PREMIÈRE PARTIE
Je ne crains point de convenir que les miséricordes de Dieu soiil toujours plud abunddiites que la malice du péchi-ur, el i|ue sa boiilu pcul foiiruii ù tous les pécheurs de legitiuii.â motifs de coulluucc. La docliine ijuc Jésus-Clirisl doil vous enseigner ici, est asscr. terrible sans y ajouter de nouvelles terreurs, en ne nionlraul qu'à demi les consolatioBS qui pourraient l'adoucir ;,«l si j'avais besoin de méuagemcul, ce serait en n'expo-
sant pas tant ce qui pourrait étonner les consciences, que ce qui pourrait les consoler.
Aussi l'Eiriture nous représente-t-elle partout le Seigneur sous des idées consolantes : tantôt comme un Maître doux et patient qui attend, qui dissimule les fautes qui se font, qui pré- (éie les mtérèts de son serviteur aux siens propres, qui souffre tout sans se plaindre, qui ne se (irévaut point de son pouvoir absolu , qui menace pour être désarmé , tantôt c'est un ^mi tendre qui ne se lasse point de parler au cœur pour le toucher,
LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE
un pasteur infatigable qui cherche à travers les montagnes mêmes ses brebis égarées; qui, les ayant trouvées, les met sur ses épaules, et en est si transporté de joie, qu'il veut même que l'harmonie céleste célèbre leur heureux retour. Certes, mes Frères, il faut l'avouer, on ne peut rien ajouter à la douceur et à la consolation de ces images; et tout pécheur qui désespère après cela, ou même qui se décourage , est le plus insensé de tous les hommes. Mais ne concluez pas de là que le pécheur qui présume soit moins insensé, et que la miséricorde du Seigneur puisse être un légitime fondement de confiance à ceux qui désirent sans cesse leur conversion, et qui, sans travailler à ce grand ouvrage, se promettent tout d'une bonté que leur confiance toute seule outrage. Pour vous en convaincre avant que d'entrer dans le fond de mon sujet, remarquez, je vous prie, que parmi cette foule innombrable de pécheurs de toutes les sortes dont le monde est plein , il n'en est aucun qui n'espère de se convertir; aucun qui se regarde par avance comme un enfant décolère destiné à périr; aucun qui ne se flatte que le Seigneur jettera enfin sur lui des regards de miséricorde. L'impudique , l'ambitieux, le mondain, le vindicatif, l'injuste, tous espèrent , et cependant nul ne se repent. Or, je veux vous prouver aujourd'hui que cette disposition de fausse confiance est la plus insensée où puisse être la créature. Suivez, je vous prie, mes raisons; elles paraissent dignes de votre attention.
En effet, quand je n'aurais à faire sentir la
folie de la fausse confiance que par l'incertitude oii est de son salut un pécheur qui a perdu la grâce sanctifiante , il ne faudrait pas d'autre raison pour justifier ma première proposition, îlt lorsque je parle de l'incertitude de son salut, vous comprenez bien qu'il ne s'agit pas ici de cette incertitude commune à tous les fidèles, qui fait que nul ne peut savoir s'il est digne d'amour ou de haine; s'il persévérera jusqu'à la fin, ou s'il tombera pour ne plus se relever : terrible sujet de frayeur, même pour les plus justes! Je parle d'une incertitude plus affreuse, puisqu'elle ne suppose pas, dans le pécheur dont il s'agit, un état douteux de justice, et des frayeurs chrétiennes sur des chutes à venir ; mais qu'elle est fondée sur un état certain de péché, et sur un repentir dont personne ne peut lui répondre.
Or, je dis que présumer en cet état est le comble de la folie. Car convenez-en, mon cher auditeur, pécheur invétéré comme vous êtes, croupissant , comme vous faites, tranquillement dans des passions injustes , au milieu même des solennités de la religion et de toutes les terreurs de la parole sainte, sur cet espoir insensé qu'un jour enfin vous sortirez de cet état déplorable; vous ne sauriez nier qu'il est douteux du moins si vous vous relèverez, ou si vous demeurerez jusqu'à la fin dans votre péché. Je veux que vous soyez plein de bons désirs ; vous n'ignorez pas que les désirs ne convertissent personne, et que les plus grands pécheurs sont quelquefois ceux qui désirent plus leur conversion. Or,
qui nous presse, qui nous sollicite, et qui emploie raille tours ingénieux pour ramener un cœur rebelle dans la voie du salut; tantôt c'est un pasteur infatigable qui, ayant égaré une de ses brebis, va de toutes parts la chercher ; qui, l'ayant trouvée, la met par bonté sur ses épaules pour la rapporter au troupeau , et qui veut que toute la cour des anges célèbre cet heureux retour, avec tous les charmes de l'harmonie céleste. Certes une âme pécheresse doit bien être animée à la vue de ces consolantes images de la miséricorde de son Dieu , et l'on a bien raison de dire que le pécheur qui après cela se désespère, est le plus insensé de tous les hommes. Mais ne concluez pas de là que le pécheur qui remet toujours à l'avenir sa conversion, par une téméraire confiance, soit moins insensé, et que la miséricorde de Dieu soit un sujet de confiance pour ceux qui ne font rien de leur côté. Remarquez que parmi cette foule de pécheurs qui ont celte fausse confiance, il n'en est pas un qui n'espère de se sauver au temps même que le Seigneur les regarde comme des enfants de perdition , qui ne se sauveront jamais à moins qu'il ne jette quelque regard de miséricorde sur eux. L'envieux, l'impudique, le vin licatif, l'ambitieux, nul ne dése.^père de son salut, et nul ne travaille à ce grand ouvrage. Or je vais vous montrer que de toutes les illusions c'ist la plus insensée.
