DEUXIÈME PARTIE
Jésus-Christ ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus, dill'Apôtre ; la mort n'a plus d'em-
Seigneur un ouvrage aussi grand que la résurrection de son Fils, et qu'il a besoin d'une aussi grande vertu pour l'une que pour l'autre. Pourriez-vous vous promettre que votre Dieu opérera plusieurs fois en votre faveur ce qu'il n'a opéré qu'une fois en faveur de son Fils; et qu'il vous accordera, sans peine et sans violence, ce qu'il lui a fait acheter par tant de douleurs et de souffrances, par une vie de pénitence, de mortification, d'anéantissement? D'ailleurs que savez-vous, s'il ne va point vous laisser dans le tombeau après vous y être replongé une seconde fois? Que savez-vous si celle rechute ne sera point pour vous un sépulcre éternel, comme dit un prophète, in circuttu ejus, sepulcrum illius. Que savez-vous si le Seigneur ne manifestera point sa justice et sa gloire en vous abandonnant seul à votre malheureux sort, si vous lui êtes encore infidèle après vous avoir pardonné ? Nous lisons bien que Lazare, la fille de Jaire, le fils de la veuve de Naïm furent ressuscites une fois par le Fils de Dieu, et qu'il leur rendit une nouvelle vie après leur première mort ; mais nous ne lisons uulle part qu'une seconde résurrection leur ait été accordée II ne les ressuscita point une seconde fois, leur seconde mort fut leur dernière ; et par là il veut nous faire comprendre que rien n'est plus rare ni plus difûcile qu'une seconde résurrection, puisque jamais elle n'a été accordée à personne.
Profitons donc de cette instruction, mes Frères, et conservons précieusement une vie de la cràce si diflicile à réparer ; persévérons dans cette grâce que nous avons reçue ; songeons que des pénitences et des conversions négligées ne se réparent pre.^que plus ; et si vous êtes assez malheureux que de la perdre, souvenez-vous que la perle de tout l'univi rs entier n'est rien à son égard ; souvenez-vous que cette |;ràce que vous avez reçue, est le prix du sang de Jésus-Christ voire Sauveur, et le méiite de sa passion et de ses souiïrauces; souvenez-vous que la perle du trésor que vous exposez, comprend toules les perles qui peuvent vous arriver ; et que toutes les créatures ensemble et l'univers eiitier ne sauraient remjilacer ce que vous ne pouvez recouvrer de vous-mêmes; sans doute cette considération vous portera à veiller, k coiubatlre et à persévérer, de peur de jierdre un don si précieux. Vous venez de voir le motif de cette lersévérance a la grâce dans la résurrection du Sauveur : il faut maintenant vous en faire voir le modèle ; c'est le sujet de mon second point.
SECONDE PARTIE
Jésus-Christ ressuscité d entre les morts ne meurt plus, dit l'Apôtre; la mort n\i plus d'empire sur lui, parce que
SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES
pire sur lm\ parce que sa résurrection renferme un renouvellement entier et parfait; (ju'il n'a plus rien de terrestre au sortir du tombeau ; et que la mort a été absorbée dans sa propre victoire^. Or voilà le modèle et le moyen de notre persévérance. Voulez-vous donc ne plus retomber, mes Frères? il faut que tout ce qui était en vous de terrestre et de mortel soit détruit, pour ainsi dire, et que vous soyez un homme tout renouvelé et tout céleste. Une passion néj^ligée conserve toutes les autres; une seule plaie flattée attire sur elle les mauvaises humeurs de tout le corps. Ainsi votre attention doit redoubler, votre vigilance croître ; et comme Jésus-Christ n'a compté ses travaux finis, et sa victoire assurée , que lorsque la mort a été entièrement absorbée en lui, et qu'elle n'a plus eu ni armes, ni aiguillon , pour parler avec l'Apôtre; tandis qu'il vous restera des passions à combattre , des désirs à réprimer, des verhis à perfectionner, vous devez regarder votre résurrection comme imparfaite , et avancer sans cesse dans la ressemblance de l'homme nouveau.
Cependant l'erreur commune regarde le temps pascal comme un temps de relâchement, de repos, de liberté et de plaisir. Mais, je le répète, si vous voulez conserver la grâce de la résurrection, il doit être pour vous un temps de renouvellement et de ferveur. En voici les raisons; elles me paraissent dignes de votre attention.
En premier lieu, il n'est que trop vrai que
1 Rom., VI, 9. — M Cor., xv, 54.
sa résurrection renferme un renouvellement entier et parfait, et qu'il n'a plus rien de la terre, faice qu'une fois sorti du tombeau, il n'en conserve aucune trace. Voilà votre modèle, chrétiens, qui avez reçu la grâce en sortant de vos désordres. Pour ressusciter véritablement, il faut ne plus rien conserver de ce qui vient du monde et de la terres; il faut que votre vie nouvelle s'occupe de choses toutes célestes, et que vnus deveniez tout spirituels. Une seule passion épargnée et chérie fomente toutes les autres et les fait bientôt revivre, comme une seule p!aie llatlée el entietenue attire toutes les humeurs du corps ; c'est-à-dire que vo're vigilance doit redoubler après votre grâce recouvrée, et que comme Jésus-Christ ne compte sa victoire complète que quand il a entièrement vaincu la mort, de même aussi le chrétien ne doit compter sur sa conversion que quand il a vaincu tous les ennemis qui en veulent à la glace qu'il a reçue, lin effet, mes Frères, tandis que vous avez encore des vertus à aimer et des vices à fuir ou à expier, votre conversion est impai faite.
