardi, de plus évangélique, de plus fort. — En 1709, on le sait, la vaste enceiute de Notre-Dame, à la voix lanlùl triste et supplimte, tantôt menaçante, de l'orateur trans-porté, éclata en pleurs, en sanglots, eu cris de compas^in^ et aussi de reuiords. — Devant ce chef-d'œuvre, sorti d'un cœur apostolique , la critique est peu de chose ; et on pense à ces éloquentes requêtes des pasteurs chrétiens de tous les temps, des Chrysostome, des Vincent de Paule et des Bossuet. — C'est avec le cœur et avec le sentiment chrétien qu'il faut lire et goûter ce sermon, dicté par la charité.

UUllSL

Division. — {•Le devoir de Vaumône établi contre les vaines excuses de ta cvpfdHé. 2» le devoir de l'aumône sauvé des défauts mêmes de la charité.

PnEMiÈRi:: PARTIE. — Un peu d'attention à la sagesse de la Providence, aux lois de la nature, à celles de la religion, suffit puur persuader le monde que l'aumône est un devoir. Mais on allègue différents prétextes pour s'en dispenser : ou n'est pas assez riche ; les temps sont malheureux ; il y a trop de pauvres à secourir.

Première excuse. Sans avoir un revenu infini, on a, dit-on, une infinité de dépenses à faire. Mais s'il est vrai d'une part que les bornes du nécessaire ne sont pas é^'alemeut étroites dans tous les états; de l'autre, il est inconiesfable que le superflu des riches appartient aux pauvres. Ce principe supposé, je fais quatre questions. Je demande, premièrement, si c'est à la cupidité à régler le nécessaire. Si c'était à elle, plus on aurait de passions à satisfaire, moins on serait obligé d'élre charitable : c'est donc à la foi à le régler; or la foi adjuge aux pauvres ce qui ne tend qu'à nourrir la vie des sens, qu'a flatter les passions, qu'à autoriser les pompes et les abus du monde. Je demande, secondement, si pour être né riche, on en est moins chiélien. Non, sans doute, ou bien il faut dire que ce n'est qu'aux pauvres que Jésus-Christ a défendu le fasie et les plaisiis. L'tivangile interdit aux riches tous les avantages qu'ils peuvent, selon le monde, retirer de leur prospérité. Ce n'est pas pour vous que vous êtes nés opulents, mais pour la veuve et l'orphelin ; vos biens sont des dépôts mis eu vos mains pour leur être conservés plus sûrement ; vous n'êtes que les ministres de la Providence envers eux ; sans cela votre élévation ne serait pas l'ouvrage de Dieu. Je demande, troisièmement, ce que peuvent retrancher aux besoins prétendus des riches les modiques largesses qu'on leur demande. Dieu n'exige pas qu'ils vendent leurs biens , leurs pala s ; mais il exige que la dépense i|u'ils feront ne les mette point hors d'état de couvrir la nudité de ses serviteurs ; que de leurs tables délicates il tombe quelques miettes pour les I^zare ; que leur goût pour les peintures ne leur fasse pas oubher les imiiges vivantes de Jésus-Christ ; que, tandis que le jeu est un gouffre où va fondre tout leur bien, ils n'en allèguent pas la médiocrité, lorsqu'il s'agit de soulager leurs frères. Je demande, quatrièmement, pourquoi c'est ici la seule circonstance où ils se plaignent de la médiucnté de leurs revenus, eux qui en toute autre occasion veulent passer pour riches. Ah ! ils disent qu'ils sont pauvres, et eux seuls ne veulent pas voir qu'ils sont comblés de biens.

