‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 84 sur 141 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les principales sources de l'inconstance des hommes dans les voies de Dieu sont ou dans un affaiblissement de la foi, qui commence à s'éteindre, et à jeter une espèce de nuage sur les vérités de la doctrine sainte ; ou dans la tiédeur de l'espérance, qui n'ouvre plus le sein de la gloire à leurs yeux , et ne réveille plus en eux le désir des biens éternels. Or, la piété chrétienne trouve, dans le mystère de la résurrection, des préservatifs contre ces deux écueils, et des motifs très-puissants pour persévérer dans la grâce, où la participation aux saints mystères a dû vous établir en ces jours solennels.

En effet, en premier lieu, si l'affaiblissement de la foi est d'ordinaire la première source de nos rechutes ; s'il y a toujours une sorte d'incrédulité qui devance le crime; s'il faut que l'esprit doute en quelque manière des vérités que le cœur abandonne , et que la religion s'affaiblisse dans une âme où la piété s'éteint ; qui peut douter que la résurrection de Jésus- Christ ne soit le grand témoignage de la foi chrétienne, et que tous les autres mystères ne trouvent en celui-ci leur vérité et leur certitude? En effet, si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, disait autrefois l'Apôtre aux fidèles de Corinthe, notre prédication est inutile, votre foi est vaine, et nous sommes nous-mêmes des imposteurs K Mais par une raison contraire, si Jésus-Christ est ressuscité, notre ministère vient donc du ciel, votre foi est certaine, la doctrine de l'Evangile est divine, ses promesses sont infaillibles.

Oui, mes Frères, si la vertu du Père a délivré Jésus-Christ d'entre les morts, Jésus-Christ était donc un envoyé du ciel, pour annoncer aux hommes la doctrine du salut. Le Dieu véritable et fidèle n'aurait pas voulu autoriser rim posture, en la revêtant du caractère de la

^ Si autem Christus non resurrexit, inanis est ergo praedicatio nostra, inanis est et fides vestra ; inveuimur autem et falsi testes Dei. / Cor., xv, 14 et 13.

Arrêtons-nous au sens de ces dernières paroles de l'Apôtre, et puisque nous avons vu, il y a trois jours, que ce sont nos péchés qui ont livré Jésus-Christ à la mort, voyons aujourd'hui que c'est pour notre justification qu'il reprend une nouvelle vie. Jésus-Christ ressuscite pour notre justification, puisque sa résurrection renferme le motif le plus pressant dont la religion puisse se servir pour nous porter à persévérer dans la grâce que nous avons reçue dans les sacrements : première proposition. Jésus-Christ ressuscite pour notre justification, puisque sa résurrection nous propose le moyen le plus sûr de persévérer dans cette grâce : seconde proposition. En un mot, la résurrection de Jésus-Christ nous anime à persévérer dans la grâce que nous avons reçue, c'est mon premier point ; elle nous apprend à y persévérer, c'est le sujet de mon second ; c'est-à-dire qu'elle est le motif et le modèle de la persévérance dans la grâce. Voilà tout mon dessein, et ce que saint Paul a voulu nous faire entendre par ces paroles : // est mort pour nos péchés , et il est ressuscité pour notre justification. Implorons le secours du Saint-Esprit par l'intercession de Marie. Ave.

Les principales sources de l'inconstance d'une âme dans les voies de Dieu sont ou dans un alTaiblis.-ement de foi qui commence à s'éteindre, et à lui découvrir moins vite les voies du salut qu'elle doit suivre, ou dans une tiédeur d'espérance qui ne rappelle plus à ses yeux l'excellence de la gloire qui lui est promise et qui ne ranime plus ses désirs pour les biens éternels. Or la piété chrétienne trouve, dans la résurrection du Sauveur, des remèdes efficaces contre ces deux écueils du salut, et des motifs très-pressants pour nous aider à persévérer dans la grâce.

En efi"et, si l'affaiblissement de la foi dans une âme est d'ordinaire la première source de vos rechutes; s'il se trouve toujours un fond d'incrédulité dans l'esprit qui devance la corruption du cœur ; s'il faut que l'esprit doute au moins pour un temps des vérités que le cœur abandonne ; qui peut douter que la résurrection ne soit un grand gage de notre foi, qu'elle ne l'appuie et ne la fortifie, et que tous les autres mystères ne trouvent leur certitude dans celui-ci ? Si Jésus-Christ n'est point ressuscité, dit saint Paul, notre prédication est vaine, notre foi est une chimère, et nous sommes nous-mêmes des imposteurs. Mais si au contraire Jésus-Christ est ressuscité, notre ministère vient du ciel, notre foi est certaine, ses promesses sont infaillibles, et les vérités que nous annonçons sont indubitables.

Car si Jésus-Christ n'était point ressuscité, les apôtres des premiers temps, distingués entre tous les autres serviteurs de Dieu et choisis de Jésus-Christ pour apprendre aux hommes les voies du ciel, eussent donc prêché aux peuples des impostures, et ce Dieu qui ne trompe jamais, aurait donc voulu autoriser de tels séducteurs en leur p( rmettant d'annoncer publiquement ce qui n'était point arrivé, et de publier partout une résurrection impossible, que Jésus-Christ lui-même avait prédite à ses disciples, et qu'il leur avait enseignée par avance comme la marque la plus décisive de sa mission. Or ce n'est pas avoir une juste idée de Dieu, ni de Jésus-Chiist, ni de ses apôtres, que de les croire capables d'une telle impusture : et par conséquent la résurrection de Jésus-Christ est certaine. Cette résurrection une fois étabhe, tous les autres mystères ne peuvent être révoqués en doute, et la foi des chrétiens n'avait besoin que de ce fondement, pour que rien ne lui manquât, disait saint Augustin, Resurrexit Christus, absoluta res est.

GRAND-CARÉME.

vérité, et l'honorant d'une grâce dont juscjn a Jésus-Ctirist aucun homme mortel n'avait été favorisé, puisqu'il ressuscite pour ne plus mourir : prodige que Jésus-Christ lui-même avait promis à ses disciples et à ses ennemis, comme le témoignage le plus décisif de la vérité de son ministère. Donc, sa résurrection une fois établie, tous ses mystères sont prouvés, dit saint Augustin, et la foi des chrétiens n'a besoin que de ce seul témoignage : Resurrexit Christus, absoluta res estK

Or, comme je parle ici à un peuple fidèle, qu'il faut édifier et non pas convaincre, je ne m'arrête pas à vous montrer que tout établit aujourd'hui la vérité du miracle éclatant de la résurrection du Sauveur. Premièrement, les précautions mêmes de ses ennemis : ils avaient scellé le tombeau ; ils l'avaient environné de soldats; ils n'avaient rien oublié pour éviter une surprise. Ils se souvenaient que ce Jésus qu'ils ont crucifié, avait prédit qu'il ressusciterait le troisième jour ; ils ne paraissaient attentifs qu'à empêcher les disciples d'enlever le corps de leur divin maître : des ennemis si puissants, si vigilants, si intéressés à n'être point sur|)ris , n'avaient garde de se laisser surprendre. Secondement, la déposition des soldats : ils leur font publier que, pendant qu'ils dormaient, les disciples sont venus enlever le corps "de leur maître. Mais un si profond sommeil ne leur a pas permis de le voir, comment peut-il leur permettre de l'assurer? D'ailleurs une multitude de satellites, destinés à veiller sur le sépulcre et à le garder, peuvent-ils tous de concert, et en même temps,

1 s. Aug.