Et cependant l'erreur trop commune fait regarder au chrétien le temps pascal comme un temps de relâchement et de tiédeur. Mais je vous dis aujourd'hui que si vous voulez persévérer dans la giâce que vous avez reçue, il fau* que le temps de votre résurrection soit puur vous un temps de renouvellement, de fidélité et de ferveur. Voici toutes les raisons qui autorisent cette erreur des lâches chrétiens :
la plupart des fidèles croient avoir droit de se délasser, et de donner moins de soins à leur salut éternel, quand une fois i!s sont arrivés au bout de cette carrière de pénitence; qu'ils ne font consister le privilège de la résurrection que dans des mœurs plus douces; dans un usage plus libre des plai&irs de la table , du jeu , des spectacles ; et dans la rareté des prières publiques et des autres devoirs de la religion. Or, pour faire sentir d'abord l'illusion d'une erreur si \ulgaire, et injurieuse à la sainteté de ce temps, il suffirait de vous dire que l'allégresse de l'Eglise , en ces jours heureux, n'est fondée que sur lavictoire que Jésus- Christ et tous les fidèles avec lui remportent aujourd'hui sur le péché; que votre retour à la grâce fait tout le sujet de ses cantiques de joie ; et que si vous êtes encore dans le péché, elle est encore couverte d'un deuil invisible, et gémit en secret devant son Epoux ; qu'ainsi , elle ne paraît en ce jour triomphante et environnée de gloire , que pour célébrer le triomphe de la grâce sur vos cœurs; et qu'elle vous regarde comme autant de captifs, qu'elle vient de délivrer de l'empire de la mort et de la puissance des ténèbres. En un mot, c'est la destinée de votre conscience qui décide toujours de sa joie ou de sa tristesse. Car, d'ailleurs, le temps de la ' vie présente n'est pas le temps de sa joie : étrangère, éloignée de son Epoux, déchirée parles schismes et les contentions, déshonorée par les scandales , affligée par les
' La, 1743 ; Sa, 1764 et Renouard.
En premier lieu, il n'est que trop vrai que la plupart des fidèles, arrivés au bout de celte sainte carrière de la pénitence que l'Eglise leur impose, croient avoir droit de se relâcher, et qu'ils ne font consister le bonheur du temps pascal que dans un usage plus libre et plus permis des plaisirs, de la bonne chère, des jeux, des spectacles, dans la rareté des prières publiques, des prédications, et dans la dispense de plusieurs autres devoirs de religion. Pour vous faire sentir toute l'illusion d'une erreur si injurieuse à la dévotion de ce temps, il suffirait de vous dire qu'elle confond la piété des plus augustes solennités de notre sainte religion, avec ces jeux impies et sacrilèges que le paganisme consacrait à l'honneur de ses faux dieux ; il suffirait de vous montrer que la joie que fait maintenant paraître l'Eglise dans ses chants , dans ses ornements, dans ses cérémonies, n'est fondée que sur la victoire que Jésus-Christ vient de remporter sur la mort, et sur celle que tous les pécheurs vont remporter avec lui sur le péché ; que si vous êtes encore les malheureux esclaves du crime et de vos passions, l'Eglise est encore revêtue de deuil pour vous, qu'elle gémit encore sur vos désordres, et qu'ainsi elle ne semble se réjouir à la résurrection de son lipoux que par rapport à votre conversion , et parce que votre retour lui cause de la joie, comme celui des captifs qui sortent de leurs chaiues ; en un mot, que la destinée d'un chrétien est de courir toujours dans la voie du salut et de ne .jamais se relâ-
GRA^'D-CARËME.
chutes (le ses enfaiil> , .!!<' poinit sans cosse; rlle soii|)ire après sa délivrance; et ses chants (le joie ne sauraient être que des désirs d'éternité , et de vifs enipressenitiits tltiic icunii; à l'Eglise du ciel , dont son Epoux est le pontife visible. Mais. laissons là les raisons qui la regardent elle Mide; et arrêtons-nous à celles que nous tournissent nos propres dispositions. En eiret, en second lieu, si après des mœurs désordonnées, et une vie toute criminelle, vous avez été assez heureux pour recouvrer en ces jours votre innocence par la grâce des sacrements, et vous réconcilier avec Dieu, vous êtes donc de nouveaux enfants de la grâce ; vous ne faites que de naître dans la justice et dans la sainteté : or, dans cet état d'enfance et de faiblesse , comme vous êtes plus aisés à séduire et à ébraider, il vous faut aussi plus <!<• iiKCautioiis et plus de secours pour vous soutenir. D'ailleurs, si vous ne faites que de sortir de vos mœurs criminelles, vous n'avez donc encore rien fait pour les expier. Vous avez gémi au tribunal, il est vrai ; vous vous y êtes déclaré pécheur ; vous y avez porté des sentiments vifs de componction et une détestation sincère de vos crimes; nous y avons essuyé vos larmes , recueilli vos soupirs , et consolé votre douleur, qui nous remplissait nous-mêmes de consolation ; mais sont-ce là les seuls fruits de la pénitence? Une vie entière de plaisirs et de dissipation seraitelle effacée par quelques larmes passagères;
et le l'i'cln' MT;iit-il expié «les qu'il est remis? (»i\ si vous éles un nouveau pénitent, chî où sont ci's trans[)oits de /èle . cette indignation contre soi-mc in' . celle ax iiiile de soutfrances, (jui sont toujours les prémices de l'Esprit de Dieu dans un cœur touché? Vous n'avez pas encore coniinencf' ; et vous Nouiez vous permettre des adoucissements, que les plus justes, après de longues années de pénitence, n'oseraient encore s'accorder? Kst-il temps de se reposer à l'entrée même de la carrière? Il peut arriver quehjuefois que sur la fin de la course on se relâche , et que la ferveur se ralentisse après plusieurs années d'austérité; mais du moins les commencements ont été fervents. Le roi de Ninive se met sous la cendre, déchire ses vêlements, afflige sa chair par le jeûne et par le cilice : c'est le caractère de la première grâce; les efforts qu'elle ins- |)ire d'abord sont héroïques ; et c'est alors que le |)écheur nouvellement touché a besoin de frein, et qu'il faut (|ue la sagesse d'un conducteur modère les saillies et arrête l'impétuosité du zèle et de l'esprit (jui l'anime.
Mais vous, mon cher auditeur, si vous commencez par la chair, comment linirez-vous par l'esprit? Si vos premières démarches commencent par êlretièdes et languissantes, comment soutiendrez-vous les secousses, les ennuis, les dégoûts inséparables des suites et de la durée?