Seconde exruse. Les temps sont malheureux, dites-vous. Mais premièrement, c'est précisément pour cela que vous devez vous attendrir envers les indigents : si vous vous ressentez de ces malheurs, combien n'en doivent-ils pas souffnr? Secondement, ce malheur des temps est la peine de votre dureté enveis les pauvres ; c'e-t donc par des aumônes, et non par de vaines prières qu'il faut apaiser la colère de Dieu ; les pauvres ont les clefs du ciel ; leurs vœux règlent les temps et les saisons : ce n'est que par rapport à eux que Dieu vous punit ou vous fivorise. Troisièmement, vos passions soufTieiit efesde la misère publique? Si elle vous oblige à quelque retranchement, retranchez du moins vos crimes, avant que de retrancher de vos devoirs. Dieu,

^ en fiappaul de siérilité les provinces, veut ôter aux grands les occasions des excès ; regardez- vous comme des criminels publics :

QUATRIÈME DIMANCHE : SUR L'AUMONE. H3

portez seuls l'amertame des fléaux qui ne sont destinés qu'à vous punir. Si les divers abus que vous faites de vos richesses vont toujours leur t^-ain, malgré ces fléaux ; si l'indigence seule en souffre, Dieu, en les faisant pleuvoir sur la terre, n'aurait donc voulu frapper que des malheureux?

Troisième excuse, il y a, dit-on, trop de pauves à secourir. Mais premièrement, d'où vient cette multitude d'indipents que nos pères n'ont point vue dans les plus grandes calamités? N'est ce pas d'un luxe qui eng'oulil tout? Il n'y avat point d'indi^ji^nts parmi les premiers chrétiens ; pourquoi y en a-t-il tant parmi nous ? (J'est que leurs pauvres mémos étaient charitables, et que nos riches sont cruels ; c'est qu'ils étaient tous modestes et sobres, et que nous sommes fastueux et inte.upérai.ts ; c'est qu'ils n'avaient d'ambition que pour le ciel, et que nous n'eu avons que |.our la terre ; c'est que leurs retranchements faisaient la richesse du pauvre, et que nos profusions font sa misère. Si fhacun mettait à part une certaine portion de ses biens pour la subsistance des indigents, on verrait renaître l'éiialité, la sainteté même des premiers fidèles : tout changerait de face ; et les ennemis de la foi seraint encore forcés de reconnaître la divinité de notre religion. Secondement, c'est précisément parce que le nombre des pauvres est grand, que le devoir de l'aumône est plus indispensable : la misérirorde doit croître avec les misères ; elle doit interdire, comme superflues, des dépenses qui hors de là seraient peut-être nécessaires. Ni l'humanité, ni la raison, ni la religion ne vous permettent point d'être seuls heureux. Alors les excès de charité sont pour vous une loi de justice ; alors vos profusions méritent d'être punies même par les lois des hommes : peut-être cependant savez-vous mettre à prolit et apprécier la nécessité des pauvres. Dieu les vengera; ils seront vos accusileurs; et, dépouillés pour jamais de vos biens, il ne vous restera pour partage que la malédiction prononcée contre les riches impitoyables : Nudus eram,... ite in ignem,...

Deuxième partie. — Il y a quatre règles à observer en accomplissant le devoir de l'aumône : la charité doit être secrète, universelle, douce, vigilante.

10 Jésus-Christ multipliant les pains dans un lieu écarté, afin de n'avoir pour témoins de sa miséricorde que ceux qui en devaient ressentir les effets, nous apprend que notre charité doit être secrète ; sans cette condition nos aumônes sont perdues pour l'éternité. On voit peu de gens qui publient leurs œuvres sur les toits ; mais on en voit beaucoup qui n'ont des yeux que pour les misères d'éclat ; il y en a qui prennent des mesures pour cacher leurs largesses, mais qui ne sont pas fâchés qu'une indiscrétion les trahisse ; on n'est pas plus humb'e dans ses libéralités envers les temples du Seigneur ; sur les murs sacrés des inscriptions immortalisent l'orgueil des bienfaiteurs; à l'autel, le prêtre est revêtu des marques de leur vanité. Salomon dans le temple de Jérusalem ne fit graver que le nom du Seigneur ; les plus riches d'entre les premiers fidèles voyaient avec plaisir leurs noms confondus avec ceux de leurs frères qui avaient fait moins de largesses. La charité est cette bonne odeur de Jésus-Christ, qui s'évanouit dès qu'on la découvre. Il est bon que nos frères voient nos œuvres ; mais il ne faut pas que nous les voyions nous-mêmes : semblables à ces fleuves qui ont presque toujours coulé sous la terre, les aumônes secrètes arrivent bien plus pures dans le sein de Dieu.