s'être livrés au sommeil , et à un sommeil si profond et si durable qu'étant presque assis sur- la pierre qui fermait le tombeau, ils aient donné le temps aux disciples de l'ouvrir, d'en tirer le corps du Sauveur, sans qu'un ouvrage si long, si difûcile, si impraticable sans bruit et sans agitation, n'ait éveillé quelqu'un des soldats et déconcerté une entreprise si téméraire et si insensée ? De plus, ces disciples doutent eux-mêmes ; ils n'espèrent plus l'accomplissement des promesses de Jésus-Christ; ils refusent même de s'en rapporter au témoignage des saintes femmes : des esprits si grossiers et si incrédules sont bien éloignés de publier ce qu'ils ne croient pas eux-mêmes. Troisièmement, les apparitions du Sauveur: ce n'est pas une seule fois qu'il se montre à ses disciples; on eût pu se défier de l'illusion ; c'est fort souvent. Ce n'est pas en passant : l'imagination frappée peut pour un peu de temps suppléer à la vérité par ses images, et transporter au dehors ses propres songes; c'est pendant quarante jours. Ce n'est point de loin, et au milieu des airs, où le prestige eût été probable; c'est au milieu d'eux, mangeant, buvant avec eux, se laissant voirde leurs yeux et toucher de leurs mains , et les instruisant, et leur parlant du royaume de Dieu. Ce n'est pas à un seul : il est des es[)rits plus crédules que les autres ; c'est à tous en commun , et à plusieurs en particulier. Ce n'est pas sous une figure nouvelle : le changement eût été suspect; c'est avec ses plaies, et tous les traits auxquels on pouvait encore le reconnaître. Enfin , le martyre des apôtres , pour rendre témoignage à la vérité de ce miracle, dont ils avaient été témoins : Cujus om?ies nos testes

Comme j'ai affaire ici à des Cdèles soumis aux vérités de noire sainte religion, je ne m'arrêterai pas tant à vous donner des preuves qui sont si solidement établies, qu'à vous en faire tirer des instructions pour rédification de vos mœurs. Je pourrais apporter, premièrement, pour fondement de la vérité que j'avance, les précautions des ennemis de Jésus-Christ pour observer s'il ressusciterait véritablement comme il l'avait prédit. Se ressouvenant qu'il leur avait dit plusieurs fois qu'après l'avoir fait mourir il ressusciterait le troisième jour, ils avaient pris toutes sortes de mesures pour s'en convaincre par euxmêmes : ils scellèrent d'abord le tombeau d'une pierre trèspesante ; ils mirent autour de ce tombeau des soldats pour veiller nuit et jour, et qui, attentifs à ce qui se passerait, pussent empêcher que les disciples de Jésus ne vinssent enlever son corps par surprise. Des ennemis au«si malins que l'étaient les Juifs, et aussi intéressés à n'être point trompés, n'avaient garde de se laisser surprendre, et malgré tout cela au commencement du troisième jour le corps de Jésus ne se trouve plus dans le tombeau : quelle plus forte preuve contre ceux qui oseraient eu douter ? Secondement, les diverses apparitions de

Jésus après sa mort pourraient servir d'une nouvelle preuve à sa résurrection ; car ce ne fut point en passant qu'il éblouit les yeux : il arrive quelquefois que l'imagination peut suppléer à des choses qui ne sont point, et que des objets nous paraissent présents, quoiqu'ils ne le soient pas en effet ; mais on ne peut pas en dire autant de la résurrection de Jésus-Christ dans ses apparitions. Ce ne fut point au milieu des airs où les prestiges eussent été probables, que Jésus-Christ se fit voir après sa résurrection ; ce fut sur la terre, dans la même maison, conversant avec ses disciples, mangeant à la même table, leur donnant ù toucher son corps et ses sacrées plaies, et les instruisant du mystère do sa passion et de sa résurrection à la gloire. Ce n'est point à un seul de ses disciples qu'il se fait voir et connaître, il est des personnes plus crédules que les autres, c'est à plusieurs ensemble qu'on ne peut soupçonner de trop de crédulité ou de vaines illusions. Ce n'est point sous une forme étrangère, revêtu d'un fantôme qui leur fascine les yeux ; c'est sous la même chair, avec les mêmes plaits, que les épines, la lance et les clous avaient faites à son adorable corps : c'étaient là sans doute des marques auxquelles on pou-

SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES

sumus K Quel intérêt ont-ils de le publier, si Jésus-Christ n'est pas ressuscité ? Quoi 1 ils ■vont s'exposer aux plus cruels tourments pour établir une doctrine qu'ils croient eux-mêmes fausse 1 ils vont tromper le genre humain , sans attendre d'autre prix de leur imposture que les feux, les roues et les gibets ! Une fausse persuasion, en matière de religion surtout, peut pousser des esprits simples et crédules à des excès et à des démarches extraordinaires. Mais que des pêcheurs grossiers, que des hommes sans lettres, et de la lie du peuple, entreprennent, de sang-froid, d'aller séduire l'univers, et de braver tous les genres de mort les plus affreux, pour publier que leur maître est ressuscité , et qu'ils soient persuadés qu'il ne l'est pas; c'est une sorte d'extravagance dont les hommes ne sont pas capables, et qui deviendrait un plus grand prodige que tous ceux mêmes que l'incrédulité conteste à la foi des chrétiens.

D'ailleurs , ces disciples ont abandonné Jésus-Christ pendant sa vie , tandis qu'ils le regardaient encore comme le libérateur promis à leurs pères, et le Christ, Fils du Dieu vivant; et ils le confesseront généreusement sur les échafauds après sa mort , lorsqu'ils ne doivent plus le regarder que comme un séducteur, qui n'est pas ressuscité selon sa promesse? Ils verseront tout leur sang pour un

1 Act. Il, 32.

homme qui a abusé de leur crédulité ? Ils se répandront dans tout l'univers , comme des désespérés , pour débiter un fait qu'ils croient fabuleux ? Et parmi tous ces hommes faibles et timides , aucun d'eux ne se démentira , et ne confessera, au milieu des tourments, sa fureur ni son extravagance ? Mais je sens que j'insiste trop longtemps sur une vérité si éclatante, et que votre religion est blessée des soins que je semble prendre pour la justifier. Or, voilà , mes Frères , comme la résurrection du Sauveur soutient la foi de l'homme juste : il voit dans ce mystère toute la religion assurée , les châtiments dont elle menace , certains, ses promesses infaillibles, ses préceptes nécessaires , 'ses conseils importants, ses observances respectables, le plus simple détail de son culte digne de nos hommages. Dès là que Jésus-Christ est ressuscité , ah ! dès lors je ne trouve plus rien de si grand que la vertu; rien de plus à craindre que le vice; rien de plus insensé que de négliger le soin de son âme ; rien de plus sage que de sacrifier au salut. Dès là les dérisions des impies sur la sainteté de nos mystères sont des extravagances que j'ai peine à comprendre , et des blasphèmes dont j'ai horreur; les réflexions des sages du monde sur les saintes obscurités de la foi, des discours d'enfant. Dès là l'Evangile me paraît ma seule règle ; les exemples de Jésus-Christ, mon modèle; les terreurs de la piété , des dons de Dieu ; la sécurité des

vait bien le connaître, et qui par conséquent peuvent bien servir de preuves à sa résurrection. Troisièmement, le témoignage authentique qu'en rendent à toute la terre ses disciples : car quel intérêt, quel avantage peuvent-ils avoir de publier une chose de si grande importance si elle n'était pas arrivée? Ils savent que personne n'est prêt à les écouter sur la mission de leur maître ; que si Jésus-Christ n'est point ressuscité, comme ils le disent, ils passeront pour des imposteurs qu'on persécutera ; et que si les Juifs qui avaient apporté toutes sortes de précautions pour observer si ce prodige s'accomplirait, reconnaissent qu'ils ne disent point la vérité , ils vont s'exposer aux plus indignes traitements ; ils savent qu'il n'est point de supplice si affreux auquel on ne les livre s'ils osent annoncer un mensonge ; que les feux, les roues, les gibets paraîtront encore à leurs eunemis des tourments trop légers pour eux, si on les convainc de fausseté. Cependant ils n'appréhendent pas ; ils vont partout l'annoncer celte résurrection de Jésus-Christ. Quoi ! ces disciples autrefois effrayés et près de renier Jésus-Christ à la parole d'une simple servante, auraient le courage d'aller publier une imposture à la face des tyrans qui leur préparent des suppUces !