De plus , votre propre expérience vous apprendra que les tentations ne sont jamais plus
cher ; et d'ailleurs un temps d'exil et de bannissement tel qu'est celui de celle vie, peul-il être un temps de plaisirs et de réjouissance ? Quoique l'Eglise semble se réjouir dans ce saint temps, elle ne laisse donc pas de s'affliger pour les chutes de ses enfants; quelques clianls d'allégresse qu'elle entonne en public, elle soupire tn secret, et ses soupirs ne viennent que des saints empressements qu'elle a de voir ses cnf:ints ressuscites et réunis en un seul et môme corps, dont son Epoux est le chef.
En second lieu, je ne veux m'en rapporter qu'à votre propre disposition, et vous allez convenir que l'erreur qui vous fait regarder le temps pascal comme un temps «le relâchement et de joie, est bien opposée à la sainteté li'un chrétien. Kn rffol, si après vos chutes vous avez été assez heureux inun vnu-; en relever en ce saint temps de Pâques, vous êtes donc un nouveau pénitent ; vous ne faites donc que commencer l'ouvrage de votre salut; vous ne faites qu'entrer dans les voies de la justice ; tous vous disposez donc seulement à réparer vos offenses, et vous êtes résolu de satisfaire pour vos crimes passés par une sincère pénitence. Vous avez gémi, soupiré et peut-être pleuré au tribunal de la pénitence ; il est vrai. Nous y avons reçu vos soupirs, vos protestations d'amendement, et vos promesses de satisfaire à Dieu pour vos péchés ; nous y «vous essuyé vos larmes, rasMirc vds fuiyeurs, adouci vos aoierlumes et consolé vos tristLSMs ; ihais sontce là (outts les preuves que vous voulez donner de votre persévérance dans la grâce reçue î Crojez-vous que quelques larmes, quel-
ques soupiis, quelques protestations passagères suffisent pour expier tant de crimes? et pensez-vous qu'après quelques moments de douleur vous soyez en droit de retourner à vos plaisirs et de poùler toutes les douceurs du monde que vous aviez promis de quitter pour toujours ? David se conteata-t-ii de dire dans l'aincrlume de son cœur, et avec un torrent de larmes, qu'il avait péciié ? Voyez dans ses cantiques quelle a été la rigueur et la durée de sa pénitence ; vous avez péché plus (|i; I roi, ft vous o.-ez cependant vous contenter
de di: jiocliés avec quelques sentiments de legret!
Est-ce :i>s('/ uo quelques moments de pénitence pour des années entières de péchés? Est-il temps de se reposer au commenceuient de la r; ■■ • Vous avez peut-être observé quelques jeûnes ; vih; > ahslenu de quelques plaisirs ;
mais votre pénilenci ■,.; i-ele pas être continuelle? Si vous
perdez déjà haleine, comment pou^8e^ez-vous jusqu'au terme? Le grand apôlre n'en usait pas ainsi ; après des travaux incrojahlr- (huii vous ifenlendez le récit qu'avec élonncment, oubliant le la-^c, il hc comptait pour lien tout ce qui était derrière lui, cl m- songeait qu'à redoubler ses ellorls pour arriver à ~"ii lu;! , ' ^,. n'ii ire di^'ue de sa vocation, quœ quidem I Ml ' esl-il temps de s'arrêter dès le
1' ; ans une voie nécessaire? Quand ou a
beaucoup uiaiciie, li peut arriver que la longueur du chemin décourage, rebute et porte le voyageur à se délasser et à prendre quelque rafraîchissement; mais du moins les commencemeuts ont été fervents ; les premièies larmes de la péni-
SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES
violentes que dans un commencement de nouvelle vie. C'est alors que le démon, furieux d'avoir lais.-^é échapper sa proie, met tout en œuvre pour la recouvrer. C'est alors qu'il multiplie les attaques, qu'il change tout en pièges, qu'il réveille toutes les passions encore à demi vivantes, qu'il répand des dégoûts et des amertumes sur toutes nos démarches, qu'il rassemble tous les obstacles, qu'il grossit les difficultés; en un mot, qu'il épuise tous ses artifices, pour rentrer dans la maison de notre âme avec sept esprits impurs encore plus méchants que lui. Or, si les tentations sont d'un côté plus vives, la piété, de l'autre, est alors plus faible. C'est une étincelle à peine allumée, et qu'il faut entretenir à force de soins et de ménagements; c'est une jeune plante que le vent le plus léger est capable d'abattre; la moindre ardeur des tentations, de faire sécher. En quel temps donc la fidélité et la vigilance furent jamais plus nécessaires? Seriez- vous sage de ne penser qu'à vous reposer et de n'être point sur vos gardes, dans une conjoncture où tout se dispose à vous attaquer? N'est-ce pas alors que la retraite , la prière , l'éloignement du monde et
des plaisirs , le commerce des gens de bien , la pratique des œuvres de mi.^éricorde, la lecture des livres saints sont plus que jamais de saison ; et qu'aller exposer un trésor, que vous portez dans un cœur si peu instruit encore à se défendre, c'est vouloir sûrement le perdre? Enfin , je n'ajoute pas que l'Eglise en ce saint temps , fournissant moins de secours extérieurs à la piété des fidèles, vous devez remplacer ce défaut par un renouvellement de zèle et d'attention. En efîet, dans les jours de pénitence, dont nous venons de sortir, il semble que la foi et la piété étaient soutenues par les dehors tout seuls du culte. L'assistance plus assidue à nos temples; la parole de l'Evangile plus souvent et en plus de lieux annoncée; les prières de l'Eglise plus longues et plus solennelles; tout cet appareil de deuil et de tristesse dont elle était couverte ; le souvenir des mystères douloureux qu'elle nous rappelait; la loi des jeûnes et des abstinences; les plaisirs publics suspendus; la liberté des tables modérée; le crime obligé presque de se cacher, ou du moins de se ménager; le devoir pascal , auquel , si vous exceptez un certain nombre de pécheurs invétérés et absolument
tence n'ont point connu de ménagement ; elles ont coulé en abondance des yeux rie ceux qui ont voulu véritablement se convertir. A la prédication du prophète Jonas, le roi de iNinive se met sous le sac et sous la cendre ; il se revêt de liaire et de cilice ; non-seulement il jeûne et se mortifie ; mais il veut que tous les habitants de cette ville criminelle jeûnent et se mortilient avec lui. C'est là la première démarche d'un pécheur qui veut se convertir, et l'effet le plus ordinaire de la première grâce qu'il a reçue ; c'est alors que le pénitent a besoin qu'un sage directeur mette un frein à sou zèle pour arrêter le saint empressement qui l'anime.
