PREMIÈRE PARTIE
Lorsque j'entreprends de faire sentir aux pécheurs qui viennent se rendre coupables, en ces jours solennels, du corps et du sang de Jésus-Christ, toute l'énoroiité d'une profanation si étrange, je ne prétends pas parler ici de ces âmes impies et endurcies dans le crime , qui de sang-froid et le sachant, viennent fouler aux pieds le sang de la nouvelle alliance , et se familiariser insolemment avec leur jugement et leur condamnation. Je ne parle point de ces gens qui, puuaatle mystère de la foi dans une conscience souillée d'abominations et de
malédiclion; qu'il n'y a pas ici, comme autrefois sous les lentes d'Israël, un autre Achan caché dans la Coule, ui un analhcino parmi les fldèles.
Je ne parle donc que de ces cames mondai ncs, lesquelles, après une année eulière de plaisirs et de dissolution, se présenteront au tribunal avant de venir à raiilcl ; à qui la conscience ne reprochera ni dissimulation, ni feinte, et qui se rendront néanmoins coupables du corps du Soigneur; parce qu'elles porteront encore à l'autel toutes leurs passions déréglées, et une conscience que le bain de la pénitence aura achevé de souiller, loin de l'avoir purifiée.
Pour connaître donc, mes Frères, si vous n'avez rien à craindre sur la profanation des saints mystères auxquels vous allez participer, il n'y a qu'à établir quelles sont les dispositions essentielles à une communion sainte ; et chacun en s'appliquant ces règles, que Jésus- Christ a laissées à son Eglise, pourra se juger soi-même, et décider s'il peut, avec cette confiance que donne une conscience pure, venir se présenter à l'autel.
Or, toutes les dispositions qui doivent nous préparer à cette action sainte, sont renfermées dans cet avis de l'apôtre : Que l'homme s'éprouve soi-même, avant que de manger de ce pain de vie : Probet autem se ipsumhomo, et sic de paîie illo edat '. Je sais que l'esprit de l'homme ne connaît pas toujours ce qui se passe dans l'homme; et que s'éprouver soimême, n'est souvent que s'affermir soi-même dans ses erreurs, et achever de se méconnaître. Mais l'épreuve qu'on demande ici n'est pas si difficile à faire; et la méprise n'est à craindre que pour ceux qui veulent se tromper. Car il s'agit de savoir, premièrement, si vous êtes sincèrement changé; secondement, si vos anciennes passions non-seulement ne subsistent plus dans vos penchants déréglés, mais si
« I Cor., xr, 28.
vous avez commencé du moins à les expier par les larmes et les rigueurs de la pcnilencej enfin, si vous ajoutez à ces précautions un désir sincère et ardent de vous unir à Jésus- Christ ; c'est-à-dire qu'on exige de vous, et de tous ceux qui vous ressemblent et qui vivent dans des h.\bilu(les criminelles, une é()reuve de changement, une épreuve de pénitence, et une épreuve de ferveur : Probet autem se ipsiitn homo, et sic de pane illo cdat.
Je dis, premièrement, une épreuve de changement. Ainsi si vous n'avez pas recouvré par un sincère repentir la grâce de la sainteté et de la justice que vous aviez perdue par vos crimes ; si vous êtes encore dans la mort et dans le péché, la table de Jésus-Christ vous est interdite : car c'est ici un pain de vie, il faut être vivant aux yeux de Dieu pour s'en nourrir; c'est la table des enfants , les ennemis en sont indignes; c'est la pierre précieuse de l'Evangile, on ne la jette pas devant des animaux immondes. Or, porterez-vous à l'autel une conscience véritablement purifiée, un cœur pénitent et changé; et votre conversion serat-elle sincère? Pour en juger, permettez-moi d'en examiner toutes les démarches.
Vous allez confesser vos iniquités aux pieds du prêtre. Je n'examine pas si le choix même que vous faites du confesseur n'est pas une preuve certaine que vous ne voulez pas vous convertir. Je n'examine pas si vous cherchez non pas le plus sévère, car cette ostentation de sévérité ne convient pas à un ministère de charité, et le plus sévère n'est pas toujours le plus saint ni le plus instruit ' ; mais si vous cherchez le plus homme de bien, le i)lus éclairé, le plus habile à ramener le pécheur ; un de ces hommes, des mains desquels * une âme échappe difficilement, pour ainsi dire, et auxquels l'on ne s'adresse que lorsqu'on veut sincèrement renoncer au vice et servir Dieu ; un de ces hommes enfin qui en viendrait aux
' Trait qui semble dirigé contre les jansénistes. — * Duquel, 1745 et 1764.
crimes, viennent anx pieds des autels profaner la pins sainte de tontes les actions, et qui, par une Jiyporrisie déleslable, aiment mieux être sarriléges et impies devant Die», que de ne point passer pour rcliRicux devant les hommes. Cunlre ces monstres du Christianisme, il faudrait dos foudre? et non pas des inslnictions ; des malheurs et non pas des menaces. J'ai cette conlianre. ô mon Diru, et c'est vous qui mr la donnez, qne, parmi rmx que la patole divine asfemhle en ce saint lieu, il n'est point d'âmes de ce caractère ; et je présume qu'il ne Be trouve plus, comme un autre Achan, de sacrilège parmi le peuple d'Israël.
Je ne parle que de ces âmes mondaines, qui, après avoir passé une aunée entière dans la mollt s>e, sans jamais couihattre leurs passions, viennent sans préparalji n s'approcher k l'âqucs de la sainte Table ; de ces âmes qui se portent à toutes sortes de déréjilements avant de venir communier ; de ces péchcun à qui la conscience ne reproche rien, parce qu'ils ne s'examinent pas assez, et qui se rendent coupables du corps et du sang dt Jésns-Chrift qu'ils reçoivent, parce qu'ils y portent des cœnn tout déréglés et une conscience toute souillée, faute de soin «t d'attention sur eux-mêmes. — Ed. de 1705.
DIMANCHE DES RAMEAUX : SUR LA COMMUNION
remèdes, aux expédients, au détail de vos mœurs et de vos besoins; qui ne laisserait plus rien de douteux dans votre conduite ; et des pieds duquel vous ne sortiriez plus avec ces incertitudes secrètes qui suivent toutes vos confessions, et qui sont toujours les tristes fruits d'une conscience embarrassée, et qu'on n'éclaircit jamais qu'à demi. Je n'examine pas encore si, dans la discussion de votre conscience , vous serez un juge éclairé et sévère envers vous-même ; si vous ne vous ferez pas grâce sur mille transgressions pour lesquelles vous êtes déjà jugé devant Dieu ; si les lumières de la foi, ou les préjugés du monde et de vos passions, seront les règles consultées dans votre examen et dans vos recherches ; et si les soins pour approfondir les abîmes de votre conscience, répondront à la durée, à l'embarras et à la multitude de vos crimes. Laissons là ces abus plus sensibles et plus marqués, et sur lesquels il est malaisé de s'abuser soi-même.