Mass. — ■ Tome IL
Quand je n'aurais à vous faire sentir la folie de la fausse confiance que par l'incertitude où est le pécheur qui a perdu la grûce sanctifiante, je ne voudrais point d'autre raison pour justifier ma première proposition. Et quand je parle de l'incertitude du salut, j'entends cette incertitude commune à tous les fidèles qui ne savent s'ils sont justes ou pécheurs devant Dieu, dignes d'amour ou de haine, s'ils tomberont ou s'ils se relèveront après être tombés : motif pressant de terreur pour tous , ol inêfi:e les plus justes ! Il s'agit ici d'une incertitude bien plus terrible encore, parce que, comme l'autre, ce n'est point sur une chute k venir, mais sur une chute présente qu'elle est fondée.
Or, je dis que présumer de son salut dans cet état, c'est le comble de la folie. Car, dites moi, pécheur invétéré, croupissant dans le crime au milieu des vérités de la religion, et insensible aux saintes terreurs qu'elle vous expose , sur quoi pouvez-vous vous flatter que vous sortirez de cet état funeste? Pour moi, je dis qu'il est bien douteux si vous vous convertirez à la mort, ou si vous mourrez dans votre péché ; car vous devez savoir que les désirs ne convertissent personne ; mais quand votre doute serait ici raisonnable, que vous douteriez en quel état vous mourrez, quoique vous viviez pécheur, serait-il raisonnable de demeurer sur ce doute dans un
GRAND-CARÉME.
quand le doute ne serait ici qu'éjjjal, seriez-vous raisonnable d'être tranquille? Quoi ! d;ins l'incerlilude affreuse si vous mourrez dans \otre désordre, ou si Dieu vous en retirera; flottant, pour ainsi dire , entre le ciel et l'enfer ; balancé entre ces deux destinées, vous seriez tranquille sur la décision? L'espérance est le parti le plus doux et le plus flatteur ; et cela suffirait pour vous faire pencher de son côté? Ah! mon cher auditeur, quand il n'y aurait pas plus de raison de craindre que d'espérer, vous ne seriez pas sage de vivre dans ce calme profond.
Mais vous n'en êtes pas là ; il s'en faut bien que les choses ne soient égales ; dans ce doute affreux que peut se former à soi-même tout pécheur : a Mourrai-je dans mon péché , dans le péché dans leijuel je vis actuellement et depuis si longtemps? n'y mourrai-je point? » le premier parti est infiniment plus certain. Car, premièrement , vos propres forces ne suffisent pas pour recouvrer la sainteté que vous avez perdue : il vous faut un secours étranger, surnaturel, céleste, dont personne ne peut vous répondre ; au lieu que vous n'avez besoin que de vous-même pour demeurer dans votre péché; vous n'avez rien dans le fond de votre nature qui puisse ressusciter la grâce perdue , nulle semence de salut , nul principe de vie spirituelle; et vous portez au milieu de votre cœur une source funeste de corruption, qui tous les jours peut produire de nouveaux fruits de mort : il est donc plus certain que vous mourrez dans votre crime , qu'il ne l'est (jue vous vous convertirez. Secondement, non-seule-
ment il faut un secours étranger et divin, mais encore il faut un secours singulier, rare, refusé presqu'à tous les pécheurs, un miracle pour vous convertir ; car la conversion du pécheur est un des plus grands prodiges de la grâce , et vous savez vous-même que les exemples en sont très-rares dans le monde : quelque âme heureuse de temps en temps que Dieu retire du dérèglement ; mais ce sont des coups qui se font remarquer, et qui sortent de l'ordre commun, au lieu qu'il n'y a qu'à laisser aller les choses leur cours naturel, et vous mourrez tel que vous êtes; Dieu n'a qu'à suivre ses lois ordinaires, et votre perte est certaine : la possibilité de votre salut n'est fondée que sur un coup singulier de sa puissance et de sa miséricorde ; la certitude de votre damnation a pour fondement la plus commune de toutes les règles. En un mot, que vous périssiez, c'est le destin ordinaire des pécheurs qui vous ressemblent ; que vous vous convertissiez , c'est une singularité qui a peu d'exemples. Troisièmement, pour ne jamais sortir de l'état où vous êtes , vous n'avez qu'à suivre vos penchants , vous prêter à vous-même, vous laisser entraîner mollement au courant; vous n'avez besoin pour cela ni d'effort ni de violence. Mais pour revenir, ah ! il faut rompre des inclinations que le temps a fortifiées, vous haïr, vous combattre, vous roidir contre vous-même, vous arracher aux objets les plus chers, briser les liens les plus tendres, faire des efforts héroïques, vous qui n'en pouvez faire des plus communs. Or je vous demande, en matière d'avenir et d'événements incertains, au-
état malheureux d'où vous ne pourrez jamais sortir de vousmême , si une grâce toute extraordinaire ne vous en retire ? Toujours balançant entre l'espérance et la crainte, flottant entre deux partis, attendant une décision sur votre destinée, pouvez-vous quitter le parti le plus sûr, qui est de sortir de l'état où vous ne voudriez pas mourir ? Quand il n'y aurait pas pour vous plus de sujet de craindre que d'esi^érer, seriez-vous s^ge de demeurer dans le calme ?
