‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 55 sur 141 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il est assez surprenant que la plupart des âmes mondaines nous allèguent la bonne foi et la tranquillité de leur conscience pour justifier les abus du monde et le danger de ses maximes. Outre que la paix et la sécurité dans des voies fausses et injustes en est plutôt la punition que l'excuse ; et que quand il serait vrai que la conscience ne reprocherait rien dans des mœurs réglées seulement selon les faux jugements du monde, cet état ne serait que pire et plus désespéré pour le salut ; il semble que la i)ropre conscience est le tribunal . auquel une âme infidèle devrait le moins en appeler, et que rien n'est moins favorable aux égarements du pécheur que le pécheur lui-même.

Je sais qu'il est des âmes endurcies, à qui nul rayon de grâce et de lumière ne fait presque jamais ouvrir les yeux ; qui vivent sans remords et sans incjuiétude dans les horreurs d'un libertinage affreux; en qui toute conscience paraît éteinte, et qui poussent l'excès de leur aveuglement, dit saint Augustin, jusqu'à se faire honneur de leur aveuglement même : Decœcilate ipsa gloriantium. Mais ce sont là de ces exemples rares et terribles de la justice de Dieu sur les hommes ; et s'il y en a eu sur la terre, ils prouvent seulement jusqu'où peut aller quelquefois son abandon et la puissance de sa colère.

Oui, mes Frères, soit que nous affections de

PBEMIÈBE PARTIB.

H est assez snrprrnanf, Messienrs , que la plupart des âmes mondaines nous allèguent si souvent la prétendue bonne foi et la tranquillité de leur conscience pour justifier les passions de leur cœur et les égarements de l«ur esprit. Cuire que celte paix et celle sécurité dans des voies fausses et injustes en serait plutôt la punition que l'excuse , il semble que la propre conscience est le juste tribunal auquel une âme en devrait appeler, et qu'il n'est rien de plus favorable au pécheur que le pécheur lui-même.

Je sais qu'il est des âmes mondaines qui vivent dans la corruption et le liheriinage, en qui toute la lumière est éteinte, et qui poussent l'insolence jusqu'au point de se faire honneur de leur avengtement, dit saint Augustin, De cœcitate insa gloriantium. Mais ce sont là de ces étals funestes où l'on reconnaît le plus terrible châtiment de Dieu, et qui marquent clairement son abandon.

nous révolter tout haut et à di'couvort contre l'autorité de la loi, comme les impies et les libertins ; soit que nous lâchions de l'adoucir et de la réconcilier artificieusement avec nos passions , par des interprétations favorables , comme la plupart des âmes mondaines et des pécheurs ordinaires, notre conscience rend en nous un double témoignage à cette loi divine, un témoignage de vérité à l'équité et à la nécessité de ses maximes, et un témoignage de sévérité à l'exactitude de ses règles.

Je dis, premièrement, un témoignage de vérité à l'équité de ses maximes. Car, mes Frères, Dieu est trop sage pour ne pas aimer l'ordre; et il est trop bon en même temps pour ne pas vouloir notre bien. 11 faut donc que sa loi porte ces deux caractères : un caractère d'équité et un caractère de bonté ; un caractère d'équité, qui règle tous les devoirs; un caractère de bouté, qui nous fasse trouver ici-bas notre repos et notre bonheur dans le devoir et dans la règle.

Aussi nous sentons au fond de nos cœurs que ces règles sont justes et raisonnables; que la loi de Dieu n'ordonne rien qui ne soit conforme aux véritables intérêts de l'homme ; que rien ne convient mieux à la créature raisonnable que la douceur, l'humanité, la tempérance, la pudeur, et toutes les vertus recommandées dans l'Evangile ; que les passions interdites par la loi sont la seule source de tous nos troubles ; que plus nous nous éloignons de la règle et de la loi, plus nous nous éloignons de la paix et du repos du cœur; et que le Seigneur, en nous défendant de nous livrer aux passions vives et injustes, nous a défendu seulement de nous livrera nos propres tyrans, et n'a voulu que nous rendre heureux en nous rendant fidèles.

En effet, soit que nous nous révoltions tout à fait contre la loi de Mien, comme pliisinurs pécheurs déclarés, soit que nous ne tâchions que de l'accorder avec nos passions, c unme la plnpqrt des âmes mondaines, la conscience rend toujours un double léuioiguage à celte loi divine : elle rend un lémuign-ige de vérité â la sainteté de ses maxime^ ; elle rend un témoignage de sévérité Ji l'exactitude de ses règles.

Je dis , en premier lieu , que la conscience du pécheur rend un témoignage de vérité à la sainletc des maximes de la loi. Car la conscience, n'étintqu'im témoignage iu'érieur qiii nous porte à vouloir notre bien, elle fait ce qu'elle peut pour empêcher que la loi de Dieu ne trouve dans nous de l'imperfection et des désordres; un téiimiiznage qui, nous représentant l'injustice du péché, nous fiiit aimer l'innocence.