Mais pour vous qui vous rebutez d'abord, où prétendez-vous aller ? Si vos premières démarches sont si languissantes, comment espérez-vous voir la lin de votre carrière ? Comment prétendez-vous arriver jusqu'au bout, si vous vous reposez dès l'entrée de la voie ? Quand vous auriez gémi, pleuré, jeûné comme je le supjiose avant ce saint temps , si vous ne sentez en vous une grâce plus touchante, une componction plus vive, un zè'e plus ardent, concluez que votre conversion n'ira pas loin, puisque le commencement seul de cette conveision demande de vous et plus de vigilance et plus de ferveur.
Eu troisième lieu, votre expérience propre va vous convaincre que, comme les tentations ne sont jamais plus violentes que dans les commencements, jamais au^si vous ne devez plus apporter de précautions pour vous maintenir dans cette nouvelle grâce. C'e.^t alors que le démon, furieux d'avoir perdu sa proie, redouble ses efforts pour vous ramener a lui. Maintenant que la giâee a triomphé de votre cœur dont il était le maiire, il emploie tous ses artitices pour reprendre la place qu'il a perdue ; il vous tend les mêmes pièges ; il vous présente les mêmes charmes ; il vou- rappelle les mêmes plaisirs ; il> vous insinue les mêmes maximes ; il vous offre les mêmes occasions par où il vous avait gagné à lui avant vutre conversion. C'est alors que cet esprit impur, accompagné de sept
autres plus méchants que lui, assiège votre âme par toutes les avenues , qu'il vous suit et vous environne partout , pour rentrer dans ce cœur d'où il est sorti. En un mot, la grâce que vous avez reçue est encore faible, et par conséquent facile à perdre ; c'est une étincelle mal allumée, il faut l'entretenir avec ménagement ; c'est une jeune plante que le moindre vent peut abattre, il faut lui donner du soutien et de l'appui; c'est un pur froment que la moindre zizanie est capable d'étoutfer, il faut y apporter du soin et de la vigilance ; vous êtes encore des enfants nouveau-nés à la grâce , sicut modo geniti infantes. Vous avez besoin de tous vos efforts pour vous défendre contre tant d'ennemis. Ainsi vous voyez que David, tombé d'abord dans un péché de pure complaisance, devient bientôt adultère et homicide. A peine Salomon voit-il les femmes étrangères qu'il se résout enfin d'offrir de l'encens à leurs idoles. La vertu dans les commencements n'a besoin que de légères tentations pour tomber et se perdre ; et de là jugez, mes Frères, si vous devez vous relâcher dans un temps où vous êtes nouvtllement relevés, et où tout concourt à vous attaquer ; jugez si la saison des périls a jamais été plus féconde, et SI par conséquent vous avez raison de vous moins tenir sur vos gardes ; jutiez quel danger il y a pour vous de reprendre déjà les maximes du monde, qui vous avaient perdus et si vous êtes sages d'aller exposer une grâce si fragile, à tant d'ennemis qui veulent vous la faire perdre.
En quatrième lieu, ajoutez encore à toutes ces raisons, que l'Eglise dans ce temps fournissant moins de secours extérieurs et sensibles à la piété des fidèles que pendant le caiêine vous devez y suppléer par un redoublement de ferveur et de pénitence. Comme vous n'êtes point si bien défendus au dehors pendant ce temps de Pâques que vous l'étiez auparavant, vous devez y suppléer par un recueillement intérieur beaucoup plus parfait En etfet dans ces jours de mortification et de pénitence dont vous venez de sortir, il semble que la vertu était assez soutenue au dehors. Les assemblées fréquentes qui se faisaient
GRAND-rARïî:>rE.
abandonnés de Dieu , tout le reste se meltait en état de satisfaire; tout cola pouvait servir de soutien à une piété naissante. Mais dans le temps où nous allons entrer, la vertu ne trouve presque plus rien dans les dehors de la religion, qui l'aide, qui la réveille, qui la défende. Toute la beaiilé de la fille du roi est, pour ainsi dire, au dedans. L'Eglise, supposant que nous sommes devenus des hommes tout spirituels et célestt^s par la résurrection, fournit à notre piété moins de secours sensibles. Les jeûnes cessent , les prières publiques diminuent, les chaires chrétiennes se taisent, les cérémonies du culte sont plus unies et plus simples, les solennités finissent, la révolution des mystères s'accomplit, l'Kglise de la terre ressusciléeest une image de celle du ciel, où l'amour, l'adoration , l'action de grâces et le silence tiennent lieu d'hymnes et de cantiques, et forment toute sa religion et tout son culte.
Or, pour vous, qui êtes encore faible dans la foi, cette privation de secours sensibles, celte vie intérieure et parfaite a ses dangers. Il est à craindre que, ne trouvant plus autour de vous les appuis extérieurs de la piété, vous ne puissiez vous soutenir tout seul ; il est à craindre que la fin des abstinences ne soit pour vous un attrait d'intempérance et de volupté ; que l'éloignement des choses saintes ne vous jette dans l'oubli de Dieu ; que l'usage
aux temples ; les prières publiques qui se récitaient plus souvent ; les aumônes qu'on redoublait ; la loi du jeûne et des abstinences imposée k tous les chrétiens ; la longueur et la Siiinieté de l'oftice divin ; les plaisirs publics suspendus ; le vice même obligé de céder ou de ie cactier ; les exercices saints, les exhortations, les instructions plusieurs fois réitérées, la préilic tion de la parole, à laquelle, si vous en exceptez un petit nombre de pécheurs endurcis et rebelles, tout le reste du peuple assistait et où chacun trouvait un frein à ses passions ; tout cela était capable de donner du poids et de la foice à une vertu naissante. Mais, dans le temps où nous allons entrer, elle ne trouve plus rien au dehors qui la défende, qui la fortilie, qui la soutienne. Toute la beauté de cette fille du roi est au dedans. L'Eglise, supposant que ses enfants sont nouvellement ressu.icité?, et que, par cette giâce qu'ils viennent de recevoir, ils sont devenus tout spirituels, ne leur donne plus ces secours extérieurs qui les aifermissaient avant leur changement. Les jeûnes cessent, les prières publiques diminuent, les assemblées des fidèles sont plus rares, les chaires chrétiennes se taisent, les oftlces sont plus courts, les cérémonies de la religion sont plus simples, parce que l'Ëglise vous suppose forts, et qu'elle croit que vous n'avez plus besoin du lait des enfants.
