DEUXIÈME PARTIE
Dès que l'homme est l'ouvrage de Dieu,
mêmes. Ainsi le Seigneur ne prendra point hors de nous les titres et les mémoires qui serviront à notre condamnation on à notre justiticatloii éternelle ; et l'âme du pécheur ne sera condamnée au jour du jugement qu'autant qu'on trouvera en elle d'errtur et de mauvaise foi. Vous connaissiez la vérité, lui dira Jésus-Christ, et vous l'enveloppiez sous l'injustite ; vous publiiez partout le pouvoir de Dieu, et vous ne le priiez jamais. Demn pvœdicubus et non requirtias. Sova uiépn.-iez en secret le mensonge, et vous abandonniez en public la vérité; vous détestiez eu particulier la dure servitude du démon , et toujours dévoué à son service, vous en demeuriez le malheureux esclave : Dœmonia abomiuubaris et illu adorubas. Vous craigniez encore en secret les redoutables jugements de votre Dieu, et vous les crait^niez moins en public que les jugements d'un homme : .ludicium Oei appellubas , nec esse credebas. Vous souhaitiez au fond d'être chrétien , et vous blâmiez, vous méprisiez,
l'homme ne peut plus vivre que conformément à la volonté de son Auteur ; et dès que Dieu a fait de l'homme son ouvrage, et son ouvrage le plus parfait, il n'a pu le laisser vivre au hasard sur la terre, sans lui manifester sa volonté, c'est-à-dire sans lui prescrire ce qu'il devait à son Créateur, aux autres hommes, et ce qu'il se devait à lui-même. Aussi, en le tirant de la boue, il imprima dans son être une lumière vive, sans cesse montrée à son cœur, qui réglait tous ses devoirs. Mais toute chair ayant corrompu sa voie, et l'abondance de l'iniquité qui avait prévalu sur la terre, n'ayant pu à la vérité effacer entièrement cette lumière du cœur des hommes, mais ne leur permettant plus de rentrer en eux-mêmes et de la consulter, et ne paraissant plus même se maintenir encore en eux que jiour les rendre plus inexcusables,; D eu, dont les miséricordes semblent devenir plus abondantes, à mesure que la malice des hommes augmente, voulut bien graver sur des taldes de pierre cette loi que la nature, c'est-à dire que lui-même avait gravée dans nos cœurs ' ; il mit devant nos yeux la loi que nous portions au dedans de nous, afin qu'elle nous rappelât à nousmêmes. Cependant, le peuple qui en fut le premier dépositaire, l'ayant encore défigurée par des interprétations qui en altéraient la pureté ; Jésus-Clirist, la sagesse et la lumière de Dieu, est venu enfin sur la terre lui rendre sa première beauté , la purger des altérations de la Synagogue, dissiper les ténèbres qu'une fausse science et des traditions humaines y avaient répandues, en dévelop|)er toute la sublimité, en appliquer les règles à tous nos besoins, et en nous laissant son Evangile, ne laisser plus d'excuse , ni à l'ignorance, ni à la
1 C'est le mot de saint Augustin : Insculpta in cordibus nostris.
vous persécutiez ceux qui en faisaient une glorieuse profession : Christiani numen sapiebas , et Christianum penequebaris. Ah ! jusqu'où ne poussiez-vous pas l'hypocrisie et la mauvaise foi ! Jésus-Clirist a mis dans nous une loi naturelle qui nous fait tout connaître et qui nous révolte contre le mal , et par une impo?ture de vanité nous nous faisons honneur d'être tranquilles dans nos égarements ; nous nous vantons d'être marqués du caractère horrible des réprouvés ; nous le savons sûrement, disons-nous; et, loin de piofiter des lumières que nous donne là-dessus la miséricorde du Seigneur, nous nous faisons une g'oire aiïreuse de nos endurcissements, qui tôt ou tard nous feront payer chèrement la peine de nos feintes. Voilà le premier caractère d'évidence de la loi de Dieu , évidence dans la conscience des hommes, qui confondra la prétendue bonne foi et la fausse sécurité des âmes moudaiues ; mais cette évidence paraît encore dans la simplicité de ses règles, «t ce se-
GRAiND-CAnKMK.
malice de ceux qui en violent les préceptes.
Cependant, le second prétexte qu'on oppose dans le monde à l'évidence de la loi de Dieu , est la prétendue ambiguïté de ses règles. On nous accuse de faire dire à l'Evangile tout ce que nous voulons ; on conleste sur tout ; on trouve des répliques à tout ; on répand des ténèbres sur tout ; et on obscurcit tellement la loi que le monde lui-même veut avoir l'Evangile de son côté.
Or, je dis qu'outre l'évidence de la conscience, la loi de Dieu est encore évidente dans la simplicité de ses règles ; et qu'ainsi les pécheurs qui veulent justifier ainsi leurs voies injustes, seront confondus un jour et par le témoignage de leur propre cœur et par l'évidence des règles saintes.
Oui, mes Frères, la loi de Dieu est lumineuse, dit le Prophète, et elle éclaire même les yeux de ceux qui voudraient se la dissimuler à eux-mêmes : Prœceptnm Domini lucidum, illuminans oculos\ En effet, Jésus- Christ, en venant nous donner lui-même une loi de vie et de vérité, pour régler nos mœurs et nos devoirs, et où l'évidence ne pouvait être trop grande, n'aurait pas voulu y laisser sans doute des obscurités capables de nous faire prendre le change, et de favoriser des passions qu'il était venu combattre. Les 'lois humaines peuvent être sujettes à ces inconvénients. Comme l'esprit de l'homme qui les a inventées n'a pu tout prévoir, il n'a pu prévenir
* Ps. XVIll, 9.
coud caractère condamnera les dontes et l'incertitude affectée des pécheurs ; c'est ce qui me reste à vous montrer dans la accoude partie de ce discours.
SECONDE PABTIB.
Le second prétexte qu'on oppose d'ordinaire dans le monde à l'évidence de la loi de Dieu, c'est la prétendue ambipuité et l'incertitude de ses règles. On nous accuse de faire dire à l'hlvangile tout ce que nous voulons ; là-dessus on se croit en droit de répliquer à tout ce que nous proposons, de répandre de*» ténèbres sur tout et de couvrir toutes les vérités évangéliques d'uQ voile spécieux qui les déllgure ; en un mot, on obscurcit tellement et on interprète si diversement l'Evangile que le monde veut l'avoir de son côté.
Or je dis qu'outre l'évidence de la loi dans notre propre conscience , cette loi sainte est encore évidente dans ses règles et ses maximes ; qu'ainsi les pécheurs qui voudraient s'excuser au jour du jugement sur son obscurité, seraient confondus, nonseulement par le sentiment naturel de leur propre cœur, mais 1 ar l'évidence des règles saintes qui leur auront été données.