Mais souffrez que je vous demande : Vous venez mettre vos péchés aux pieds du prêtre, mais venez-vous y laisser vos passions? Vous sortez du tribunal absous, mais en sortez-vous justifié? Y portez-vous cette vivacité de componction, cette abondance de douleur, ce désir sincère de réparer le passé, ces vues, ces projets, ces résolutions réelles et effectives d'une nouvelle vie ? prenez-vous tout de bon des mesures pour commencer ? cherchez-vous des expédients pour rompre vos engagements profanes, pour vous retirer sans délai des occasions? arrangez-vous déjà par avance dans votre esprit vos devoirs, vos occupations, vos liaisons, vos dépenses, tout le détail de vos mœurs, jusques ici si dérangées et si pleines ou de passions ou d'inutilités? Voilà les soins et les inquiétudes qui occupent une âme touchée, sur le point d'une sincère conversion ; c'est par là que vous connaîtrez si vous êtes revenu de bonne foi de cet attachement depuis si longtemps fatal à votre innocence, si souvent confessé, jamais corrigé ; de cette haine sur laquelle vous ne sauriez vous vaincre ; de celte fureur de jeu qui vous tyrannise, qui trouble la paix domestique, qui dérange vos affaires, et à laquelle mille événements malheureux n'ont pu encore vous obliger de renoncer : en un mot, si vous êtes une nouvelle créature; si vous ne portez pas le nom de vivant étant encore mort en effet ; et si Jésus-
Christ, entrant par la communion dans la maison de votre âme, pourra dire, comme lorsqu'il entra dans la maison de Zachée : C'est aujourd'hui un jour de salut pour cette maison : Hodie salus domui huic fada est ^
Quoi ! mon cher auditeur , vous avez prolongé vos crimes jusqu'au jour de votre pénitence ; à peine avez-vous mis entre vos désordres et votre confession l'intervalle d'un léger examen. Au sortir de l'autel, et la solennité passée, tout ira encore même train ; on ne verra pas plus de précaution qu'auparavant contre des périls éprouvés; les commerces recommenceront ; les liaisons se renoueront; les passions se réveilleront; vous vous retrouverez encore le même. Ce n'est pas ici une prédiction en l'air ; c'est ce que vous avez toujours éprouvé après la solennité de Pâques ; et vous croiriez que le court intervalle qui s'est passé entre vos crimes et votre rechute, a été précisément le moment de votre justification, et que vous êtes venu porter à l'autel ce cœur pénitent, cette pureté d'âme nécessaire pour manger la chair de l'Agneau ?
Ah 1 vous vous trompez, mon cher auditeur, qui que vous soyez ; vous venez manger et boire votre condamnation. Ces retours prompts et toujours certains au premier vomissement ; ce cours de passions et de crimes qui n'est interrompu que par l'instant de la solennité et de la participation à la table du Seigneur ; ce mélange monstrueux de saint et de profane ; grand Dieu ! quel état pour approcher des mystères saints ! Ce n'est pas qu'on prétende que la divine Eucharistie doive vous établir dans un état immuable de justice ; un tel état est le privilège , non de la terre , mais du ciel, où. Dieu, se découvrant à l'âme comme son bien souverain, la pénétrant des plus vives ardeurs de son amour, la mettra dans une heureuse impuissance de l'offenser. Eh 1 qui ne sait qu'ici-bas la vie de l'homme est une tentation continuelle ; que les plus justes mêmes alfligent quelquefois l'Eglise par des chutes éclatantes, et que celui qui est debout doit toujours craindre de tomber? Mais on voudrait du moins qu'a[>rès le remède vous ne parussiez pas atteint des mêmes maux qu'auparavant; que si vous n'êtes pas parfaitement guéri, votre état fût comme ces convalescences avancées qui ne diffèrent de la par-
» Luc, XIX, 9.
GRAND-CAUÉME.
faite guérison que par un reste de faiblesse; on voudrait que la juste crainte d'une rechute rendît les précautions plus exactes ; on voudrait, dit saint Chrysostome, qu'au sortir de l'autel, vous offrissiez aux séductions des sens, plus de force ; aux périls, plus de vigilance ; aux objets qui ont séduit votre cœur, plus d'éloignement ; plus d'amour pour le devoir et pour la vertu ; on voudrait, continue ce Père , que le sang de Jésus-Christ auquel vous venez de participer, transmît avec lui, dans votre cœur, les sentiments et les inclinations de Jésus-Christ ; et que, comme le sang des rois et des Césars, en coulant dans les veines de leurs augustes enfants, y fait passer avec lui le courage et la magnanimité de leurs ancêtres *, et des sentiments dignes de leur naissance, on voudrait que le sang de Jésus-Christ, en coulant dans vos veines aux pieds de l'autel, vous rendît les images vivantes de Jésus-Christ, et vous inspirât des sentiments dignes d'une si haute origine ; on voudrait, en un mot, qu'une communion ne fût pas l'affaire d'une journée.
En effet, celui qui mange ma chair et quihoit mon sang, dit Jésus-Christ, demeure en moi, et je demeure en lui *. Jésus-Christ ne dit pas : Il s'unit à moi ; mais, // ij demeure : In me manet ; il ne dit pas : Je m'unis à lui ; mais. Je demeure en lui ; j'établis dans son cœur une demeure fixe, solide, durable ; je fais avec lui une alliance ferme et constante : bi me manet, et ego in illo. Donc, conclutsaint Augustin, celui qui se contente de recevoir Jésus-Christ, et qui ne le conserve pas, et qui ne demeure pas en lui, et qui le chassii d'abord de son cœur, il ne l'a pas reçu spirituellement, il a mangé et bu sa condamnation.
Oui, mes Frères, désabusons-nous : une communion sainte remplit l'âme de tant de grâces, l'unit à Jésus-Christ d'une manière si intime et si ineffable, lui donne tant de force et de courage, augmente si sensiblement sa foi, que cette âme marche longtemps, comme le prophète, dans la force et dans le secours de cette viande sainte : Ambulavit in fortiludine cibi illius* ; et qu'on ne la voit pas passer en un instnnt du remèdti le plus puissant de la religion aux faiblesses les plus indignes d'une âme chrétienne.
* Compliment aux priacei.
« Jean, VI, 57.
» m Hois, xn, 8.
Ainsi, voulez-vous savoir si vos communions, en ces jours solennels, sont des profanations ou des grâces? voyez quel en est le fruit ; quel changement elles opèrenten vous; quelle vie vous menez au sortir d(^s mystères redoutables : la règle est sûre. Des communions saintes et utiles ne sauraient subsister avec des mœurs toujours également mondaines et profanes ; et, tandis que vous vivrez dans les mêmes passions et les mêmes engagements , et qu'au sortir de l'autel saint vous vous retrouverez un moment après encore le même, craignez que vos communions ne soient peut-être devant Dieu vos plus grands crimes.
