‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 79 sur 141 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Mais que ne puis-je ici achever le récit de ses souffrances; et après vous l'avoir exposé livré à la justice de son Père dans son agonie, à la malice des hommes dans le prétoire; que ne puis-je vous le montrer sur le Calvaire entre les mains mêmes de son amour, et vous faire voir que sa mort en est une consommation parfaite I

• s. Aug. Enarr. in Psal. vu.

méritent pas un si rude châtiment, regardez Jésus-Christ. Voilà votre modèle : c'est un homme comme vous à qui l'on fait tout souffrir, pour les péchés dout il s'est voionlaireiiient chargé , ecce liomo. Cherchez , inventez des excuses tant qu'il vous plaira, pour vous dispenser de souffrir et de vous humilier ; il n'est point de prétexte qui ne trouve ici sa condamnation ; point de douleur, point de pénitence qui ne trouve sa nécessité ; comme il n'est point de mal qui ne trouve son remède, point de remords, point d'aifliclions qui ne trouvent leur consolation ; point de péché qui ne trouve sa confusion et sa honte. Voilà l'homme : regardez-le bien ; ecce homo.

TBOISIÈME PARTIE.

Que ne puis-je, mes Frères, vous représenter en détail tous les traits que vous devez imiter dans ce divin modèle; et après vous l'avoir fait voir livré à la justice de son Pèio et à la malice d6s hommes, vous conduire encore sur le Calvaire, et vous mon-

Oui, mes Frères, ne cherchons que dans son cœur les raisons et les motifs de son supplice. Ce n'est ni la perfidie d'un disciple, ni l'envie des prêtres, ni l'inconstance du peuple, ni la faiblesse de Pilate, ni la barbarie des bourreaux, qui l'a mis à mort, c'est son amour. Il s'est livré pour moi, dit l'Apôtre, et s'il ne m'eût point aimé, il n'eût point souffert. En vain, les peuples et les rois de la terre auraient conspiré contre le Christ, si son amour n'eût été d'intelligence avec eux, leurs conseils auraient été confondus , et tous leurs efforts inutiles.

Mais Jésus-Christ ayant aimé les siens, dit l'Evangélisle, il les aima jusqu'à la fin, comme un père tendre, dont la tendresse envers ses enfants redouble lorsqu'il est sur le point de quitter la vie. Il consomme donc son amour en mourant; et cet amour divin, qui brûle son cœur, est le seul feu qui allume le bûcher où il va s'immoler.

Amour si ingénieux, qu'il trouve le secret, même après sa mort, de s'immoler sans cesse; qu'il célèbre la préparation de sa mort, en la retraçant sous des signes mystiques ; qu'il se dispose à son sacrifice , en le devançant au milieu des siens ; qu'il applique le prix de son sang, en le leur faisant boire par avance ; qu'il dédonmiage ses disciples de sa perte, en se perpétuant entre leurs mains sous le voile du sacrement adorable ; que, ne pouvant mourir sans les abandonner , ni demeurer avec eux sans les priver des dons de sou Esprit, il meurt pour leur envoyer le Paraclet, et demeure en même temps avec eux jusqu'à la consommation des siècles, pour ne pas les laisser orphelins, et afin que leur cœur ne soit pas accablé de tristesse.

Amour si désintéressé, qu'il veut soufifrir tout seul ; qu'il demande qu'on épargne ses

trer que son amour est une parfaite consommation de son sacrifice.

Non, ce n'est ni dans la perfidie de ses disciples, ni dans l'envie des prêtres, ni dans la fureur du peuple, ni dans l'injustice de Pilate, ni dans la cruauté des bourreaux, qu'il la faut chercher cette consommation; ce n'est que dans son amour.

Amour si ingénieux, qu'il trouve le secret de le faire souffrir, avant que ses ennemis puissent avoir sur lui la moindre atteinte, qu'il trouve le secret de répandre son sang, pour en appliquer par avance le prix à ses di^ciples; il ne damande qu'une giâce à ses ennemis, c'est que, si l'on touche à la source, l'on épargne au moins les ruisseaux ; et ii est plus touché des maux qu'il prépare à l'infortunée Jérusalem, que de ceux que cette ville ingra'e lui fait souffiir.

