SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA PASSION
SUR l'Évidence de la loi de dieu.
UULISL
Division. — Les hommes se rassurent sur mille abus que le monde autorise, ou parce que leur conscience ne leur reproche rien, et qu^ils sont dans la bonne foi, ou bien à cause de Pobscurité de l'Evangile , auquel chacun fait dire ce qu'il veut. Or, la loi de Dieu a un double caractère d'évidence qui combat ces deux prétextes, l" Elle est évidente dans la conscience du pécheur ; et par là elle jugera la fausse sécurité ou la prétendue bonne foi des âmes mondaines ; 2° Elle est évidente dans la simplicité de ses règles ; et par ce second caractère , elle jugera les incertitudes affectées et les fausses interprétations des pécheurs.
Pbehièbe partie. — La loi de Dieu évidente dans la conscience du pécheur. L'homme a beau faire pour éluder la loi de
t24 GRAND-CARÉME.
Diea ; M consiience rend an double témoignage à celte loi divine : premièrement , un témoignage de vérité à l'équité et k It
nécfs<>ité de sps maxime? ; «pconikment, un fémoifjnajje de févériié h l'cxaclitude de ses rèjilcs.
!• Un témoi(.'i>a'.'c de vérité à l'équité et à la néressilé de ses max mes. La loi d'un Dieu sage et bon doit avoir un caractère d'équilé qui légie tous li-s devoirs, et un caractère de bouté qui nous fasse trouver ici-bas notre icpos et notre boiiliei:r à la pratiquer ; et c'est en eiïet ce que nous sentons au fond de nos corurs par rapport i la lui de Dieu. Nous sentons quo ses rècles sont justes et raisonnables; qu'elie n'ordonne aucune vertu qui ne soit conforme aux vérilab es intérêts de l'homme ; que les passions qu'elle interdit sont la seule source de tous nos troubles ; et que plus nous nous éloignons de la rèule et de la loi, plus nous nous éloignons de la paix et du repos du cœur : voilà un léinoignnge que la loi de Itie trouve au fond de no:^ cœurs. Los passions peuvent nous fnire secouer le joug des rèjrles saintes ; mais elles ne peuvent réussir h nous justifier à n- us-mémcs nos propres désordres : nous trouvons toujours au deians de nous l'apologie des règles contre les passions; et nous avons beau faire, nous sentons toujours une mésintelligence secièle entre nos penchants et nos lumières, de manière que la loi nous rend malheureux, si ello ne peut nous rendre fidèles. Et a'où vient cela, sinon de ce que tous lo> iiroceptes de la loi de Dieu ont un rapport nécessaire avec le cœur de l'homme ; qu'ils sont les remèdes de nos maux les plus secrets, et les secours de nos penchants les plus justes, comme les païens eux-uièmes l'ont reconnu ?
Mais, dit-on, c'est la nature qui est notre première loi ; et des penchants de plaisir nés avec nous ne sauraient être des crimes. C'est là une impiété qui n'est que dans le discours ; c'est une ostentation de libertinage, dont la vanité se fait honneur, et que la vérité dément en secret : et la pr< uve , c'est que ces pécheurs célèbres et déclarés , qui se faisaient une gloire affreuse de ne pas croire en Dieu , après être revenus de leurs égarements , ont avoué qu'ils n'avaient jamais pu réussir à efTacer la règle et la vérité du fond de leur âme, et que leur incrédulité apparente caclniil les remords les plus cruels. Le crime toujours timide porte partout , dit l'Esprit-Saint , un témoignage de condamnation contre lui-même ; et par l'ennui et la tristesse qui l'accompagnent, il vous fait sentir que l'ordre et l'innocence sont le seul bonheur qui vous était destiné sur la terre.