Donc, mes Frères, vous que ce discours regarde, et qui vivez dans des habitudes de crune que le devoir pascal n'a fait jusqu'ici que suspendre pour un moment; donc seconfesser simplement n'est pas s'éprouver, n'est pas cette épreuve de changement que l'Eglise exige. Le ministre qui vous absout témérairement, ne vous délie pas devant le Seigneur, parce qu'il ne peut délier sur la terre que les cœurs changés par un sincère repentir, que le Seigneur délie dans le ciel ; la sentence qu'il prononce est pour vous une sentence de mort. Il met sur votre tête le sang innocent, il est vrai ; mais ce sang devient votre crime, au lieu qu'il aurait dû être votre remède, et vous périssez sous la main destinée à vous rendre la vie. Ne devait-il pas demander du temps pour examiner si vos habitudes sont enfin éteintes; si celte démarche de [iénitcLce sera plus heureuse que les autres jusqu'ici inutiles; si vos promesses seront plus sincères ; si vous n'irez pas demain rentrer dans vos premières voies ; et si vous ne vous présentez pas au tribunal pour satisfaire au devoir extérieur que l'Eglise vous prescrit, plutôt qu'au changement intérieur que Dieu vous demande? Ne devait-il pas exiger de vous des preuves de la sincérité de vos protestations avant d'exposer la grâce du sacrement: l'éloignement des occasions; un divorce entier et sans retour avec les objets de vos passions; une cessation du crime; et enfin un commencement du moins d'expiation des souillures dont vous vous êtes présenté encore tout couvert au tribunal ?
DEUXIÈME nÉILEXION.
Et c'est ici la seconde épreuve, une épreuve de léuitence. Je ne prétends pas ici rappeler
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l'ancienne pratique de l'Eglise et la discipline de ces siècles fervents, où l'on faisait précéder les expiations publiques de la pénitence à la réconciliation du pénitent. L'Eglise avait alors ses raisons en établissant cette règle ; elle en a eu aussi en cessant de l'observer ; et c'est à nous, en soupirant sur la cessation de ses anciennes règles, à nous conformer à ses usages, et non i-as à les réformer. Mais je vous dis à vous, mon cher auditeur, quand on ne ferait attention qu'à vos mœurs passées et à cet enchaînement de désordres habituels que vous venez porter au tribunal, et qui ont toujours recommencé après la solennité, seriez-vous en état de venir vous présenter avec les justes à la table sainte? Quoi? de la même bouche dont vous venez de raconter les horreurs de votre conscience vous iriez d'abord recevoir Jésus-Christ ? le cœur encore fumant de mille passions mal éteintes, que le lendemain va voir rallumer, vous oseriez participer aux mystères saints? l'imnginalion encore souillée des traces toutes vives des crimes que vous venez de révéler au prêtre, vous viendriez vous mêler parmi les anges, et vous nourrir de leur pain? Quoi? au sortir du tribunal, la communion vous tiendrait lieu de pénitence, elle qui en doit être la récompense et la consolation, disent les saints? vous iriez de plain-pied ducrimeà l'autel; et, loin de répandre quelque temps des larmes avec les pénitents, vous viendriez d'abord vous consoler avec les justes? Mais ignorez-vous que comme dans l'Eglise du ciel il n'y aura que les vierges innocentes, ou ceux qui auront lavé leurs vêtements dans le sang, et qui seront venus d'une grande tribulation, qui auront droit d'environner l'autel de l'Agneau ; de même dans l'Eglise de la terre, il n'y a que les âmes innocentes et pures, ou celles qui ont lavé leurs souillures dans le sang delà pénitence, et qui ont passé par ses tribulations, à qui il soit permis de venir environner l'autel saint pour participer à ses mystères ' ?
1 Quoi ! de la même bouche dont vous venez de réciter des
abominations et des impuretés, vous iriez recevoir le corps de Jésus-Clirist? Quoi ! souillés de mille passions encore fumaules, et dont vous avez l'imagination toute noircie, vous iriez vous mêler téiiiérairement parmi les aoges, et vous nourrir de leur aliment ? Quoi ! vous iriez de plaiu-pied du tribunal où vous venez de laisser vos souillures, à l'auiel où repose le Dieu de toute pureté ? Et, loin de vous tenir au bout du temple prosterné avec les pénitents, vous iriez tout d'un coup dans le sanctuaire vous nourrir de la viande des saints ? îSon, mes i Frères : il n'est rien de plus injurieux à Dieu, et de plus pcr-
En effet, un pécheur invétéré n'arrivait autrefois à l'autel qu'après des années ent'èrcs d'humiliations, de jeûnes, de macérations, de prières; il se purifiait longtemps dans les exercices publics d'une discipline pénible; il y devenait un homme nouveau ; l'on ne voyait plus en lui de restes de ses crimes passés, que dans les traces des macérations qui venaient de les expier ; et l'on peut dire que la divine Eucharistie était alors ce pain laborieux que l'homme pécheur ne mangeiit plus qu'à la sueur de son front. Et parce qu'une sage dispensation a changé cet usage, vous supposeriez qu'avoir confessé des crimes invétérés, c'est les avoir punis; et que toute la pureté qu'exige la chair de Jésus-Christ, de celui qui la reçoit, c'est qu'il ait découvert l'horreur et l'infection de ses plaies? Ah! l'usage, mes Frères, n'a rien changé à la loi. Ll'Eglise a pu se relâcher sur les épreuves publiques ; elle ne se relâchera jamais à l'égard des pécheurs dont nous parlons, sur les épreuves particulières. Les siècles ont pu dégénérer de leur première ferveur ; le corps de Jésus-Christ n'exige pas moins de pureté de ceux qui en approchent *.
Voilà pourquoi , mes Frères , l'Eglise a voulu que ces quarante jours de pénitence précédassent la communion pascale. Elle nous instruit par là que les grands pécheurs ont besoin d'un temps d'épreuve et de mortification, pour pleurer leurs crimes , pour se puri-
nicieux pour vous-mèflies qu'une telle témérité ; et comme il n'y a que les vierges pures et lavées dans le sang de l'Agneau qui ont droit d'environner l'Epoux, de même aussi il n'y a que les âmes, ou innocentes, ou puritiées par des lamies de sang, et qui aient passé par les épreuves de la pénitence, qui aient droit de venir à l'autel se nourrir du corps du Sauveur. — Ed. de 1705.
1 Et certes un pécheur invétéré n'était autrefois admis aux saints mysières qu'après des années entières de jeûnes , de haires, de cilices, de prières, d'humiliations ; il se ju»liliait dans la longue et dure discipline de l'Eglise ; il n'y devenait un homme tout nouveau qu'à la faveur de ses macérations et de ses austérités, et l'on peut dire que l'absolution qu'on lui donnait était le prix des rigueurs et de l'austère pénitence qu'il avait pratiquée. Et vous demandez qu'on vous fasse passer tout d'un coup de la confession de vos péchés à la sainte communion? Toute la disposition que vous y apportez, c'est d'avoir de la bonté et de la confusion de vos fautes. Non, mes Frères : l'Egbse s'est relâchée sur les pénitences publiques; mais jamais sur les pénitences particuliei es. La confession, dans un péciieur invétéré, doit être le fruit et !e prix, et non pas la première démarche de la péi.iience ; elle doit mettre le dernier sceau à la conversion, et mm pas en commencer l'ouvrage. C'est la pratique de toute l'Eglise ; ce sont les lois de nos pères ; et c'est ce que saint l'aul demande, lorsqu'il veut qu'on s'éprouve soi-même, avant de manger le pain de vie, proûct auitm seipsum honio. — Ibid.
GRAND-CAIiÊME.
lier par le jeûne et par la prière, et se disposer ainsi à la participation des mystères saints; elle leur apprend qu'ils doivent mettre un intervalle de pénitence entre leurs désordres et la table du Seigneur ; et que les faire passer du crime à l'autel, ce serait, dit saint Bernard, consommer leur iniquité, et non pas les conduire à la source des grâces.