Eux, qui ont abandonné Jésus-Christ, lorsqu'ils le croyaient leur libérateur et leur sauveur, iraient prêcher son nom par toutes les nations et le confesser généreusement après sa mort, jusque sur les échafauds , lorsqu'ils ne le connaîtront que comme un séducteur , qui a voulu tromper le peuple par une artlBcieuse résurrection , et abuser de leur crédulité. Ils se ré-

pandront comme des désespérés et comme des furieux dans tout le monde, pour prêcher une doctrine qu'ils sauront être fausse, sans que jamais leurs actions démentent leurs paroles, et qu'ils doivent en espérer le moindre avantage? Et comment Dieu pourrait-il ainsi soutenir le parti du mensonge ? Mais je sens que j'insiste trop sur une vérité si constante ; je sais que votre religion attend aujourd'hui de moi des instructions et non pas des preuves.

Voici donc comme la résurrection du Sauveur soutient la foi de l'homme : instruit des avantages qu'elle lui procure, il voit sous ce mystère auguste les motifs les plus pressants qui l'animent à persévérer dans la grâce qu'il a reçue. Ah ! dès qu'un chrétien envisage et reconnaît la résurrection du Sauveur, toute la religion lui devient aimable, ses plus grandes rigueurs, douces et supportables, ses obscurités, respectables, son culte, digne de nos hommages, et toutes ses pratiques, dignes de notre application et de notre amour. Dès que nous croyons Jésus-Christ ressuscité , rien ne nous paraît plus aimable que la vertu ; toute autre chose nous devient méprisable ; rien ne nous semble à craindre que le vice et à souhaiter que la grâce. L'on ne s'imagine point de plus grande richesse que dans la pauvreté, de plus grande joie que dans les souffrances; on fait consister sa générosité à tout sacrifier pour le ciel, à vaincre le monde et ses maximes, toute sa force à se renoncer soi-même; on n'estime rien de solide et de réel sur la terre que l'innocence et la vertu ; rien de consolant que le service de Dieu et son amour. Dès qu'on se représente que Jésus-Christ est ressuscité.

libertins , une fureur désespérée ; en un mot , l'intidélité aux grâces reçues , et les rechutes dans les premiers désordres, le plus grand des malheurs, et le caractère des réprouvés.

Or, mes Frères, quoi de plus propre à mettre un frein à l'inconstance du cœur de l'homme, et à l'établir dans une piété solide et durable , que ces grandes vérités t Ah ! aussi les disciples , témoins de la résurrection de Jésus- Christ, ne se démentent plus ; ils persévèrent tous jusqu'à la lin dans la prière et dans le ministère de la parole sainte ; il ne se trouve plus parmi eux de Judas, qui abandonne la vérité connue. Dès que le Seigneur a apparu à Pierre , cet apôtre ne retombe plus , et confirme même ses frères. A peine Thomas a-t-il touché les cicatrices glorieuses de ses plaies , qu'il adore son Seigneur et son Dieu , et demeure à jamais fidèle. Les disciples d'Emmaiis ne l'ont pas plutôt reconnu à la fraction du pain, qu'ils retournent à Jérusalem se réunir aux autres disciples. Ah, mes Frères ! ne sommes-nous pas tous ici les témoins de la résurrection de Jésus-Christ? Ne sommes-nous pas les enfants des saints qui le virent et qui l'adorèrent sur la montagne de Galilée? Nous avons vu de leurs yeux , et touché de leurs mains ; nous avons même senti , en ces jours heureux , Jésus-Christ ressuscité au dedans de nous par la grâce des sacrements. Eh I pour-

quoi retournerions-nous donc encore en arrière ? Pourquoi rentrerions-nous dans nos premières voies? Si ce mystère rend notre foi inébranlable , pourquoi laisserait-il encore des inconstances à notre cœur? S'il serait monstrueux , après tant de preuves , dit saint Augustin, de ne pas croire ; l'est-il moins de croire, et de vivre comme si l'on ne croyait pas? Un fidèle, persuadé qu'il ressuscitera, pour jouir d'un bonheur éternel, ou pour être livré à des fiammes éternelles , peut-il oublier un si grand intérêt, durant le seul instant qu'il paraît sur la terre ; et si des biens fugitifs qui n'ont rien de réel , et que nous ne goûtons qu'un moment, peuvent nous séduire, la véritable félicité , des biens sans fin et sans mesure, une éternité de gloire, de magnificence , de vrai bonheur, qui nous est aujourd'hui montrée, ne saurait-elle nous détromper, et dissiper pour toujours l'erreur qui nous a fait prendre le change , prendre l'ombre pour la vérité , la terre pour le ciel , et un temps qui se précipite et qui va finir demain , pour l'éternité?

Second motif que je prends dans ce mystère , pour nous animer à conserver la grâce reçue en ces jours saints. Non-seulement ce mystère affermit notre foi ; mais encore, premièrement , il rassure notre espérance ; secondement, il la console ; troisièmement, il la

ah ! dès lors l'on ne peut plus rien souffrir qui blesse la religion. Les dérisions des libertins sur nos saints mystères deviennent des blasphèmes, les railleries des mondains, des impiétés, la liberté de douter et de raisonner à sa mode sur les points de notre religion , des inlidélités et des indiscrétions. Si Jésus-Christ est ressuscité, dès lors la piété est solide, le salut, assuré, la religion, certaine, les préceptes, nécessaires, les conseils, importants. Dès lors l'Evangile est notre règle , ses maximes, nos lois, et ses exemples, nos modèles ; dès lors la fausse sécurité des pécheurs est un endurcissement , leur folle contiance, un désespoir, le délai de la conversion, un mépris du ciel, et la rechute dans le péché, le caractère des réprouvés.