Aussi sentons-nous au dedans de nous-mêmes, malgré toute la révolte de nos passions, que ces maximes de la loi sont justes et raisonnables; que celte loi ne nous ordonne rien que de conforme à nos propres intérêts, que de très-j' dicieux;

Voilà un témoignage que la loi de Dieu trouve au fond de nos cœurs. En vain, emportés par le charme des sens, secouons-nous le joug des règles saintes ; nous ne pouvons réussir à nous justifiera nous-mêmes nos propres désordres ; nous prenons toujours en secret les intérêts de la loi contre nousmêmes ; nous trouvons toujours au dedans de nous l'apologie des règles contre les passions. Nous ne saurions corrompre ce témoin intérieur de la vérité, qui plaide au dedans de nous pour la vertu; nous sentons toujours une mésintelligence secrète entre nos penchants et nos lumières. La loi de Dieu, née dans notre cœur, s'y élève toujours contre la loi de la chair étrangère à l'homme ; elle y maintient malgré nous sa vérité, si elle ne peut y maintenir son autorité ; elle nous sert de censeur, si elle ne peut nous servir de règle; en un mot, elle nous rend malheureux, si elle ne peut nous rendre fidèles.

Ainsi, en vain nous livrons-nous quelquefois à toute l'amerlume de la haine et de la vengeance; nous sentons bientôt que ce plaisir cruel n'est pas fait pour le cœur de l'homme, que c'est se punir soi-même que de haïr, et en revenant à nous-mêmes après les emportements de la passion, nous retrouvons au dedans de nous un fonds d'humanité qui en désavoue la violence, qui nous fait comprendre que la douceur et la bonté étaient nos premiers pen-

que rien ne convient mieux à une créature raisonnable que d'être douce, hiinftble, patiente, tempérante, prudente, sincère, juste, et aiiisi de toutes les vertus qui nous sont recommandées dans l'Kvangile ; nous sentons que ces passions, que ces usages, que ces licences mondaines que la loi nous interdit, sont les seules sources de la perte et du malheur de l'homme; qu'à mesure que nous nous éloignons des sentiments de religion et de vertu, nous perdons la paix et la véritable tranquillité, et que le Seigneur, en nous défendant les speclatles, les joies, les plait^irs du monde, n'a pas prétendu nous interdire tout contentement, mais seulement nous empêcher de nous livrer à nos dérèglements et à la fureur de nos passions.

Voilà le témoignage que la conscience rend à la vérité de la loi de Dieu. En vain, pécheurs, emportés par la violence de vos injustes desseins, vous efforcez- vous de secouer le joug de cette conscience ; jamais vous ne pourrez en étouffer tous les ressentiments ; elle vous suit jusqu'au milieu de vos désordres ; elle devient contre vous l'apologiste des régies de l'Evangile. iNée dans votre propre cœur, elle y dispute toujours sa place contre toutes vos passions. Si vous regardez la loi de Dieu comme étrangère à l'homme, à laquelle il n'est pas toujours obligé d'obéir, elle vous fait bien sentir le besoin que vous en avez ; elle vous repiéseute que si sa vérité ne vous plaît pas, son autorité vous doit faire trembler ; que si elle ne peut vous servir de panégyriste pour l'avoir observée, elle vous servira de cruel censeur pour l'abus et le violeineut que vous eu aurez fait. Elle vous presse partout ; elle vous attend de tous côtés, et vous rend malheureux, si elle ne peut vous rendre ridè'.cs. Enfin nous sentons bien au-JeJans de nous que

chants ; et qu'en nous ordonnant d'aimer nos fières, la loi de Dieu n'a fait que consulter les sentiments les plus droits et les plus raisonnables de notre cœur, et nous réconcilier avec nous-mêmes. Vous êtes plus juste que moi, disait Saiil à David, au plus fort de sa haine contre lui : Justior tu es quam ego ^ La bonté, née dans le cœur de tous les hommes , lui arrachait cet aveu, et désavouait en secret l'injustice et la dureté de sa vengeance '.

En vain nous plongeons-nous dans les voluptés brutales et sensuelles, et cherchons-nous avec fureur tout ce qui peut satisfaire des penchants insatiables de plaisir. Nous sentons bientôt que le dérèglement nous mène trop loin pour être conforme à la nature ; que tout ce qui nous assujétit et nous tyrannise, renverse l'ordre de notre première institution ; et que l'Evangile, en nous interdisant les passions voluptueuses, n'a fait que pourvoir à la tranquillité de notre cœur, et nous rendre toute son élévation et toute sa noblesse. Combien de serviteurs dans la maison de mon père *, disait le Prodigue encore lié des chaînes d'un vice honteux, sont dans la gloire et dans l'abondance ; et je traîne ici dans l'ennui et dans

» I Rois, XXIV, 18. — « Tout ce beau passage est bien contraire aux sentiments jansénistes. Bossuet disait de même que Dieu , en formant les entrailles de l'homme, y mit premièrement la bonté , et que la bonté devait faire comme le fonds de notre cœur. — * Luc, xv, 17.

ces plaisirs criminels que la loi nous défend, ne sont point faits pour l'homme; qu'ils sont contraires à notre propre bonheur; et, rentrant en nous-mêmes après la fougue de nos passions qui nous avait aveuglés, nous trouvons un fonds de connaissance qui nous fut comprendre que la douceur et la bonté étaient notre premier penchant, et que la loi de Dieu en nous interdisant ces plaisirs et ces débordements de nos passions, n'a fait que consulter notre propre cœur. Vous êtes plus juste que moi, disait Saiil à David : justior tu es quam ego. La conscience lui arrachait malgré lui un témoignage de la première douceur qu'il avait étouffée, et qui se i éveillait.