Ce véritable Isaac monte sur la montagne en portant le bois de son sacrifice ; et les filles de Jérusalem ne peuvent refuser des larmes à ce spectacle ; mais il ne veut pas qu'elles pleurent sur lui : « Filles de Jérusalem, leur dit-il, ne pleurez point

GRAND-CARÉME.

disciples : Sinite hos abire ' ; qu'il refuse même les larmes qu'on accorde à ses tourments ; et qu'il est plus occupé et plus louché des maux qui menacent Jérusalem, que du supplice affreux que cette ville infidèle lui prépare. En effet, chargé du bois honteux de sa croix, ce nouvel Isaac monte sur la montagne mystérieuse, où son amour et son obéissance vont l'immoler ; et comme, touchées de l'excès de ses peines, les filles de Jérusalem ne peuvent refuser des larmes à ce spectacle : Filles de Jérusalem^ leur dit-il, ne pleurez pas sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêjnes ; des jours vont venir, où Von appellera heureuses celles qui n'ont point enfanté ^ Son amour lui cache l'objet affreux de la croix sur laquelle on va l'attacher, et ne lui découvre que les calamités dont cette ville ingrate est menacée. Mais son amour vous lient ici le même langage : ce ne sont pas ses souffrances qui font la plus vive de ses douleurs ; ce sont vos infidélités et les malheurs qui vous menacent, a Ne pleurez pas sur moi, vous dit-il aujourd'hui chargé de sa croix, et allant consommer son sacrifice ; pleurez plutôt sur vous-mêmes. Ne vous attendrissez pas au spectacle de mes souffrances ; attendrissez -vous plutôt sur le triste état de votre âme et sur les malheurs éternels qui vous sont préparés : N alite flerc super me, sed super vos ipsas flete. Je saurai bien triompher de la mort; mais vous, triompherez-vous jamais de ce péché invétéré qui a donné depuis si longtemps la mort à votre âme, qui trouble votre repos, qui vous laisse

' Jean, xviii, 8.

* Luc, xxili, 28, 29.

souhaiter votre conversion, et qui y met toujours un obstacle invincible? Nolite flere super me, sed super vos ipsas flete. Je saurai bien sortir glorieux du tombeau, pour ne plus mourir; mais vous, sortirez-vous jamais de cet abîme profond, où vous êtes enseveli depuis tant d'années? ne vous en tiendrez-vous pas jusqu'à la fin à ces efforts inutiles, qui ne paraissent vous relever dans l'intervalle de la solennité, que pour vous voir retomber d'abord après, avec plus de honte et de faiblesse ? Nolite flere super me, sed super vos ipsas flete. Ah ! il ne me sera pas difficile de briser les chaînes dont vous me voyez lié, et d'enchaîner avec elles tout l'univers aux pieds de ma croix ; mais vous , romprez-vous jamais les liens criminels qui enchaînent votre cœur; ces liens, que l'âge et les penchants ont fortifiés, que vous viendrez en ces jours saints porter aux pieds de mes autels, et dont la grâce de mes sacrements ne fera que resserrer les nœuds funestes, par le crime de la profanation, dont vous vous allez rendre coupable en y participant avec un cœur impénitent? Ne pleurez donc pas sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes : Nolite flere super me, sed super vos ipsas flete. »

Amour si généreux, qu'attaché sur la croix, il prie pour ceux mêmes qui le crucifient ; il recueille ce que la barbarie lui laisse encore de forces, pour excuser leur attentat auprès de son Père ; il lève sa voix mourante : Moîi Père, pardonnez- leur, dit-il, pa?'ce qu'ils ne savent ce qu'ils font ' : il offre tout son sang pour laver leur crime ; et la croix même où

• Pater, dimille illis ; nou eniin sciunt quid faciunt ; Luc, xxui, 34.

sur moi, mais sur vous-mêmes. Filioi Jérusalem, nolite flere super me , sed super vos ipsas flete. Des jours viendront que vous serez entourées d'ennemis, que les misères vous presseront de toutes parts, et qu'il ne demeurera pierre sur pierre de vos murs». L'amour qu'il a pour les bommes, lui cache le tragique spectacle qui va lui causer tant de maux, et ne lui découvre que les malheurs d'une ville infidèle, qu'il est obligé de punir. Jésus-Christ vous tient à tous le même langage, mes Frères ; moins sensible aux maux que vos péchés lui font souffrir, qu'aux châtiments que sa justice vous prépare, il vous dit, tout cliargé qu'il est du bois de son sacrifice :« Ne pleurez point sur mpi, mais sur vous et sur les maux qui vous menacent ; ne vous attendrissez point sur les peines que vous me voyez souffrir ; mais sur l'état déplorable où vous réduit le péché, et sur les supplices terribles que ma justice vous prépare : Nolite flere super me, sed super vos ipsas flete. Je saurai bien triompher de la mort ; mais vous , triompherez-vous de ces péchés invétérés dans votre âme, de ces habitudes cruelles qui vous fout depuis si longtemps souhaiter votre conversion, et ne vous la laissent jamais opérer ; qui vous font gémir depuis si