Mais il s'en faut bien que les choses ne soient égales pour vous ; vous avez infiuiment à craindre et très-peu à espérer ; tout ce qui peut vous faire souvenir de ces deux propositions si contraires : « Mourrai-je dans le péclié ; n'y iiiourrai-je pas? M doit vuuj troubler et vous faiie prendre le parti le plus sûr. Ah ! ce premier parti est bien plus certain pour un homme qui vit dans le péché; car vous le savez, mes Frères, que vos propres forces ne sufQsent point pour vous faire sortir du péché : il vous faut un secours divin extraordinaire dont personne ne peut se flatter ; au lieu que vous n'avez besoin que de vous-mêmes pour demeurer dans votre péctié ; il n'est personne qui puisse espérer, ^ans une giâce spéciale du ciel, de recevoir une semence d'iininorlalité au milieu d'une source de corruption que le pécheur porte tous l«i jours avec loi. Non-seulement pour sortir du péché où
l'on croupit depuis longtemps, il faut un secours divin et extraordinaire ; mais un remède prodigieux, ou plutôt un miracle de miséricorde ; car la conversion du pécheur endurci est un dt',8 plus grands miracles de la grâce. Vous savez bien qu'il en est quelques-uns qui trouvent grâce après avoir beaucoup péché, et qui font une véritable conversion ; mais ce sont là des coups éclatants qui se font remarquer par leur singularité , au lieu que Dieu n'a qu'à laisser aller les choses comme elles sont, pour que vous mouriez dans vos désordres. Eu un mot, que vous périssiez après une vie criminelle, c'est la destinée commune de tous les pécheurs qui vous ressemblent ; mais que vous vous sauviez après tant de délais et de remises, c'est un miracle tout divin dont on n'a presque point d'exemple. D'ailleurs, pour demeurer et mourir dan> votre péché, vous n'avez qu'à suivre voire seul penchant ; vous n'avez qu'à vous laisser emporter au cours de votre nature, au torrent des passions qui vous cntraiiieut ; vous n'avez besoin ni de combats, ni de violences pour vous perdie. Mais pour vous convenir, il faut changer de vie, combattre sans cesse contre vous-mêmes, vaincre vos passions qui vous veulent maîtriser, vous arracher aux plaisirs les plus permis, mourir aux objets les plus chers, faire dans la vertu les efl'orts les plus héroïques pour vous soutenir quand vous y êtes entrés. Voici une vérité que je
LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE
gure-t-on jamais en faveur de ceux qui ont plus d'obstacles à surmonter, et plus de difficultés à combaitre? Le plus aisé ne paraît-il pas toujours le plus assuré? Adoucissez, tant qu'il vous plaira, cette vérité dans votre esprit ; envisagez-la dans les jours les plus favorables; celte proposition sur votre destinée éternelle est la plus incontestable de la morale chrétienne: « Il est sans comparaison plus certain que je ne me convertirai jamais et que je mourrai dans mon péché, qu'il ne l'est que le Seigneur m'en retirera et me fera enfin miséricorde » . Voilà où vous en êtes ; et si dans cette situation vous pouvez être tranquille et vous flatter encore , votre sécurité m'épouvante , mon cher auditeur.
Mais je vais plus loin, et je vous prie de m'écouter. Le pécheur qui se promet sa conversion sans travailler à se corriger, non-seulement présume dans une incertitude afTreuse, et où tout paraît conclure contre lui ; mais encore il présume malgré la certitude morale où la foi nous apprend qu'il est de sa perte. En voici les preuves : premièrement, vous attendez que Dieu vous convertisse ; mais comment l'attendez-vous? en mettant toujours de nouveaux obstacles à sa grâce, en resserrant vos chaînes, en aggravant votre joug, en multipliant vos crimes, en négligeant toutes les occasions de salut que ses solennités, ses mystères, les terreurs mêmes de sa parole vous offrent; en demeurant toujours dans les mêmes périls ; en ne changeant rien à vos mœurs, à vos plaisirs, à vos liaisons, à tout ce qui nourrit dans votre cœur la passion fatale dont vous espérez que la grâce vous délivrera. Eh quoi ! les vierges folles sont rejetées seulement parce
qu'elles ont attendu l'Époux sans ferveur, sans vigilance, sans empressement ; et vous, âme infidèle, qui l'attendez en comblant la mesure de vos crimes, vous osez vous flatter que vous serez traitée plus favorablement?
Secondement, la grâce n'est accordée qu'aux larmes, aux instances, aux désirs ; elle veut être longtemps demandée. Or, priez-vous; du moins sollicitez-vous ? imitez-vous l'importunité de la veuve de l'Evangile? Travaillezvous à l'attirer cette grâce, par l'aumône et par des œuvres déjà chrétiennes, comme Corneille le gentil? Dites- vous tous les jours au Seigneur avec le Prophète : « Seigneur, convertissez-moi ; tirez-moi de la boue, de peur que je ne m'y enfonce pour toujours ' ». Ah I vous lui dites : « Seigneur, vous me convertirez ; j'ai beau me défendre contre vous ; vous briserez enfin mes chaînes ; vous changerez enfin mon cœur, quelle qu'en puisse être la corruption ». Insensé ! quoi de plus propre à éloigner un bienfait , que la témérité qui l'exige, et qui fait qu'on ose y prétendre dans le temps même qu'on s'en rend le plus indigne 1 Nouvelle raison encore contre vous; la grâce est réservée aux humbles, à ceux qui se défient, qui craignent qu'on ne leur refuse ce qu'on ne leur doit pas ; c'est sur ces âmes que l'Esprit de Dieu se repose et se plaît à opérer de grandes choses, au lieu qu'il méprise les pécheurs présomptueux, et qu'il ne les regarde jamais que de loin : A longe cognoscit ^.