Or, quoi de plus propre à fixer l'inconstance du cœur, et à y établir la persévérance dans la grâce reçue , que ces grandes vérités ? Aussi les disciples du Fils de Dieu, avant sa résurrection si lâches et si inconstants, ayant été témoins de cette résurrection et convaincus de sa vérité, ne tombèrtnl plus. Quelque chancelant qu'tùt paru jusques alors saint Pierre, dès que Jésus-Christ ressuscité se fut apparu à lui , il s'afTerniit et se rassure ; quelque piège qu'on tende à sa faiblesse, il n'y succombe plus ; il ne tombe plus ; il confirme même ses frères dans une foi qu'il avait violée. A peine Jésus-Christ s'est-il montré à Thomas , ce disciple autrefois incrédule , qu'il adore son Dieu, qu'il s'écrie : ah! mon Seigneur et mon Dieu; et que jamais il ne forme plus le moindre doute sur les articles de la foi. Les disciples û'Emmaùs ne l'ont pas plutôt reconnu à la fraction du pain, qu'ils se sentent embrasés d'amour pour lui, qu'ils ne doutent plus de ce qu'on leur avait dit à Jérusalem et qu'ils persévèrent jusqu'à la fin dans la foi de ce Dieu ressuscité. Pourquoi donc cette sainte résurrection, une

fois établie, ne nous serait-elle pas un motif pour nous animer à persévérer dans la grâce reçue ? Ne sommes-nous pas tous témoins de ce que les livres saints nous en disent, de ce que les apôtres nous on racontent? Ne sommes-nous pas les successeurs et les frères de ces heureux disciples qui eurent le bonheur de le toucher et de mettre leurs doigts dans ses plaies adorables? Ne sommes-nous pas les enfants des saints qui l'adoraient autrefois sur la montagne, et dont la plupart ont répandu leur sang pour soutenir la vérité de sa sainte religion ? Nous l'avons vu ce Jésus-Christ ressuscité , et nous l'avons même senti dans nos cœurs par le sacrement adorable qui nous le fait posséder. Ah ! si cette résurrection sainte nous est un motif de peisévérance, pourquoi rentrons-nous dans celte première voie d'iniquité, d'où nous étions sortis par les sacrements? Si ce mystère a rendu si certains tant de disciples faibles et chancelants, pourquoi nous laissu-t-il inconstants et incertains ? Pourquoi conservons-nous encore nos mêmes habitudes, nos mêmes désirs? Pourquoi reprenons-nous nos mêmes commeices, nos mêmes liaisons, nos raèrat-s attachements au péché? Si Jésus-Christ monte aujourd'hui au ciel pour aller nous assurer une place, pourrions-nous encore errer de passion en passion, d'objet en objet, et ne plus envisager le ciel que comme une terre étrangère pour la possession de laquelle on ne veut rien faire?

Voici un second motif pour persévérer dans la grâce que nous avons reçue : c'est que non-seulement la résurrection de Jésus-Clirisl allermit notre foi, mais qu'elle soutient notre espérance ; je dis qu'elle la soutient en trois manières différentes : elle la rassure, elle la console, elle la corrige. Premièrement, la résurrection de Jésus-Christ rassure notre espérance. Nous

SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES

corrige. La résurrection de Jésus-Clirist rassure notre espérance. Nous savons, dit l'Apôtre , que nous lui serons un jour semblables , et que nous suivrons la destinée de notre chef ; nous savons qu'étant le premier né d'entre ses frères, il ne doit être que les prémices heureuses de ceux qui dorment pour ressusciter, et qu'une portion de notre nature n'a été délivrée en lui de la mort et de la corruption, que pour servir de gage à l'espérance de la nature entière ; nous savons que sa résurrection serait inutile , si nous ne devions pas ressusciter avec lui; qu'il serait dans le ciel, sans Eglise , sans sacerdoce, sans sacrifice ; et qu'il n'y serait pas notre pontife éternel , s'il n'offrait pas éternellement son corps mystique à son Père. Ainsi nous savons que nos frères, qui nous ont précédés avec le signe de la foi , et qui dorment en Jésus-Christ dans le sommeil de la paix et de l'unité , n'ont pas péri sans ressource ; qu'ils ont disparu à nos yeux, mais qu'ils attendent la bienheureuse espérance ; que leurs corps ont été brûlés, traînés, déchirés , mis en poussière , la pâture des oiseaux du ciel ou des animaux de la terre ; mais que celui qui appelle les choses qui ne sont pas, comme celles qui sont , rassemblera des quatre vents les portions dispersées de leur chair ; démêlera dans toutes les créatures ce qui appartient à ses élus; reprendra leurs restes précieux que la révolution des temps et la vicissitude des choses a confondus, et qui sont connus de lui seul , et que pas un cheveu de leur tète ne périra.

Or, dans ce souvenir, mes Frères, que de puissants motifs pour affermir une âme dans

savons , et il nous le dit lui-même , qu'un jour nous serons semblables à lui dans sa gloire , el qu'étant le premier-né de SCS frères, il ne doit être que le premier de ceux qu'il vient racheter par sa mort et immortaliser par sa résurrection , et que, comme il est une portion de notre nature^ il n'a été resi-uscit* que pour servir de gage à l'iinmortalité de tout le reste de cette même nature ; cous savons que sa résurrection même lui serait inutile, si nous i:e devions point ressusciter avec lui, qu'il sernit dans le ciel sans cette auguste quali;é de pontife, sans sacerdoce ,^=ans royauté, et qu'il n'y serait point le juge souverain et le prêtre éternel. Ainsi nous savons que nos frères qui sont morts n'ont point péri sans ressource ; que leurs corps à ia vérité ont été renfermés dans un triste sépulcre; que quelques-uns ont été flagellés, d'autres traînés par les rues, ceux-ci passés au fil de l'épée , cenx-là réduits en cendre et en poussière; que d'autres sont devenus la pâture des oiseaux du ciel; mais nous savons aussi que celui qni appelle les choses qui ne snut point comme celles qui sont, ranimera ces os secs et arides, qu'il rapprochera chaque partie de leur chair pour les réunir ensomb'e , et qu'il démêlera leurs restes précieux pour en composer le môme corps qui avait disparu. Dans la considération de cette vérité , quel motif pressant de

Mass. — To.me II.

la grâce et dans le service de Dieu ! Je ressusciterai a\ec cette chairque je vais déshonorer je la porterai aux yeux de Jésus-Christ et de' ses anges, encore marquée des taches honteuses de mes iniquités. Hélas! si tout devait mourir avec moi , je pourrais tout permettre à mes désirs corrompus ; mais l'impie ressuscitera comme le juste ; la trompette fatale éveillera, sans égard, tous ceux qui reposeront sous l'empire de la mort ; il faudra reparaître sur la scène à la face de tout l'univers ; et voir revivre des œuvres de ténèbres, que je croyais ensevelies dans un éternel oubli. Quoi ! pendant toute l'éternité, la hotite de l'action que je vais commettre me sera reprochée ? Ni les siècles , ni les années , ni les tourments , n'effaceront jamais cette circonstance honteuse de ma vie ? Un plaisir si rapide , qui n'est déjà plus lorsque je le goûte, et dont je me dispute moi-même, en le goûtant, la fausse douceur, par des remords el des agitations secrètes ; ce moment si fugitif sera écrit dans le livre des vengeances du Seigneur en caractères immortels ; sera scellé dans les trésors de la colère divine, et durera autant que la justice de Dieu même ? Grand Dieu ! puisque mes actions , mes paroles, mes pensées, mes désirs, doivent vivre à vos yeux pendant les années éternelles, soutenez ma faiblesse , et faites entendre à mon cœur qu'un chrétien ne doit plus rien se permettre qui ne soit digne de l'éternité ! En second lieu, la résurrection de Jésus- Christ console notre espérance. Car, mes Frères, si la piété a ses douceurs, elle a aussi ses amertumes; et les combats éternels, ou qu'il faut se livrer à soi-même , ou qu'il