En vain nous plaignons-nous de la loi qui nous interdit la volupté brutale. Nous trouvons bientôt dans notre propre cœur un certain témoignage secret qui nous dit que le plaisir est trop gênant et coûte trop à acquérir et à conserver, pour être conforme à notre raison et à notre nature ; nous entendons une voix secrète qui nous crie que tout ce qui nous gêne , nous captive et nous tyrannise, ne peut être juste et raisonnable, et que l'Evangile, en interdisant la passion des sens, n'a fait qu'agir conformément à notre penchant naturel. Combien de serviteurs dans la maison de mon Père vivent à leur aise , boivent et mangent quand ils veulent, disait le Prodigue encore lié des cliaiiies d'un vice honteux ; et je traîne ici une vie languissante et je meurs de faim , quanti mercenarii in domo Puiris mei abwtdant panibus, ego autem hic famé pereo ! C'était encore un fonds de raison et de la loi naturelle qui dans son cœur lui faisait tenir ce tangage. Enfin, parcourez tous les exemples, tous les Livres saints et profanes, et vous trouverez partout que tout ce que la loi nous ordonne, sont des

l'opprobre l'indignité de ma passion. C'était lin rciîto de raison et de noblesse qui se faisait encore entendre au fond de son cœur.

Enfin, parcourez tous les préceptes de la loi de Dieu, vous sentirez qu'ils ont un rapport nécessaire avec le cœur de l'homme ; que ce sont des règles fondées sur une profonde connaissance de ce qui se passe au dedans de nous; qu'elles ne renferment que les remèdes de nos maux les plus secrets et les secours de nos penchants les plus justes ; et qu'il n'y avait que celui seul qui connaît le fond des cœurs, qui pût prescrire de telles maximes aux hommes. Les pnïens eux-mêmes, en qui toute vérité n'était pas encore éteinte, rendaient c( Ite gloire à la morale des chrétiens; ils étaient forcés d'admirer la sagesse de ses préceptes, la nécessité de ses défenses, la sainteté de ses conseils, le bon sens et l'élévation de toutes ses règles, lis étaient surpris de trouver dans les discours de Jésus-Christ une philosophie plus sublime que dans les écoles de Rome ou de la Grèce, et ne pouvaient comprendre que le Fils de Marie eût mieux connu les devoirs, les désirs, les penchants secrets du cœur de l'homme, que Platon et tous ses disciples.

Venez nous dire après cela que la nature est notre première loi, et que des penchants de plaisir nés avec nous ne sauraient être des crimes. Je l'ai dit souvent : c'est une impiété qui n'est qne dans le discours; c'est une ostentation de libertinage, dont la vanité se fait honneur, et que la vérité dément en secret. Augustin dans ses égarements n'avait rien oublié pour eflacer du fond de son cœur ce reste de foi et de conscience qui le rappelait encore àla vérité ; il avait cherché avidement dans les

sentiments les plus impies et dans les erreurs les plus monstrueuses de quoi se rassurer contre ses crimes. Son esprit, fuyant la lumière qui le poursuivait, errait d'impiété en impiété et d'égarement en égarement. Cependant, malgré tous ses efforts et toutes ses fuites, la vérité, toujours victorieuse an fond de son âme, s'y faisait entendre malgré lui; il ne pouvait réussir à se séduire, et à se calmer dans ses désordres. « Je portais, ô mon Dieu , dit-il lui-même , une conscience déchirée et comme toute sanglante encore des plaies douloureuses que mes passions y faisaient sans cesse : Portabam conscissam et cnientam animam meam ' ; j'étais à charge à moi-même; je ne pouvais plus soutenir mon propre cœur ;jeme tournais de toupies côtés, et il ne se trouvait bien nulle part ; et je ne savais où le placer, pour m'en décharger et soulager mon inquiétude : Impaticntem pnrtari a me, et ubi eam ponerem non invenkbam * ».

Voilà le témoignage que rend de lui-même un pécheur, qui ajoutait à la vivacité des passions l'impiété des sentiments et l'abus des lumières. Et ces exemples sont de tous les siècles : le nôtre lui-même a vu des pécheurs célèbres et déclarés, qui se faisaient une gloire affreuse de ne point croire en Dieu , et qu'on regardait comme des héros dans l'impiété et le libertinage; on les a vus touchés enfin de repentir comme Augustin, et revenus de leurs égarements; on les a vus, dis-je, avouer qu'ils n'avaient pu réussir à effacer les règles et la vérité du fond de leur âme ; qu'au milieu de

* S. Aug. in Coof.

*lbid.

règles fondées sur ce qui se passe, sur ce que nous sentons dans nous-mêmes ; vous trouverez qu'elle ne renferme que le sens de nos (lenchants les plus justes. I.cs palons, à qui la raison seule servait de règle, ne pouvaient autrefois s'empêcher, malgré toute Thorreur qu'ils avaient de la religion de Jésus- Clirist , de rendre cette justice au mérite des chrétiens ; ils les louaient et leur applaudissaient sans doute de loule ces belles règles du christianisme sur lesquelles ils se conduisaient. Surpris de trouver dans la religion de Jésus-Christ plus de raison et de saj^csse que dans les écoles de la Grèce, ils ne pouvaient concevoir que le Fils de Marie eût mieux ra.snnné dans rétablissement de ses lois que Platon et Socrale dans les préceptes de leur philosophie.