2° Jésus-Christ ne rejetant personne de cette multitude qui s'offre à lui, nous apprend que notre charité doit être universelle : il condami.e ces libéralités de goût et de caprice, qui ne semblent ouvrir notre cœur à certaines misères, que pour le fermer à toutes les autres ; qui ont leurs jours fixes, leurs lieux, leurs personnes; la vraie charité n'est point si méthodique. U condamne cet examen que nous faisons des besoins qu'on nous expose ; la vraie charité n'est point si scrupuleuse ; c'est Jésus-Christ, qui reçoit l'aumône donnée même à un imposteur, et la récompense est attachée à rintenlion de celui qui la donne.

30 Jésiis-Chri;t attendri à la vue d'un peuple errant et dépourvu, nous apprend que notre charité doit être douce. Vous accompagnez souvent vos aumônes de tant de dureté, que le refus serait moins accablant ; vous reprochez aux pauvres leurs forces, et vous ne faites aucun usage des vôtres ; leur pares.?e, et vous vivez dans une mollesse indigne; leur vie inutile, et la vôtre est criminelle. La pitié qui compatit à leurs maux, les console autant que la charité qui les soulage. Au théâtre, les malheurs d'un héros fabuleux vous attendrissent ; Jésus-Christ souffrant dans un de ses membres, est-il imligne de votre pitié?

4o Jésus-Christ, découvrant le premier les besoins du peuple, nous apprend que notre charité doit être vigilante. Cette vigilance est une suite du précepte de l'aumône. Les riches S( nt les pasteurs des pauvres selon le corps; et ils sont coupables devant Dieu des suites qu'aurait prévenues un secours offeit à propos. Un n'exige pas que vous découvriez tous les besoins secrets d'une ville; mais on exige qse dans votre quartier vous ne soyez pas environnés à votre insu de mille malheureux, qui sont blessés de votre pompe et de votre prospérité ; que dans vos terres vous connaissiez les personnes que l'épuisement et les infirmités, le sexe ell'â^e mettent ou hors d'étal de gagner leur vie, ou eu danger de perdre leur innocence.

■Voilà les règles de l'aumône chrétienne ; en voici les fruits. Premièrement, elle est une source de bénédictions, même temporelles : c'est une usure sainte, elle intéresse Dieu dans notre fortune. Secondement, elle nous cause la joie la plus pure que nos biens puissent nous procurer : quel plaisir de faire des heureux ! quelle consolation de penser que dus âmes affligées lèvent les mains au ciel pour nous! Troisièmement, elle aide à expier les crimes de l'abondance, à nous ouvrir les portes du ciel : la grâce se réserve de grands droits sur une âme où la charité n'a pas encore perdu les siens ; la conversion d'un bon cœur n'est jamais désespérée. Aimez donc, secourez, respectez les pauvres, afin qu'au grand jour Jésus-Christ vous dise : Venez, les bénis de mon Père, etc.

Accepit eïgo Jésus panes ; et cum gratias egisset, distribuit dis- tUFe miraCUleUSe à UH peuple preSSé de faim

et de misère. .11 pouvail sans doute encore

Jésus prit les pains: et ayant rendu grâces, il les distribua aux „ . , .,* -, ij'ax'

disciples, et le, disciples à ceux qui étaient assis. Jean, vi, U ; V. faire pleuvoiF la manne dans le descrt et epar-

Matih, XIV, 19. gjjgj. ^ ggg disciples le soin d'une si pénible

distribution.