Je sais que cette maxime peut avoir ses exceptions ; que la prudence doit ici , comme partout ailleurs , appliquer et conduire la règle; que la componction est quelquefois si vive dans un pécheur, les larmes si abondantes , la conversion si soudaine , si entière, si marquée , qu'on doit abréger le temps des épreuves, et se hâter de consoler sa douleur, par l'usage de cette nourriture céleste ; et qu'il est encore quelquefois d'autres prodigues pénitents , si touchés de leurs désordres , si brisés de douleur, qu'à peine ont-ils dit au père de famille : Tai péché contre le ciel et devant vous^ ; qu'on peut les faire asseoir comme lui à la table sainte , et les rétablir dans tous les droits dont ils étaient déchus par leurs crimes.
Je sais qu'il se trouve même assez souvent des âmes sincèrement touchées , et toutes résolues de renoncer à leurs passions , et de servir Dieu; mais avec cela si faibles, si inconstantes, si peu à l'épreuve des occasions, que si vous ne vous hâtez de les soutenir, de fixer, pour ainsi dire, leur légèreté par la grâce des saints mystères; si vous les laissez trop longtemps à elles-mêmes , loin de se purifier par la pénitence , elles s'affaibliront par le dégoût; et la vivacité de leur componction, loin de se rallumer par le délai , se ralentira par leur propre inconstance. Je sais que les lois de l'Eglise sont pleines de sagesse , de charité et de condescendance ; que le salut dos pécheurs étant la seule fin qu'elle s'y propose, tout ce qui y conduit plus sûrement devient plus conforme à son esprit ; qu'il faut souvent relâcher de ses règles , pour mieux entrer dans ses intentions, et savoir être faible avec les faibles, pour les sauver tous. Mais je dis que la règle ordinaire , c'est que la communion , pour un grand pécheur, doit être encore aujourd'hui le fruit et le prix, et non la première démarche de sa pénitence; qu'elle doit enfin couronner et récompenser ses lar-
« Luc, XV, 18.
mes, et non pas succéder à ses crimes. El qui peut en douter, s'il croit encore que nos mystères sont saints et terribles? C'est la règle de l'Eglise ; c'est la pratique de tous les siècles ; c'est la doctrine des saints ; et c'est ce que l'Apôlre voulait dire en recommandant aux fidèles de s'éprouver, avant de venir manger de ce pjin céleste : Probet autem se ipsum homo , et sic de pane illo edat.
Mais la loi de l'Eglise presse , et ne laisse pas de lieu , dites-vous, au délai et aux longues épreuves. Mais croyez-vous de bonne foi, mes Frères, que l'Eglise regarde vos communions indignes comme l'accomplissement du devoir pascal? Croyez-vous qu'on satisfasse à ses lois saintes par des sacrilèges? Croyezvous qu'elle mette une grande différence entre les profanateurs et les rebelles ; etque fouler aux pieds les mystères terribles, soit lui donner une grande marque de respect et d'obéissance? Vous évitez ses censures, parce qu'elle ne juge que de ce qui paraît ; qu'elle ne punit que les désobéissances ouvertes, et le mépris déclaré de ses lois : mais évitez-vous les anathèmes du ciel, qui juge les profanations secrètes? Eh! qu'aurait-elle prétendu en vous faisant une loi de la participation au corps du Seigneur? Vous présenter un remède ou un poison, un pain de vie ou une nourriture de mort , le gage de voire immortalité ou le sceau de voire réprobation ; autoriser la témérité et les profanations des pécheurs, ou récompenser les larmes des pénitents , et soutenir l'innocence des fidèles * ?
L'Eglise vous ordonne de participer aux saints mystères en ces jours solennels , parce qu'elle suppose que vous en approcherez avec une conscience pure et des dispositions dignes de ce sacrement adorable ; et n'a-t-elle pas raison de le supposer? Hélas ! les premiers fidèles en approchaient tous les jours ; ils venaient tous participer aux choses saintes avec
' Mais la loi de l'Eglise presse en ces jours solennels de communier, di(-on, et ne laisse pas le loisir de faire la lungue épreuve que vous demandez. Eh! quoi d(inc? croyez-vous que l'Eglise veuille lendie vos cuuimuuions indignes, eu vous faisant cette loi ? Vous éviterez ses censures en coniinuniatit précirémenl dans le temps quelle vous piesciit, parce qu'elle ne peut vous juger que sur les apparences ; mais évilerez-voiis les anallièiiies dont elle frappe les sacrilèges et les profanateurs ? Quoi ! aurait-elle prelcndu, eu vous imposant une nécessité de communier à l'âques, vous offrir un poison ou un remède, un pain de mort ou un pain de vie, jeter le saint aux chiens ou en rassasier des âmes tidèles , faire de la communion l'abomination des pécheurs ou la consoialiou des pénitents et la réconipeose des justes? — Ed. de i7U5.
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le prêtre qui les offrait ; ils ne formaient avec lui qu'un même prêtre, pour ainsi dire, comme ils ne formaient entre eux qu'un cœur et qu'une âme. Aussi chaque jour voyait croître leur foi, et fortifier leur charité et leur courage. Et comment voulez-vous que l'Eglise, ne vous ordonnant plus d'en approcher qu'une fois dans l'année, puisse encore supposer qL!e vous ne serez pas en état de vous y présenter? Elle qui a vu la divine Eucharistie être le pain de tous les jours de ses enfants ; faire toute leur consolation dans les exils, dans les prisons , dans les calamités les plus accablantes , pourrait-elle croire qu'une année entière de préparation ne suffirait pas pour vous disposer à vous nourrir au moins une fois de ce pain céleste? Et quelle différence mettrait-elle donc entre ses enfants et les infidèles, qui n'ont point de part à ses promesses , et qu'ell ) ne nourrit pas de sa foi , de ses sacrements f t de ses mystères? C'est déjà une nécessité bieti triste pour elle, que le relâchement de nos mœurs l'ait réduite à nous déterminer un temps, pour nous nourrir de Jésus-Christ. Hélas ! notre foi , notre piété , notre utilité toute seule aurait dû nous tenir lieu là-dessus de loi et de précepte.
Mais d'ailleurs, l'Eglise , qui vous ordonne d'approcher, vous ordonne en même temps de différer, si vous n'êtes pas en état; elle veut que ses ministres remettent pour vous la grâce de la résurrection ; elle consent qu'ils vous marquent un autre temps que le sien, et qu'ils prolongent le devoir pascal au-delà des bornes qu'elle avait prescrites aux autres fidèles. Ah ! votre pâque véritable, mon cher auditeur, sera le jour où vous communierez dignement ; le jour heureux où Jésus-Christ entrera dans votre cœur comme un libérateur, et non pas comme un juge ; pour achever de le purifier, et non pas pour y être souillé lui-même; votre pâque véritable sera ce grand jour, ce jour désirable où vous vous convertirez au Seigneur, où vous renoncerez à vos passions déréglées, où vous deviendrez un azyme pur; votre pâque véritable sera le jour fortuné où vous ressusciterez avec Jésus-Christ, et où vous passerez de la mort du péché à la vie de la grâce. L'Eglise n'en connaît point d'autre ; et le fruit de ce sacrement n'est pas attaché aux jours et aux temps, mais à l'innocence et à la piété de ceux qui y participent.