confiance et d'espérance n'y trouvent pas des chrétiens ! Quand on vient à penser ce qu'on deviendra et à se dire à soi-même : oui, je ressusciterai avec cette chair que je déshonore tous les jours par mes impuretés, je la présenterai à Jésus-Christ, quand il dira : Levez-vous, morts; mais marquée des taches honteuses de mes iniquités, et souillée de tous les crimes que je commets. Ah ! si tout devait périr avec moi et que l'âme retournât dans le néant d'où elle a été tirée, je n'aurais rien, ni à espérer, ni à craindre, el le plus heureux de tous les hommes serait celui qui trouverait plus de repos et de plaisir dans ses péchés sur la terre ; mais il n'en est pas ainsi. L'impie ressuscitera comme le juste , et en ce jour auquel la trompette fatale doit nous rappeler de nos tombeaux, il faudra reparaître sur la scène à la face de tout l'univers assemblé , et y voir revivre, pour ma confusion, des crimes que je croyais ensevelis dans un éternel oubli. Quoi ! dans toute l'éternité mon âme me reprochera des fautes que je croyais anéanties? Quoi! ni les années, ni les siècles, ni les pleurs, ni les gémissements, ni les feux, ni lcs"<ourments les plus horribles n'effaceront jamais les crimes de ma vie? Quoi! une parole indiscrète qui m'est éf'happée sans attention , un désir de la chair qui m'est venu surprendre, un frivole plaisir que j'ai pris avec les autres, un

GUAND-CARFIML.

faut soutenir du côté de presque tous les objets qui nous environnent , en sont les épines et les violences. La vertu ne se conserve que par des sacrifices continuels ; et si vous vous relâchez un moment, vous êtes perdu ; les passions renaissent , ce semble, de leur propre défaite. Vous croyez avoir résisté jusqu'au sang, et remporté la victoire, qu'il faut recommencer le combat. Or, ou se lasse d'èlre toujours aux prises avec soi-même, de porter toujours un royaume divisé au dedans de soi ; on penche naturellement à vivre d'intelligence avec son propre cœur, et à jouir Iranciuillement de soi-même ; et voilà la source la plus commune de nos rechutes.

Or, dans ces dangereuses épreuves, rien ne soutient et ne console l'âme fidèle , comme l'espérance de la résurrection. Elle sait que ce corps de péché , qui l'appesantit, sera bientôt conforme à la ressemblance de celui de Jésus- Christ glorieux et ressuscité. Ainsi, loin de s'abattre sous le poids de sa chair, elle sent que sa délivrance s'approche. Plus l'ange de Satan la presse, plus le désir d'èlre délivrée de ce corps de mort, augmente; plus l'aiguillon du péché se fait sentir, plus elle souhaite sa dis-

solution et sa réunion avec Jésus-Christ. Elle trouve dans sa faiblesse une nouvelle force; ses tentations portent avec elles leur remède ; et tous les mouvements qui l'avertissent du fond de ^a corruption , la consolent par l'espérance de l'immortalité, qui la délivrera de toutes ces misères.

Dans les tribulations qui arrivent au juste , du côté des créatures, il n'en est aucune (|ue cette espérance n'adoucisse. Job , sur son fumier, voit tran(juillement son corps tomber en pièces : Je sais , dit-il , que mon Rédempteur est vivant; que je ressusciterai de la terre au dernier jour ; que je verrai mon Dieu et mo7i Sauveur avec cette même chair ^ dont les vers et la pourriture ont déjà fait un cadavre *. Cette douce espérance est cachée dans mon seiji *. Et il ne faut que cela, mes Frères, pour consoler toute la rigueur de ses peines : Jleposita est hœc spes meainsinu mco. « Nous nous réjouissons dans les tribulations, disaient les premiers fidèles, parce que nous attendons Jésus-Chrisl du haut du ciel, qui réformera

1 Job, XIX, 25, 26.

* lôtd., 27.

vain éloge qu'on m'a donné el que j'ai écouté avec joie , celle légère satisfaction que je me suis permise en goiitant les fausses délices de la terre ; quoi ! tout cela sera révélé devant toutes les créatures , et le mal que je n'ai fait qu'en passant et qui m'a plus coûté qu'il ne m'a plu , sera gravé avec un burin de 1er dans le livre de la colère du Seigneur'? Comment oserais-je donc paraître impur k ce redoutable jugement ; et avec quel front |iourrais-je commettre ici-bas des péiliés qui me privent de tant de biens cl qui me causeront tant de maux ? Grand Dieu! puisque toutes mes pensées, mes paroles, mes désirs , mes actions, puisque mes plus légères fautes, comme mes plus grandes vertus, que tout enfin doit levivre éternellement à vos yeux, soutenez n.a faiblesse, relevez mon espérance, et me faites connaitru qu'étant chrétien comme j'ai l'honneur d'être, je ne dois jamais rien me permettre qui ne soit digne de vous être présenté et d'attirer vos saintes bénédictions.

En second lieu, la résurrection de Jésus-Christ console notre espérance, en adoucissant nos peines. Car si la piété a ses amertumes, elle a aussi ses douceurs el ses consolations. Elle a ses amertumes : car lorsqu'il faut jiersévérer dans la grâce, conserver la justice, vaincre les obstacles qui s'opposent au salut, se défen ire du tôle des créatures, où tout est plein de pièges el d'écueils, où tout charme, où tout séduit du côté de soimèuie, où les passions sont violentes, il faut veiller el combattre sans cesse ; puisque l'on ne peut se soutenir que par la vigilance el les combats continuels ; si on se relâche un seul moment, on tombe dans le piège ; i>i on cesse d'aimer la vertu on tombe dans le crime ; l'esprit s'égare, le i œur se corrompt, cl la mort en est toujours la triste de^^linée. Vous croyei ne faire que vous délasser, et vous vous enya^ez dans l'adlme ; vpua^ crovez être en sùrelé, et mille ennemis au de<ians et au dehors viennent vous attaquer, el dès que vous cessez de combattre, votre défaite est cerlaïue. Or, on se lasse de porter toujours dans soi-même un royaume divisé ; on ne peut pas toujours se faire une guerre si cruelle ; on se rebute ;

on se dégoûte dans uhe voie pénible ; on se permet certains relâchements ; on prend certains jours, certains moments de délassement, de joie, de converjalion, de plaisir ; et voilà la source la plus ordinaire des rechu^s, un découragement dans la vertu, un attachement, un amour de repos.

Rien ne soutient davantage l'espérance du Hdèle dans la pénible pratique de la vertu, rien ne la console davantage dans les rudes combats de celte vie présente, que la vue de laj résurrection. Une âme pleine de cette douce es|iérance réjouit quand elle voit que ce corps de péché qui l'appesantit et qui lui cause tant de peines, ressuscitera bientôt glorieux conforme à celui de Jésus-Christ. Plus l'ange de Salan la solli^ cite , la presse , la poursuit , l'afdige , la tourmente , plus elh aime son Dieu, plus elle s'attache à lui , plus elle le recouna pour l'unique maître qu'elle veut servir, pour l'unique souvei rain à qui elle veut obéir ; plus l'aiguillon de la chair se fai| sentir el se révolte contre sou esprit, plus elle se plait à U mortitîer, à le combattre, à le vaincre. Elle trouve dans sa faiblesse même une nouvelle force qui la fait triompher de se passions cl de toutes les créatures ; ses tentations portent aveÇ elles leur remède, et tous les mouvements secrets qui i'agiteui^ qui la tourmentent, et (|ui lui font soulfrir au dehors de grande violences, ta consolent au dedans par l'espérance de l'immor^ lalité, qui la dédommagera de toutes ses tribulations et d< toutes ses amertumes.

