SUR LES FAUTES LEGERES
ms M PREIIER ÉDITEUa.
On t'apercevra sans doute, en lisant le sermon suivant, que les vérités qu'il renferme ont déjà été traitées dans les deux discours que l'on trouve au jeudi de la troisième semaine de Carême, intitulés, l'un : De r Incertitude de la Justice dans la Tiédeur; et l'autre : De la certitude d'une chute dans la Tiédeur. Comme la matière est extrêmement importante, et mérite d'être traitée avec soin, elle s'étendit si fort entre les mains du P. Massillon, lorsqu'il voulut la remanier, qu'il lui fut impossible de tout renfermer dans un seul discours; il prit donc le parti d'en faire deux, et de traiter séparément les deux vérités qu'il avait d'abord réunies.
Peut-être ne sera-t-il pas inutile pour les personnes qui se destinent à la chaire, qu'elles voient comment ce grand homme savait présenter les mêmes sujets sous différents points de vue, et donner un nouveau jour et une nouvelle force à des vérités sur lesquelles on aurait cru qu'il n'y avait plus rien à dire. Nous ne faisons point l'analyse de ce sermon ; celles qui ont été faites des deux sermons sur la Tiédeur^ peuvent servir pour celui-ci.
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Il est bon, en effet, de se reporter aux deux sermons sur la Tiédeur, et de les comparer entre eux et avec celui-ci. (Pages 68 et 80 de ce volume.) On y retrouvera les mêmes idées. Cependant, le commencement de la première partie du discours suivant où l'orateur examine la source d'où coule le mal , a plus de nouveauté et de profondeur. Celte dangereuse défdillauce vient d'un cceur assez corrompu pour renoncer au désir de la perfection chrétienne, d'un cœur où languit la divine charité et qui agit par son seul intérêt. Le canevas de ce sermon se rencontre au tome IV du recueil de Trévoux de 1708.
laflnnltM lu»e non ait ad mOTttra.
CttU maladie ne va point à la mort. Jeu, xi, 4,
Ce que le Sauveur dit aujourd'hui de la maladie de Lazare, nous le disons souvent des
maux de notre âme, mes chers auditeurs. Cependant, sous prétexte que la plupart de nos faiblesses ne sont pas du nombre de celles qui conduisent à la mort, et qu'elles ne touchent pas au fond de la grâce et de la justice qui est
QUATRIÈME VENDREDI : SUR LES FAUTES LÉGÈRES
en nous, nous les regardons comme légères et presque de nulle conséquence dans la vie chrétienne. Cette erreur si dangereuse est pourtant commune au juste et au pécheur, au mondain et au solitaire, au prêtre appliqué à l'autel saint et à l'homme engagé dans le tumulte du siècle, à la vierge consacrée au Seigneur et à la femme chrétienne, partagée entre Jésus- Christ et les soins du mariage. Jugez de Timportance de cette matière par son étendue; tout le monde presque regarde des mêmes yeux ces infidélités journalières et habituelles, que le poids de la corruption semble rendre inévitables à la piété la plus attentive ; on se les permet sans scrupule ; on s'en reconnaît coupable sans componction ; on s'en accuse sans amendement ; on vit sans nulle précaution pour les éviter ; et de là cette indolence et cette mollesse dans les voies du salut, qui damnent tant de personnes, nées d'ailleurs avec des principes de vertu et des sentiments heureux pour le ciel.
Cependant, mes Frères, la fidélité à nos moindres obligations est la pratique la plus essentielle à la piété chrétienne ; elle seule fait les justes ; à elle seule les promesses de la persévérance sont faites ; à elle seule les saints qui nous ont précédés doivent la couronne d'immortalité dont ils jouissent. Il n'est point de piété véritable sans cette exactitude; et l'état où l'on se borne à observer l'essentiel de la loi, en se permettant toutes les transgressions qui ne sont pas renfermées dans le précepte, est un état chimérique dans les principes de la rehgion ; un état où personne n'a pu encore atteindre, et dont aucun saint ne nous a laissé le modèle.
En effet, ce qui nous abuse ici, c'est que nous n'envisageons les infidélités dont je parle, que par rapport à la loi dont elles ne violent pas les points principaux; et de ce côté-là, elles nous paraissent légères. Mais cette règle de nos jugements est très-défectueuse, puisque la malice de nos œuvres ne se prend pas seulement du côté de la loi qu'elles blessent, mais encore du côté du cœur qui les produit, et des suites où elles nous conduisent. Or, voilà les deux endroits par où je prétends vous faire considérer aujourd'hui les infidélités légères, et cet état de tiédeur et de mollesse dont je parle ; et vous conviendrez que l'idée de légèreté qu'on leur attache, est une idée fort injuste. Premièrement, nous examinerons la
corruption du principe d'où elles partent d'ordinaire; et du moins elles vous paraîtront fort souillées : première réflexion. Secondement, nous en suivrons les effets ; et vous ne pourrez vous empêcher de convenir que du moins elles vous seront tôt ou tard funestes : dernière réflexion. Ainsi, soit que vous les considériez dans leur principe ou dans leurs suites, vous ne les regarderez plus comme légères et vous tremblerez sur un état si peu sûr pour le salut. Développons ces deux importantes vérités. Ave, Maria.