2» La conscience rend un témoignage de sévérité h l'exactitude des rèt^les de la loi de Dieu. Nous nous rendons ce témoignage à nous mêmes, et nous sentons que notre corruption se léi and sur les plus peiiles, comme sur les plus grandes choses ; que partout nous nous retrouvons faibles et toujours opposés à l'ordre et au devoir. Donc, nous sentons que la règle ne doit nulle part être favorable à nos penchants ; que partout nous devons la trouver sévère , parce que partout elle doit nous être opposée. Ainsi, par un senliiiienl secret et inséparable de notre être, nous nous distinguons toujnurs nous-mêmes de la loi, et nos penchants et nos plaisirs, de ses règles et de ses devoirs ; et lorsque dans les yciions douteuses, nous nous déterminons en fïvcur de nos peruliants, nous sentons fort bien que nous nous éloignons de la loi de Dieu toujours plus sévère que nous-mêmes. Aussi
êtcs-vons jamais calmes, quoi que vous en disiez, dans cette vie toute de plaisirs, de dissipation ; et d.in3 ces monienls on,
touchés pl'is vivement de la grâce , vous vous proposez de penser sérieusement à l'éternité, ne mettez-vous pas, daus.le pLn que vous vous formez a'ors d'une nouvelle vie , la privation de toutes les mêmes choses presque aux(iuelles vous nous dites sans cesse que vous ne voyez point de mal? Ne hlûmez-vous pas et ne censurez-vou- pas tous les jours vous-mêmes ces personnes qiii veulent allier avec une profe sion |mhlique de piété ces abus, ces amu>em(nls dont vous nous faites sans cesse l'apologie ? Vous sentez donc que l'Evangile exige de vous et de ces personnes quelque chose de plus que ce que vous faites, et vous rendez malgré vous témoignage à sa sévérité. Mais de plus, si au lieu des maxinies saintes que nous vous annonçons dans ces chaiies chrétiennes, nous venions vous prêcher ici les mêmes maxiines que vous débitez tous les jours dans le monde, vous dire que l'Evangile n'est pas si sévère qu'on le publie, que Dieu est trop bon pour nous faire un crime de mille choses qui ont passé en usage ; que penscriez-vous de nous? Ou vous ririez de notre ignorance, ou vous auriez horreur de la profanation de notre ministère. Vous convenez donc de la vérité des maximes que nous vous annonçons, quelque sévères qu'elles soient, et votre conscience leur rend témoignage.
Deuxième PAntiE. — Lti loi de Dieu est évidente dans la simplicité de ses rèfjles ; et par ce second caractère, elle jugera les incertitudt'i a/fedées et les fausses interprétations des pécheurs. L'I-lvar v'Ie nous a été donné pour régler nos mœurs et nos devoirs. Jésus-Clirist aumit-il voulu y laisser des obscurités capables de nous iairc prendre le change, et de favoriser des passions qu'il était venu combattre? D'ailleurs, c'est Jésus-Christ qui est l'auteur de l'Evangile; il a prévu par sa lumière tous les doutes que l'esprit humain pouvait opposer à sa loi :. ainsi, il l'a concerté d'une manière si divine et si inlelligibe, si simple et si sublime, que les plus ignorants conmie les plus liaiilcs ne peuvent y méconnaitre ses volontés. !?i les mystères y sont obscurs, les règles des mcrurs y sont formelles et précises Ce n'est pas qu'il ne puisse survenir des doutes et des dilBcuUés sur le détail des obligations; mais, — et ceci mérite une gramie attention, — Je dis :
1» Que si sur le détail des devoirs. la lettre de la loi est quelquefois douteuse, l'esprit ne l'est presque jamais ; que l'on voit bien toujours de quel côté penche l'Evangile ; que les règles s'éclaircissent toutes les unes les autres ; qu'il y a des règles principales qui servent à résoudre toutes les difticnltés particulières ; et qu'enfin , si la loi peut nous pariitre quelquefois équivoque, l'intention du législateur, par où on doit l'interpréter, ne laisse jamnis de lieu au doute et à la méjirise.
Je dis 2» Que ce n'est pas l'obscurité de la loi, mais nos passions < ncoie chères, qui forment tous nos iloules sur les devoirs : et la preuve, c'est que lésâmes mondaines sont celles qui trouvent plus d'embarras et plus d'obscurités dans les rèeles des mœurs; tandis que les âmes fidèles et ferventes n'ont presque jamais rien à opposer à la loi de Dieu. La lumière de la loi , dit saint Augustin , ressemble à celle du soleil ; mais elle a Le;iu luire et briller, un aveugle n'en est pas frappé : or, tout pécheur est cet aveugle. Purifiez votre cœur, continue ce l'ère ; ôlez-en le bandeau Tilal des passions , alors vous verrez clair dans vos devoirs. Aussi voyons-nous tous les jours qu'à mesure que les passions diminuent dans une âme, ses lumières croissent, et elle est surprise d'avoir pu s'aveugler si longtemps sur des eevoirs qui lui paraissent alors si évidents et si incontestables. Est-ce la loi de Dieu qui devient plus évidente 1 non, c'est l'âme qui se dégage, et sort de ses ténèbres. Et ce qui prouve encore que ce sont les passions toutes seules qui obscurcissent la loi de Dieu à ios yeux, et forment nos doutes, c'esl que sur les poiuts de la loi, sur lesquels nulle passion, nul intérêt particulier ne nous aveugle, nous sommes équitables et clairvoyants.