En effft, mes Frères, la loi de Dieu est un flambeau qui éclaire les yeux df s plus aveugles ; prœceplum Dommi lucidum, illum.nans oculos. Car le Sauveur, nous étant venu apporter une loi de vie et un guilc lidcie pour nous co;,duiie, il n'aurait pas
aussi toutts les difficuîtésqui pouvaient naître un jour dans l'esprit des autres hommes sur la force de ses expressions et sur la nature même de ses règles. Mais l'Esprit de Dieu, auteur des règles saintes proposées dans l'Evangile, a prévu tous les doutes que l'esprit humain [louvait opposer à sa loi ; il a lu dans le cœur de tous les hommes à venir les obscurités que leur corruption pouvait répandre sur la nature de ses règles; aussi il les a concertées d'une manière si divine et si intelligible, si simple et si sublime, que les plus ignorants, comme les plus habiles, ne peuvent y méconnaître ses volontés et les voies de la vie éternelle.
Il est vrai que des obscurités sacrées y cachent les mystères incompréhensibles de la foi ; mais les règles des mœurs y sont forme lies et précises ; les devoirs y sont évidents; et rien de plus clair et de moins équivoque que les préceptes de Jésus-Christ. Et certes il fallait bien qu'ils fussent clairs et intelligibles, puisqu'ils ne furent d'abord annoncés qu'à des disciples grossiers et aux bourgades de la Judée ; et que le sermon de la montagne , oii toutes les règles des mœurs sont renfermées d'une manière si sublime et si céleste, n'eut pourtant pour auditeurs que cette populace obscure qui avait suivi Jésus-Christ au désert.
Ce n'est pas, mes Frères, qu'il ne puisse survenir des doutes et des difficultés sur le détail des obligations ; que l'assemblage de mille circonstances différentes ne puisse tellement obscurcir la règle qu'elle n'échappe
vonlo y laii^ser des doutes capables de nous faire prendre le change. Lés lois humaines sont sujettes à ces inconvénients. Comme l'esprit de l'homme n'a pu prévenir toutes les difticuliés qu'on pourrait opposer aux lois qu'il établit, il n'en a pomt aussi donné d'assez évidentes pour qu'on ne puisse s'y méprendre. Mais l'Esprit de Dieu, auteur des règles saintes, a tout su prévenir en les établissant ; il a vu dans le cœur de tous les hommes l'aversion qui pourrait y naître à l'observance de ses règles ; ainsi il les a concertées d'une manière si simple et si évidente que les plus ignorants y peuvent reconoailre la véritable voie de la vie éternelle.
Il est vrai que des ténèbres mystérieuses cachent ce qu'il y a de plus auguste et de plus sublime dans la Divinité, parce que l'homme doit se contrn'er de l'adorer sans vouloir l'approfondir ; mais les règles qui doivent nous conduire sont si évidentes que tout le monde les voit et les conuail. 11 n'est rien de plus cl;;.^ que les préceptes de Jésus-Christ, et il fallait bien en eiïet qu'ils fussent chiirs et intelligibles ces divins prc^- Ceptes, puisqu'il fallait les faire entendre à des hommes grosHers tels qu'étaient les Apùlies, et que le sermon de la muntagi.e sainte, quelque mugniliquc qu'il fût, n'eut pourtant pour auditeurs que quelques disciples de dure conception et une populace grossière.
Ce n'est pas cependant qae je prétende que rien ne puisse survenir, qui obscurcisse la règle de la loi, qu'il ne puisse
quelquefois même aux plus habiles; et que sur les devoirs infinis des états et des conditions , tout soit décidé de façon dans l'Evangile qu'on ne puisse souvent s'y méprendre.
Mais je dis (et je vous prie de suivre ces réflexions qui me paraissent d'une extrême couséquence, et renfermer toutes les règles des mœurs), je dis premièrement que, si sur le détail des devoirs la lettre de la loi est quelquefois douteuse, l'esprit ne l'est presque jamais ; qu'on voit bien toujours de quel côté penche l'Evangile, et oîi nous conduit l'analogie et l'esprit dominant de ses maximes ; je dis qu'elles s'éclaircissent toutes les unes les autres ; qu'elles tendent toutes au même but ; que ce sont comme autant de lumières qui, se réunissant toutes au même point forment un si grand éclat qu'on ne peut plus les méconnaître; qu'il y a des règles principales qui servent à résoudre toutes les difficultés particulières, et qu'enfin, si la loi peut nous paraître quelquefois équivoque, l'intention du législateur, par où on doit l'interpréter, ne laisse jamais de lieu au doute et à la méprise.
Ainsi, vous voudriez savoir, vous qui vivez à la cour, où l'ambition est comme la vertu des personnes de votre rang ; vous voudriez savoir si c'est un crime de souhaiter vivement les honneurs et les prospérités de la terre, de n'être jamais content de son état, de vouloir avancer sans cesse, et de rapporter à ce seul désir toutes ses vues, toutes ses démarches, tous ses soins, tout le fond de sa vie. On vous y répond que votre cœur doit être où est votre trésor, c'est-à-dire dans le désir et dans l'espérance des biens éternels ; et que le chrétien n'est pas de ce monde. Décidez là-dessus la difficulté vous-même.
Vous demandez si les jeux éternels, les amusements, les spectacles, et tant d'autres plaisirs si innocents aux yeux du monde,
échapper quelques doutes sur certains points de la morale , et que tout soit tellement clair et évident dans l'Evangile qu'on ne puisse quelquefois s'y méprendre.
Mais je dis en premier lien que si la lettre de la loi est quelquefois douteuse, l'esprit de la loi ne l'est jamais ; qu'on voit toujours bien, malgré toute l'obscurité du texte, où nous conduit riivangile; que les vérités de la morale s'éclaircissent toutes les unes les autres ; que ce sont comme plusieurs lignes qui se réunissent toutes dans le même pomt. Je dis qu'il est des règles générales, des principes généraux, qui servent à éclaircir les règles particulières, et que si la lettre qui tue est quelquefois ambiguë et obscure, l'Esprit qui vivitie ne l'est jamais.
Ainsi lorsque vous nous demandez par exemple si le plaisir , les.jeuXj les honnêtes diverti soments sont défendus dans l'E-
doivent être bannis de la vie chrétienne. On vous y répond que bienheureux ceux qui pleurent , et que malheur à ceux qui rient, et qui reçoivent leur consolation en ce monde. Suivez l'esprit de cette règle , et voyez où elle vous conduit.
Vous vous informez si, ayant à vivre dans le monde, vous ne devez pas vivre comme le monde ; si nous voudrions condamner tous les hommes presque qui vivent comme vous ; et si pour servir Dieu il est nécessaire d'affecter des singularités qui vous donnent du ridicule aux yeux des autres hommes. On vous y répond qu'il ne faut pas se conformer à ce siècle corrompu ; qu'il n'est pas possible de plaire aux hommes et d'être serviteur de Jésus-Christ ; et que la multitude est toujours le parti des réprouvés. C'est à vous à nous dire si la réponse n'est pas précise.
Vous doutez si , ayant pardonné à votre ennemi, vous êtes encore obligé de le voir, de le servir, de l'aider de vos biens et de votre crédit; et s'il n'est pas plus juste de réserver vos grâces et vos préférences pour vos amis. On vous y répond : Accablez de bienfaits ceux qui ont voulu vous nuire ; dites du bien de ceux qui vous calomnient; aimez ceux qui vous haïssent. Entrez dans l'esprit de ce précepte, et dites-nous s'il ne répand pas une lumière sur votre doute , qui l'éclaircit à l'instant et le dissipe.