Il est rapporté au livre des Nombres que
Mass. — Tome II.
certains Juifs , ayant touché un corps mort au temps de la pâque , et par conséquent contracté une souillure qui demandait le remède des purifications, et qui par ordonnance de la loi leur interdisait la manducation de l'Agneau pascal , Quidam imnnmdi super anima liominis, qui non poterant facere phase in die illo *, vinrent se plaindre à Moïse et à Aaron de la dureté de cette ordonnance, qui les empêchait de célébrer la pâque avec leurs frères. « Pourquoi sommes-nous privés , leur dirent-ils , de la célébration de la pâque? Quare fraudamur ut non valeamus oblatioiiem offerre Domino in tempore suo inter filios Israël * ? » — « Attendez, leur répondit Moïse, et je consulterai le Seigneur : State ut considam Dominum ' » . — « Dites aux enfants d'Israël, répondit le Seigneur : Tout homme qui se trouvera immonde au temps de la pâque, ne pourra la célébrer que le second mois : Loquere filiis Israël : Homo quifuerit immundus^ . . . faciat phase Domino in mense secundo » . Voilà la réponse du Seigneur, mon cher auditeur; voilà voire règle, vous qui venez porter à celte sainte solennité des so'iillures anciennes, dont la loi de Dieu vous ordonnait de vous purifier durant ces jours de salut par les larmes d'une véritable pénitence ; éprouvez-vous, purifiez-vous, et attendez, avec l'avis d'un guide éclairé , le second mois pour célébrer la pàque : Homo qui fuerit immundus,.., faciat phase Domino in mense secundo. \ous n'aurez pas, il est vrai , la joie sainte de venir environner l'autel au milieu de vos frères, pour solenniser avec eux le jour du Seigneur, et vous nourrir de l'Agneau sans tache. Mais n'est-il pas juste que vous portiez la peine et la confusion due à votre persévérance honteuse dans le crime ; et que vous soyez privé d'une consolation , qui est le prix des larmes ou de l'innocence ? Homo qui fuerit immundusj,.. faciat phase Domino in mense secundo *.
» Num.,ix, 6.
* Num., ix,7.
» Ibid., 10, 11.
* En effet, il est rapporté au Livre des Nombres que certains Juif;, ayant touclié à des cor(>s morts et pir couséqueut deveiKis iinmoades en vertu de la ci qui les excluait de manger l'Agneau pascal avec les autres datis le temps marqué pour cela, vinrent se plaindre à Woïse. « Pourquoi, lui dirent-ils, sommes-nous privés de la pâque ? Pourquoi ne nous permeton pas d'offrir avec les enfants d'Israël une victime au Seigneur dans son temps ? Quure fraudamur ut non vahamus oblationem offerre Domino in tetnpore suo inter filios Israël? » — « Attendez, leur dit Moïse, que je consulte le Seigneur,
GRAND-CARÊME
Ah I il aurait fallu pendant celte sainte carrière commencer une vie plus chrétienne ; vous disposer parraniendemenlàrabsolnlion de vos crimes et à la célébration de la pâijue; entrer avec l'Eglise dans un esprit de componction et de pénitence ; ajouter à la loi commune de l'abstinence, trop douce pour un pécheur aussi déploré que vous l'avez été, des rigueurs de surcroît ; et non pas , ou vous en dispenser tout à fait, ou y mêler des adoucissements qui en ont anéanti tout le fruit, et vous en ont rendu transgresseur aux yeux de Dieu. Telle avait été l'intention de l'Eglise en faisant précéder la sohmnité de la pâ(|ue par CCS jours de douleur et de pénitence. Oi vous en avait averti à l'entrée de la carrière; et vous ne devez vous en prendre qu'à vousmême, si la sévérité des règles saintes vous rejette aujourd'hui et vous éloigne de l'autel , comme un animal immonde revenu cent fois à son vomissement; et qui n'y portez pour toute disposition que vos crimes , et la témérité d'oser en approcher '.
TROISIÈME RÉFLEXION.'
Encore, mon cher auditeur, si une abondance de componction , comme nous l'avons déjà dit , et un désir ardent et sincère de vous nourrir de Jesus-Christ, vous conduisait à l'autel , la vivacité de l'amour pourrait peutêtre excuser l'indiscrétion de la promptitude;
pour savoir sa volonlé là-dessus : itute ut consulam quid ■f/rœripiat Dominus de vohs ». El que répondit le Seigneur à Moï^e? « Dites aux eufanis d'IsraCI que s'il se trouve quelqu'un parmi eux qui se soil souillé, il ne fera la pâque que le second rs\(\\i, fuciut pasclia Domino in mcnse secuttduo Voilà la réponse du Seigneur à Moïse, et votre règle, vous, qui souillé de crimes et après des péchés invétérés, voulez passer aussitôt à la sainte table ; Uiiïcrez votre pàque ; attendez au second mois à la faire : facuit pa.'.cha in mcnse secundo ; vous ne célébrerez l'oiiit avec vos frères celte pâque solenne le ; vous lie participerez point encore à la joie et au bonheur de la régurrcction du Sauveur. Mais ne laul-il pas que vous portiez la peine de vos crimes, et que pour avoir attendu si t^rd à faire pénitence de vos fautes, vous soyez privé d'une coiii^olalion qui doit être le prix , ou de la pénitence ou de l'iunuceuce ? Homo qui fucrit imuiundus... fuciat paxcha in mense secundo. — Ed. de 1705.
» 11 aurait fallu dès le commencement de ce carême entref dans les sentiments d'une sincère conversion, dans un ju.^le repentir de vos fautes, ajouter de nouvelles austérités a la loi de l'Kglise, comme étant trop douce pour un pécheur aussi déplorable que vous, et non pas y mêler des adoucissements injustes, ou vous en dispenser tout à fait. On vous avait averti de la disposition de l'Eglise à l'égard des pécheurs dès le commencement de cette carrière , et si vous n'êtes pas digne de participer à la pâque avec les autres, vous ne devez vous en prendre qu'à voas-mème , qui avez la témérité de vouloir vous en approcher encore tout souillé. — Jùid.
mais c*est ici la dernière épreuve , et le dernier préjugé que la plupart des pécheurs dont je parle, viennent manger et boire leur condamnation : une épreuve de ferveur. Car, je vous prie, mes Frères, quel est le motif qui vous conduit la plupart à la table sainte en ces jours solennels? Est-ce un profond sentiment de votre faiblesse, une ardeur sincère de recourir au secours destiné à vous fortifier, et une sainte faim de Jésus-Christ? Hélas 1 lai plupart voient approcher, avec un chagrin secret, la solennité sainte. Les mystères chrétiens, ces jours si heureux pour l'Eglise, ces jours de joie et d'allégresse, vous les craignez comme des mystères lugubres et des jours de deuil et de malheur; vous êtes tristes et inquiets à l'aiiproche de la pâque, comme ce jeune homme de l'Evangile à qui Jésus-Chrisl avait ordonné de renoncer à tout et de le suivre; cette seule pensée trouble, empoisonne un mois d'avance tous vos plaisirs; on voit ces âmes infidèles dont je parle, sur la fin de cette sainte carrière, traîner le poids d'une conscience irrésolue, balancer longtemps entre le devoir et les passions, reculer, différer, et enfin, après bien des agi:ationset des remises, adoucir, par le choix d'un confesseur indulgent et peu habile , l'amerttmie de cette démarche. Encore a-t-il fallu attendre le moment où l'Eglise tonne, foudroie ; et l'on n'est entré dans la salle du festin , que comme ces aveugles et ces boiteux de l'Evangile , qu'il fallut arracher comme par force des places publiques , c'est-à-dire des plaisirs et des passions du monde, et les traîner malgré eux au festin du père de famille.