Troisièmement, la grâce de conversion que vous attendez avec tant de confiance, est le
' Ps. LVIII, 15 2 Ps. CXXXVII, 6.
vous prie de bien envisager dans son jour le plus favorable, afin qu'elle fasse sur votre cœur tout l'effet qu'on peut espérer ; la voici : « Si je désire ma conversion à la mort, il est ialiniment plus certain que je mourrai dans mon péché , que si je commence dès à présent à y travailler ; au lieu que à je travaille à l'opérer, il est plus cerlaiu que je mourrai dans la grâce, parce qu'il me faut bien moins de secours qu'il ne m'en faudrait, si je diffère davantage ».
Mais je vais encore plus loin. iNun-seulement le pécheur qui présume de sa conversion, en la différant toujours, tombe dans une incertitude affreuse, où tout est contre lui; mais dans une certitude manifeste, où la foi même nous apprend qu'il est assuré de sa perte. Car vous attendez que Dieu vous convertisse ; mais comment l'attendez-vous? en multipliant vos crimes, en négligeant tous les mojens de salut que ses mystères, ses sacrements et sa parole vous offrent, en ne changeant rien à la corruption de voire vie, au dérèglement de vos mœurs ; comment donc vous abuser ainsi sur vos désordres, en attendant que la grâce seule vous en délivre sans y apporter aucun soin de votre part ? Ah ! les vierges folles furent
trouvées indignes de demeurer dans la salle du festin pour avoir attendu l'Epoux sans vigilance, sans attention, sans huile dans leurs lampes; et vous osez témérairement espérer que vous serez traité plus favorablement, ayant moins de vigilance qu'elles ?
La grâce que vous attendez au milieu de vos désordres est le fruit des larmes, des soupirs et des violences qu'on se fait ; elle veut être longtemps demandée , désirée, recherchée. Or la demandez-vous sans cesse ? Sollicitez-vous le Seigneur de vous l'accorder ? Faites-vous votre possible pour l'attirer sur vous ? imitez- vous la persévérance de cette veuve de l'Evangile qui ne se rebute point, et qui continue toujours à demander jusqu'à ce qu'elle ait obtenu l'effet de sa demande ? Dites-vous avec le Prophète : « Ah ! Seigneur, brisez mes chaînes dans lesquelles je gémis depuis si longtemps ; tirezmoi de la boue du péché, afin que je n'y demeure pas enfoncé ; sauvez mon â i.e des mains de ses ennemis, fortifiez-la contre ces objets, ces passions, qui la combattent sans cesse, eripe me de luto ut non infignr , libéra me ab us qui oderunt me, et de profundis aquarum. » ? Vous lui dites
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(;kam»-cahéme.
plus grand de tous les dons, vous le savez. Opendant il n'est guère de pécheur «|ui en soit plus indigne (|ue vous, vous le savez encore mieux : indigne par le caractère de vos désordres dont vous seul connaissez la honte et l'énonnité; indigne |)ar les lumières et les inspirations dont vous avez cent fois abusé ; indigne par les grâces des mystères et des vérités que vous avez toujours négligées; indigne par la suite même de. vos inclinations naturelles que le ciel en naissant vous avait formées si heureuses et si dociles à la vertu, et dont vous avez fait de si tristes ressources de vice; indigne par les dérisions injusies que vous avez faites de la piété, ainsi que par ces désirs impies et injurieux à la vérité de Dieu, qui vous ont fait souhaiter mille fois que tout ce qu'on nous ditd'un avenir tussent des fables; indigne enfin par celte profonde sécurité où vous vivez, qui devant Dieu est le pire de tous vos crimes. Or, je ne vous demande ici que de l'équité : si un seul pécheur devait être exclu de la grâce de conversion que vous attendez, vous auriez lieu de craindre que l'exclusion ne tombât sur vous, et que vous ne fussiez cet enfant unique de maléJictiun séparé comme un analhèuie de tous ses frères. Mais si presque tous sont privés de ce bienfait, eh! mon cherauditeur, devez-vous le compter comme assuré pour vous-même; et qu'avezvous qui vous distingue des autres, qu'une
plutôt avec uue téméraire confiance : « Seigneur, j'espère que vous me convertirez, qu'un jour viendra que vous romprez mes funestes liens, que vous me (lélcndrcz contre les ennemis de mon salut, et que vous me retirerez de l'abiinc où je suis, par vos grandes u.iséricordes ». Insensé que vous èios! est-ce là demander à Dieu votre conversion ; et ignoiez-vous qu'il n'y a rien de plus propre à éloigner de vuus les bienfaits et les grâces du Seigneur, que la témérité avec laquelle ou les attend?
Savez-YOus encore que la grâce de conversion que vous attendez à la mort, est la plus extraordinaire des grâces? lit cependant vous voulez avoir droit de l'allendrc , vous qui vous en êtes rendu le plus indigue : indigne par ce caractère d'endurcissement dont vous seul connaissez toute l'énormilé ; indigne par les lumières et les inspirations du ciel dont vousavtz mille fois abusé; indigne par le fruit de la sainte parole, des mystères et des instructions que vous avez négli^'é; indigne par les inclinations heureuse-; que le ciel vous aviiil données , dunt vous avez toujours fait un si mauvais usage ; indigne par la fausse sécurité que vous vous èics faite , et qui est le pire de tous vos crimes. Je vous demande s'il y avait un seul pécheur qui dût allend-^e de Dieu la grâce de sa conversion , lerail-ce un pécheur de votre caractère; et s'il y avait à craindre pour un seul pécheur, ne devriez-vous pas appréhender que la malédiction du ciel ne tombât sur vous , ei que vous ne fussiez rejeté comme un anathème et un crim nel qui ne mérite point de pardon? l'éeheur, qu'avcz-vous donc m t'étai où vous êtes, qui vous distingue de vos fiètes, qu'une surabondance de pécbés? Si l'espérance de celui qui présume.