Enfin, proposez-vous tant de doutes qu'il vous plaira sur les devoirs , il vous sera aisé de les décider par l'esprit de la loi , si la lettre n'en dit rien , car la lettre tue , dit l'Apôtre ; c'est-à dire s'en tenir là, ne tenir pour devoir que ce qui est littéralement marqué, s'arrêter à ces bornes grossières, et n'entrer pas plus avant dans le fond et dans l'esprit qui vivifie, c'est être juif et vouloir se tromper soi-même. Ne nous dites donc plus, mes Frères , lorsque
vangile; on vous répond que Jésus-Christ appelle heurenx ceux qui pleurent, qui sont dans la tristesse, qui souffrent, qui sont affligés et persécutés, parce qu'ils seront consolés dans le ciel. Suivez cette lègle, et vous aurez bientôt décidé sur la difficulté que vgus nous proposez.
Vous nous demandez si nous voudrions condamner tous les hommts qui suivent l'usage et les coutumes du monde. Nous vous répondons que Jésus-Christ a mis toute sa gloire à le fuir, qu'il l'a condamné partout, et que, selon l'Evangile, être du monde est assez pour être réprouvé. Là-dessus vous pouvez décider.
Vous nous demandez si des fautes légères, et que le monde ne compte presque pour rien, sont si grandes, ei »i elles seront si rigoureusement punies que nous le disons. On vous répond à cela que ce qui est petit devant les hommes, est abomiuabL devant Dieu.
GRAiND-CArÉME.
nous conlamnon? tant d'abus que vous vous permettez sans scrupule : « Mais l'Evangile n'en (lit rien ». Ali ! l'Evangile dit tout à qui veut l'enti iidit' ; l'Evangiie ne laisse rien d'indécis à qui aime la lui de Dieu ; l'Evangile répond à tout à qui n'y cherche qu'à s'instruire ; et il va même d'aulant jdus loin et en dit d'autant pins que, sans s'arrêter à régler un certain détail, il règle les passions mêmes ; que, sans détailler toutes les actions, il va réprimer les penchants qui en sont les sources; et que, sans se renfermer dans quelques circonstances extérieures des mœurs , il ne nous propose pour règles de devoir que le renoncement à nous-mêmes, la haine du monde, l'amour des soiifTpances, le mépris de tout ce qui passe, et toute l'étendue de ses maximes crucifiantes : première réflexion.
Je dis en second lieu que ce n'est pas l'obscurité de la loi, mais nos passions encore chères, qui forment tous nos doutes sur les devoirs ; que les âmes mondaines sont celles qui trouvent plus d'embarras et plus d'obscurités dans les règles des mœurs; que rien ne paraît clair à ceux qui voudraient que rien ne le fût ; que tout paraît douteux à ceux qui ont intérêt que tout le soit. Je dis, avec saint Augustin , que c'est la bonne volonté toute seule qui donne l'intelligence des préceptes; qu'on ne connaît bien les règles et les devoirs , que
lorsqu'on les aime ; qu'on n'entre dans la vérité que par la charité ; et que le désir sincère du salut est le grand dénouement de toutes les difficultés. Je dis que les âmes fidèles et ferventes n'ont presque jamais rien à opposer à la loi de Ditu ; et que leurs doutes sont plutôt des alarmes pieuses sur des actions saintes que des prétextes et des difficultés pour en autoriser de profanes.
Les hommes n'ont appris à douter sur les règles des mœurs que depuis qu'ils ont voulu les allier avec leurs passions injustes. Hélas! tout était presque décidé pour les premiers fidèles. Nous ne voyons pas que dans ces siècles heureux les premiers pasteurs de l'Eglise eussent beaucoup de difficultés à résoudre sur le détail des devoirs. Ces volumes immenses qui en décident les doutes par des résolutions infinies*, n'ont paru qu'avec la corruption des mœurs. A mesure que les fidèles ont eu plus de passions à satisfaire, ils ont eu plus de doutes à proposer. Il a fallu grossir des volumes pour résoudre des difficultés que la cupidité toute seule formait, des difficultés déjà toutes résolues dans l'Evangile, et sur lesquelles les premiers âges de la foi auraient été scandalisés qu'on eût osé même se former des doutes. Nos siècles, en-
* Allusion aux dictionnaires de cas de conscience.
Décidez là-dessus : il ne tous restera pins de difRcuKés ; c'esl-à-dire qu'il faudra vous en tenir non à ces bornes grossières (le la lettre qui tue, mais à i'e^|)rit de la loi. Car ne point vouloir passer plus avant qu'à récorce, c'est être Juif. Kn effet, la loi de Moïse, donnée à un peuple grossier, entrait dans un détail surprenant ; il fallait tout dire pour se faire entendre à des hommes terrestres et charnels, qui n'écoulaient que ce qui était sensible, et qui ne pratiquaient la vertu que parce que les coupables étaient menacés de châtiments corporels. 11 fallait ne pas laisser le moindre sujet de douter à des esclaves qui auraient été bien ai-es de se dispenser de la loi sur la moindre apparence de ténèbres et d'obscurité. Mais l'Evangile ayant été donné à des hommes plus spirituels que charnels, à des chiéiiens qui se conduisent par la foi autant que par la raison , et qui pour entendre une chose n'ont pas besoin qu'on leur en circonstancié jusqu'au dernier détail, il sufiisait de leur donner des principes et des maximes générales qu'ils entendisi^enl ; aussi Jésus-Christ se contente de nous dire : « Aimtz Dieu sur toutes choses, et votre prochain tomme vous-niftmes ; voilà toute ma loi ». Il savait en donnant ces préceptes généraux que c'en était assez pour des cœurs soumis et tournés au bien ; que quand même il aurait ajouté plusieurs circonstances particulières pour servir d'éclaircissement à ces points sur qui l'on trouve tant de difticuHé^:, ces âmes mondaines et portées au mal y auraient trouvé tout de même des excuses pour s'en dispenser, et qu'il n'est point d'évidence ni de clarté assez grande pour faire pratiquer l'amour de Uieu à des âmes insentiibles qui n'en aiment ni la beauté ni les perfictions iulinies. Ne nous dites donc plus, pour autoriser ces désordres, que l'usage du monde approuve et que nous vous
défendons : « l'Evangile n'en dit rien ; la loi de Dieu ne décide rien là-dessus ». Ah ! mes Frères , l'Evangile ne parait rien omettre d'important à quiconque le médite comme il faut ; et la loi de Dieu semble toujours déci'Ier sur les moindres dangers à quiconque en aime la pratique ; tout va à régler les passions , à réprimer le mauvais penchant ; et dans toute l'étendue de ses maximes elle ne nous propose presque autre chose que la vie souffrante et cruciliée.
Je dis en second lieu que l'évidence de la loi est encore justifiée par la simplicité de ses règles contre l'incertitude affectée des pécheurs ; que ce n'est point de cette simplicité des règles de la loi que vient la prétendue obscurité qu'on y trouve , mais de la mauvaise disposition que jettent les passions dans le cœur des hommes ; que rien n'est clair pour ceux qui ont intérêt que tout soit obscur. Je dis qu'on ne connaît les règles que quand on les aime, et que le désir sincère de se sauver est la grande résolution de toutes ces difficultés qu'on se fait. Je dis que les âmes pieuses ne doutent point des vérités qu'on leur explique, et que les hommes n'ont appris à douter sur les règles des mœurs que lorsqu'ils ont voulu les allier avec les maximes du monde.