longtemps sous l'empire du démon, et qui mettent toujours de nouveaux obstacles au changement de voire vie ? Nolite flere super me. Pour moi je saurai bien sortir du tombeau , dans lequel la fureur de mes ennemis m'aura enseveli, et en sortir pour ne jamais plus mourir ; mais vous, ne vous eu tiendrezvous pas toujours à ces efforts inutiles, à ces frivoles projets de pénitence, à ces chimériques résolutions, à ces vaines promesses que vous violez un moment après les avoir faites, à ces fausses confessioi^s qui ne vous font sortir pendant ces saints jours de vos désordres , que pour y retourner ensuite , avec plus d'empressement et de fureur que jamais? Nolite flere super me. 11 ne me sera pas difficile de rompre les chaînes dont on m'aura garotlé ; mais vous, romprez-vous si aisément ces funestes liens du péché, que l'âge et la passion ont depuis si loni^temps fortiiiéà? Briserez-vous si facilement ces chaînes criminelles, dont vous resserrez chaque jour les nœuds, en vous rendant coupables de nouveaux crimes. Ah ! ne pleurez donc point sur moi, mais sur vous-mêmes :No/ile flere super me». Cet amour de Jésus-Chiist est encore si fort qu'il convertit uu disciple infidèle, d'un seul de ses regards, qu'il touche un

VENDREDI-SAINT : PREMIÈRE PASSION

ils l'ont attaché, est l'autel sacré où il veut les réconcilier avec son Père. 0 mon Sauveur ! vous mourez pour vos ennemis, et nous attendons la mort pour nous résoudre à pardonner à nos frères !

Amour si triomphant, que sur le point d'expirer il se forme encore un disciple. Sa parole n'est point liée avec lui ; il jette sur un scélérat qui expire à ses côtés, un regard de miséricorde ; ses yeux mourants, et déjà éteints, peuvent encore triompher des cœurs ; ce roi honteusement dégradé promet encore des royaumes. Heureux coupable, qui recueillez aujourd'hui les prémices de son sang ; et qui, sans avoir été témoin de ses œuvres, ne découvrez sa grandeur que dans sa patience ! Mais heureux aussi les pécheurs qui ni'écoutent ! Attendez tout aujourd'hui de sa miséricorde : le moment où il expire est proprement pour les grands pécheurs comme vous ; ses derniers soupirs et les prémices de son sang vous regardent.

Enfin, amour si attentif et si respectueux jusqu'au dernier soupir/ qu'il confie sa mère désolée au disciple bien-aimé, et le disciple à sa mère ; Mulier, ecce filius tuus ; deinde dicit discipulo : Ecce mater tua '. 11 se tourne pour la dernière fois vers cette fille de douleur; il la voit aux pieds de sa croix, plongée dans une mer de tribulalion et d'amertume ; ses yeux déjà éteints vont mourir sur elle.

' Jean, xix, 26 27.

Quels regards mutuels entre Marie et son Fils qui expire ! quels témoignages douloureux et secrets d'un amour réciproque dans celte triste séparation ! quel glaive de douleur perce alors l'âme de cette mère affligée ! que de sacrifices invisibles ! que de douleurs inexplicables dans ce moment ! et qu'il en devait coûter à Marie pour être la mère de son Dieu ! Mais, dans son accablement, elle adore la main qui la frappe ; elle offre cette hostie innocente, qui expire, à la justice de son Père ; elle entre dans les intérêts de tous les hommes, qui avaient besoin de ce grand sacrifice ; et nous apprend que les grandes afflictions ont de grandes utilités, et que les vues de la foi sont une source inépuisable de consolation pour les âmes affligées.