Grand Dieu ! qu'il faille à des chrétiens des foudres et des anallièines pour les conduire à vos autels 1 que la corruption de nos siècles, et l'afTa blissement de la foi, ait contraint votre Eglise de leur ordonner, sous peine de mort, la paiticipalion à votre corps et à votre sang! La ferveur des premiers temps aurait^ elle pu comprendre que l'Eglise eût dû faire un jour cet usage de son autorité ; et ses menaces étaient-elles destinées à mener par force ses enfants à l'autel , ou à séparer de ses mystères ses ennemis et les indignes?
Mais dites-moi, mes Fières, la privation du corps de Jésus-Christ n'est-elle pas la plus terrible peine dont l'Eglise puisse frapper ici-bas les fidèles ? La vie serait-elle supportable à un chrétien sans la divine Eucharistie ? Faudrait-
DIMANCHE DES RAMEAUX : SUR LA COMMUNION
il même que nous eussions besoin de vous exhorter à l'usage fréquent de ce sacrement adorable ? Eh 1 qu'a la religion de plus consolant , et la vertu de plus désirable et de plus utile? C'est le plus tendre adoucissement de nos peines ; c'est la seule consolation de notre exil ; c'est le remède journalier de nos faiblesses ; c'est la ressource universelle de tous nos besoins.
Mais il faut, dites-vous, des dispositions si parfaites pour en approcher. Il est vrai , mais ces dispositions, c'est l'usage lui-même de la divine Eucharistie qui , les trouvant ébauchées, les perfectionnera dans votre cœur; c'est en vous nourrissant de Jésus-Christ, que vous apprendrez, comme il nous en assure lui-même, à ne vivre plus que pour lui : Et qui manducat me^ et ipse vivet pr opter me * ; à vous détacher de plus en plus du monde, a mépriser tout ce qui doit périr, à détruire en vous tout ce qui n'est pas digne de lui. C'est en approchant souvent de la table sainte, que vous sentirez un nouveau goût pour la prière, pour la retraite, pour tous les devoirs de la vie chrétienne ; c'est au pied de l'autel, et dans l'usage de cette nourriture céleste, que vous trouverez des forces pour résister aux périls, pour fuir les occasions, pour vous défendre contre vous-mêmes. En un mot, c'est l'usage lui-même de la divine Eucharistie qui nous met en état d'en approcher dignement, et une communion doit nous servir de préparation à une autre. Plus vous vous éloignez, plus la tiédeur augmente , plus les passions croissent, plus Jésus-Christ diminue dans votre cœur , plus l'homme de péché augmente et se fortifie. Aussi les communions au temps pascal sont-elles inutiles à ces âmes mondaines, qui n'approchent de l'autel qu'en ces jours solennels, qui attendent la loi de l'Eglise pour s'y résoudre ; et plût à Dieu que, n'en retirant aucun avantage, elles n'y trouvassent pas leur propre condamnation !
Holas ! nos pères s'éloignaient autrefois de leur patrie et de leurs enfants ; nos rois et nos maîtres, à la tête de leurs armées et de leurs plus vaillants sujets, armés du signe sacré de la croix, s'arrachaient aux délices de leur cour; et poussés par la simplicité d'un saint zèle, et par l'ardeur d'une foi vive, ils traversaient les mers ; ils allaient dans une terre sainte, con-
* Jean, vi, 58.
sacrée par les mystères du Sauveur, adorer les traces de ses pieds. Ici, leur disait-on, il guérissait un paralytique de trente-huit ans ; ici, il ressuscitait Lazare ; ici, il marchait sur les ondes, et commandait aux vents et à la mer; ici, il reçut le baptême des mains du Précurseur, et sanctifia les eaux du Jourdain ; ici, il parut transfiguré sur la montagne sainte ; ici, il réconcilia la pécheresse de la cité ; ici, il chassa les profanateurs de la maison de son Père. A ces paroles, ces hommes pleins de foi versaient sur cette terre heureuse des larmes de tendresse et de religion ; et ne pouvaient se résoudre à quitter des lieux qui leur rappelaient les actions, les mystères, les prodiges d'un si bon maître. Ah I mes Frères, il n'est plus nécessaire de traverser les mers, disait autrefois saint Chrysostome à son peuple ; vous dites, continue ce Père : Heureux ceux qui le virent, et qui purent seulement toucher le bord de ses vêtements I Mais vous le voyez, vous le touchez ; au milieu de vous se trouve celui que vous ne voulez pas connaître , et dont nos pères allaient chercher si loin les précieux restes et adorer les sacrés vestiges. Venez à l'autel : ce ne sont plus des lieux consacrés autrefois par sa présence ; c'est luimême. Ici, vous dirons-nous, il a réconcilié un enfant prodigue , et l'a fait asseoir à sa table; ici, il a guéri l'infirmité d'une hémorrhoïsse, que toute la science humaine et toutes les ressources du monde n'avaient pu tirer de sa langueur ; ici, il a retiré un publicain de ses injustices, et a porté la paix dans la maison de son âme ; ici, il rassasie tous les jours une multitude affamée d'iiti pain miraculeux, de peur qu'elle ne succombe dans les voies pénibles de la vertu. Tous les lieux qui environnent ses autels sont marqués par quelqu'un de ces prodiges *.
Et tous ces avantages n'enflammeraient pas vos désirs, mon cher auditeur? et vous ne lui diriez pas dans ce moment avec saint Augustin : a Eh ! qui me donnera donc, Seigneur, que vous veniez dans mon âme pour en prendre possession ; pour y régner seul ; pour m'y faire oublier mes peines, mes malheurs, mes faiblesses ; pour y établir une paix solide? Car jusques ici le monde et les créatures Tont essayé en vain. Ah I peut-être. Seigneur, la
1 C'est ainsi qne l'art on plutôt le cœur de Massillon sait attendrir les sujets les plus sévères , et mêler les larmes de la tendresse chrétienne à la sainte indignation du zèle et de la foi.
GRAND-CARÉME.
maison de mon âme n'est pas assez parée pour vous recevoir ; mais venez, vous en ferez vousmême tout Torneinent. Peut-être que j'y nourris encore des ennemis secrets et invisibles ; mnis n'ôlcs-vous pas plus fort que le fort armé? Votre srule présence les dissipera; et (out sera en paix, quand une fois vous en aurez pris possps>ion. Peut-être a-t-elle encore des taches et des rides qui l'enlaidissent à vos yeux, car les anges eux-mêmes sont-ils purs devant vous et dignes de soutenir votre présence? Mais votre sang aJorable les effacera ; et vous renouvellerez sa jeunesse et sa beauté, comme celle de l'aigle. Venez seulement, Seigneur, et ne tardez pas; on a tout, quand on vous possède ; et au milieu même des plaisirs et des prospérités humaines, on est vide et on n'a rien, quand on ne vous a pas ' ».