Hélas ! que les premiers Fidèles étaient éloignés de toutes ces prétendues incertitudes ! Nous ne voyons point que les premiers ministres de l'Kvangile fussent occupés à éclaircir les règles et les préceptes qui y sont contenus ; ces doutes affectés n'ont paru qu'avec la corruption des hommes A mesure qu'ils ont voulu satisfaire plus de passions, ils se sont formés plus de difficultés. Il a fallu pour confondre l'obstination des pécheurs de ce temps eo venir à de trop claires expositions sur des matières évidentes d'elles-mêmes, sur des maximes
core plus dissolus que ceux qui nous avaient précédés, ont vu encore croître et multiplier à rinfini ces recueils énormes de cas et de résolutions; toutes les règles les plus incontestables de la morale de Jésus-Christ y sont presque devenues des problèmes ; il n'est point de devoir sur lequel la corruption n'ait eu des difficultés à proposer, et auquel une fausse science n'ait trouvé des adoucissements; tout y a été agité, contesté , mis en doute ; on y a vu l'esprit de l'homme se jouer de l'Esprit de Dieu, et substituer des doctrines humaines à la doctrine que Jésus-Christ nous a apportée du ciel ; et, quoique nous ne prétendions pas blâmer ici universellement tous ces hommes pieux et habiles , qui nous ont laissé ces amas pénibles de décisions, il eût été à désirer que l'Eglise se fût passée de ce secours ; et nous ne pouvons nous empêcher de les regarder comme des remèdes qui sont devenus eux-mêmes des plaies, et comme les tristes fruits de la nécessité des temps, de la dépravation des mœurs, et de l'affaiblissement de la vérité parmi les hommes.
Les doutes sur les devoirs naissent donc de la corruption de nos cœurs, bien plus que de l'obscurité des règles. La lumière de la loi, dit saint Augustin, ressemble à celle du soleil; mais elle a beau luire, briller, éclater, un aveugle n'en est pas frippé. Or, tout pécheur est cet {\veugle ; la lumière est près de lui, l'environne, le pénètre, entre de toutes parts dans son âme ; mais il est toujours lui-même loin de la lumière : Prœsens est illi, sed cum cœco prœsens est. Purifiez votre cœur, continue ce Père, ôlez-en le bandeau fatal des passions ; alors vous verrez clair dans vos devoirs, et tous vos doutes seront éclaircis : Removean-
titr inîqidtates ; sanetur quod sauchim est ; levetur pondus ab oculo ; prœceplxim Domini lucidum. Aussi nous voyons tous les jours que lorsque, touchée de la grâce, une âme commence à prendre des mesures solides pour l'éternité, ses yeux s'ouvrent sur mille vérités qu'elle s'était jusque-là dissimulées à ellemême ; à mesure que ses passions diminuent, ses lumières croissent ; elle est surprise d'avoir pu s'aveugler si longtemps sur des devoirs qui lui paraissent alors si évidents et si incontestables ; et, loin qu'un guide sacré ait besoin alors de contester et de soutenir contre elle les intérêts de la loi de Dieu , il faut que sa prudence cache, pour ainsi dire, à celte âme touchée toute l'étendue et les terreurs des vérités saintes ; qu'elle la calme sur l'horreur des désordres passés, et tempère les frayeurs où la jettent la nouveauté et la surprise de ses lumières. Ce ne sont donc pas les règles qui alors s'éclaircissent ; c'est l'âme qui se dégage et sort de ses ténèbres. Ce n'est point la loi de Dieu qui devient plus évidente ; ce sont les yeux du cœur qui s'ouvrent à sa clarté. En un mot, ce n'est point l'Evangile qui change, c'est le pécheur.
Et une nouvelle preuve de ce que j'avance, mes Frères, c'est que sur les points de la loi sur lesquels nulle passion, nul intérêt particulier ne nous aveugle, nous sommes équitables et clairvoyants. Un avare, qui se cache à luimême les règles de la foi sur l'amour insatiable des richesses, voit clair dans les maximes qui condamnent l'ambition ou la volupté. Un voluptueux, qui tâche de se justifier la faiblesse de ses penchants, ne fait point de grâce aux inclinations basses et aux attachements sordides de l'avarice. Un homme entêté de
établies par Jésus-Christ , et que les premiers âges de la loi auraient eu honte de faire ; il a fallu que notre siècle ait traité comme douteuses des vérités que les siècles qui nous précèdent ont toujours regardé comme inconleslabies; les règles les plus sûres y sont devenues des problèmes Tout y a été agité, contesté, mis en doute sur le fait de la religion. On y a vu l'esprit grossier du monde mesurer sur ses propres forces l'esprit iuvariable de Dieu ; et quoique les inler,,rètes aient été très-utiles à l'Ej^lise, il eût été, ce semble, à souhaiter que l'Eglise eût pu se passer de ces secours.
Les doutes sur les devoirs ne naissent donc pas de l'obscurité des règles delà loi, mais de la corruption du cœur humain. La lumière des règles de la loi à l'égard du pécheur, ressemble à celle du soleil à l'égard d'un aveugle. Le soleil 'ui est présent; mais il a beau luire, l'aveugle n'en voit pas plus clair ; la lumière le pénètre, l'écliaulle et le touche de près; mais il n'en voit pas davantage. Cest ainsi que la lumière de la loi luit au cœur, le pénètre et se montre, pour ainsi dire à lui, malgré sa résistance ; cependant il n'en devient
pas meilleur. Ainsi voyons-nous que lorsqu'une âme se sent touchée de nouveau de l'onction de la grâce , elle prend aussitôt des mesures sur un salut et sur une éternité, que jusqu'alors elle n'avait point prises , elle voit ce qu'elle n'avait jamais vu, elle rougit d'avoir longtemps doiilé, contesté, disputé sur ses devoirs, et, loin qu'un guide zélé ait alors besoin de la faire souvenir de son aveuglement, il faut même que sa prudence le lui cache et que par de sages ménagements il s'efforce de calmer les frayeurs terribles où la jettent ses nouvelles lumières. Cj n'est donc pas alors la loi de bieu qui devient plus évidente, c'est le cœur humain qui devient plus docile et plus juste. Ce n'est poiut l'Evangile qui chauge, c'est le pécheur qui se convertit.
Et une preuve de cela, c'est que dans les choses où nous ne prenons nul intéiêt, nous sommes très-clairvoyants. Un avare, qui vjut pallier les traits odieux de sou avarice, condamne les plaisirs et les dépenses dans un homme sensuel Unvol.p ueux, qui veut justititr la faiblesse de son penchant â l'égard des divertissements défendus, ne feint poiut de condamner les sor-
GRAND-CAnÊME.
l'élévation et d»î la fortune, et qui regarde les mouvements éternels qu'il faut se donner pour parvenir, comme des soins sérieux et solides, et seuls dignes de sa naissance et de son nom, voit toute l'indignité d'une vie d'amusement et de plaisirs, et comprend clairement qu'un homme né avec un nom se dégrade et se déshonore par Toisiveté et par l'indolence. Une femme, saisie de la fureur du jeu, et d'ailleurs régulière, est impitoyable sur les fautes les plus légères qui attaquent la conduite, et Justine éternelli ment l'innocence d'un jeu outré, en l'opposant à des désordres d'une autre nature , dont elle se trouve exempte. Une autre au contraire, enivrée de sa personne et de sa beauté, tout occupée de ses passions déplorables, regarde cet ach;irnement à un jeu éternel comme une espèce de maladie et de dérangement d'esprit , et ne voit dans la honte de ses engagements qu'une faiblesse innocente, et des penchants involontaires dont nous trouvons la destinée dans nos cœurs.