Ne venez donc plus nous dire. Messieurs, que des penchants nés avec nous ne saurait nt être des crimes, t'est une imposture de libtriiuage qui part d'un fond corrompu. Augustin pendant ses désordre.' n'avait rien omis pour effacer de son cœur ce reste de raison ; il avait cherclié dans les erreurs les plus monslriieiises de quoi se rassurer dans sa corruption. Errant d'imniété en impiété, d'égarement en égarement , il cherchait

tout ce qui pouvait l'aveugler et étouffer toute la lumière naturelle de son âme ; et cependant, malgré tout cela, la vérité, toujours victorieuse dans son âme, s'y faisait entendre, et de temps en temps lui reprochait ses infidélités. Il ne pouvait réussir k écarter le souvenir et la vue de ses propres désordres. « Je portais, ô mon l»ieu, dit-il, une conscience toute décliirée et loui ensanglantée ; je me représentais à tous moments et le poids et le nombre de mes iniquités; je me tournais de tous côtés, impatient de me décharger d'un si lourd fardeau, et je ne pouvais trouver où les mettre; itr.paliens portare, uOi ponerem non iuveniehnm».

Voilà le témoignage et le fidè'e aveu d'un pécheur qui a porté l'abus de la lumière naturelle aussi loin qu'on puisse jamais le porter, et dout l'exemple est de tous les siècles. Le nôtre a vu encore de ces lilierlins déclarés qui se faisaiint gloire de leur corruption, et voulaient passer pour des héros dans le libcrlina'^e pendant leur vie, cependant, à l'heure de la mort, avouer qu'ils avaient été des imposteurs publics, déclarer qu'ils sentaient au dedans d'eux-mêmes le contraire de ce qu'ils faisaient paraître, et que, malgré toute l'impiété de leur vie et

leurs impiétés et de leurs excès les plus affreux, leur cœur encore chrétien démentait tout bas leurs dérisions et leurs blasphèmes; qu'ils se faisaient honneur devant les hommes d'une force d'esprit qui les abandonnait en secret; que cette incrédulité apparente cachait les remords les plus cruels et les frayeurs les plus tristes ; et qu'ils n'avaient jamais été fermes et tranquilles dans le crime.

Oui , mes Frères, le crime, toujours timide, porte partout, dit l'Esprit de Dieu, un témoignage de condamnation contre lui-môme ; Cum sit enim timida nequitia, dat testimonium condemnationis^. Partout vous rendez hommage par vos troubles et par vos remords secrets à la sainteté de la loi que vous violez ; partout un fonds d'ennui et de tristesse, inséparable du crime, vous fait sentir que l'ordre et l'innocence sont le seul bonheur qui vous était destiné sur la terre ; vous avez beau faire montre d'une vaine intrépidité; la conscience criminelle se trahit toujours ellemême : Semper enim prœsumit sœva^ perturbata conscientia *. Des terreurs cruelles marchent partout devant vous ; la solitude vous trouble, les ténèbres vous alarment ; vous croyez voir sortir de tous côtés des fantômes qui viennent vous reprocher les horreurs secrètes de votre âme ; des songes funestes vous remplissent d'images noires et sombres : Semper enim prœsumit sœva, perturbata conscientia ; et le crime, après lequel vous courez avec tant de goût, court ensuite après vous comme un vautour cruel, et s'attache à vous pour

* Sag., XVII, 10.

« Ibid.

de leurs discours, ils avaient toujonrs au fond de l'âme connu Dieu, que jamais ils n'avaient pu réussir à effacer de leur esprit l'image de leurs devoirs, et qu'au milieu des excès les plus tiffreux auxquels ils s'abandonnaient, leur cœur en secret démentait leurs actions et leurs paroles publiques; qu'ils se faiïaient gloire devant les hommes d'une apparente force d'espirt au milieu de leurs remords; et que dans le fond jamais ils ne s'étaient sentis un seul moment tranquilles.

Oui, partout la conscience porte un témoignage de condamnation contre le pécheur, dut teslimonium condemnationis, l'artout vous rendez un témoignage secret à la loi de Dieu, que vous vous faites honneur en public de mépriser; partout les remords de votre conscience troublée vous forcent d'avouer que l'état du pécheur est un état malheureux, et que la vertu est le seul bonheur qui est destiné à l'homme sur la terre. La lumière du jour vous laisse voir quelques bons exemples qui vous causent des remords ; les ténèbres de la nuit, qui viennent dans des songes funestes vous représenter des spectres affreux, ne vous causent pas moins de douleur et de trouble. Vous vous éveillez en sursaut après un inquiet sommeil, et vous pouvez dire alors que votre cœur veille sans cesse pour vous tourmenter, pen-

vous déchirer le cœur, et vous punir du plaisir qu'il vous a lui-même donné. 0 mon Dieu ! que vous avez laissé de ressources dans notre cœur pour nous rappeler à vous ; et que la beauté et la justice de votre loi trouve une puissante protection au fond de notre être ! Premier témoignage que la conscience rend à la loi de Dieu , un témoignage de vérité à la sainteté de ses maximes.

Mais elle rend encore un témoignage de sévérité à l'exactitude de ses règles. Car une seconde illusion pour la plupart des âmes mondaines qui vivent exemptes des grands désordres, mais qui d'ailleurs vivent au milieu de tous les plaisirs, de tous les abus, de toutes les sensualités, de toutes les dissipations que le monde autorise ; c'est de vouloir se persuader que l'Evangile n'en demande pas davantage, et nous persuadera nous-mêmes que leur conscience ne leur reproche rien, et qu'elles se croient en sûreté dans cet état. Or, je dis que c'est encore ici que la conscience mondaine est de mauvaise foi, et ne prend point le change; et que malgré tous les adoucissements qu'on tâche de se justifier à soimême, elle rend au fond de nos cœurs un témoignage de sévérité à la loi de Dieu.

