‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 57 sur 141 · CINQUANTE-SEPTIÈME SERMON · texte numérisé non relu

CINQUANTE-SEPTIÈME SERMON

SECOND SERMON POUR LE DIMANCHE DE U PASSION. SUR l'immutabilité de la loi de dieu.

MALISl

Division. — Le monde oppose trois prétextes à l'immutabilité de la loi de Dieu : le prétexte'des mœurs et des usages, le prétexte du rang et de ta naissance, le prétexte des situations et des inconvénients. Or, 1» La loi de Dieu est immuable dans sa durée : donc , /e* mœurs et les usages ne sauraient la changer ; 2° La loi de Dieu est immuable dans son étendue : donc, la différence des rangs et des conditions la laisse partout la même ; 3" La loi de Dieu est immuable dans toutes les situations : donc, les inconvénients , les perplexités, n'en justifient jamais la plus légère transgression.

Première partie. — L Evangile, la loi de Jésus-Christ , est immuable dans sa durée. Elle ne change point, parce que les devoirs qu'elle nous prescrit, fondés sur les besoins et sur la nature de riiomme, sont de tous les temps et de tous les lieux comme elle. Telle les premiers fidèles la reçurent à la naissance de la foi, telle l'avons-nous encore aujourd'hui, telle nos descendants la recevront un jour, telle enfin les bienheureux dans le ciel l'adoreront et l'aimeront éternellement. La ferveur ou le dérèglement des siècles, le zèle ou la complaisance des hommes n'ajoute ou ne diminue rien à son indulgence ou à sa sévérité. Cependant, lorsque les ministres nous représentent quelquefois dans les mœurs des (iremiers fidèles tous les devoirs de l'Evangile exactement remplis, pour nous faire sentir par la différence des premières mœurs d'avec les nôtres, combien nous sommes loin du royaume de Dieu ; non-seulement nous ne sommes point effrayés de nous trouver si dissemblables à eux, qu'on croirait à peine que nous fussions ditciples d'un même maitre et sectateurs de la même loi ; mais nous leur reprochons de rappeler sans cesse ces premiers temps et l'Eglise primitive, comme s'il était possible de régler nos mœurs sur des mœurs qui sont désormais impraticables ; nous prétendons que les temps sont changés, qu'il faut prendre les hommes comme ils sont , et que ce serait les désespérer que de vouloir les ramener à la vie des premiers siècles.

Mais, 1» Les temps et les années qui ont si fort altéré la pureté du christianisme, ont-ils altéré celle de l'Evangile? Jésus-Christ prédit que dans les derniers temps il ne se trouvera presque plus de foi sur la terre ; mais ajoute-t-il qu'alors , pour s'accommoder à la corruption de ces derniers temps, il relâcherait quelque chose de la sévérité de son Evangile ; ou plutôt, n'ajoute-t-il pas qu'alors il faudra plus que jamais veiller, prier, jeùuer, se retirer, pour se mettre à couvert de la corruption générale ?

2" Croyez-vous que les piéceples rigoureux de l'Eva gile n'aient été faits que pour le premier âge de la foi, où les hommes étaient chastes, innocents, charitables, fervents ; et que Jésus-Christ ait réservé pour les hommes corrompus de nos siècles toute son indulgence ? Où serait l'équité et la sagesse tant vantée de la morale chrétienne ?

3° Nos usages n'étaient pas établis du temps de nos pères, et sans doute ils ne passeront pas jusqu'à nos derniers neveux ; ils ne sont pas même communs à tous les peuples. Donc ces usages ne peuvent ni devenir notre règle, ni la changer ; autrement, il faudrait un Evangile pour chaque siècle et pour chaque peuple, au lieu que la règle est de tous les temps et de tous les lieux. Donc, de nouvelles mœurs ne forment pas pour nous un nouvel Evangile ; il faut donc juger des usages et des mœurs par les devoirs et par les règles, et non pas des règles et des devoirs par les mœurs et par les usages.

Ne disons donc plus que les temps ne sont plus les mêmes ; mais la loi de Dieu n'a pas changé. Ne disons plus que les chrétiens des premiers temps avaient ou plus de force ou plus de grâce que nous. Hélas ! ils avaient plus de foi, plus de constance, plus d'amour pour Jésus-Christ, plus de mépris pour le monde. Du reste nous avons les mêmes sources de grâce qu'eux, le même ministère, le même autel, la même victime. S'il y a quelque différence entre les premiers chrétiens et nous, c'est que dans les premiers temps, ce n'étaient pas de seuls usages arbitraires qu'il fallait éviter, les dérisions du monde seulement qu'on avait à craindre, c'étaient les supplices les plus cruels auxquels il fallait s'exposer. Cependant l'Evangile qui pouvait autrefois faire des martyrs, à peine peut-il aujourd'hui former un fidèle.

Deu.xième partie. — La loi de Dieu est immuable dans son étendue. La loi de Moïse était pour un peuple seul ; mais Jésus- Christ est un législateur universel, il est venu de tous les peuples ne faire qu'un peuple, de tous les états et de toutes les conditions ne former qu'un corps, animé par le même esprit et gouverné par les mêmes lois. Cependant, une autre illusion ordinaire contre l'immutabilité de la loi de Dieu, c'est de se persuader qu'elle s'adoucit en faveur du rang et de la naissance ; et que les mœurs, attachées à la grandeur par l'usage, en rendant l'observance presque impossible, en rendent aussi la transgression plus innocente.

Mais si l'Evangile est la loi de tous les hommes , les grands ont promis sur les fonts sacrés de l'observer^ tout comme le peuple ;

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