Parcourez toutes les passions, et vous verrez qu'à mesure qu'on est exempt de quelqu'une, on la voit , on la condamne dans les autres ; on connaît les règles qui la défendent; on va même jusqu'à la rigueur envers autrui sur l'observance des devoirs qui n'intéressent pas nos propres faiblesses , et on pousse la sévérité jusqu'au-delà même de la règle. Les pharisiens, si éclairés et si sévères sur le crime de la femme adultère et sur les peines attachées par la loi à l'horreur de celte infidélité, ne voyaient point leur orgueil , leur hypocrisie, leur haine implacable et leur envie secrète contre Jésus-Christ. Les ténèbres ne sont donc que dans notre propre cœur; et nous ne commençons à douter de nos devoirs que lorsque nous commençons à aimer les maximes qui les combattent. Seconde réflexion.
(lides épargnes de l'avare. Un homme ambitienT, qni rejrarde la vaine gloire comme une vertu de son rang et de sa qualité, n'a nulle indulgence pour un homme charnel qui dégrade son corps par le péché d'impureté. Une femme, qui veut justifier un jeu outré qui rume toute sa famille, est impitoyable sur certains vices dont d'autres femmes sont coupables. Un homme au contraire entraîné par d'autres fuiblcs qui le dominent, rcpnrde le jeu comme la plus cruelle des passions, et dont on trouve la condamnatiou dans hou propre cœur aussi bien que dans la loi de Dieu.
Knfin parcourez toutes les passions, et vous verrez qu'on appelle innocent dans soi-même ce que dans les autres on regarde comme très-criminel. On va jusqu'à la rigueur sur autiui, pendant qu'on est indulgent sur soi-même. Les Juifs et les Pbari-
En effet, je voua dis en troisième lieu : Vous croyez que l'Evangile n'est pas si formel que nous le prétendons sur la plupart des règles que nous voulons vous prescrire ; que nous outrons sa sévérité , et que nous lui faisons dire ce qu'il nous plaît. Ecoutez-le donc lui-môme, mes Frères; nous consentons que de tons les devoirs qu'il vous prescrit vous ne vous croyiez obligés d'observer que ceux qui y sont marqués en termes si clairs et si précis qu'on ne saurait s'y mcpr^^ndre et les méconnaître ; on ne vous en demande pas davantage, et nous vons quittons de tout le reste. Ecoutez-le donc : « Celui qui ne porte pas sa croix chaque four, et qui 7ie me suit pas, ne saurait être mo7i disciple \ Quiconque ne renonce pas de cœur à tout ce qu'il possède, et ne se renonce pas sa7is cesse lui-même , ne doit rien prétendre à mes promesses '. Le royaume des deux souffre violence, et il n'y a que ceux qui se la font qui en jouiront un jour*. Si vous ne faites pénitence , vous périrez tous *. // n'est pas possible de servir Dieu et le monde '. Malheur à ceux qui sont dans la joie et dans l'abondance ; et bienheureux ceux qui pleurent et qui souffrent ici-bas ' ! Celui qui aime son père, sa femme, ses enfants, ses biens, son corps, S071 âme plus que moi, n'est pas digne de moi''. Le monde se réjouira, mais vous, mes disciples, vous y serez toujours dans la tristesse de la foi, et dans les larmes de la pénitence* ».
Est-ce moi qui parle ici, mes Frères ? Viensje vous tromper par un excès de sévérité, ajouter à l'Evangile, et vous porter mes propres pensées ? Faible comme je suis, j'ai
» Luc, XIV, 27. — » Ibid., 33. — » Malth., xi, 12. — * Luc, XIII, 5. — » .Matth., vi, 24. — « Luc, vi, 21, 23. — ' lOid., XIV, 26. — » Jean, xvi, 20.
* Ici, et dans tout ce qui suit, l'orateur semble répondre à ceux qui l'accusaient de trop s'étendre sur la mot aie et de donner des règles d'une austérité outrée.
siens qni sont très-éclairés sur le crime d'une femme adultère qu'ils veulent lapider, ne voient pas tous les crimes et toutes les abominations qu'ils commettent eux-mêmes envers Jésus- Christ leur Sauveur. On manque de lumière pour connaître les règles de la loi, et on n'a que trop de lumières pour connaître les maximes pernicieuses qui les combattent.
Si vous croyez n'être pas oblipés d'observer les règles qui vous parais.<!enl obscures dans l'Evangile, observez donc du moins celles qui y sont si claires que perso ne ne les peut révoqueren doute : « Faite? pénitence de votre vie passée ; pleurez vos crimes ; aimez Dieu sur toutes chose?, votre prochain comme vous-même ; aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous font du mal; priez pour ceux qui vous persécutent; ne vous attachez ni au monde, ni à ses faux biens; veillez sans
moi-même besoin d'indulgence ; et si je prenais dans la ftiblesse de mon cœur la doctrine que je vous annonce, hélas I je ne vous parlerais que le langage de l'homme ; je vous dirais que Dieu est trop bon pour punir des penchants qui naissent, ce semble, avec nous; qu'il n'est pas nécessaire, pour aimer Dieu, d'être l'ennemi de soi-même ; que lorsqu'on a du bien, il faut en jouir, et ne se rien refuser. Voilàle langage que je tiendrais — car l'homme livré à lui-même ne peut parler que ce langage de chair et de sang. — Mais, me croiriezvous, mes Frères, je vous l'ai déjà demandé, respecteriez-vous mon ministère, me regarderiez-vous comme un. ange du ciel qui viendrait vous annoncer un nouvel Evangile?
Celui de Jésus-Christ vient de vous tenir un autre langage ; je ne vous ai rapporté que ses divines paroles mômes; ce sont les devoirs qu'il vous prescrit en termes clairs et précis. On consent que vous borniez là toute votre piété, et que vous laissiez tout le reste comme douteux, ou du moins ordonné en termes moins clairs et plus susceptibles d'interprétations favorables. Ne comptez, parmi vos devoirs, que ces règles saintes et incontestables; nous n'exigeons rien de plus ; bornez vous à faire ce qu'elles vous prescrivent, et vous verrez que vous en ferez encore plus que nous ne demandons ; et que les maximes les plus communes et les plus fanilières de l'Evangile vont infiniment plus loin que tous nos discours. Troisième réflexion.