Pour vous qui êtes encore faible, dont la conversion n'est pas encore assiz affermie , qui avez encore besoin de force et d'jppui, celle vie intérieure et parfaite a ses dangers pour vous; et il est bien à craindre que, dès que vous ne veillerez pas au deh.irs par tous les actes extérieurs que l'Eglise vous prescrivait, vous ne puissiez plus vous soutenir dans la giàce que vous «vej reçue ; il est bien à craindre que , cessant de
plus libre des plaisirs ne vous fraie le chemin au crime ; que la rareté des prières publiques ne vous désaccoutume d'élever votre cœur à Dieu ; que le silence des chaires chrétiennes ne vous endorme sur les vérités du salut ; en un mot, (|ue la sainte liberté de ce temps ne soit pour vous une occasion de rechute et de libertinage.
Et pour mieux vous développer cette vérité, (car on ne saurait trop vous faire entrer dans l'esprit de l'Eiilise sur l'ordre et sur la fin de ses solennités et de ses mystères , puisque c'est là toute la piété de cet exil et de notre pèlerinage), remarquez, je vous prie, mes Frères, que depuis la naissance du Sauveur, jusqu'à sa résurrection, et à l'effusion de son Esprit- Saint que nous attendons, l'Eglise vous a tenus sous ses ailes, pour ainsi dire, comme des petits qu'elle enfantait, et qu'elle voulait former à Jésus-Christ ; elle vous a fait croître successivement par la grâce de chatjtie myslèie ; elle ne vous a point perdus de vue, et vous a donné tous ses soins. Mais désormais les mystères de la résurreotiou et de l'effusion de l'Esprit-Saint accomplis, elle regarde son ouvrage comme achevé en vous; elle suppose que vous êtes des hommes célestes, remplis de tous les dons d'eu-haut, parvenus à la parfaite ressemblance de Jésus-Christ glorifié, et qui n'avez plus besoin des secours dont elle avait juscjue-là soutenu votre enfance. Elle vous
pratiquer le jeûne et les abstinences , vous ne réveilliez voire mollHsse et votre sensualité; il est bien à craindre que la râtelé des prières publiques ne vous jette dans le dégoût des cliosos du ciel, que l'interruption de la pénitence et de la morlilication ne vous fasse reprendre vos plaisirs et vos débauches , que le silence de la chaire chrétienne ne vous endorme dans vos crimes , dans votre lâcheté ; que la cessation de vos exercices de piélé et de ferveur qui vous soutenaient, ne soit pour vous une occasion de chute et de relâchement , et qu'enlin si vous abandonnez tous ces secours antérieurs, vous ne fassiez bientôt un triste naufrage.
Or, pour vous faire ici remarquer la conduite de rE;.'lise à votre égard, (car il est bon de vous faire entrer dans l'inlenlion qu'elle a sur ce mystère , puisque c'est \k où se réduit toute la piété chrétenne) , souvcnn/.-vous que l'Eglise, depuis quelle vous a pris dans son sein et associés au nombre de ses enfants, vous a fait croître en vertu par la grâce de chaque mystère qu'elle vous a représenté ; elle ne vous a point encore jusqu'ici perdus de vue. Mais maintenant le mystère de la résurrection étant accompli, elle vous laisse à vous-mêmes ; elle suppose que vous êtes en état de vous comporter selon la religion que vous professez, que vutre jeûne vous a fortifiés, que vos forces sont assez grandes, et que vous êtes en état de voler comme l'aigle. Or, je vous demande de bonne foi , dans nn temps où l'ouvrage de votre salut ne roule presque plus que sur vous-mêmes, et où l'Eglise vous laisse en éîat de vous défendre comme des soldais aguerris dans la milice de Jésus- Christ, pouvez-vous négliger votre salut, et vous relâcher de toutes les pratiques que la religion vous ordonne ? Ab ! c'est ici
SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES
lajsso à voiis-TTiomes ; elle ?e relire (1an> le secret (le son sanctuaire ; elle ne propose plus à votre ftiété que le mystère ineffable de l'unité de l'essence divine, et delà trinitcdes personnes, qui fait la seule occupation, tout le cujte, toute la religion des esprits célestes et des bienheureux dans le ciel ; elle croit que, menant désormais sur la terre une vie toute céleste, elle ne doit plus offrir à votre piété que le même objet que l'Eglise du ciel offre à ses élus, et qu'elle n'a plus qu'à vous ouvrir le sein de la gloire et le mystère ineffable de la Trinité, loin de vous suivre encore et de vous secourir, comme elle a fait jusqu'ici, au milieu des périls et des écueils qui sont sur la terre. Jugez si ces jours de perfection, de gloire, de vie céleste, de plénitude del'Esprit-Saint, pour des chrétiens, peuvent devenir des jours de relâchement et de licence , et si vous devez vivre selon les sens, dans un temps où l'Eglise suppose que votre vie est enfin toute cachée en Dieu avec Jésus-Christ.