11 n'en est aucune que l'espérance de la résurrection n'adoucis.se. Job voit tranquillement sur son fumier son corps lombeN en pièces,^ar cette vue de la résurrection : Jn snù, dit-il, y«e mon rédempteur est ressuscité, qu'il est plein de vie et que Je sortirai un jour du tinibeuu ; que Je me trouve/ai revêtu de mu propre chair, et que Je verrai mon Sauveur el mon Dieu de mes propres yux; et cette douce espérance est enc/ice dans mon sein. Noilà au^si ce que nous devons diie, el cela seul sufht pour que nous nous réjouissions dans les plus grandes afflictions, el que nous aimious les tribulations les plus

SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES

la bassesse de noire corps , afin de le rendre semblable à la gloire et à la clarté du sien , et parce que notre espérance est certaine. Dans cette attente, on nous maudit, et nous bénissons; on nous charge de chaînes, et nous sommes libres; on nous foule aux pieds, et nous ne sommes point abattus, et nous avons toujours la tête levée pour voir notre délivrance qui approche ». Ainsi parlaient autrefois, par la bouche de l'Apôtre, des fidèles opprimés , persécutés, proscrits, traînés dans les prisons et sur les échafauds; il n'était plus de tourments si affreux qui ne leur parussent doux, dans la vue de la bienheureuse espérance.

Aussi , mes Frères , ils croyaient sans cesse voir arriver Jésus-Christ du haut des airs ; ils croyaient que chaque jour allait être le jour tant désiré de son avènement : c'était une erreur d'amour. On croit toujours toucher à ce qu'on désire avec ardeur; et les apôtres avaient besoin de toute leur autorité , pour calmer là-dessus la vive impatience de ces saints disciples. Jésus-Christ lui-même avait cru devoir prévenir les pièges qu'on pouvait tendre un jour sur ce point à la vivacité de leurs empressements et à leur crédulité, en les avertissant de n'ajouter pas foi trop facilement à ceux qui viendraient leur annoncer qu'il allait paraître : Nolite credere *. De là, au milieu des tourments, ils défiaient, avec une sainte fierté , la barbarie des tyrans : « Vous pouvez bien déchirer nos corps, leur

1 Matlh , XXIV, 23.

disaient-ils ; le spectateur céleste de notre confession nous les rendra plus glorieux et plus éclatants : les plaies cruelles, dont vous défigurez nos membres, se changeront en des rayons de lumière; et votre inhumanité augmentera notre gloire ». Tel était l'esprit de ces siècles heureux: une vaine spiritualité* n'avait pas encore interdit ces divines consolations à la vertu; on n'avait pas encore fermé le sein de la gloire aux fidèles , pour les en rendre plus dignes; on n'avait pas encore fait une perfection monstrueuse d'être indifférent aux promesses de la foi, pour y arriver plus sûrement ; on aurait eu horreur de penser que le salut dût être le fruit affreux du désespoir, ou de l'indifférence pour le salut même ; et la bienheureuse espérance était alors toute la piété et toute la perfection des fidèles.

En effet, le juste serait à plaindre s'il n'y avait pour lui d'espérance qu'en cette vie. Si Jésus-Christ n'est point ressuscité, disait autrefois l'Apôtre, et que nous n'espérions en lui que pour cette vie, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes : Si in hac vita tantum in Christo sperantes siimus, miserabiliores sumus omnibus hominibus %• telle est la destinée du chrétien. L'Evangile en un sens ne fait que des malheureux selon le monde; ses maximes sont tristes, et ne promettent rien de trop agréable ici-bas ; et s'il n'y a plus rien à espérer après cette vie, rien n'égale l'infortune d'un disciple de Jésus-Christ. Or, sur cette

1 Le Quiétisme.

» 1 Cor., XV, 19.

amères. C'était aussi ce que se disaient à eux-mêmes les premiers fidèles, et celle espérance seule les soutenait dans les persécutions auxquelles ils étaient sans cesse exposés. « Nous nous réjouissons, disaienl-ils, dans les maux que nous souffrons, parce que Jésus-Christ est ressuscité, et que nous ressusciterons avec lui. On nous maudit, et nous n'eu sommes point découragés ; on nous fi>ule aux pieds, et nous n'en sommes point abattus ; les lions peuvent déchirer nos corps, mais le Seigneur prendra soin de les l'aire revivre glorieux ; et c'est pour cela que nous bénissons ceux qui nous maudissent, que nous prions pour ceux qui nous persécutent, que nous voulons du bien à ceux qui nous font du mal ». Ainsi parlaient des fidèles méprisés, persécutés, proscrits, traînés dans des prisons, conduits sur des échafauds, et près de perdre la vie par les plus atfreux de tous les supplices; et cela dans la seule vue qu'ils ressuscit^raienl comme Jésus-Christ.

Ils croyaient voir sans cesse Jésus-Christ arriver du haut du ciel pour les attirer à lui et les glorifier ; chaque jour ils s'attendaient à être délivrés de ce corps mortel, et celte erreur était une erreur d'amour. On ne croit jamais assez proche ce qu'on désire avec avidiié. De là cette joie et celte patience au milieu des tourments ; ils se consolaient dans les plus grandes afilictions. « Vous pouvez bien nous livrer à la mort ; mais nous mou-

rons pour un Dieu qui va nous rendre impassibles ; vos coups se changeront en un poids de gloire pour nous, et les obscurités de nos cachots en rayons de lumière qui nous éclaireront pendant toute l'éternilé ».

Tel était l'esprit de ces premiers fidèles en ces temps heureux, où une téméraire philosophie n'avait point encore interdit l'amour des souffrances, et où l'espérance du bonheur éternel était le plus précieux trésor des fidèles.

Ah ! si nous n'espérions en Jésus-Christ que pour cette vie, nous serions les plus misérables de tous les hommes, disait saint Paul : Si in hac vita tantum in Christo sperantes sumus, miserabiliores sumus omnibus hominibus; car telle est la destinée des chrétiens : si Jésus-Lhrist n'est point ressuscité, et si nous ne ressuscilons point avec lui, nous sommes entièrement à plaindre. L'Evant:ile ne fait que des malheureux selon le monde, et s'il ne nous reste plus rien à espérer après celte vie, rien n'égale l'infortune des disciples de Jésus-Christ. Pour mieux compiendre cette vérité, vous n'avez qu'à vous examiner vous-même ; et pour connaître si vous êtes un véritable disciple de Jésus-Christ, vous n'avez qu'à voir si vous pouvez dire comme l'Apôtre : Si Jésus-Christ n'est point ressuscité , je suis le plus misérable de tous les hommes. Si vous n'avez point de résunection à espérer, serez-vous fort à plaindre

GRAND-CARÉME.