Aussi je vous dis, en quatrième lieu, que si tout est presque contesté dans le monde sur les devoirs les plus incontestables de la piété chrétienne ; c'est que l'Evangile est un livre inconnu à la plupart des fidèles; c'est que par un abus déplorable on passe toute la vie à acquérir des connaissances vaines, frivoles,
inutiles à l'homme, à son bonheur, à son éternité ; et on ne lit pas le livre de la loi où est renfermée la science du salut, la vérité qui doit nous délivrer, la lumière qui doit nous conduire, les titres de notre espérance, les gages de notre immortalité, les consolations de notre exil, et le secours de notre pèlerinage; c'est qu'entrant dans le monde on a soin de nous présenter les livres qui expliquent les règles de la profession à laquelle on nous destine ; et que le livre où les règles de la profession du chrétien sont renfermées, cette profession, qui survivra à toutes les autres, seule nécessaire, et la seule qui nous suivra dans l'éternité; ce livre, dis-je, est laissé dans l'oubli, et n'entre pas dans le plan des études qui doivent occuper nos premières années ; c'est enfin que des liistoires fabuleuses et lascives amusent puérilement notre loisir , et que l'histoire des merveilles de Dieu et de ses miséricordes sur les hommes , remplie d'événements si grands, si j-érieux, si intéressants, qui devrait faire toute l'occupation et toute la consolation de notre vie, ne nous paraît pas même digne de notre curiosité.
Je ne suis pas surpris après cela si nous avons besoin tous les jours de faire l'apologie de l'Evangile contre les abus et les préjugés du monde ; si l'on nous écou'e avec la même surprise lorsque nous annonçons les vérités les plus communes de la morale chrétienne, que si nous annoncions la croyance et les mystères de ces peuples sauvages et éloignés, dont les terres et les mœurs nous sont à peine connues ; et si la doctrine de Jésus-Christ trouve aujourd'hui la même contradiction dans les esprits qu'elle trouva à la naissance de la foi ; c'est qu'il est des chrétiens à qui le livre de l'Evangile est presque aussi inconnu qu'il l'était alors aux païens ; qui savent à peine si
cesse, de peur que Totre juge ne vous surprenne pendant ]a nuit; tout ce que vous faites, faites- le pour la gloire de Dieuvivez dans le monde, comme si vous n'y étiez pas; u^ez de ses biens comme si vous n'en usiez pas; rachetez le temps pendant que vous en avez le moyen. » Voilà qui est clair dans l'Evangile; et vous ne pouvez y trouver d'obscurité. Puisque vous êtes si déliciit sur le choix des vérités évangéliques, tenez-vous-en à celles qui sont claires comme celles-ci. On consent que vous borniez là toute votre piété; si vous praliquiez seulement ces évidentes vérité!5, vous avoueriez bientôt que les saints en ont bien fait davantige, et que les maximes de l'Evangile vont bien plus loin iji e uous n'allons nous-mêmes en vous les annonçant ainsi. Si vous vous plaignez que nous nous étendons trop sur la morale de Jésus-Christ; c'est que l'Evangile est un hvre fermé pour vous, que vous n'y cotmaissez rien, que vous ne voulez jamais en prendre connaissance,
que vous vous arrêtez à des biens frivoles, à des plaisirs dangereux, à des amusements inulilps, à un point de vaine gloire qui vous corrompt; c'est que vous ne le lisez point cet Evangile, qui est le titie de vos espérances, le gage de l'immortalité, le contenu des 'promesses du Sauveur, et le secours de votre pèlerinage sur la terre.
Après cela peut-on être surpris, si pour la plupart des mondains les vérités de l'Evangile sont des paradoxes; si l'on nous écoute avec la même surprise, lorsque nous annonçons les vérités les plus communes de l'Evangile, que si nous annoncions les mœurs extraordinaires des idolâtres qui nous sont tout à fait inconnues; ah! c'est que le livre de l'Evangile est aussi inconnu parmi nous que l'alcoran des barbares et le livre du paganisme. C'est en un mot que les chrétiens de nos jours ne peuvent soutenir un seul moment la leclure de ces livres siints si excellents, si raisouniibles, et dont les païens mêmes idiniraieut la sagesse
GRAND-CAKÊME.
Jésus-Christ est venu porter des lois aux hommes ; et qui ne peuviut soutenir un seul monicnt sans ennui la lecture de ce livre divin, dont les règles sont si sublimes, les promesses si consolantes, et dont les païens eux-mêmes qui embrassaient la foi, admiraient si fort la beauté et la divine philosophie. Ainsi, mes Frères, lisez les livres saints, et lisez-les avec cet esprit de foi, de soumission, de dépendance, que l'Eglise exige ; et vous en saurez bientôt autant sur vos devoirs et sur les règles des mœurs que les docteurs eux-mêmes qui vous enseignent : Super omties docentes me intellexi; quia testimonia tua meditatio mea est '. Et certes, mes Frères, d'où vient, je vous j)rie, que les premiers fidèles poussèrent si loin la pureté des mœurs et la sainteté du christianisme ? Leur annonça-t-on d'autres maximes que celles que nous vous annonçons ? Leur prêchait-on un autre Evangile plus clair et plus précis que celui que nous vous prêchons? C'étaient cependant des nations idolâtres et dissolues, qui avaient porté aux vérités de la foi les préjugés des superstitions et des plus inlâmes voluptés autorisées par le culte môme. Si l'Evangile renfermait les moindres obscurités favorables aux passions, c'étaient sans doute ces premiers disciples de la foi, qui devaient y prendre le change. D'où vient cependant qu'ils ne |)roposaient pas aux apôtres et à leurs successeurs les mêmes difficultés que vous nous opposez sans cesse pour soutenir les abus du monde et les intérêts des passions? D'où vient qu'avec •plus de penchants et plus de préjugés que nous pour les plaisirs, ces heureux fidèles comprirent d'abord jusqu'où, pour obéir à l'Evangile, il fallait se les interdire ?
Ah ! c'est qu'ils avaient nuit et jour le livre de la loi entre les mains ; c'est que la patience et la consolation des Ecritnres était la plus douce occupi.tion de leur foi ; c'est que les lettres des saints apôtres, et le récit de la vie et des maximes de Jésus-Christ était le seul lien et l'entretien journalier de ces Eglises naissantes; c'est qu'en un mot, pour qui lit l'Evangile, tout ce qui regarde les devoirs est bientôt décidé. Quatrième réflexion.
Enfin , je dis en dernier lieu : Quand même il s'y trouverait encore quelque chose d'obscur, la loi de Dieu ne retrouve-t-elle pas toute son évidence dans l'instruction et dans le ministère ? Les chaires chrétiennes vous annoncent tous les jours la pureté des maximes saintes; les pasteui-s les prêchent sur les toits; les guides sacrés des consciences les confient à l'oreille ; des hommes pleins de zèle et de lumière les font passer à la postérité, dans des ouvrages dignes des meilleurs temps de l'Eglise ' . Jamais la piété des fidèles n'eut plus de secours , jamais l'ignorance n'eut moins d'excuse , jamais siècle ne fut plus éclairé et ne connut mieux l'esprit de la foi et toute l'étendue des devoirs. Nous ne vivons plus dans ces siècles d'ignorance , où les règles ne subsistaient que dans les abus qui les avaient altérées, où le ministère était souvent pour les fidèles une occasion d'erreur et de scandale, et où le prêtre passait pour éclairé dès qu'il était plus superstitieux que son peuple.