Ce n'est pas sans mystère que Jésus-Christ Mais ne pouvait-il pas aussi, après avoir res-

associe aujourd'hui les disciples au prodige suscité Lazare, ne point employer leur secours

de la multiplication des pains, et qu'il se sert pour le délier? Sa voix toute-puissante qui

de leur ministère pour distribuer la nourri- venait de briser les chaînes de la mort, aurait-

Ce n'est pas sans raison que Jé-'us-Christ associe aujour- avoir fait pleuvoir pendant quarante années la manne dans le

d'hui ses disciples au prodige de la multiplication des pains, désert pour la nourriture d'une nation entière, ne pouvait-il

et qu'il se sert de leur ministère pour distribuer la nourriture pas encore faire descendre l'abondance sur une multitude de

miraculeuse à un peuple pressé de faim et de misère. Après peuples affamés, sans que ses apôtres y eussent aucune part?

Mass. — Tome II. 8

GRAND-CAREME.

elle trouvé quelque résistance dans de faibles liens que la main de l'homme avait formés? C'est qu'il voulait leur tracer par avance, dans celte fonction, l'exercice sacré de leur ministère, la part qu'ils allaient avoir désormais à la résurrection spirituelle des pécheurs; et que tout ce qu'ils délieraient sur la terre, serait délié dans le ciel.

Il pouvait encore, lorsqu'il fut question de payer le tribut à César, se passer des filets de Pierre , pour chercher une pièce d'argent dans les entrailles d'un poisson; lui qui des pierres mêmes pouvait susciter des enfants d'Abraham, aurait pu à plus forte raison les changer en un métal précieux et y trouver le prix du tribut dû à César; mais, en la personne du chef de l'Eglise , il voulait instruire tous ses ministres à respecter ceux qui portent le glaive ; et à donner, en rendant l'honneur et le tribut aux puissances établies de Dieu, un exemple de soumission au reste des fidèles.

Ainsi, en se servant aujourd'hui de l'entremise des apôtres , pour distribuer aux troupes le pain miraculeux, son dessein est d'accoutumer tous SCS disciples à la miséricorde et à la libéralité envers les malheureux. Il vous établit les ministres de sa Providence, et ne mul-

Celui qui avait autrefois fait croître des épis sous la main d'une fidèle Moabite, pour la subsistance de sa famille, ne pouvait-il pas encore faire croître une abondante moisson au milieu même du désert pour rassasier la faim des peuples qui l'y avaient iuivi ?

Après avoir ressuscité le Lazare d'one seule parole, n'aurait-il pas pu fortilior ces peuples faibles, sans leur distribuer des pains ? Ces mains qui, étendues sur son peuple, rav:iient rendu victorieux dans tant de combat-, auraient-elles trouvé de la lésistatice dans des ouvrages que la main des hommos avait formés? Non, sans doute, mes Frères, il n'avait point besoin du ministère de ses uiiciples pour opérer ce n iiarlc ; mais il voulait leur tracer une image de cette charité qu'ils Joivent avoir dans l'exercice de leur uiiuistèie, et leur marquer, par cette part qu'il leur donnait au soulagement corporel de leurs frères, la part qu'ils devaieut avoir à la résurrection spirituelle des pécheurs.

Il aurait pu, lui qui est le maître de tous les trésors de la terre, lui qui tire du néant et qui élève les rois et les princes sur !e trône, se passer des lilels de saint Pierre pour tirer de la tète d'un poisson une pièce de monnaie ; et de ces pierres dont il avait autrefois suscité des enfants à Abraham, en former un métal piécieux pour payer le tribut à Cé^ar; m.iis en associant à ce miracle saint Pierre, le chef de l'tglise, il voulait apprendre à ses ministics même à respecter ceux qui port< lit le glaive que Dieu leur a confié pour la dtfense des peuples et le bon ordre uts étals; et, en rendant le tribut dont il aurait pu se dis[.enser, il a voulu donner au reste des liJèles l'ex. inple de la soum.sàion qu'ils doivent aux piiuces qui les gouvernent.

Ainsi, en associant aujourd'hui ses disciples au prodige de la Dullililication des pains, par le soin qu'il leur donne de les distr.buer &ax peuples, son desseiu est de lesextioner, et ses

tiplie les biens de la terre entre vos mains, qu'afin que de là ils se répandent sur cette multitude d'infortunés qui vous environne.