vérité incontestable, vous n'avez, mon cher auditeur, qu'à vous décider vous-inènie, pour connaître si vous êtes disciple de Jésus-Christ, ou enfant du siècle, et par conséquent enfant de mort et de perdition : la règle est sûre. S'il n'y avait point de résurrection à espérer, seiiez-vous à plaindre? Si vous n'attendiez qu'un anéanliFsement éternel après cette vie, vous faites-vous assez de violence en celle-ci, prenez-vous assez sur vous-même, mortifiezvous assez tons vos désirs, crucitiez-vous assez votre chair, souffrez-vous asi?tz Its mépris et les injures, fuyez- vous assez les plaisirs, vivez-vous assez séparé du monde, veillezvous assez sur vos sens, étes-vous assez détaché de la gloire, des biens périssables, pour dire avec l'Apôlre : Si nous n'espérons en Jésus-Christ que pour cette vie, nous so?mnes les plus malheureux de tons les hommes ? Qu<uid la religion serait un songe , qu'y perdriezvous? quand tout ce qu'on nous dit de la résurrection à venir, et des promesses de la foi, seraient des fables, scriez-vous fort trompé dans vos mesures? quand tout mourrait avec nous, auriez-vous de grands reproches à vous faire au lit de la mort, sur ce que vous n'auriez pas fait votre bonheur de la vie présente; sur les plaisirs dont vous vous y êtes abstenu j sur les sacrifices, les violences, les austérités, les privations que vous avez souffertes pour une éternité et un avenir chimérique? Si l'on venait vous déclarer que la foi des chrétiens est une invention humaine, trouvcriez-vous beaucoup à changer dans vos mœurs, dans vos projets, dans vos allaires, dans toute votre conduite? Ah! les premiers fidèles avaient droit de dire que, si Jésus-Christ n'était pas

ressuscité, tout était perdu pour eux. Des infortunés qui sacrifiaient tout à cette espérance , qui soulîraient la faim , la soif , la nudité, l'exil, l'infamie, la perte des biens et de la vie, pour lui plaire, et dans la seule espérance d'aller jouir de lui : Tantum ut Christo fruar * ; des hommes qui n'aviiient aucune consolaiion sur la terre; qui se dis- [lutaienl les plus légers plaisirs; qui regardaient la vie présente comme un exil, comme une vallée de larmes; ces hommes pouvaient assurer haidiment que, s'il ne devait point y avoir de résurrection , rien n'égalait leur malheur sur la terre. Mais vous à qui la foi en Jésus-Christ ne coûte rien; vous qui ne sacrifiez à ses promesses , ni plaisirs, ni goûts, ni superfluilés, ni penchants; vous qui sous l'Evangile vivez aussi doucement, aussi agréablement, aussi mollement, que sais-je? aussi licencieusement peut-être, qu'on vit parmi ces nations infidèles où son nom n'est point connu ; qu'il soit ressuscité, ou qu'il ne le soit pas, vous n'en êtes ni plus ni moins à plaindre ; la fausseté ou la vérilé de ses promesses, ne change. rien à votre destinée : et dès là vous n'êtes plus chrétien, vous n'appartenez plus à Jésus-Christ, vous n'avez plus de droit à son espérance.

Et voilà, en dernier lieu, comme la résurrection de Jésus-Christ non-seulement assure et console, mais encore corrige notre espérance, en nous proposant les moyens qui seuls nous donnent droit d'espérer; en nous faisant entendre qu'il n'est pas possible de chercher sa^ félicité sur la terre , et d'esjjérer en Jésus-;

* s. Ignace, mart.

k la mort? Si vous ne devez attendre qu'un anéantissement parfait après la mort,screz-vous inalheurenx ? Si cette vie que vous menez n'est pas suivie d'une récompense éternelle, étesvous les plus misérables de tous les hommes ? Votre foi vous fail-elie trouver assez de consolation dans les lilens futurs, pour dire : Si Jésus-Christ n'est point ressuscité et si nous ne ressuscitons point, notre sort est déplorable? Uuand la relipiim ne serait qu'un songe, les promeses de Jésus-Chtist que des dlugions, les samtes tentures qu'une fable, qu'y perdnez-vous? Quand tout mourrnii avec vous, que toutes vos rruvies demeureraient ensevelies dans un éternel oub'i , quel dommage en soulîririez-voiis ? Aurcz-vous de (grands reproches à vous faire au lit de la mort pour des plaisirs que vous aurez sacriliés, des honneurs que vous aurez méprisés , des biens que voOs aurez quittés? Tiouvertz-vous beaucoup à compter pour rélernilé dans vos charges, dans vos affaires, dans vos emplois, flan? vos mariages, dans votre ministère? Si l'espérance des biens futurs n'est que rêverie , pourrez-vong avoir regret à la mort de n'avoir pas contenté vos passions, de ne vous être pas abandonné aux maximes et aux usages du siècle? Ah! les premiers lidèUi

avaient raison de dire que si Jésus-Christ n'était point ressus* cité, tout élait désespéré pour eux, et qu'ils étaient les plus' misérables île tous les hommes. C'étaient des hommes" justes; qui se dépouillaient de tous leurs biens, se renonçaient eux«; mêmes et quittaient tout pour suivre Jésus-Chri-t ; des hominei qui vivaient dans le inonde comme s'ils n'en étaient pas , qui détestaient ses maxines, qui fuyaient ses joies et ses plaisirs; des hommes qui se mortiliaient, qui se chargeaient de haife» et de cilices , qui s'interdisaient jusqu'aux moindres délassements ; des hommes toujours en guerre contre eux-mêmes; des hommes cruciliés pour le monde et pour qui le monle étal* crucifié, toujours en ^ar(le contre les biens présents, et qui ne' soupiraient qu'après les biens futurs. Mais vous à (pu la foi et la profession du christianisme ne coûte rien ; vous qui ne sacriliex pour le salut de voire âme ni honneurs, ni plaisirs, ni richesses \ vous qui, «-ous l'empire de Jésus-Christ et à l'ombre d'un Dieu crucitié pour vou-", vivez aussi délicieusement, aussi commodément, aussi avide de joie et de plais^irs que ces mallieuaux qui' vivent dans des lies éloignées où le vrai Dieu n'est point connu et ou l'on s'imagine que tout périt à la mort; que Jésus-Christ soit

SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES

Christ ; et que le fidèle qui ne souffre rien icibas, ne saurait aussi rien espérer pour l'avenir.

Mais ce n'est pas par cet endroit seul que la résurrection de Jésus-Clirist corrige notre espérance. En effet, une des causes les plus ordinaires de nos rechutes, après la solennité, est de nous persuader que le retour à la grâce est facile, et ainsi d'espérer contre l'espérance. Or, le mystère de la résurrection de Jésus- Christ corrige cette erreur si commune et si dangereuse; car le bienfait de la résurrection n'a été en lui que le prix du plus douloureux de tous les sacrifices, et il n'a mérité sa délivrance du tombeau qu'en devenant l'homme de douleur. Or la résurrection de Jésus-Christ est le modèle de la nôtre ; c'est-à-dire que, si nous retombons, il faudra passer par de terribles épreuves , pour arriver au renouvellement de la pénitence. « Si je retombe, ô Dieu î que ce plaisir rapide et frivole va me coûter cher! quel calice à Loire, pour recouvrer la vie et Tinnocence que je vais perdre ! Je ne sais déjà que trop moi-même ce qu'il en coûte pour revenir à Dieu, quand on a eu le malheur de s'éloigner de, lui et ce que les commencements d'une conversion ont de terrible pour le cœur. Est-ce qu'après une rechute, celte entreprise aurait moins de difficultés? Mais mes mauvais penchants seront encore plus difficiles

à surmonter, mes chaînes se seront fortifiées, mes faibles désirs de salut refroidis , les yeux du public même plus redoutables par les inégalités de ma conduite; tout demandera de nouveaux efforts, tout deviendra plus dégoûtant et i)lus pénible. Or, si j'ai eu tant de peine à faire une première démarche que tout semblait faciliter, comment pourrais-je si fort compter sur une seconde , où tout m'offrira de nouveaux obstacles? » Ainsi s'affermit dans la persévérance une âme fidèle.