En effet, mes Frères, l'ordre demande que toutes nos passions soient réglées par le frein de la loi ; tous nos penchants corrompus dans leur source ont besoin d'une règle qui les rectifie et qui les redresse. Nous nous rendons à nous-mêmes ce témoignage ; nous sentons que notre corruption se répand sur les plus petites, comme sur les plus grandes choses ; que l'amour-propre infecte toutes nos démarches ; et que partout nous nous retrouvons faibles ,

dant que votre corps est dans un sommeil profond. Ego dormio et cor meum vigilat. Mon Dieu, voilà de q lelle manière la conscience du pécheur rend un premier témoignage à votre loi; c'est un témoignage de vérité à la sainteté de ses maximes; mais elle lui en rend encore un second, c'est un témoignage de sévérité à l'exactitude de ses règles.

Je dis un témoignage de sévérité à l'exactitude des règles dft la loi de Dieu ; car toutes nos passions, déréglées d'ellesmêmes, demandent qu'on y apporte quelque règle ; tous nos penchants qui d'ordmaire portent au mal, ont besoin de règles qui les rectifient : c'est un témoignage que nous trouvons écrit au fond de notre cœur. Ainsi l'usage qui nous corrompt, la coutume qui nous séduit, ne peuvent être notre règle ; l'amourpropre qui infecte les plus petites comme les plus grandes fautes, ne saurait être encore notre règle. Nous sentons au fond de notre cœur que cette règle sur laquelle nous devons nous conduire, ue doit jamais être favorable à nos passions, parce qu'elle y doit être partout opposée ; que jamais elle ne doit être d'accord avec nos mauvaises mclinations ; que tout ce qui favorise nos désirs déréglés, n'en saurait être le frein; en un mot, que la loi qui doit nous régler, ne cesse jamais de combattre

GRAND-CARÉME.

el toujours opposés à l'ordre et au devoir. Nous sentons donc que la règle ne doit nulle part être favorable à nos penchants ; que partout nous devons la trouver sévère, parce que partout elle doit nous être opposée ; que la loi ne peut être d'accord avec nous ; que tout ce qui favorise nos inclinations, ne saurait être le nmède destiné à les guérir; que tout ce qui flatte nos désirs, ne peut être le frein qui doit les réprimer ; en un mot, que tout ce qui nourrit l'aniour-propre, n'est pas la loi, qui n'est établie que pour le détruire et l'anéantir. Ainsi, par un sentiment secret et inséparable de noire être, nous nous distinguons toujours nous-mêmes de la loi ; nos penchants de ses règles , nos plaisirs de ses devoirs; et dans toutes les actions douteuses, où nous nous déterminons en faveur de nos penchants, nous sentons fort bien que nous nous éloignons de la loi de Dieu, toujours plus sévère que nous-mêmes.

Et souffrez, mes Frères, que j'en appelle ici à votre conscience même que vous nous alléguez, et à laquelle vous nous renvoyez sans cesse. Etes-vous calmes de bonne foi , comme vous nous l'assurez, dans cette vie toute de l)laisirs, de dissipation, d'oisiveté , de sensualité ; en un mot, dans cette vie du monde, dont vous nous soutenez éternellement l'innocence? Avez-vous pu réussir jusques ici à vous persuader que c'est la voie qui mène au salut? Ne sentez-vous pas que l'Evangile exige de vous quelque chose de plus que ce que vous faites? Voudriez-vous aller [laraître devant Dieu, et n'avoir à lui présenter que ces plaisirs, ces amusements que vous appelez inno-

aos penchants criminels. Ainsi nous noas voulons toujours soustraire à cette ici; nous cherchons à l'éluder; et, après bien des inconstances et des perplexités, nous nous déclaioos ca faveur de nos penchants^ quoiqu'au fond nous sentions bien que nous agissons contre la loi de Dieu.

Cep< udaut, une seconde illusion pour des gens qui à la vérité goût exempts des crimes grossiers, mais qui mènent une vie nio'le, lâ( he et indolente, est de se persuader que la religion n'en demande point davantage, que lorsqu'on s'abstient du mal, c'en est assez, et que la conscience ne reproche rien là-dessus. Or c'est ici qu'où s'abuse et que, malgré tous les prétextes dont on se justifie au dehors, la conscience rend toujnurs un téino gnage de sévérité à la loi de Dieu ; et, pour vous en convamcre, souiTrcz que je vous en prenne vous-mêmes ii témoins. Aviz-vous pu jusqu'ici réussir à vous persuader que cette vie molle, tièile, lâche et mondaine, soit la voie étroite à laquelle Jésus Christ atlaclie le ciel? Avez-vous toujours cru que l'Kvangtie ue vous en demande pas plus que vous en faites? Voudnez- ▼0U8 de bonne foi vous présenter devant Dieu avec ces amusements, ces inutilités qui partagent votre vie, ou qui peut-être l'occupent tout entière? Il ne s'agit point ici de force d'esprit, de subtilités, de grands raisonnements pour l'excuser ; c'est tou-