Je dis 30 Qu'il n'y a qu'à vous en tenir à ce iiui est incontestable dans l'Evangile , et vous en ferez encore plus que nous n'en demandons.
Je dis i" Que si tout est presque contesté dans le monde sur les devoirs les plus incontestables de la piété chrétienne, c'esl que l'Evangile est un livre inconnu à la plupart des fidèles : on passe toute la vie à acquérir des connaissances vaines, frivoles, inutiles à l'homme, à son bonheur, à sou éternité ; et on ne lit pas le livre de la loi où est renfermée la science du salut.
Je dis 5" Que quand même il se trouverait encore que'que chose d'obscur dans la loi de Dieu , elle trouve toute son évidence dans l'instruction et dans le ministère Jamais la piété des fidèles n'eut plus de secours ; jamais l'ignorance n'eut moins d'excuse, parce que jamais siècle ne fut tdns éclairé que celui-ci ; et quoiqu'on ne puisse nier qu'il n'y ait encore parmi nous des guides aveugles, le piège nest à craindre que pour ceux qui veulent bien y être trompés. Quand on veut aller de bonne foi à Dieu, on • bientôt trouvé la main qui sait nous y conduire.
Si yeritatem dico Tobis, quare non creditis œihi?
Si je vont dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas f
Jean, vui, 46.
Jnsqnes ici Jcsus-Christ avait confondu l'incréHuIité des Juifs par ses œuvres et par ses prodiges; aujourd'hui il les rappelle au jugement de leur propre conscience et à l'évidence de la vérité, laquelle, malgré eux, rendait témoignage à sa doctrine et à son ministère. Cependant, comme ils s'aveuglaient sur l'évidence de ses prodiges, en l'accusant de les opérer par le ministère des démons , ils s'aveuglaient aussi sur l'évidence de sa doctrine et de sa mission si clairement prédite dans les Ecritures, en y trouvant des obscurités qui la leur rendaient encore douteuse et suspecte.
Car, mes Frères, quelque évidente que soit la vérité, c'est-à-dire la loi de Dieu, soit dans notre cœur, oîi elle est écrite en caractères éclatants et ineffaçables, soit dans les règles que Jésus-Christ nous a laissées, nous voulons toujours ou que notre conscience n'y voie que ce que nos passions y veulent voir, ou que ces règles ne soient pas si claires qu'on n'y puisse trouver des adoucissements et dts interprétations qui nous soient favombles.
En effet, on oppose d'ordinaire dans le monde deux prétextes à l'évidence des vérités les plus terribles de la loi de Dieu. PreUiière-
Loquor vobis, et non creditis ; opéra quae ego facio in nomine Pattis mei, hsec testimoiiium perhibeot de me.
Je vous le dis et vous ne me croyez pns ; len œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. Jean, x, 25.
Comme l'esprit de l'homme est toujours inpiénienx à se séduire, mes Frères, et que les vérités les plus terribles de la foi ne manquent jamais de trouver dans l'iimour- propre de frivoles adoucissemenls qui nous les familiarisent, Jésus- Ctirist, pour répondre aux Juifs qui -osent encore douter s'il est le Christ, et voulant prévenir toutes les illusions dont l'esprit humain a coutume de se remplir pour diminuer autant qu'il est pos^ib!e la terreur du grand avènement dont il est menacé, nous avertit que le monde, ses maximes, ses usa^'es, ses biens, ses plaisirs finiront; que les mœurs, les coutumes, les règles du siècle finiront ; mais que les œuvres qu'il fait au nom de son Père rendront à jamais témoignage de lui. Ot>eru quœ ego facio in nomine Pnirii mei, hœc testimonivm perhibent de me. C'est comme s'il disait aux Juifs : « En vam doiitez-vouS de ma mission, peuple rebelle et incrédule, en vain njtlezvous l'évidence de ma loi pour suivre les ténèbres de votre amnur-propre, en vain faites-vous touie votre excuse de l'obscurité des points qui vous condamnant; celle loi s'élèvera un jour contre vous ; lorsque tout 1 univers, soumis à mes ordres, ne sera plus qu'un vide affreux, ma loi seule paraî'ra écrite au milieu des airs pour être votre juge et votre témoin, pour être votre accusateur ou voire défendeur, pour vous condamner ou vous absoudre. ')pera quœ ego facio in nomine Patris mei, hœc teslimoniwn perhibent de me ».