Enfin, Jésus-Christ n'ayant plus rien à faire pour nous sur la terre : tout étant consommé, et du côté de la justice de son Père, et du côté de la malice des hommes, et du côté de son amour ; le grand sacrifice offert, et toutes les figures anciennes accomplies ; Jérusalem ayant comblé la mesure de ses pères ; tous les oracles des prophètes développés ; le véritable culte établi ; la gloire de son Père vengée ; le cours de son ministère fini ; ne pouvant plus laisser aux hommes de plus grandes marques de son amour, il déclare que tout est accompli : Consummatum est. il baisse la tête ; il pousse vers le ciel une forte clameur; il expire, et rend à son Père l'âme et l'esprit qu'il

scélérat attaché à ses côtés, et lui fait obtenir la grâce qu'il demande ; ses yeux, tout mourants qu'ils sont, triomphent des cœurs de ses ennemis, qui ne peuvent envisager cette l'ace divine, qu'ils ne sentent l'effet de ses miséricordes. Heureux coupable qui recueillez ici les prémices de son sang, et qui, sans avoir été témoin de ses miracles, recevez les fruits de sa miséricorde, en attendant les récompenses de sa gloire, quelle consolation ne donnez-vous pas à tous ceux qui ont recours à Jésus-Christ ! Et ne vous montrez-vous pas que les grâces extraordinaires sont pour les grands pécheurs comme vous ? Amour si immense, qu'il voudrait pouvoir sauver tous les hommes sans qu'aucun se perdit, en donnant son sang qui sufdt pour les sauver tous. Il n'a point encore été satisfait de sa charité ; il a voulu nous laisser un gage perpétuel de son amour, en renouvelant sans cesse le sacrifice de son corps sur nos autels ; et la victime ne s'est point refermée dans l'enceinte du temple et de la ville de Jérusalem ; mais elle s'est étendue par tout le monde.

• Enfin amour si respectueux, qu'il laisse à sa mère désolée son disciple bien-aimé, à son disciple affligé sa mère pour le consoler ; Dixit matri suœ : rnulier , ecce filius tuus ; deindè discipulo : Ecce mater tua. 11 la voit cette tendre mère plongée dans toute la tristesse et daos toute l'amertume que lui pouvait causer la cruelle mort d'un Fils qu'elle aimait uniquement, ses yeux presque éteints se vont fermer pour elle, et il ne veut pas la quitter sans lui donner quelque consolation en la personne d'un autre lui-même.

Passons rapidement , mes Frères, sur ce dernier soupir. Quels rapports entre l'affliction de Jésus et celle de Marie ; de Jésus qui expire et de Marie qui le voit expirer ! Quels mouvements de tendresse ! Quels sentiments de douleur ! et qu'il eu devait coûter à Marie pour être mère de son Sauveur !

Enfin Jésus-Christ n'épargne rien pour rendre parfait son sacrifice : il le consomme, et du côté de la justice de son Père et du côté de la mahce des hommes, et du côté de son amour. Tous les oracles des prophètes étant accomplis, toutes les figures de la loi développées, la sentence de condamnation attachée à la croix , la gloire de son Père vengée, les péchés des hommes expiés, leur salut assuré, la force de son amour épuisée, il baisse la tête, il expire j le soleil s'écUpse, la terre tremble, les éléments sont changés, le voile du temple se déchire, les pierres se brisent, les tombeaux s'ouvrent, ses ennemis sont confondus, et toute la nature est déconcertée à la mort de son Auteur. Je ne veux point ici vous étonner, mes Frères ; je ne cherche qu'à vous toucher et à vous instruire. Jésus-Christ en croix est un prodige qui me parait bien plus surprenant que tous ceux qui s'opèrent à sa mort. Regardez-le donc ce Dieu crucifié, et comme l'auteur de votre rédemption , et comme le modèle de vos souffrances. Il meurt comme votre libérateur, comme votre sauveur ; il meurt parce qu'il vous aime tendrement, et que vous ne l'aimez pas ; il demande grâce pour vous, ingrats, qui ne craignez point encore de l'offenser ; il donne jusqu'à la dernière goutte

GRAND-CARÉME.

avait reçus de lui ".Laissons le soleil s'éclipser, la terre se couvrir de ténèbres, les rochers se briser, les sépulcres s'ouvrir, toute la nature se confondre, les ennemis mêmes du Sauveur le confesser et le reconnaître : je ne veux point ici vous proposer ces grands spectacles ; Jésus-Christ, que son amoiir vient d'immoler pour nous, est le seul prodige qui doit ici nous occuper. Regardez -le donc expirant sur la croix, et ne se proposant que \ous seul pour le prix de ses souffrances : il meurt votre libérateur ; il meurt à votre place ; il meurt dans le temps, afin que vous ne mourriez pas pour l'cternité ; il meurt , parce qu'il vous aime ; il meurt, parce que vous ne l'aimez pas. Votre tendresse, votre douleur, votre reconnaissance, peuvent-elles ici se prescrire des bornes? et n'ètes-vous pas un anathème, si vous n'aimez pas Jésus-Christ crucifié?