Il semble, ô mon Dieu , que pour nous rendre plus inexcusables, à mesure que la malice des hommes croît d'un côté , la connaissance de la vérité, qui doit les condamner, augmente de l'autre : à mesure que les mœurs se corrompent, les règles se développent; à mesure
» Pb. civni, 99.
> Bossnet;
et les oracles divins. Ainsi méditez cette toi sainte, lisez cet excollent Cvaiipile, et vous en saurez autant que les maîtres : Super omnes docenles nie intellexi , quia iesiimonia tua medilatio men eut.
El certes d'où vint autrefois ce progrès si prompt et si universel du christianisme? Piêrhail-on aux premiers chrétiens des vérités plus claires que nous ne vous en piëchous? C'étaient pourtant des peuples grossiers, païens, idulâires, pleins de superstitions, à qui l'on pièchait ces vérités, et qui s'y rendirent aussitôt. Si l'Evanjji'e portait avec soi qne'que oi)-curi é et quelques ténèbres , c'était sans doute pour ces premiers disciples; et c'étaient eux plus que tout autre qui pouvaient y prendre le ch^UKe. Cependant ils ne s'y trompèrent point; ils comprirent d'aborJ ce que Jésus-Chrisi demandait d'eux. D'où tient donc qu'avec plus de préjugés pour le monde, avec plus d'engagement pour le plaisir que vous a'en avez maintenant, ces
heureux disciples comprirent-ils qu'il fallait pourtant se les interdire?
C'est qu'ils avaient médité celle loi nuit et jour, qu'ils avaient lu avec alleniion les livres sacré ; c'est qui's avaient cru ave: liuiiiii.lé les vérités qui y sont contenues; c'est que le lécitde la vie de lésus-t.hiist était le lien de leur C'inversiition et la plus aimable orcnput'On de ces Kglises iiai.ssantis; c'isl que quiconque aime l'Evangile de Jésu.-Chiist, ne trouve plus rien d'ob>cur ni de douteux dans ses maximes.
Quand même il y aurait quelque chose d'ob'cur, ne trouvet-oii p^s assez de moytns de s'en éilaiicir? Lts chaires cliiétieniies releulisseiil ctiaque jour de la voix des prédirateuis qui expliquent ces saintes véiilés; les pasteurs les pièctieiil sur les toits; des hommes pleins de science et de lum ère les expliquent ; et de zélés rauiisties dont le meilleur ouvrage est l'explication des livres saints, ne cessent de les mettre dans tout leur
DIMANCHE DE LA PASSION : Sim L'ÉVIDENCE DE LA LOI DE DIEU.
que la foi s'affaiblit et s'éteint , elle s'éclaircit et se purifie; semblable à ces feux, qui en expirant jettent une plus grande clarté, et ne font jamais mieux sentir leur force et leur éclat , que lorsqu'ils sont sur le point de s'éteindre.
Ce n'est pas qu'il n'y ait encore parmi nous des guides aveugles et d( s prophètes qui annoncent leurs propres songes. Mais le piège n'est à craindre que pour ceux qui veulent bien y être trompés. Quand on veut aller de bonne foi à Dieu, on a bientôt trouvé la main qui sait nous y conduire. Ce ne sont donc pas proprement les faux guides qui nous égarent ; c'est nous qui les cherchons , parce que nous voulons nous égarer avec eux. Ils ne sont pas les premiers auteurs de notre perte , ils n'en sont que les approbateurs; ils ne nous mènent pas dans la voie de la perdition , ils ne font que nous y laisser ; et nous sommes déjà tout résolus de périr dès que nous venons chercher leur suffrage. En effet, on sent bien soimême le danger et l'imprudence du choix que l'on fait; plus même l'oracle est complaisant, plus on se défie de ses lumières; plus il respecte nos passions , moins on respecte son ministère; on en fait même souvent le sujet de ses dérisions; on tourne en ridicule une indulgence qu'on a recherchée ; on se vante d'avoir trouvé un protecteur commode des faiblesses humaines; et par un aveuglement dont on ne peut parler qu'avec des larmes, on confie son âme et son salut éternel à un homme qu'on ne croit pas même digne, nonseulement de respect, mais même d'attention et de ménagement : semblable à ces Israélites, qui un moment après avoir fléchi le genou devant le veau d'or, et attendu de lui leur
jour. Jamais siècle ne fut plus éclairé, jamais fidèle ne fut mieux instruit ; jamais l'Evangile ne trouva plus de ministres prêts à l'annoncer au peuple.
Il semble qu'à mesure que la corruption répand des ténèbres et sème des doutes, vous suscitez, ô mon Dieu, des occasions de les dissiper et de les éclaircir; et qu'à mesure que la foi tombe, elle éclaire davantage ; semblable à ces feux, qui, sur le point de s'éteindre tout à fait, jettent une plus brillante lumière que dans le temps de leur plus grande vigueur.
Je ne dis pas pour cela que tous les ministres soient exempts d'erreur, et qu'il n'y ait encore dans l'Eglise des guides aveugles qui trompent les autres en se trompant eux-mêmes. Mais je prétends aussi qu'il s'en trouve beaucoup d'assez éclairés pour ne se tromper jamais sur les vérités de la foi. On ne choisit des guides aveugles que quand on croit qu'ils seront plus favorables aux passions. Quand de bonne foi on veut aller à Dieu, on sait bientôt trouver la main charitable qui y conduit; et les ministres avec qui l'on s'égare, ne sont pas tant les causes de notre perte qu'ils en sont les approbateurs. En effet on sent bien
Mass. — Tome IL
salut et leur délivrance , le brisèrent avec outrage, et le réduisirent en cendres *.
Mais, après tout , quand l'ignorance ou l'affaiblissement des ministres pourrait être une occasion d'erreur , les exemples des saints vous détrompent. Vous voyez quelle a été dès le commencement la route de ceux qui ont obtenu les promesses et dont nous honorons sur la terre la mémoire et les saints travaux; vous voyez que nul d'entre eux ne s'est sauvé par la voie que le monde vous van le comme si sûre et si innocente ; vous voyez que tous les saints ont fait pénitence , crucifié leur chair , méprisé le monde avec ses plaisirs et ses maximes ; vous voyez que les siècles , si différents entre eux pour les usages et pour les mœurs , n'ont jamais rien changé aux mœurs des justes; que les saints des premiers temps étaient faits comme ceux des derniers ; que les pays même les plus dissemblables pour l'humeur et pour les manières ont produit des saints qui se sont tous ressemblés; que ceux des climats les plus éloignés et les plus différents du nôtre ressemblaient à ceux de notre nation ; que dans toute langue et dans toute tribu ils ont tous été les mêmes; qu'enfin leurs situations ont été différentes ; que les uns se sont sauvés dans l'obscurité, les autres dans l'élévation; les uns dans la pauvreté, les autres dans l'abondance; les uns dans la dissipation des dignités et des soins publics, les autres dans le silence et dans le repos de la solitude ;
* Voilà de ces traits qui durent cruellement blesser. Quoique ces phrases se retrouvent et dans l'édition de 1705 et dans le texte délînitif, on se demande si ce n'est pas là une trahison des éditeurs jansénistes, soit de Trévoux, soit de Paris. Ce qui est évident, c'est qu'ils étaient heureux de pouvoir, sous le manteau de l'oratorien , percer la compagnie dont ils - avaient juré la perte.
dans soi-même l'injustice du choix que l'on fait. Plus l'oracle qu'on consulte est conïplaisant et lâche, moins on a de respect pour son ministère ; on tourne en ridicule les décisions qu'il a rendues; on se vante d'avoir trouvé un confesseur commode, et par un aveuglement trop digne de nos larmes, on confie son salut à un homme qu'on ne croit pas même digne d'être écouté : semblable à ces Israélites, qui, après avoir adoré le veau d'or, en faisaient des chansons, on se raille du ministre, après l'avoir consulté.