Mais sont-ce là, mes Frères, les saints empressements qui vous conduisent la i lupart à la !aî)!e du Seigneur? C'est ici une faveur dont il faut être touché ; et vous regardez le devoir pascal comme une servitude pénible. C'est un festin de tendresse et de familiarité; et vous en faites un devoir de pure bienséance. C'est
• Hélas! les premiers chrétiens, pour aller visiter les lieux saints par où Jésus-Christ avait passé , quiltaicnt biens et familles, s'éloignaient de leur patrie, traversaient les mers pour adorer ks traces de ses pieds. Li, leur disait-on, il guént uu paralylique de (rente-huit ans ; là il rendit la vue à un avi ug'ené ; ici la pécheresse de .lérusaleno trouva grâce auprès de lui; ia il ne voulut pas condamner la femme adultère : et toutefois celte terre sainte où l'on rappelait le souvenir d'un si bon maître, n'avait plus le bonheur de le posséder. Ah ! si ces premiers iiilèles se sentaient animés d'une si grande ferveur, en voyant seulement les traces par où Jésus-Christ avait passé, qu'auraient-ils fait, s'ils eussent pu se nourrir de sa propre cl)air? Pour vous, mes Frères, vous avez bien plus d'avani^igcs qu'eux : vous u'avez pas besoin de traverser les mers, d'abanliouner vos biens et votre patrie pour aller chercher Jésus- Christ ; venez aux pieds de l'autel et vous l'y trouverez prêt à se donner à vous. Ce n'est plus en des lieu.x consacrés par ses pas, qu'on vous dit de courir, c'ist à la sainte table dont voua devez apprucl.tr avec amour C'est ici, vous dii-un , où il a converti des Paul et des Madeleine ; c'est ici qu'il a attendu avec patience des Samaritaine ; c'est ici qu'il a fait tant de fois asseoir à sa table ues enfants prodigues ; ici il réconcilie tous les jours des pécheurs, il y icço.l des femmes voluptueuses et nioiid.iines, des pnblicauH, des injustes, des adultères ; ici il nourrit une multitude allumée de peuples qui le suivent. Ln un mot tous ces lit ux qui environnent sm autels, sont marqués de que que prodi^-e particulier.
Et vous ne voudriez pas après cela vous en approcher avec amour? Ah '. dites comme Augustin :« C'est ici, Seigneur, que je veux venir, puisque vous m'y attendez pour forlitier mes faiblesses, pour m'y procurer une paix constante, que le monde ne peut donner». Venez donc, chrétiens, et n'atiendez pas à participer i cet auguste mystère, quand vous ne le pourrez plus. Uevrait-on refuser le plus giaud bonheur qu'on puisse «voir sur la terre T -> Ed. de 1705.
la table des enfants ; et vous y venez comme un esclave. Ah ! si la loi de l'Eglise vous laissait libre ; si elle se contentait de vous exhorter seulement par le motif de la solennité et de vos propres besoins à la participation des saints mystères, la table de Jésus-Christ serait abandonnée en ces jours saints, et nous verrions nos autels déserts. Ce ne sont donc pas ici des pécheurs qui se repentent ; ce sont des esclaves qui craignent et qui obéissent ; et j'ai eu raison de dire que la fêle de Pâques ne fait presque point de conversions ; et que ces jours heureux voient plus de profanateurs et de Judas que de véritables disciples qui fassent leur pâque avec Jésus-Christ : Cum discipulis mets facio pascha ^
Aussi, mes Frères, si l'Apôtre se plaignait autrefois que les maladies populaires, les morts soudaines, les événements malheureux, n'étaient qu'une punition des communions indignes : Ideo iiitir vos multi infirmi et imbeciliés, et dormiunt nndti* ; s'il s'en plaignait dans un siècle où la divine Eucharistie faisait des martyrs, et non pas des sacrilèges; s'il s'en plaignait à l'Eglise de Corinlhe, toute composée presque de prophètes, de docteurs, de fidèles, qui avaient reçu les dons miraculeux, et qui abondaient en grâce et en vertu de l'Esprit-Saint; si l'Apôtre ne cherche point ailleurs que dans les communions indignes, la source des calamités publiques qui affligeaient cette Eglise florissante : grand Dieu I quelles marques terribles de votre colère ne doivent pas attirer sur nous tant de pécheurs ou téméraires ou hypocrites ; tant de ministres peut-être ou mondains ou corrompus, qui viennent se présenter tous les jouis à l'autel, et y profaner votre chair adorable? Ah I vous nous frappez aussi depuis longtemps, grand Dieu 1 vous versez sur nos villes et sur nos provinces la coupe de votre fureur et de voire colère ; nous voyons les rois armés contre les rois, et les peuples contre les peuples; toute l'Europe inondée de sang et de carnage; la stérilité désoler nos campagnes; la mort cruelle moissonner à nos yeux nos citoyens, et changer nos >iiles en déserts ; nous voyons tous Ils jours dt's pécheurs scandaleux, fiappés d'une main invisible, tomber à nos côtes ; tant de morts imprévues; tant d'accidents fu-
' Apad te facio pascha cam discipulis meis ; Matth., zxvt, 18. — » I Cor., XI, ;^0.
DIMANCHE DES MMEAUX : SUR LA COMMUNION
nestes ; tant de scandales qui affligent votre Eglise *. Eh I d'où pourraient partir, grand Dieu ! ces fléaux si longs et si cruels? Où auraient pu se former ces nuées de fureur et de vengeance, qui depuis si longtemps éclatentsur nos têtes, si ce n'est peut-être sur vos autels mêmes, oui, sur ces autels, d'où ne devaient couler que des sources de grâce sur les fidèles? Vous n'êtes peut-être armé que pour venger les sacrilèges, et la profanation des mystères saints.
Mais ce ne sont pas encore là, mes Frères, les suites les plus terribles des communions indignes. Comme la religion ne connaît pas de crime plus énorme, il n'en est point aussi dont la punition soit plus effroyable pour le pécheur qui s'en rend coupable : Celui qui mange et qui boit bidlgnemeut^ dit l'Apôtre, mange et boit sa propre condamnation *. On ne nous dit pas, il est condamné ; mais, il mange et boit sa propre condamnation ; c'està-dire le pain de vie qu'il reçoit est un poison, une sentence de mort, qu'il s'incorpore avec lui-même, qui devient sa propre substance, de sorte qu'on ne peut plus l'en démêler, pour ainsi dire, ni séparer l'anatbème qui est devenu comme le fonds de son être , et une partie de lui-même; c'est-à-dire que les sacrements profanés ne laissent presque plus d'espérance de retour : c'est ce fond de l'abîme, d'où l'on ne revient guère ; l'impiété, l'incrédulité, l'endurcissement, en sont presque toujours les tristes suites. L'Eglise de Corinthe ne tarda pas de voir un incestueux dans l'assemblée sainte, dès qu'elle eut des fidèles qui ne discernaient plus le corps du Seigneur; les autres Eglises virent bientôt de ces ministres, dont parle un apôtre, qui suivaient les . routes de Balaam , qui corrompaient toutes leurs voies, qui déshonoraient l'Evangile par le scandale d'une vie dissolue et d'une doctrine abominable, dès qu'ils eurent participé à la table de Satan et à celle du Seigneur; l'autel terrible fut le lieu où se forma leur eudurcissement , et où leur impiété se con-
• Od croirait volontiers avec le cardinal Maury que tous ces passages où l'orateur répand de si profonds géirii<semeuts appal.euueul uniquement au carême de HOy. Mais il n'eu est pas ainsi ; voici ce qu'on lit dans l'édition de HOo : « An ! le Seigneur nous frappe depuis longtemps de divers fléaux. 11 verse encore sur nos provinces la coupe empoisonnée. Nous voyons les rois armés conlre les rois , les peuples se déchirer les uns les autres, l'indigence ravager les villes et les villages ». — F. ci-dessous, p. 329. — ^ I Cor., xi, 29.