surabondance de péché? Si l'espérance du péchetir présomptueux périt d'ordinaire avec lui, croyez-vous (jue vous vous sauverez par la même voie par où tous les autres périssent? Je sais (|u'il ne faut jamais désespérer ; mais l'humble confiance n'est pas la présomption. L'humble confiance, après avoir tout tenté, ne compte sur rien; et vous comptez sur tout sans avoir jamais rien entrepris. L'humble conliance ne regarde la miséricorde du Seigneur que comme le supplément des défauts de sa pénitence; et vous en faites l'asile de vos crimes. L'humble confiance n'attend en tremblant que le pardon des fautes dont elle a gémi; et vous attendez froidement (ju'oii vous pardonne celles dont vous ne voulez pas même vous repentir. Je sais, encore uue fuis, qu'il ne faut jamais désespérer ; mais s'il y avait une circonstance où le désespoir fiit légitime, ah I ce serait lorsqu'on espèie témérairen.ent.
Mais l'âge miirira ks passions, se dit ici à lui-même en secret le pécheur; les occasions qui entraînent ne seront pas toujours les mêmes; le temps amènera des circonstances plus favorables au salut; et ce qu'on ne pourrait pas tout à l'heure, on le pourra peut-être un jour, où mille choses à quoi on lient aujourd'hui se trouveront changées. Mon Uieu ! ainsi s'abuse l'âme infortunée, et c'est d'une illusion si grossière dont le démon se sert pour séduire presque tous les hommes, les
doit périr avec lui, quelle doit être votre ressource? Croyezvous que vous vous sauverez par les mêmes voies par où tous les autres périssent. Je sais qu'il ne faut pas désespérer de son salut, que que grand pécheur qu'on soit; mais l'humble confiance ue compte sur rieu, et tait tout ce qu'elle peut. Vous, au contraire, vous comptez sur tout sans jamais rien entreprendre. L'humble conliance est la ressource des pécheurs ; et vous eu faites l'excès de vos crimes. L humble conliance attend en tremblant et dans l'amertume de son cœur le pardon de ses fautes; et voiis l'ullendez froidement dans un inutile repentir, que vous ne ferez peul-ètre jamais, ou que vous ferez trop tard. Je sais que le repentir n'a jamais déplu à Dieu ; mais s'il est un temps où nous devions le croire inutile et même désagréable , c'est lorsque nous espérons lâcliement.
Le temps, dit-on, amènera des circonstances plus favorables au salut; on attend des conjonctuies plus heureuses, et peul-ètre qu'apTès quelques années tcoulées, les OvicaMons de pécher, où l'on est maiulenuiii , seront changées. Grand Dieu ! c'est là re>te fatale eirtur où vivent maintenant la plupart des pécheurs; et c'est une illusion trompeuse, dont le démon se sert le plus , pour combattre les sentiments de salut dans une âme; le piètre comme le peuiile , les grands comme les petits, tous en sont aveugles. Quoi donc ! lorsque vous vous promettez que dans un autre temps Dieu vous fera miséricorde, vous croyez qu'il changera voire cœur. Mais pourquoi comptez-vous plus sur l'avenir que sur ;e présent? Votre cœur sera-t-il plus disposé à la pénitence? lit quel sujet Ivez-vous de croire que les occasions vous seront plus favorables? Trouverez-vous dans ce cœur plus de disposiiiou à rompre des chaînes que le temps
LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE
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plus sages comme les plus insensés, les plus éclairés comme les plus crédules, les grands comme le peuple! Car, dites moi , mon cher auditeur, lorsque vous vous [iromeUez que le Seigneur vous fera enfin un jour miséricorde, vous vous promeltcz sans doute qu'il changera votre cœur ; or, ce changement si nécessaire à votre salut, ()ourquoi y comptez-vous plus pour l'avenir que pour aujourd'hui? Premièrement, vos dispositions à la pénitence serontelles alors plus favorables ? Trouverez-vous dans votre cœur plus de facilité à rompre ses chaînes ? Quoi ! dts inclinations à qui les temps et les années auront fait jeter de profondes racines, seront plus aisées à arracher ? Un torrent qui se sera déjà creusé une pente plus profonde, sera plus facile à détourner ? Etes-vous raisonnable de le prétendre? Ah ! il vous paraît si difficile de ré()rimer maintenant vos passions désordonnées , lesquelles pourtant encore dans leur naissance doivent être [dus dociles et plus aisées a discipliner ; vous ne différez voire conversion que parce qu'il vous en coûterait trop pour vous vaincre sur certains [)oints ; eh quoi ! vous vous persuadez qu'il vous en coulera moins dans la suite ; que cette plante fatale, déjà devenue un arbre, pliera plus facilement; que celle plaie, plus envieillie et plus corrom|)ue, sera plus près de sa guérison , et demandera des remèdes moins douloureux ? Vou^ atUndez du temps des ressoun es et des facilités de pénitence ; et c'est le temps, mes Frères , qui vous ôtera toutes celles qui vous restent encore aujourd'hui.
Secondement, les grâces seront-elles à l'avenir ou plus fréquentes ou plus victorieuses? Mais quand cela serait, votre cupidité alors
passé et le temps à venir auront fortifiées? Des liens, formés par la mite de l'habitude, ne seront-ils pas plus diiliciles à î)riscr? l'ourrez-vous résister plus [acilemei.t à un torrent qui sera enflé par une quantité d'eaux amassées pendant longtemps? Pounez-vous plus aisément tenir contre une pente que la longueur des années aura fuite, et qu'on ne pourra plus redresser? Eles-vous responsable de ces circonstances que vous prétendez devoir être plus favorables avec le temps? Vous ne différez votre conversion que parce qu'il vous en coulerait trop de la faire à présent ; mais vous en cuùteia-t-il moins à l'avenir, que vous serez plus enduici dans le crime? Vous croyez que plus cette plante grossira, plus vous aurez de facilité à la plier; que plus cetle plaie seri enveiiiraée, plus vous aurez de facilité à la guérir : est-il rien de plus insensé? Vous attendez des temps de pénitence plus favorables, et vous ne voyez pas que c'est le temps même qui vous ôtera toute la facilité de la faire.