Mais après tout, quand une vie molle, sensuelle, moins attentive, moins accompagnée de toutes les précautions et de toutes les violences de la piété, ne serait pas dangereuse après la sainte solennité, elle serait du moins injuste pour la plupart de vous, mes Frères , qui m'écoutez. Et certes, mes Frères, ces jours de pénitence dont nous venons de sortir, ontils assez exténué votre chair, pour vous donner droit à vous délasser de vos peines? Qu'avez-vous souffert durant ce temps consacré par l'Eglise à la mortification et aux souffrances de Jésus-Christ? En quoi l'a vez-vous distingué des autres tempsde l'année? Avez vous paru dans nos temples sous la cendre et sous le cilice? Avez-vous mêlé votre pain avec l'a-
mertume de vos larmes? A-t-on vu plus de prières, plus de retraite, plus d'austérité, ou du moins plus de régularité dans vos mœurs? Avez-vous seulement satisfait aux lois de l'Eglise, et fait gémir sons le devoir austère du jeûne, accompli dans toute son étendue, un corps que vous ne sauriez trop châtier? Ah! le juste, arrivé au bout de cette carrière, a droit d'essuyer ses larmes, de laver son visage, de parfumer sa tête, de se revêtir de ses vêtements de gloire et d'allégresse , de prendre part à la joie publique de l'Eglise, et de goûter avec elle les consolations sensibles de ce saint temps, lui qui, loin de se dispenser de la sévérité de ses lois, y a ajouté des rigueurs de surcroît. Mais vous qui , au lieu d'avoir été pénitent, avez été prévaricateur de la loi commune môme de la pénitence ; vous qui portez au mystère de la résurrection une chair aussi rebelle, des passions aussi vives et aussi entières qu'elles l'étaient avant ces jours de macération et d'abstinence ; ah ! loin de vous permettre aujourd'hui des délassements que vous n'avez pas mérités, vous devez vous mettre en état de réparer votre lâcheté passée, d'accomplir ce qui a manqué à votre pénitence, de changer ce temps de joie en un temps de deuil et de tristesse, et de commencer une carrière que vous n'avez pas encore fournie.
Et si vous souhaitez d'apprendre, avant que je finisse, en quoi consiste ce renouvellement qu'on vous demande, et quels sonten détail les moyens de conserver la grâce de la résurrection,— ce qui doit être le fruit de tout ce discours ; — je vous réponds que la grâce ne peut se conserver que par les mêmes voies par où on l'a recouvrée ; que les sentiments d'amour, de
que la plus petite négligence serait inexcusable, que la moindre chute serait la faute la plus grosse, que la moindre inlidélité serait le crime le moins pardonnable. Tout est e>seuliel dans une première démarche, et il n'y a rien de léger dans le commencement de la conversion.
Mais quand votre relâchement ne serait pas de conséquence, et que le repos que semble autoriser l'Eglise après ce tempsde pénitence , ne serait pomt dangereux pour tant d'autres justes, je dis qu'il l'est pour vous en particulier. Car les rigueurs et la pénitence de ce temps d'où vous êtes sortis, ont-elles assez expié tous vos crimes pour cesser si tôt de les pratiquer? Hélas ! comment avez-vous accomp i les préceptes du jeûne pendant le carême? N'avez-vous rien à vous reprocher là-dessus? Vous ètes-vous si fort mortifiés; avez-vous tant travaillé, tant combattu ; avez-vous tellement atténué votre chair, que vous croyiez être en droit de vous délasser de vos fatigues? Kn quoi l'avezvous distingué ce saint temps d'avec le reste de l'année? Vous a-t-on vus gémir sous le sac et le cilice ; vous coucher sur la cendre; déchirer votre corps; réduire vos sens en servitude;
Kîêler vos larmes avec votre breuvage, comme tant d'illustres pénitents? Avez-vous seulement satisfait aux lois de l'Eglise dans toute leur étendue? Ah ! les justes, au sortir de cette carrière , ont besoin de laver leur visage, de se revêtir d'habits de gloire, et de partager avec l'Eglise les consolations sensibles de ce saint temps, eux qui, aux obligations de la loi, ont ajouté des œuvres et des austéiiiés de surcroit. Mais vous qui, bien loin d'avoir observé les conseils, avez violé les préceptes; vous qui, loin d'enchérir sur les mortifications commandées, avez été dts transgresseurs de la pénitence ; vous qui, loin de vdus retrancher les plaisirs, avez porté vos passions aussi vives et aussi furieuses que dans un autre temps, au lieu d'aspirer au délassement d'une vie pénible que vous n'avez point menée, vous devez vous mettre en état de réparer, par le recueillement et un redoublement de ferveur, ce qui a manqué à votre pénitence.
Que si vous voulez apprendre en quoi consiste ce renouvellement de ferveur, ce recueillement intérieur, nécessaire pour conserver la grâce que vous avez reçue dans les sacrements,
GRAND-CARÊME
componction, qui l'ont attirée dans voire âme, seuls peuvent l'y entretenir; et qu'il en est de rtiomme spirituel comme de l'homme terrestre, c'est-à-dire que sa conversation n'a rien qui ne ressemble à sa première formation. Or, je vous demande, comment vous y êles-vous pris, en ces jours solennels, pour reco'ivrer la grâce de la sanctiQcation, s'il est vrai que vous l'ayez recouvrée? Quelles sont les voies par où vous êtes arrivé à cet état heureux? les larmes, la componction, une vive horreur de vos fautes, un éloiguement infini des occasions qui vous avaient séduit, une conviction sincère de votre faiblesse et du besoin que vous aviez de prière et de vigilance, un dégoût véritable du monde et de ses plaisirs, un goût de Dieu et de tous les devoirs de la piété, une crainte effective de mourir enfin dans votre péché. Eh bien, mon cher auditeur, voilà le plan de vos devoirs jusqu'à la fin. Suivez toujours ces routes heureuses, qui vous ont conduit à votre délivrance ; voilà votre voie. Souvenez-vous que votre propre corruption combattant sans cesse en vous la grâce de la sainteté, il faut faire les mêmes efforts pour la conserver, que vous avez faits pour la recouvrer; et qu'ainsi vous relâcher, c'est tout perdre, et risquer tout le fruit de vos travaux passés.
Voilà, mes Frères, les motifs et les moyens de persévérance que nous fournil aujourd'hui la résurrection d;.' Jésus-Christ. Soutirez donc, mes Frères, que je finisse ce discours, cette carrière sainte , et l'Ouvrage de mon ministère *, en vous adressant les mêmes paroles que l'Apôtre adressait autrefois aux fidèles nouvellement convertis à la foi. Mes Frères , leur disait-il, demeurez donc fermes et ne vous rengagez plus sous le joug de la dure servitude dont la grâce de Jt3sus-Christ vient de vous délivrer : State, et nolite Uerum jugo servittitis contineri *. Tout ce que vous venez de souffrir pour purifier votre conscience, pour en éclaircir les abîmes au tribunal sacn ces larmes, celte honte, ces aveux qui ont tant coûté à votre faiblesse, ces déchirements du cœur; tout cela, l'auriez-vous soutfert eu vain : Tanta passi estis sine causa ' ? N'allez donc plus reprendre des chaînes dont vous n'avez pu vous-même soutenir la pesanteur ; ne fait'^s plus renaître au milieu de votre cœur ce ver dévorant, que vous n'avez jamais pu calmer ; ne rentrez plus dans ces voies amères de l'iniquité, que vous avez trouvées vousmême si tristes et si difficiles : State, et ?w-
' Ces mots tnoutrent qu'évidemineal ce sermon fut prononcé n la fin d'une station quadragésimale.