cents, et qui composent presque tout le fonds de votre vie? Je vous le demande. Dans ces moments , où , touchés quelquefois plus vivement de la grâce, vous vous proposez de penser sérieusement à réternité, ne mettez-vous pas, dans le plan que vous vous formez alors d'une nouvelle vie, la privation de toutes les mêmes choses presque auxquelles vous nous dites sans cesse que vous ne voyez point de mal? Ne commencez-vous pas à vous dire à vous-mêmes, qu'alors uniquement occupés de votre salut, vous renoncerez aux excès du jeu, aux spectacles, aux vanités et à l'indécence des parures, à la dissipation des assemblées et des plaisirs; vous donnerez plus de temps à la prière , à la retraite, aux lectures saintes, aux devoirs de la religion? Or, que vous ditesvous par-là à vous-mêmes, sinon que, tandis que vous ne renoncez pas à tous ces abus, que vous n'employez pas plus de temps à tous ces devoirs de piélé , vous ne pensez pas sérieusement au salut, vous ne devez rien y prétendre, vous êtes dans la voie de mort et de perdition. Mais d'ailleurs, vous poussez si loin la sévérité de vos censures contre les gens de bien, rappelez toute la rigueur de vos maximes et de vos dérisions sur leur conduite. Ne blâmezvous pas , ne censurez-vous pas tous les jours vous mêmes ces personnes qui veulent allier avec une profession publique de piété ces abus, ces amusements, dont vous nous faites sans cesse l'apologie, et qui veulent jouir de la réputation de la vertu, sans rien perdre des plaisirs du monde? Ne traitez-vous pas leur piété de chimère et de grimace? C'est ici où vous étalez avec emphase toute l'austérilé de la vie

jours être bien faible que d'avoir à paraître les mains vides devant Dieu. Si, dis-jc, vous étiez près de paraître au jugement de Dcu, ne manheriez-vous pas dans le plan d'une nouvelle Vie? Ne commencerirz-vnus pas par vous dire à vous-même, que, désormais nniquemeat occupé de votre salut, vous ne songeriez plus à autre chose; qu'alors vous renonceriez aux amusements du siècle, aux folles vaniiés de la fortune, aux douceurs apparentes du plaisir, et que vous passeriiz le reste de votre vie dans la pénitence et les bnnncs œuvres? Orque signiHe ce que vous diriez pour lors, sinon que, tandis que vous ne renoncez pas à ces amusements, que vous ne préf>.rez pas l'affaire importante du salut aux inutilités du siècle, et que vous ne travaillez pas tout de bon à vous sauver, vous êtes encore dans la voie de perdition.

Ne murmurez-vous pas en secret, toutes les fois que vous pensez à ces personnes, qui, avec le nom de dévols ', dont ils se glorifient, gnrtient encore les plaisiis, les richesses, les honneurs; qui veulent pas^ser pour vertueux, et qui ne veulent rien souffrir, rien pardonner? Ne traitez-vous pas de vaines et de

' Ce mot , au zvit* siècle , se preod quelquefois dans un mauvais sens. Ainsi l'emploie souvent La Bruyère.

chrétienne. Ne dites-vous pas qu'il faut renoncer tout de bon au monde ou continuer à vivre comme le monde vit; et que toutes ces vertus ambiguës ne servent qu'à décrier la vertu véritable? J'en conviens avec vous; mais je vous réponds : Votre conscience vous dicte qu'il n'est pas sûr de se donner à demi à Dieu * ; et votre conscience ne vous reproche rien, à ce que vous nous dites , dans une vie où Dieu ne se trouve point du tout? Vous condamnez ces âmes abusées qu'un partage du moins apparent entre le monde et Jésiis- Christ peut rassurer ; et vous nous faites l'apologie de votre conduite, vous qui n'avez pour la justifier que les abus du monde tout seul, et le danger de ses usages? Croyez-vous donc que la voie du salut soit plus austère pour ceux qui font profession de piété que pour vous ; que le monde ait là-dessus des privilèges qu'on perde dès qu'on veut servir Dieu ? Accordez-vous donc avec vous-même ; et, ou ne condamnez plus une vertu mondaine, ou ne nous justifiez plus le monde lui-même , puisque tout ce que vous blâmez dans la vertu , ce n'est que ce que le monde y met encore du sien.

Et pour vous faire encore mieux sentir combien peu là-dessus vous êtes de bonne foi, vous vous faites honneur de redire sans cesse que nous désespérons la faiblesse humaine ; que pour s'en tenir à tout ce que nous disons dans ces chaires chrétiennes, il faudrait se retirer dans des déserts ou être des anges plutôt que des hommes. Cependant rendez gloire à la force de la vérité. Si un ministre de l'Evangile venait vous porter ici une doctrine tout

* En vain on prétendrait n'obéir qu'à demi, — Racine.

opposée à celle que nous vous enseignons; s'il venait vous annoncer ici les mêmes maximes que vous débitez tous les jours dans le monde; s'il venait vous prêcher, dans ce lieu de la vérité, que l'Evangile n'est pas si sévère qu'on le publie ; qu'on peut aimer le monde et servir Dieu ; qu'il n'y a de mal dans les jeux, dans les plaisirs, dans les spectacles*, que celui qu'on y met ; qu'il faut vivre comme le monde , quand on vit dans le monde ; que tout ce langage de croix , de pénitence, de mortification , de renoncement à soi-même, est plus fait pour les cloîtres que pour la cour et pour les personnes d'un certain rang ; et qu'enfin, Dieu est trop bon pour nous faire un crime de mille choses qui ont passé en usage, et dont nous voulons vous faire un scrupule ; s'il venait, dis-je, vous prêcher ces maximes dans ce lieu saint, qu'en penseriez-vous? Que diriez-vous de sa nouvelle doctrine? Quelle idée auriez-vous de ce nouvel apôtre ? Le regarderiez-vous comme un homme descendu du ciel pour vous annoncer un nouvel Evangile? Le croiriez-vous mieux instruit que nous sur les vérités saintes du salut et sur les règles de la vie chrétienne? Vous ririez de son ignorance ou de sa folie ; vous auriez peut-être horreur de la profanation qu'il ferait de son ministère.