Les spectateurs de sa mort sur le Calvaire lui disent aujourd'hui : Descendez de la croix^ et nous croirons en vous K Mais nous devons

1 Matlh., XXVII, 42.

lui tenir ici un langage bien différent : C'est parce que vous êtes monté sur la croix, ô mon sauveur ! c'est parce que vous y expirez aujourd'hui pour moi ; et que vous préférez à la droite de votre Père ce trône d'ignominie, pour y être notre hostie et notre pontife ; c'est pour cela même que toute notre consolation est de croire en vous, de vous adorer comme noire médiateur, et de vous consacrer ce qui nous reste de vie. Ne descendez pas de ce bois sacré, où vous êtes la seule espérance de votre peuple; attirez -nous -y plutôt avec vous, comme vous nous l'avez promis : plus vous nous paraissez ras-asié d'opprobres, pins notre foi s'augmente, plus notre espérance est ferme, plus notre amour s'enflamme. Tant de peines et de souffrances offertes pour nous pourraient-elles nous être utiles? auriez- vous racheté nos âmes d'un si grand prix, si vous aviez voulu les laisser périr ? et seriez-vous mort avec tant d'ignominie, si en participant à voire croix, nous ne devions pas partager un jour avec vous la gloire de votre immortalité? Ainsi soit-il.

de son sang, ponr vous laver de toutes vos souillures, et pour TOUS obtenir la prâce d'une sincère pénitence. Ati ! loiile votre vie, tons les mouvemenls de votre âme, peuve^i-ils sulfire à votre reconnais^aIlce, à voire repentir, à volie dnu'eur? et n'ètes-vous pas un anatlièmc, si vous ne vous conformez à Jésus-Cliiist crucilié pour vos crimes ?

Les princes des prêires en se raillant, lui disaient, s'il est roi d'I.-raÊi, qu'il descende maintenant de la criix, et nous croirou> en lui, si rex Israël est, descenclal nunc de cruce, et credimus ei Ah ! mes Frères, que nous devons lui tenir un iangiifie différent de celui de ces mallieurçux ! Vous êtes monté sur la croix, mon Sjuveur, pour nous y servir de modèle dans nos Hlllictions, dans mts soutlVances ; vous y êtes monté pour être noire asile, notre rcfu(:e, notre ressource universelle dans tous nos besoins, pour y être notre appui, notre

* Dans ce sermon, si admirable de composition et de style, si plein de foi et de sentiment, l'éloquence déborde de toutes parts. Cette énumcration qui précède et qui annonce la mort de Jésus-Christ atteint le sublime de Bossuet. Le passage où s'épanche la piété de l'orateur envers la Mère de douleur, ne peut être comparé qu'à cer*

consolation, notre remède, et c'est pour cela que nous voulons préférer les souffrances et les peines à tous les plaisirs et les délices de li teire, que nous voulons sans cesse recourir à vou^•, et vous consacrer le le^te de notre vie. Divin Jésus, ne de?ceiidi'Z pas de cette croix, puisque vous nous avez promis que vous nous y aitirerez après vous. Vous triomphez de tout l'univers armé contre vous, th ! ne pouvez-vous donc triompher de la dureté de noire lœur, par ce louchant sjieclacle que vous nous présenttz? Ah ! c'est pour cela (|ue nous voulons crucifier nos passions, mortifier notre chair, aimer et chérir les souffrances, ne jamais rout!ir des injures et des ignominies que le monde nous fait ; c'est pour c la que nous venons l'adorer, celte sainte et salutaire croix, et nous y attacher nous mèints, dès celle vie, afin d'avoir part à votre résurrection dans la gloiie. Je vous la souhaite.

tains morceaux du fcrmon de Bossuet sur la Compassion. — Le plan de cette passion en tiré des méditations du P. Bourgoing. troisième général de l'oratoire ; mais le génie de Massillon, en «'emparant d« cette matière, a créé un chef-d'œuvre.

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