Mais les grâces seront-elles plus fréquentes et plus victorieuses dans un autre temps qu'en celui-ci? Quand cela serait,
plus forte leur opposant de plus grands obstacles, les grâces qui aujourd'hui triompheraient de voire cœur, et vous changeraient en un parfait pénitent, ne feront plus alors que vous émouvoir légèrement, et réveiller en vous de faibles et inutiles désirs de pénitence. Mais il s'en faut bien que vous ne deviez même vous flatter de cet espoir. Plus vous irriterez la bonté de Dieu en différant votre conversion, plus il s'éloignera devons. Chaque jour, chaque moment diminue (|ueltjue chose à ses faveurs et à sa tendresse. Quand vous conunençàles à lui être infidèle, souvenez-vous-en , il ne se passait pas de jour qu'il n'opérât au dedans de vous quelque mouvement de salut, des troubles, des remords, des désirs de pénitence. Aujourd'hui , si vous y prenez garde, ces inspirations sont plus rares; c'est en certaines occasions seulement que votre conscience se réveille, dans la préparation du temps pascal; et encore ce sont des agitations qui finissent avec la solennité; vous êtes à demi familiarisé avec vos désordi-es. Ah 1 mon cher auditeur, la suite ne fera (|u'ajouter de nouveaux degrés à voire insensibilité, vous le voyez bien; Dieu se retirera de plus en plus de vous, et vous livrera à un sens réprouvé, et à cette tranquillité fimeste qui est la consommation et la plus terrible peine de l'iniquité. Or, je vous demande, n'êtes-vous pas insensé de marquer pourvotre conversion un temps où vous n'aurez jamais eu moins de secours du côté de la grâce, et moins de facilité du côté de votre cœur ?
Je pourrais encore ajouter, que plus vous attendez, plus vous contractez de dettes, plus vous enrichissez le trésor d'iniquité, plus vous aurez de crimes à expier, plus votre satisfaction devra être rigoureuse, et par conséquent,
votie corruption ne sera-t-elle pas alors plus invétérée et plus difficile à chasser? Une grâce qui maintenant triompherait aisément de vos faiblesses , refera alors que réveiller en vous quelques désirs de salut; mais il s'en faut bien que vous n'ayez lieu de vous flatter de cette attente. Plus vous vous éloignez de Dieu, plus il s'éloigne de vous Chaque jour a ses grâces marquées. Lorsque vous commençâtes à lui èlre infidèle, il n'y avait point de jour où vous ne formassiez quelques désirs de piété. .Aujourd'hui que vous persévérez dans vos désordres, vous en éloignez jusqu'au moindie sentiment. Si au temps pascal et aux grandes fêtes de l'année ce cœur assoupi se sent touché, ah! ce sont des désirs inutiles, et des sentiments impuissants qui finissent avec la solennité. Vous voyez bien par là que si les giâces. ne font aucun effet sur votre cœur, la suite de ce temps sur lequel vous comptez si fort , ne fera qu'ajouter de nouveaux trads à votre insensibilité. N'êtes-vous donc pas insensé de remeitre votre conversion à un temps où vous n'aurez jamais moins de ressources, et du côté de la grâce , et du côté de la nature?
GRAND-CARÉME.
plus votre pénitence sera difficile. De légères austérités, quelques retraucliemenls, des largesses chrétiennes , suffiraient peut-ôlre aujourd'hui pour vous acquitter envers votre Juge, et apaiser sa justice. Mais dans la suite que l'abondance de vos crimes sera montée au-dessus de votre tète, et que les temps et les années auront confondu dans votre souvenir la multitude et l'horreur de vos iniquités ; ah I il n'y aura plus alors pour vous de satisfaction assez pénible, plus de jeûne assez austère, plus d'humiliation assez profonde, plus de plaisir, quelque innocent qu'il puisse être, qu'il ne faille vous interdire, plus d'adoucissement qui ne vous devienne criminel. 11 faudra de saints excès de pénitence pour compenser la durée et l'énormité de vos crimes ; tout quitter, vous arracher à tout, sacrifier fortune , intérêt, bienséance ; vous condamner peut-être à une retraite éternelle : les grands pécheurs ne reviennent que parla. Or, si de légères rigueurs dont on se contenterait aujourd'hui, vous paraissent si insupportables, et vous dégoûtent d'un changement, la pénitence aura-t-elle plus d'attraits pour vous, lorsqu'elle vous offrira plus de travaux et des démarches mille fois plus amères ? Mon Dieu ! ce n'est que sur l'affaire du salut tjue les hommes sont caj)ables de pareils mécomptes. Eh ! que servent, mes Frères, les grandes lumières, l'étendue de génie, la pénétration profonde, le jugement solide, pour conduire les affaires de la terre , des entreprises vaines, et qui périront peut-être avec nous, si nous sommes des enfants dans l'ouvrage de l'éternité ? Et voulez-vous que je finisse cette partie de mon discours par une dernière raison qui
achèvera de vous convaincre? Vous regardez le vain espoir d'une conversion à venir, comme un sentiment de grâce et de salut, et comme une marque que le Seigneur vous visite, et qu'il ne vous a |)as encore livré à tout l'endurcissement du péché. Mais, mon cher auditeur, le Seigneur ne peut vous visiter dans sa miséricorde, qu'en vous inspirant des troubles et des frayeurs salutaires sur l'état de votre conscience ; — c'est par là que commencent toutes les opérations de la grâce : — donc, tandis que vous serez tranquille, il est clair que Dieu vous traite selon toute la rigueurdesa justice, qu'il exerce à votre égard le plus terrible de ses châtiments, je veux dire son abandon et le refus de ses grâces. La paix dans le péché, la sécurité où vous vivez, est donc la marque la plus infaillible que Dieu n'est plus avec vous, et que sa grâce, qui opère toujours dans l'âme criminelle le trouble et l'inquiétude, la crainte et la défiance, est entièrement éteinte dans la vôtre. Ainsi, mon cher auditeur, vous vous rassurez sur ce qui devrait vous faire entrer dans les plus justes frayeurs; les signes les plus déplorables de votre réj)robation forment dans votre esprit le plus solide fondement de votre espérance; la confiance dans le péché est le plus terrible châtiment dont Dieu puisse punir le pécheur, et vous en faites un préjugé de salut et de pénitence. Tremblez, s'il vous reste un peu de foi : ce calme n'est pas loin du naufrage. Vous êtes marqué du caractère des réprouvés; ne comj)tez pas sur une miséricorde qui vous traite d'autant plus rigoureusement, qu'elle vous permet d'espérer et de compter sur elle.