Il pourrait, sans doute, les nourrir luimême, comme il nourrit autrefois les Paul et les Elie dans le désert; il pourrait , sans votre entremise , soulager des créatures qui portent son image ; lui dont la main invisible prépare la nourriture aux petits corbeaux mêmes, qui l'invoquent dans leur délaissement ; mais il veut vous associer au mérite de sa libéralité ; il veut que vous soyez placés entre lui et les pauvres, comme des nuées fécondes, toujours prêtes à répandre sur eux les rosées bienfaisantes que vous n'avez reçues que pour eux.

Tel est l'ordre de sa Providence : il fallait ménager à tous les hommes des moyens de salut. Les richesses corrompraient le cœur , si la charité n'en expiait les abus ; l'indigence lasseiait la vertu, si les secours de la miséricorde n'en adoucissaient l'amertume. Les pauvres facilitent aux riches le pardon de leurs plaisirs ; les riches animent les pauvres à ne pas perdre le mérite de leurs Boufîrances.

A|i[)liquez-vous donc, qui que vous soyez, à touie la suite de cet Evangile. Si vous gémisministres leurs successeurs, à user de miséricorde et de cbarilé envers ceux qui souffrent.

11 veut, grands et riches de la terre, vous apprendre à faire des libéralités et des profusions à l'égard de vos fières qui sont dans l'indigence ; et il ne multiplie les biens de la terre entre vos mains, qu'afin que vous les fassiez passer en celles de ces infortunés qui manquent du nécessaire ; il pourrait bien, comme autrefois, faire pleuvoir la manne sur ces malheureux, ou multiplier le peu de p:iin qu'ils ont entre les mains ; il pourrait opérer eu leur faveur le même prodige qu'il opéra dans le désert en faveur de cette multitude affamée ; mai-î il veut que vous ayez part à la charité dont il vous fournit les moyens, il pourrait liien sans aucune entremise soulager ces mi.eriibles, lui qui a tout créé, qui conserve tout, qui donne, sans le niinislèie de personne, l'accmissement aux lis des campagnes et la nourriture aux plus petits oiseaux du ciel, et ijui prend soin de tout ce qui est dans l'univers ; mais il veut vous associer à sa charité, vous étatriir les uimistresdesa puissance, et du haut du ciel vous placer entre lui et les pauvres, comme de.s nuées fécondes toujours prêtes à répandre sur eux la rosée bienfaisante que vous avez reçue de sa bonté.

Tel est l'nidre sage de la providence du Seigneur : il s'attache dans tout ce qu'il fait, à nous donner dis moyens de salut. Les richesses corrompraient Ik cœur du liclic, si la charité ne les épurait ; l'indigcuce révolterait le pauvre, si l'aumône i.e le consolait ; l'abon aiice ferait oublier les devoirs de la religiiiii, si la libéialiié n'en réglait l'usage ; la pauvreté lasserait la paiieiice, si les se<ours de la miséiicorden'en adoucssaicnt les peines. La charité est donc nécessaire aux riches pour leur faciliter le pardon de leurs péchés ; elle est nécessaire aux pauvres pour ne pas perdre le méiitede leurs souffrances.

Appliquons-nous donc les uns et les autres tout l'avantage du piéctple de la charité, bi vous gémi'.scz sous le poids de la

QUATRIÈME DIMANCHE : SUR L'AUMONE

sez sous le jong de l'indigence, la tendresse et l'attention de Jésus-Christ sur les besoins d'un peuple errant et dépourvu, vous consolera * ; si vous êtes né dans l'opulence , l'exeinfile des disciples va vous instruire. Vous y verrez, en premier lieu, les prétextes qu'on oppose au di voir de l'aumône, confondus; vous y apprendrez, en second lieu, quelles doivent en être les règles. C'est-à-dire que, dans la première partie de ce discours, nous établirons ce devoir contre toutes les vaines excuses de la cupidité ; dans la seconde, nous vous instruirons sur la manière de l'accomplir, contre les défauts mêmes de la charité : c'est Tinstruclion la plus naturelle que nous présente l'histoire de notre Evangile. Implorons le secours de l'Esprit- Saint par l'entremise de Marie. Ave, Maria.

Page 1