Mass. — Tome II.
ment, pour se calmer sur mille abus que le monde autorise, on nous dit qu'on se croit en sûreté dans cet état ; que la conscience n'y reproche rien ; et que si l'on était persuadé qu'il y eût du mal, on en sortirait à l'instant. Premier prétexte qu'on oppose à l'évidence de la loi de Dieu : la bonne foi et la tranquillité de la conscience.
On nous oppose en second lieu que l'Evangile n'est pas si clair et si précis sur certains points que nous le disons, que chacun l'interprète à sa manière et lui fait dire ce qu'il veut, et que ce qui paraît si positif à nous, ne paraît pas tel à tout le monde. Second prétexte : l'obscurité et l'incertitude des règles.
Or, je dis que la loi de Dieu a un double caractère d'évidence, qui confondra ces deux prétextes, et condamnera toutes les vaines excuses des pécheurs, au jour des vengeances du Seigneur.
Premièrement, elle est évidente dans la conscience du pécheur : première réflexion. Secondement, elle est évidente dans la simplicité de ses règles : seconde réflexion. L'évidence de la lui de Dieu dans la conscience des hommes: premier caractère de la loi de Dieu, qui jugera la fausse sécurité et la prétendue bonne foi des âmes mondaines. L'évidence de la loi de Dieu dans la sim();icité de ses règles: second caractère de la loi de Dieu, qui jugera les incertitudes
En effet, mes Frères, on oppose d'ordinaire dans le monde deux prétextes très- injustes et très-mal fondés à l'évidence des vérnés les plus e.ïsentieles de la foi. Premièrement, pour se calmer dans une vie louie mondaine, ou nous dit qu'on se croit en MÎreté du côté ilu salut ; que la conscience ne reproche rien là-de?sus ; et que si on était persuadé qu'il y eût du mal, on en sortirait à l'instant. Premier prétexte : -celui de la prétendue bonne fui du pécheur.
Secondement on nous dit que l'Evangile n'est point si clair que nous le disons , que chacun l'interprète à sa manière , et qu'il faut bien que ce qui nous parait si formel et si décisif, ne le soit pas, puisque tous les paiticuliers ne peuvent en convenir. Second prétexte, c'est l'incertitude prétendue du pécheur et ses doutes.
Or je dis que la loi de Dieu renfernhe deux caractères admirables qui condamneront et confondront à la Qa des siècles ces injustes prétextes des pécheurs.
Premièrement, la loi de Dieu est évidente dans la conscience du pécheur : première réflexion. Secondement, elle est évidente dans la simplicité de ses rèiiles : seconde rétlexion. L'évi lence de la loi de Dieu dans la conscience des hommes : premier caracière de la loi, qui confond la prétendue bonne loi et la fausse sécurité des âmes mondaines. L'évidence de celle loi dans la simplicité de ses règles : second caractère de cette loi q i condamnera les doutes et l'incertitude alfectée des pécheurs : c'est tout mon dessein. C'est ainsi, ô mou Dieu, que votre loi jugera au jour redouiable d-s vengeances toutes les vaines excuses des hommes et par la sincérité de leur propre conscience et par la clarté de ses lumières célestes. Implorons l'assistance de l'Esprit- Saint par l'intercession de Maiie. Av^.,
GRAND-CARitMK.
affectées, et les fausses interprétations dos pécheurs. Et c'est ainsi, ô mon Dieu, que votre loi sainte jugera le monde, etiiue la conscience criminelle sera un jour confondue devant votre tribunal et par les lumières de son propre cœur et par la clarté de vos célestes maximes. Ave, Maria.