» Galat,, V, 1. — » /Wrf.,111, 4.
je n'ai qu'à vous dire qu'on ne peut la conserver, cette grâce reçue, que par les mêmes moyens qu'on a employés pour la recevoir , et qu'il en est de l'homme spirituel cotnme de riiomiiic terrestre ; c'est-à-dire que sa conservation n'a rien que de sembl^iblc à sa première formation. Or je vous demande : Comment vous ètes-vous pris à la recouvrer cette grâce perdue? I-es larmes ont coulé en abondance de vos jeux ; le regret a saisi votre cœur ; une conviciion réelle de vos faib'esfcs, un éloiguement infini de toutes les occasions qui vous avaient perdu, «n vrai dégoût du monde et de ses plaisirs, un renoncemt nt entier à vous-même et à vos biens temporels, une crainte effective de mourir dans vos péchés, un repentir cuisant d'avoir offensé voire Dieu, une douleur sincère de vous être séparé de lui, un attachement ferme à son service : voilà «ussi le plan que vous devez suivre pour la conserver. Ne vous lassez jamais de marchrr dans ces mêmes voies • suivez toujours ces routes heureuses qui ont pu vous conduire à un ternie si heureux. Souvenez-vous que votre conversion est attachée à une fidélité constante ; n'oubliez pas que vous avez besoin d'autant de ferveur el de bonnes œuvres pour conserver cette grâce, que pour la recouvrer, quand vous l'avez perdue ; el que c'est risquer de la perdre, que de l'exposer au milieu de tant de périls. Knfin je n'aurais qu'à vous dire qu'il ne faut pas plus de ferveur, de précautions, de soins, de vigilance, de recueil emcnl pour vous pré-^ervcr du pé>bé, qu'il en faut pour vous soutenir dans la grâce ; que iaisser les plaies de votre cœur à demi fermées, c'est vdus exposer à périr, el que compter sur une confession, sur une grâce reçue dans les sa<remeiits, sans travailler à persévérer dans celle grâce, c'est ne point vouloir effectivement se convertir.
Voilà, mes Frères, les motifs et le modèle de votre persévérance dans la grâce , renfermés dans la résurrection de Jésus-Christ. Souffrez donc maintenant que je finisse en vous adressant ces heibs paroles que l'Apôtre adressait autrefois à des peuples nouvellement convertis : Mes Frères, démeniez fermes dans la grâce q:e vous avez reçue, el ne vous engagez plus sous la dure servitude du démon, sous laquelle vous avez si longtemps gémi : State, et nolite iierumjurjo ser-vitutis con' tiuei-i. Eloignez de votre cœur tout ce qui peut vous a Hacher à la terre ; réprimez les abus de votre conscience pour y enfanter les saintes maximes de Jésus-Christ ; renoncez à tous ces amours profanes, à toutes ces injustices ; rompez tous ces commerces ; quittez toutes ces compagnies ; méprisez tous CCS amusements, ces plaisirs, ces honnems, ces faux biens que le inonde vous offre. Les larmes que vous avez ré|>andue8 aux pieds du tribunal, les mortifications, les jeiînes, les violences que vous avez essuyées, tout cela a coiité à votre f.ijblesse ; auriez-vous tant souffert, et vous seriez-vous fait tant de violence en vain : Tanta passi estis sine causa. iNe vous trouvez -vous plus à certaines parties de jeu et de bonne chère, ne courez-vous plus à ces spectacles, à ces diverti»» semenfs qui ne peuvent jamais vous satisfaire : State, et nolite iterum jugo servitutis contineri? Comparez l'état heureux et tranquille où vous a mis la grâce des sacrements, avec celui où vous éliez avant voire conversion. Comparez cette paix présente de votre cœur qui vous dil que Jésus-Christ y habite, avec les troubles et les inquiétudes passées de votre conscience déchirée par la vue de vos crimes. Dites-nous, âmes justes, vos passions ne sont-elles pas apaisées, vos troubles ne soin ils pas calmés? Ne revoyez-vous pas avec un saint plaisir ceautels, où s'immole pour vous cbaquejour l'Agneau saustacbe?