somma. Les excès les plus affreux ne coûtent plus rien au sortir des mystères profanés ; il n'est plus rien de si noir, qu'on ne doive attendre d'une âme familiarisée avec les sacrilèges. Un prêtre corrompu ne Test jamais à demi * ; voilà pourquoi les plaies du sanctuaire sont toujours les plus déses[)érées ; voilà pourquoi le sacerdoce dans une âme souillée est la consommation de toute iniquité. Grand Dieu ! suscitez donc à votre Eglise des ministres fidèles; secondez le zèle des pasteurs attentifs à ne choisir que ceux que vous avez vous-même séparés pour le saint ministère; faites croître de plus en plus cet esprit de renouvellement et de discipline, que vous avez ressuscité dans notre siècle ; et sauvez votre peuple, en lui donnant des ministres qui ne soient touchés que de son salut.
Oui, mes Frères, il y a une malédiction attachée au crime de la communion indigne, qui ne s'efTace presque plus de dessus le front de l'âme criminelle : c'est un Caïn qui a répandu le sang innocent. Cette âme pourra faire peut-être quelques elTorts pour se relever; mais ces retours n'auront pas de suite, et elle retombera. Elle sortira peut-être des dérèglements grossiers ; mais sa pénitence sera défectueuse, et elle en demeurera à des mœurs tièdes et lâches, où elle se perdra. Il n'est presque point de pénitence pour la profanation de l'Eucharistie : ce n'est pas que les larmes ne puissent expier ce crime ; mais c'est qu'elles sont rarement accordées : ce n'est pas que l'Eglise ne puisse le remettre ; mais c'est qu'elle ne trouve point de pécheur qui s'en repente.
Aussi parmi les bourreaux sur le Calvaire, il s'en trouva à qui le sang même qu'ils venaient de répandre, mérita la grâce de la pénitence. Mais le seul profanateur de l'Eucharistie, dont il est fait mention dans l'Evangile, meurt comme un monstre et comme un désespéré; ce disciple perfide se reconnaît, et il ne se repent pas; il crie : J'ai péché; et son péché ne lui est pas remis ; il meurt désolé, et il meurt réprouvé. Satan entre dans son corps en même temps que la viande sainte; il prend possession de cet homme de perdition : Post buccellam introivit in eum Satanas *; et sa mort est la plus affreuse et la plus déplorable dont il soit parlé dans les livres saints.
* On connaît l'axiome : Corruptio pessimi optima»
* Jean,ziii,27.
grand-cai\éme:
Le châtiment que le Seigneur exerce sur les imitateurs de son crime, est d'autant plus terrible, qu'il est plus secret. Il ne change pas le pain de vie en un fiel d'aspic, selon l'expression de Job, pour déchirer dans le moment les entrailles de l'âme sacrilège; mais il la frappe d'un analhème imisible et la marque par avance d'un caractère de réprobation. Et voilà pourquoi toutes ces âmes mondaines dont je parle, lesquelles après des mœurs licencieuses, n'apportent en ces jours saints point d'autre préparation à la table du Seigneur, qu'une confession précipitée, tombent, après la solennité , dans des égarements encore plus déplorables que les passés ; leur dernier état devient pire que le premier; elles sentent leurs passions croître, et prévaloir avec encore plus d'empire et de tyrannie qu'auparavant : moins de retenue dans le crime; moins de pudeur dans i©ur confusion. Il restait encore auparavant quelques désirs de conversion et de pénitence, réveillés et excités par l'approche et la sainte terreur de la solennité; mais le devoir pascal infidèlement accompli, mais la viande sainte reçue indignement, et leurs jours solennels finis, tout est assoupi ; la conscience se calme; les inquiétudes cessent; les remords sont apaisés : c'est ce qu'on éprouve tous les jours en ce temps saint. On pensait à changer de vie aux approches de la pâque ; les sacrements une fois reçus, on n'y pense plus. La communion a répandu de nouvelles ténèbres sur le cœur ; le pain du ciel n'a fait que fortifier en nous le goût du monde et de la terre; les mystères terribles ont calmé toutes les terreurs de la foi ; c'est-à-dire que leur profanation a été suivie du châtiment le plus formidable dont Dieu punisse ici-bas le crime, je veux dire la paix dans le péché.
Ecoutez comme le Seigneur s'en plaint luimême dans son prophète :«Neme par lez plus, lui dit-il; des solennités de Juda; elles me sont
insupportables. Voyez-vous tout ce peuple , qui en ces jours solennels vient aux pieds de mon autel participer aux offrandes saintes ? Vous croyez qu'ils viennent sanctifier la gloire de mon nom ; que je me plais au milieu de leurs encensements et de leurs sacrifices; et que ces nouveaux hommages vont me faire oublier leurs iniquités. Vous vous trompez ; ah ! que les tables saintes de mon autel ne sont remplies que de vomissement et de souillures : Omnes... mensœ repletœ suntvomitu sordiumque *; ce sont des profanes qui ne mettent aucune dilTérence entre l'impur et le saint : biter sanctum et profanum non habuerunt disiantiam '; et loin d'être glorifié, je suis souillé et déshonoré au milieu d'eux : Et coinqidnabar in medio eorum* ; les adultères, les fornications, les haines, les injustices, les rapines, les calomnies, y paraissent avec confiance dans le lieu saint; les mains que vous voyez levées vers moi, sont encore pleines de sang et d'abomination; et leurs sacrifices sont détestables à la sainteté même de mes regards qu'ils souillent : Et coinquinabar in medio eorum ».
Evitez ce malheur, mes Frères; éprouvezvous avant de vous présenter à l'autel ; portez-y les sentiments de componction et d'amour qu'exige de vous le pain de vie; devenez-y des hommes nouveaux ; que Jésus - Christ n'entre pas en vain dans votre âme ; conservez ce trésor, et défendez-le contre les ennemis de votre salut, qui vont faire de nouveaux efforts pour vous le ravir ; rendez-vous dignes de devenir les temples et la demeure d'un Dieu qui veut bien se donner à vous; et ne venez pas combler la mesure de vos crimes, où vous auriez dû trouver la source des grâces et le gage de votre immortalité. Ainsi soit-il.
' is., XXVIII, 8.
> Ezécb., xxu, 20^ *lbid.