Mais , pour finir ce discours , ajoutons un dernier motif de suivre les règles de la loi de Dieu. Quaud même l'on ne serait pas autant instruit qu'on l'est sur la loi par les écrits et les prédications de tant d'hommes savants, les exemples des saints n'en sont-ils pas un motif pressant? Vous voyez que tous ont fait pénitence, qu'ils ont méprisé le monde, détesté ses maximes, oublié jusqu'à leurs parents, leur patrie et leur héritage, pour ne se souvenir que de Jésus-Christ pauvre et humilié. Vous voyez que les siècles si différents n'ont jamais rien changé aux mœurs des justes, ni aux maximes qu'ils ont suivies; que les
GRAND-CARËME.
enuumot les uns sur le fumier, les autres sur le trône ; mais que la croix, la violence , le renoncement a été la voie commune à tous.
Ainsi se sont sanctifiés, dans tous les siècles et dans tous les pays, les princes religieux, les saints conquérants, les courtisans qui ont craint le Seigneur, les magistrats chrétiens , les vierges retirées, les femmes partagées entre Jésus-Christ et les soins du mariage, les solitaires pénitents, les prêtres appliqués à l'autel saint, les maîtres et les esclaves, et jouissent aujourd'hui de la bienheureuse immortalité.
Qui êtes-vous donc pour prétendre arriver au ciel par d'autres routes, et vous flatter que dans cette foule de serviteurs illustres du Dieu vivant, vous serez seul privilégié? Mon Dieu! de quel éclat n^'avez-vous pas environné la vérité pour rendre l'iiomme inexcusable 1 Sa conscience la lui montre ; votre loi sainte la lui conserve; la voix de l'Eglise la fait retentir à ses oreilles ; l'exemple de vos saints la lui met sans cesse devant les yeux ; tout s'arme contre ses crimes; tout prend les intérêts de votre loi contre sa fausse paix ; de toutes parts sortent des traits de lumière, qui vont porter la vérité jusqu'au fond de son âme; nul lieu, nulle situation ne peut le mettre à couvert de ces étincelles divines sorties de votre sein , qui le poursuivent partout, et qui en l'éclairant, le déchirent. La vérité qui devrait le délivrer, le rend malheureux; et, ne voulant pas en aimer la lumière , il est forcé d'en sentir par avance la juste sévérité.
A quoi tient-il donc , mon cher auditeur.
que la vérité ne triomjihe dans votre cœur? Pourquoi changez-vous en une source intarissable de lemords cruels des lumières qui devraient être au dedans de vous toute la consolation des vos peines? Puisque par une suite des richesses de la miséricorde de Dieu sur votre âme, vous ne pouvez réussir, comme tant d'iihpies et d'endurcis, à étouffer cette vérité intérieure qui vous rap[)elle sans cesse à l'ordre et au devoir, pourquoi vous roidissez-vous contre le bonheur de votre destinée? Pourquoi tant d'efforts pour vous défendre contre vous-mêiiic ; tant de diversions et de fuites pour vous éviter? Réconciliez enfin votre cœxir avec vos lumières^ votre conscience avec vos mœurs, vous-même avec la loi de Dieu. Voilà le seul secret pour arriver à cette paix du cœur que vous cherchez. Tournez-vous de tous les côtés, il faudra toujours en venir là. L'x)bservance de la loi est le véritable bonheur de l'homme^ C'est §e tromper, de la regarder comme un joug ; elle seule met le cœur en liberté. Tout ce qui favorise nos passions aigrit nos maux, augjuente nos troubles., multiplie nos liens," aggrave notre servitude. La loi de Dieu toute seule, en les réprimant, nous met dans l'ordre, nous cahue,. nous guérit, nous délivre. Telle est la destinée de l'homme pécheur, de ne pouvoir être heureux ici-bas qu'eu combattant ses passions, de n'aller que par la violence aux plaisirs véritables du cœur, et ensuite à celle paix éternelle préparée à ceux qui auront aimé la loi du Seigneur. Ainsi soit-il.
saints des derniers temps ressemblent à ceux qui étaient des premiers; que ceux des climats les pins éloignés suivaient les mêmes règles que ceux de ce pays ; que, quoiqu'ils parussent de divers tempérament et [iresque de diverse nature, ils ont cependant pratiqué les mêmes maximes et gardé le même Evangile.
Mon Dieu! de quels secours ne devraient pas être ces- exemples que vos saints ont mis sans cesse devant les yeux des âiiics obstinées et rebelles! Tout piêche contre la fausse sécurifé d'un pécheur, qui s'appuie sur de vains prétextes d'obscurité de la loi, pour s'en dispenser. Biens, licence, plaisirs, bonncurg, passions, mauvaises habitudes, rien ne peut le meltre à couvert de celte étincelle que produit en son rœur la lumière de la foi et le flambeau de l'Evangile. Les vérités mêmes qui devraient l'aveugler, parce qu'il y ferme les yeux, ne servent qu'à l'éclairer et qu'à lai montrer ses devoirs. .
A quoi tient-il donc que la vérité ne triomphe dans vos cœurs, sinon à votre corruption? Pourquoi changez-vous en désespoir ce qui devrait êlre tout consolant pour vous, si vous y bisiei attention? Pourquoi jusqu'ici n'avez-vous pu encore
malgré tous vos efforts réussir à étouffer cette voix intérieure de la loi qui vous reproche vos désordres et votre incrédulité? Pourquoi vous roiiiissoz-vous contre une si heureuse deslinée q\ii vous fournit taut de lumières et tant de moyens d<: salut? Comparez vos lumières avec les ténèbres que vous supposez dans la loi de Dit-u ; vous trouverez qu'elles l'emportent beaucoup sur ces ténèbres., Voili le véritable secret de trouver le remède uù vous croyez ne voir que le mal. Tout ce qui nous est imposé comme une loi ou comme uu précepte de la paît des hommes, aggrave nos maux, nous jette dans le trouMu et l'affliction; mais la loi de Dieu toute seule nous calme dans nos inc'>nst,inces, finit nos troubles, nous met en liberté au milieu de notre esclavage, nous affranchit de l'empire du monde, et nous rend enfants de Dieu. Telle est la df>linée de l'homme de ne pouvoir trouver le repos que par la violence , le plaisir que par la* mortification, la gloire que par les iiumiliations, et qu'infin il faille se déclarer à soi-même une guerre continuelle, pour obtenir cette paix élernellc promise à ceux qui auront aimé et pratiqué la loi du beigaeur.