Ce qui trompe la plupart des pécheurs, mes
Je pourrais ajouter encore que plus vous dilTérez votre conversion, plus vous la rendez difliciie, parce que plus vous aurez contracté de dettes, plus vulre satisfaction devra être rigoureuse, hes lar}:esses et quelques aumônes envers vos frères suffiraient peut-être aujourd'hui pour apaiser la colère de Dieu , et laver vos péchés. Mais lorsque la suite des années aura augmenté l'horreur de vos iniquiléj, il n'y aura point alors de satisfaction si rigoureuse et si austère que vous ne deviez embrasser; point de plaisirs, même les plus permis, qu'il ne faille vous interdire. Il faudra de saints excès de pénitence pour expier l'énormité de vos crimes; il faudra tout sacrifier, biens, parents, fortune, établissement, charges, emplois, honneurs, plaisirs, ran^;, distinctions, quesais-ju? vous condamner peut-être à une retraite éleruelle : car les grands pécheurs ne rtcouvreiil la justice perdue que par la grande pénitence. Or, si dans ce temps-ci la moudre violence vous fait peur, quel sujet avez-vous de croire que, dans l'avenir, la pénitence telle que je viens de vous la dépeindre avec toutes ses austérités et sesdégoùls, aura pour vous des charmes? Croyez-vous que la conversion vous coûtera si peu , lorsque
tout vous coulera tant ? Mon Dieu ! est-il possible que nous soyons plus prudents pour des biens frivoles qui se dissipent , pour des honneurs passaj;ers qui s'évanouissent, pour de vaines créatures qui se passent, pour de folles entreprises qui donnent tant de peines, et ne durent qu'un moment, pour des aiï.iircs temporelles, et des plai^irs chimériques qui périront avec nous, que pour l'affaire du salut qui nous rendrait à jamais heureux, et pour des biens qui dureiont toujours!
Voulez-vous que je finisse celte première partie par une dernière raison, qui achèvera de confondre les pécheurs qui diffèrent leur conversion ? C'est que nous regardons les sentiments de la nature comme des sentiments de la giàce, qu'à chaque bien qui nous arriwi, nous croyons que c'est la grâce qui nous visite, et qu'à cha^iue occasion favorable, c'est Dieu qui nous protège et qui ne nous a point abandonnés. Mais ne vous y trompez pas, mes Fièrcs, la grâce ne commencera à vous visiter, que quand vous sentirez dans votre âme des troubles, des inquiétudes, des agitations ; — c'est par là que commencent toutes les opérations de la grâce : — d'où il faut conclure que c'est sur ceux qui demeurent tranquilles , et qui sentent
LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE
Frères, c'est qu'on s'imagine que la grâce de la conversion est un de ces miracles soudains, qui, dans un clin d'oeil, change la face des choses, qui plante, qui arrache, qui détruit, qui édifie du premier coup, et crée en un instant l'homme nouveau comme l'homme terrestre fut autrefois tiré du néant. Abus, mon cher auditeur! La conversion est d'ordinaire un miracle lent, tardif, le fruit des soins, des troubles, des frayeurs et des inquiétudes amères.