Eh quoi, mes Frères I ces maximes annoncées à la face des autels vous paraîtraient des blasphèmes ou des extravagances; et, débitées tous les jours dans vos entretiens, elles deviendront des règles de raison et de sagesse. Dans la bouche d'un ministre de l'Evangile , vous les regarderiez comme les discours d'un

' Comme ce religieux si éloquemment réfuté par Bossuet.

chimériques des dévotions pareilles ; et ne dites-vous pas que () and on veut prendre un parti, c'est tout de bon qu'il faut s'y (iévouer? Vous êtes les censeurs d'une vie qui est tout ensemble et cliiétienne et mondaine; la conscience vous dit que ce n'est point être à Dieu que de ne s'y donner qu'à demi; vous condamnez les âmes qui se partagent entre le vice et la vertu ; vous ne pouvez souffrir que les autres se rassurent sur des règles si douteuses; et vous voulez bien vous rassurer sur des maximes qui ne viennent que du monde et de ses usages. Cessez donc de nous faire l'apologie du monde, ou renoncez à la qualité de clirélien ; mais c'est ainsi que le pécheur se condamne lui- même par s.i propre bouche.

Enfin vous dites que vous désespérez de pouvoir vivre aussi régulièrement que nous vous le recommandons, et que poirr accomplir tout ce que la loi demande, il faudrait quitter le inonde, se retirer dans des cloîtres, et êlre plutôt des anges que des hommes. Mais rendez justice à la vérité de votre religion. S'il venait à notre place ua ministre relâché vous prêcher dans celte chaire que les plaisirs, les spectacles, les jeux et les mou-

vements de l'amour-propre sont de ces choses d'elles-mêmes indifférentes, qui ne sont mauvaises que par l'usage qu'on en fait, et qu'au fond quand on est dans le monde, il faut vivre comme le monde; s'il venait dis-je, vous prêcher une morale si contraire à celle de Jésus-Chr.st, que diricz-vous de sa doctrine? Quelle idée vous formeriez-voi s de ce nouvel apôtre? Le regartleriez-vous comme un homme desceuuu du ciel ou envoyé par le démon? Le prend riez-vous p)ur être mieux inslruit que nous du monde ou de sa religion? Vous ririez en secret de sa doctrine ; vous auriez peut-être môme horreui de ses profanations publiques.

Eh quoi donc ! Ces maximes annoncées dans les chaires vous paraîtraient des blasphèmes; et, débitées dans les conversutions, elles vous paraissent d'aimables règles. Vous les regai'dez dans la bouche d'un minis.re de Jésus-Christ comme dans la bouche d'un insensé , qui chercherait à élever l'empire du monde sur les ruines de la relii;ion, et dans la vôtre comme des lois plus siires et plus raisonnables. Vous ririez d'un ministre qui vi udrail vous les annoncer, et vous êtes très-sérieux lors-

GRAND-CARÊME

insensé ; et dans votre bouche elles vous paraîtraient plus solides et plus sérieuses. Vous ririez ou plutôt vous auriez horreur d'un [irédicateur qui vous les annoncerait; et vous voulez nous persuader que vous parlez sérieusement, et que vous êtes d'accord avec vousmême, lorsque vous venez nous les débiter avec tant de confiance.

Ah ! mes Frèros, que nous sommes de mauvaise foi avec Dieu ; et qu'il sera terrible, lorsqu'il viendra venger sur les lumières de notre propre cœur l'honneur de sa loi sainte ! Notre entêtement apparent pour les abus du monde, dont nous soutenons l'innocence, est une persuasion secrète que le monde et ses abus sont une voie de perdition. Nous justifions tout haut ce que nous condamnons en secret; nous sommes les hypocrites du monde et de ses plaisirs ; et par une destinée bien déplorable notre vie se passe à nous contrefaire et à vouloir périr malgré nous-mêmes. Et certes, dit un a) être, si noire cœur, malgré toute notre complaisance et tout notre aveuglement pour nous-mêmes, ne peut s'empêcher de nous condamner déjà en secret, attendons-nous plus d'indulgence du Juge souverain et terrible des cœurs que de notre cœur même ? Qiioniam si reprehenderit nos cor nostrum ; mojor est Deus corde nostro, et novit omnia *.