Mais, d'ailleurs, la grâce d'une seconde pénitence vous sera-t-elle accordée ? Seconde raison que nous fournit ce mystère. Savezvous bien ce que c'est que la grâce de la conversion ; cette grâce qui nous fait passer (!e la mort du péché à la vie et à la résurrection de la justice? Ecoulez l'Apôtre, qui va vous l'apprendre : « La même vertu suréminente de Dieu , dit-il, qui a opéré sur Jésus-Christ pour le délivrer d'entre les morts, doit opérer sur nous , pour nous retirer des voies de la mort et de la perdition, pour nous faire revenir à la vie de la grâce », C'est-à-dire qu'il est vrai que la résurrection spirituelle du pécheur est un ouvrage aussi grand pour Dieu que la résurrection corporelle de Jésus- Christ; que le miracle est ici égal; qu'il a besoin d'une vertu aussi éclatante pour l'un que pour l'autre ; et que s'il y a quelque différence

ressuscité ou non, vous n'en êtes ni plus ni moins altaché au siècle ; vous ne pouvez pas dire que s'il ne ressuscite point, vous êtes le plus misérable de tous les hommes. Sa résurrection, dont vous êtes convaincu, ne change point votre destinée, et dès là vous n'êtes point du nombre des disciples de Jésus- Christ ; dès là vous n'avez point de part à ses promesses ni à son héritage.

Enlin la résurrection de Jésus-Christ corrige notre espérance.

En eiïtit, une des principales et des plus ordinaires sources de nos rechutes dans le crime , c'est de nous tigurer le retour d'une grâce favorable, de nous flatter d'une vaine confiance, et d'espérer contre toute espérance. Or, la résurrection de Jésus-Christ corrige cet abus. Le mystère de la résurrection nous apprend que, pour arriver à la possession des biens éternels, il a renoncé lui-même à la possession des biens sensibles ; il a bu le calice de fiel et de vinaigre avant de goûter les délices du ciel; il a souffert de la part des hommes, avant d'aller prendre place à la droite de son Père, et il n'a mérité de sortir du tombeau qu'après s'être fait appeler l'homme de douleur. La résurrection du pécheur n'est autre chose qu'un passage de la mort du péché à la vie de la grâce, c'est-à-dire que si nous tombons après une grâce reçue, il faudra pour la recouvrer que nous passions par des épreuves bien violentes, par des peines bien rudes ; car la rechute est le péché le plus difficile a guérir. Et comme il est peu de pécheurs qui puissent supporter toutes les rigueurs de la pénitence par où il faut passer, il en est aussi peu qui se relèvent aprèî être retombés. Quel fruit doit donc produire cette vérité dans vos cœurs, mes Frères ? C'est de vous représenter souvent combien doit vous

co'ùler votre conversion après une rechute. « 0 Dieu! devez-vous vous dire en vous-mêmes, si je ratombe, quel calice amer seraije obligé de boire pour recouvrer l'innocence que je vais perdre! Ah ! je ne sais que trop ce qu'il en coûte pour retourner à Dieu après m'en être séparé ; je ne connais que trop quels obstacles j'aurai à surmonter, quelles tentations j'aurai à vaincre, quelle violence il me faudra faire, quels combats j'aurai à essuyer. Kst-ce qu'après avoir déjà obtenu le pardon de mes péchés, j'aurais moins de peine à obtenir le pardon de ceux que je commettrais de nouveau ? Est-ce que j'aurais moins de peine à guérir une plaie rouverte, après avoir été fermée, que d'ôter une première cicatrice ? Ah ! mon penchant plus violeut , mou habitude plus enracinée, les yeux du public plus attachés sur ma mauvaise conduite , tout cela rend ma conversion plus difficile après ma rechute qu'au commencement de mes infidélités. Or, si-j'ai eu tant de peine à faire une première démarche de pénitence , après mes premières chutes, que ne dois-je pas craindre pour une voie plus pénible ? Si j'ai eu tant de peine à fléchir la divine justice sur mes premiers désordres, puis-je compter que je la fléchirai si aisément sur mes rechutes? »

Ainsi devez-vous vous affermir dans la grâce de votre première démarche; car si vous retombez, pouvez-vous vous promettre que la grâce d'une seconde pénitence, aussi efficace que la première, vous sera accordée ? Savez-vous bien ce que doit coûter à Dieu cette grâce de votre conversion ? La même puissance qui a opéré en Jésus-Christ le prodige de sa résurrection pour le faire passer à la vie de la nature, doit opérer encore en vous un prodige pour vous faire passer à la vie de la grâce. C'est-à-dire que la résurrection à la grâce est pour le

GRAND-CARÈ.AÎE.

à fnire, c'est qu'on re'su^cilanl son Fils, il commande à la mori, et il est obéi, cl la mort qui entend sa voix ne résiste point à ses ordres; an lieu qu'en ressuscitant le pécheur, il commande à un cœur corrompu, et ce cœur se défend ; et ce cœur ou ne veut pas l'entendre, ou même après l'avoir entendu, résiste à ses ordres, et repousse la main qui vient le retirer du tombeau et des ombres de la mort. Or, étes-vous endroit d'attendre de lui une seconde fois une faveur aussi signalée? Pouvezvous vous flatter qu'il opérera encore une fois pour vous un prodige qu'il n'a opéré qu'une fois en faveur de son Fils? Qui ètes-vous donc pour vous promettre témérairement des coups si miraculeux de la puissance divine? De toutes les grâces, celle de la conversion est la plus rare; et vous la regarderiez comme une faveur de tous les jours ! Que savez- vous si le Seigneur, après avoir fait une fois éclater sur vous les merveilles de sa miséricorde, en rompant les chaînes de la mort et du péché qui liaient votre âme, et en vous faisant revivre avec Jésus-Christ ressuscité d'une vie nouvelle, ne manifestera pas à l'avenir en vous la sévérité de sa justice, en vous livrant pour toujours aux désirs de vos passions insensées ? Nous lisons bien dans les livres saints que Lazare, que la fille de Jaïre, que le jeune homme de Naim furent ressuscites; mais nous ne lisons pas que ce bienfait t^ignalé leur ait été encore accordé. La seconde mort fut pour eux la dernière, et dans cette image, on veut nous faire comprendre que le miracle d'une seconde résurrection est rarement accordé au pécheur.

Conservons donc précieusement, mes Frères, un trésor si diflicile à recouvrer, si nous avons été assez heureux que de ressusciter avec Jésus-Christ dans la participation des saints mystères. Ah! si vous connaissiez, mes Frères, ce que vous perdez en perdant la grâce sanctifiante ; si vous saviez que la perte de l'univers entier n'est rien à son égal; si vous pensiez que c'est le prix du sang de Jésus- Christ, et le seul fruit des souffrances dont vous venez d'être témoin ; si vous faisiez réflexion que c'est la drachme précieuse dont on achète l'éternité; si vous pouviez comprendre que vous perdez tout ce que vous pouvez perdre de plus grand, tout ce que les créatures, et le monde entier ne saurait vous remplacer; que vous perdez ce que vous ne pouvez plus recouvrer de vous-même , ce que celui seul que vous offensez peut vous rendre; que vous perdez ce que tant de réprouvés souhaiteront |)en(lant toute l'élernilé, ce qui sera la félicité de tant de justes dans le ciel , ce qui est refusé à tant de pécheurs sur la terre ; si vous le pouviez comprendre, sans doute ce souvenir vous animerait à persévérer dans le service de Dieu, où la grâce des sacrements vient de vous faire entrer. Vous venez d'en voir les motifs dans la résurrection de Jésus-Christ; il faut vous en découvrir les moyens que nous fournit le même mystère.

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