Les jours qui précéderont l'entière destruction de ce monde visible et l'avènement du Fils de l'Homme, seront des jours de trouble et de frayeur, dit Jésus-Christ : les peuples s'élèveront contre les peuples, et les rois contre les rois; des signes horribles paraîtront dans les airs longtemps avant que le Roi de gloire y paraisse lui-même; toute la nature annoncera par son dérangement sa destruction prochaine, et l'arrivée de son Dieu. Ah 1 voilà l'image, mon cher auditeur, du changement de votre cœur, de la destruction de ce monde de passions qui est en vous, de l'avènement du Fils de l'Homme dans votre âme. Longtemps avant ce grand événement, vous verrez précéder, au dedans de vous, des guerres intérieures; vous sentirez vos passions s'élever les unes contre les autres; des signes heureux de salut paraîtront sur votre personne; tout s'ébranlera, tout se déconcertera; tout annoncera en vous
la destruction de l'homme charnel, l'arrivée du Fils de Dieu, la fin de vos iniquités, le renouvellement de votre âme, un ciel nouveau et une nouvelle terre. Ah ! quand vous verrez tous ces signes heureux précéder, levez alors la tête, et dites que votre délivrance approche : His aiitem fieri incipientibus, respicite et levate capita vestra., quoniam appropinquat redemptio vestra *. Alors confiez-vous ; adorez les préparatifs terribles, mais consolants, d'un Dieu qui va descendre dans votre cœur. Mais tandis que rien ne s'ébranlera au dedans de vous; qu'il ne paraîtra dans votre âme aucun signe de changement; que vous ne sécherez pas de frayeur, et que vos passions tranquilles ne seront troublées que par les obstacles qui en retarderont les plaisirs : ah! défiez-vous de ceux qui vous diront que le Seigneur va paraître; que vous allez le trouver dans le sanctuaire, je veux dire dans la participation des sacrements aux jours solennels; dans ces lieux retirés, où vous irez peut-être le soulager dans la personne de ses membres affligés; qui vous promettront toujours qu'enfin il vous visitera; ne les croyez point : ce sont de faux prophètes, dit Jésus-Christ, nolite credere *; il n'a précédé en vous aucun signe de son arrivée ; vous avez beau attendre et présumer ; ce n'est point
' Luc, XXI, 28.
^ Matlh., XXIV, 23.
un calme et une fausse paix dans leur àme criminelle , que le Seigneur exerce le plus souvent son abandon et le refus de ses grâces. Oui, la tranquillité , où vous vivez dans vos désordres, est une marque presque assurée que la grâce n'est plus dans votre cœur. Or, n'êtes vous pas insensés de vous calmer sur ce qui devrait vous faire le plus de frayeur, et de ce qui devrait vous jeter dans la crainte continuelle, d'en faire le fondement de votre espérance ? Sachez que la confiance que vous osez avoir en la miséricorde de Dieu , en vivant toujours dans le péché, est le plus terrible châtiment dont le ïieigneur punisse le pécheur ; et cependant vous en faites un préjugé de salut. Quand vous commencerez à sentir dans votre conscience des remords et des troubles, consolez-vous, je vous le permets, vous n'êtes pas bien loin de la voie du ciel; mais tandis que vous serez calmes, tranquilles au milieu de vos désordres, ah ! tremblez. Vous êtes déjà au nombre des réprouvés, et ne comptez pas beaucoup sur une miséricorde que vous ne trouverez plus favorable après l'avoir si longtemps méprisée.
Il est écrit qu'aux approches du dernier avènement il se fera des combats et des séditions, que des peuples s'élèveront contre des peuples, des royaumes contre des royaumes, et qu'avant que le Roi de gloire paraisse sur son trône pour juger les vivants et les morts, toute la nature annoncera par sa destruclion la puissance et la majesté de son Dieu. Or, voilà l'image du trouble qui doit s'élever au changement de votre cœur par la grâce. Avant cette grande conversion, vous sentirez en vousmêmes une peine continuelle ; vous verrez vos passions, vos
désirs, vos pensées, vos affections se soulever les unes contre les autres; cent combats dilTérenls qui se feront dans votre âme , seront les marques assurées de votre conversion et du renouvellement de votre cœur. Vous deviendrez alors un ciel nouveau et une terre nouvelle ; et , quand ces mêmes signes commenceront à paraître , que vous vous sentirez saisis de frayeur et chargés de confusion, levez vos têtes, élevez vos cœurs à Dieu, et dites que l'Iicnre de" votre conversion, que le moment où doit s'opérer votre salut est proche : Respicite, et levate capita vestra, quoniam appropinquat redemptio vestra. Mais tandis que votre conscience ne se troublera point, que votre fausse sécuriié ne s'ébranlera point > et que vos passions ne seront en guerre que par les obstacles qui retardent le plaisir criminel : ah ! ne croyez point être on état d'espérer en la miséricorde du Seigneur ; vous n'avez aucun signe de conversion. Ne croyez point à ces faux prophètes qui vous disent que Jésus-Christ est proche, qu'il va paraître, que vous le trouverez avant la mort, que dans la vieillesse il vous sera plus favorable que maintenant ; ne les croyez pas : Si... dixerint vobis,... ecce in penetralibus , nolite credere. Ce sont des trompeurs qui vous abusent et qui n'ont aucun signe de son arrivée. Les tonnerres, les éclairs, les foudres et les tempêtes le précéderont et marcheront devant lui, dit l'Evangile; l'âme qui n'en sera point touchée et qui ne s'y préparera point , n'aura Jamais de part à ses miséricordes.
Heureux le serviteur que ce juge redoutable trouvera à sou arrivée dans ces dispositions que je viens de dépeindre ! Beatus ille servus quem cum venerit Dominus ejus, invenerit sic
r.RAND-CARÊME.
ainsi qu'il viendra; le trouble et la terreur marchent devant lui; et l'àinc qni est tranquille , et qui se confie , n'en sera jamais visitée.
Heureux donc l'homme, mes Frères, qui craint toujours ! Beahts liomo qni sernper .est pavi'lits ' / Hturcux celui (jue «es vertus mêmes ne rassurent point tout à fait sur sa destinée éternelle, qui tremble que les imperfections qu'il mêle aux œuvres les plus louables, nonseulement n'en corroniftent devant Dieu tout le mérite, mais ne les placent même parmi ces actions que Dieu punira au jour de ses vengeances ! Mais quelle idée nous donnez-vous du Dieu que nous adorons, me dira (|uelqu'un? Une idée digne de lui, mes Frères; et je vais vous prouver, dans ma seconde partie, que la fausse confiance lui est injurieuse, et se forme l'idée d'un Dieu qui n'est ni véritable, ni sage, ni juste, ni même miséricordieux.