Ainsi, mes Frères, étudiez la loi de Dieu dans votre propre conscience, et vous verrez qu'elle n'est pas plus favorable que nous à vos passions; consultez les lumières de votre cœur, et vous sentirez qu'elles s'accordent parfaitement avec nos maximes; écoulez la voix de la vérité qui s'élève au dedans de vous, et vous conviendrez que nous ne faisons que vous redire ce qu'elle crie sans cesse aux oreilles de votre cœur. Vous n'avez pas besoin pour vous éclaircir sur la plupart de vos doutes, dit saint Augustin, de con-^ulter des hommes habiles ; ne cherchez point hors de

* I Ep. Jeao, ni, 20.

que Tons Tenex nons les débiter d'ane manière assnrée. Ab ! reconnaissez donc que nous sommes de bonne foi, eu vouspiècbïdt la sévériié de la loi de vutru Dieu ; el lorsqu'il viendra nous juger tous, vou» n'en serez peut (ire que trop convaincus. Ainsi méditez la loi de Dieu souvent, et vous verrez qu'elle est plus fdvoiable que vous ne pensez à voire rai.-ou et à votre boulieur. Méditez bien le beutinicnt qui s'élève du fond de votre âme, el vous trouverez qu'il s'accorde parfaiteuienl avec les maximes de la loi de Dieu 11 n'est pas besoin, dit saint Augustin, de consulter l'intérêt temporel qui en revient : des hommes de bien ne cberchent point ici-bas de récompenses lem-

vous des éclaircissements et des réponses ; ne sortez pas de vous-même pour savoir ce que vous avez à faire; écoutez les décisions de votre cœur ; suivez le premier mouvement de votre conscience ; et vous vous déterminerez toujours (»our le parti le plus conforme à la la loi de Dieu. La première impression du cœur est toujours pour la sévérité de la règle contre l'adoucissement de l'amour-propre ; votre conscience ira toujours plus loin, et sera toujours plus sévère que nous-mêmes ; et si vous avez besoin de nos décisions, ce sera plutôt pour en modérer la sévérité, que pour en détromper la fausse indulgence : Noli foras ire ; in te ipsum rcdi : in interiore homine habitat Veritas.

Voilà, mes Frères, la première manière dont la loi de Dieu nous jugera un jour : cette loi, manifestée dans la conscience du pécheur, et comme née avec lui , s'élèvera contre lui. Nuire cœur marqué du sceau de la vérité sera le témoin qui déposera pour notre condamnation. Ou opposera nos lumières à nos actions, nos remords à nos mœurs, nos discours à nos pensées, nos sentiments secrets à nos démarches publiques, nou;;-mêmes à nousmêmes. Ainsi , nous portons chacun notre condamnation dans notre propre cœur; le Seigneur ne prendra pas hors de nous les titres et les mémoires qui instruiront la décision de notre réprobation éternelle; et l'âme devant le tribunal de Dieu, dit Tertullien, sera en même temps et le criminel condamné el le témoin qui déposera contre ses crimes : Merito igitur omnis anima stabit ante aidas Dei et rea et tentis ; in tantum et rea erroris , in quantum et lestis veritatis. Elle n'aura plus rien à ré{)on(lre, continue ce Père : Aihil habe7isdiccre.\ous connaissiez la vérité, luidirat-on , et vous la reteniez dans l'injustice; vous conveniez du bonheur des âmes qui ne cherchent plus que Dieu, el vous ne le cherchiez pas vous-même : Dcum prœdicabas, et non requirtbas. Vous faisiez des peintures affieuses

porelles. Ecoutez seulement le premier mouvement de votre cœur; le premier in^tlnct de votre conrcieuce vous fera toujours pencher du cùié de la i^événlé ; le pieinicr senlimentqui s'offre est toujours contre l'adoucls^eM)enl de la règle évangélique ; ett-iuiie âme juste a quelquefois bs' in de uus décidons, c'ibt ptulOt pour lenipérer la sévenlé secrète de son cœur que pour eu auionser l'mdulgence.

Voilà comme la loi ue Dieu nous jngera un jour : celte loi s'élèvera couire nos penchauis lâches et criminels. Alors on comparera nos lumières avec nos léucbres, nos sentiments secrets avec nos démanhes publiques, nous-mêmes avec nous-

du monde, de ses ennuis, de ses perfidies et de ses injustices; et vous en étiez toujours l'esclave et l'adorateur insensé : Dœmonia abomiiwbaris, et illa adorubas. Vous rerpecliez au fond la religion de vos pères, et vous vous faisiez une gloire déplorable de l'impiété; vous craigniez en secret les jugements de Dieu, et vous affecliez de ne point croire en lui : Jiidicium Dei appellobas , nec esse credtbas. Vous rendiez justice au fond du cœur à la piété des gens de bien , vous vous proposiez de leur ressembler un jour, et vous les déchiriez, et vous les persécutiez par vos dérisions et par vos censures : Christianum nomen sapiebas^ et Christianiim persequebaris. En un mot, vos lumières ont toujours été pour Dieu, et vos actions pour le monde.

0 mon Dieu, jusqu'où les hommes ne poussent-ils pas l'ingratitude et la folie ! Vous avez mis en nous des lumières inséparables de notre être, qui, en troublant la fausse paix de nos passions et de nos erreurs, nous rappellent continuellement à l'ordre et à la vérité; et par une imposture de vanité nous nous faisons honneur d'êlre tranquilles dans nos égarements; nous nous glorifions d'une paix que votre miséricorde veut bien troubler encore; et, loin de publier les richesses de votre grâce sur notre âme, qui nous laisse encore sensibles à la vérité, nous nous vantons d'un endurcissement et d'un aveuglement , qui tôt ou tard deviendra réel, et sera enfin la juste peine d'une ingratitude et d'une feinte si injurieuse à votre grâce. Premier caractère de l'évidence de la loi de Dieu : elle est évidente dans la conscience du pécheur; mais elle l'est encore dans la simplicité de ses règles.

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