SECOND SERMON POUR LE JOUR DE PAQUES
lite iterum jugo servitutis contineri. Comparez l'état où la grâce des sacrements vient de vous établir, à celui où vous étiez avant que d'en approcher. Ne sentez-vous pas une joie secrète au fond de la conscience , une douceur, une i)aix, que le monde et les passions ne vous ava'ent jamais donnée? Vos troubles ne sont-ils pas calmés, vos remords, ai)aisés ? Ne revoyez-vous pas avec plus de plaisir ce temple, ces autels, tous ces spectacles pompeux que l'Eglise étale aujourd'hui à vos yeux? N'entendez-vous pas ses chants d'allégresse, et son innocente harmonie , comme un prélude du cantique éternel de la céleste Sion? N'écoutez-vous pas la parole du salut qu'on vous annonce , avec une consolation sensible, au lieu qu'elle était auparavant pour vous un glaive perçant, qui portait l'effroi et la douleur jusqu'au fond de votre âme ? Rappelez vos jours de dissolutions et de ténèbres: ont-ils rien de comparable à ce que vous sentez aujourd'hui ? N'est-ce pas ici véritablement pour vous, ce jour, ce grand jour que le Seigneur a fait; et en avez-vous jamais vu dans la région de la mort, dont vous venez de sortir, de si serein, de si heureux et de si auguste? Demeurez donc fermes dans les voies du Seigneur, où vous venez d'entrer ; et ne vous lassez jamais d'un joug, qui fait le bonheur et toute la consolation de ceux qui le [)ortent : State, et nolite iterum jugo servitulis contineri. Vous êtes devenus des enfants de lumière ; soutenez cet heureux titre. Vous venez d'être faits héritiers du ciel ; méprisez avec une sainte fierté tout ce qui est au-dessous d'une si magnifique espérance. Vous voilà devenus la victoire de Jésus Christ, le fruit de sa mort et le trophée de sa résurrection ; ne diminuez pas la gloire de son
N'êtes-vous pas charmés de ces cérémonies augustes , que l'Eglise vous offre dans ses solennités? N'entounez-vous pas volontiers ses chants d'allégresse comme des cantiques de Sion? N'écoutez-vous pas maintenant avec joie cette divine parole, au lieu qu'avant votre conversion vous la regardiez comme un glaive tranchant qui vous allait percer le cœur au milieu de vos plus grandes délices? Repassez tout le temps de vos cnmes dans l'ameitume de voire cœur, et dites-nous si vous y goûtiez rien de comparable à ce que vous sentez aujourd'hui dans l'état de la grâce, et si ce jour n'est point le jour heureux que le Seigneur a fait pour nous et auquel nous devons nous réjouir avec toute l'Eglise. Ne vous lassez donc point de travailler à conserver celle faveur; soutenez-vous, et ne vous laissez pas séduire par les objets enchanteurs qui vous environnent : Slute, et nolite iterum jugo servitutis contineri. Vous è'es devenus les héritiers du ciel par cette résurrection ; méprisez donc tout ce qui pourrait vous retenir à la terre et vous faire déchoir de cette espérance. Vous êtes
triomphe , en vous rengageant encore sous la servitude dure et honteuse de son ennemi : State, et nolite iterum jugo servitutis contineri. Que dirai-je de plus, mes Frères? Les anges qui environnent le trône de l'Agneau dans le ciel, et vos frères, qui vous ont précédés avec le signe de la foi ; les saints protecteurs de cette monarchie, qui ont annoncé Jésus-Christ à nos pères, vous regardent avec joie du haut de la demeure céleste ; ils célèbrent dans le séjour de l'immortalité votre délivrance, votre heureux retour à la grâce, et votre réunion avec eux et avec toute l'Eglise du ciel ; ils chantent aux pieds du trône le cantique de louange et d'action de grâce. Voudriez-vous fermer encore les cieux sur vous, vous séparer encore de la charité des citoyens de la Jérusalem céleste, et rompre des liens si heureux et si désirables pour vous? Demeurez donc fermes; et ne passez plus de la sainte liberté des enfants de Dieu à l'esclavage affreux du démon et du péché : State, et nolite iterum jugo servitutis coutineri. Que puis-je vous dire enfin ? Vous avez même réjoui les anges de la terre, les ministres de l'Eglise, qui ont été les témoins de vos larmes, de vos soupirs, de la douleur de votre confession, de la sincérité de votre pénitence ; ils vous ont appliqué avec joie le sang de l'Agneau, et le remède de vos souillures; ils vous ont réconciliés avec l'autel, et avec le Dieu qu'on y adore ; ils vous ont donné le baiser de paix ; ils vous regardent comme leur ouvrage en Jésus -Christ, comme des enfants de la foi qu'ils viennent d'enfanter et de former pour le ciel par leurs prières, par leurs gémissements , et par les douleurs les plus vives du zèle sacerdotal. Voudriez -vous remplir leur cœur d'amertume, par une indigne apostasie; les obliger
devenus les enfants de Jésus-Christ ; soutenez donc par votre attachement à ses ordres cette glorieuse qualité. Vous êtes ceux pour qui il a voulu triompher de la mort ; ne rendez donc pas inutile l'honneur de sou triomphe, en vous livrant à la mort, sitôt qu'il vous en a délivrés : State, et nolite iterum jugo servitulis contineri. Que vous dirai-je encore , mes Frères? Vous avez réjoui par votre conversion les anges du ciel ; consolez encore les anges de la terre ; consolez les ministres qui ont été les témoins de votre douleur, les dépositaires du secret de vos confessions ; ils ont reçu vos soupirs, essuyé vos larmes ; ils vous ont aplani les voies de la pénitence; ils vous ont lavés de vos souillures, et purifiés de vos péchés ; ils vous ont donné le baiser de paix ; ils vous ont rerais en grâce avec votre Dieu et réconciliés avec le juge irrité contre vous ; ils vous regardent comme ues enfants de Sion ; ils vous conduisent par leurs sages conseils ; ils intercèdent pour vous par leurs larmes ; ils offrent en votre laveur de continuels sacrifices; ils lâchent d'affermir votre conversion
414 GRAND-CARÉiME.
de gémir encore entre le vestibule et l'autel, nitence, inutiles : State, et nolitc iterumjugo
de demander à Dieu contre vous la vengeance senitutis contweri. Conservez le trésor que
de son sang profané ; et an lieu que vous êtes vous venez de recevoir, juscju'au jour du Sei-
leur couronne, leur joie et leur consolation, gneur, afin (|ue vous puissiez le lui présenter
devenir la plaie la plus douloureuse de leur à la lésurreclion générale, comme le gage et
cœur'? Ne rendez donc pas, mes Frères, les le prix de la bienheureuse inîmortalité. Ainsi
soins de leur zèle et les travaux de voire pé- soit-il.
commencée, par les prières les plus vives '. Ah ! voudriez-vous Christ vengeance de son sang foulé aux pieds, de ses mérites détruire par vos relichemeuls ce qu'ils s'effurcenl d'àlablir par méprisés, de ses sacrements profanés, de ses grâces rejetées î leur zèle ? Auriez-vous assez de dureté, et pour vous et pour lis vous assurent des prume>ses que voire Dieu vous faites, d'acenx,. pour rendre leurs efforts inutiles, et les obliger, après corder à votre fidélité un bonheur éternel. Que ne vous reuavoir demandé miséricorde pour vous, à demander à Jésus- dez-vous dignes de ces heureuses promesses par une fidèle
persévérance dans la grâce de votre résurrection, puisque c'est l'unique moyen d'obtenir la couronne que le Seigneur a pro- • Touchante allusion de l'orateur k ton pieux ministère de zèle et mise à celui qui aura persévéré jusqu'à la fin ? Je vous la de convertion durant le Carême. SOUhaile.