SERMON POUR LA FÊTE DE L'ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE
NOTICE
Ce sermon fut prononcé vers 1701, k la Visitation de Chaillot, en présence de Josèphe-Marie d'Est, reine d'Angleterre, veuve de Jacques 11. Le couvent de la Visitation de Chaillot avait été fondé par l'infortunée Ileniiette, fille de Henri IV et femme de Charles !«'' Son cœur fui déposé dans l'église de ce monastère ainsi que le cœur de son fils Jacques II. C'était dans cette église que Bossuet, en 1669, avait fait entendre sa grande voix pour célébrer « la mémoire d'une grande reine, fille, femme, mère de rois si puissants et souveraine de trois royaumes ».
Le recui'il de Tiévoux présente une intéressante version de ce discours. iNous la donnons au bas des pages. Les allusions politiques y sont très-discrètes et irès-voilées. Si le cardinal .Maury eut connu ce texte important , peut-être eut-il pensé que ce fut seu'ement en revoyant ses seimous dans sa solitude de Beauregard que Massillon a étendu les noires couleurs avec lesquelles il peint le prince d'Orange. Muis alors Guillaume lll était mort, et il n'y avait pas à parler de délraction, de diffamation, comme le fait l'abbé Maury. H est d'autant plus probable que ce fut seulement dans sa retraite que l'oraieur composa ce portrait de Guillaume, que je ne puis trouvtr l'année où il aurait pu le donner en chaire. Dans le texte de 1745, au moment où parlerait Massillon, Jacques II serait mort, tandis que Guillaume vivrait encore. Or le 15 août 170 1 les deux rois existaient encore, et le 15 août 1702 ils étaient tous deux morts.
Il est intéressant de lire ce que le même abbé Maury dit de ce magnifique sermon sur la sainle Vierge. On y trouvera de justes réflexions sur les panégyriques de la Mère de Uieu. Mais assurément Maury n'avait pas la candeur, la simplicité nécessairts pour atteindre l'idéal qu'il propose ; et dans ses meilleurs écrits apparaît toujours son esprit ambitieux et raffiné.
« Ou l'imagination s'éblouit étrangement dans une trompeuse théorie, ou il doit être aisé de prouver aux candidats de la chaire, que si un véritable orateur, animé par son talent à lutter contre les difficultés qui en doublent toujours la force, veut en faire res:ai sur ce même sujet signalé comme un écueil au milieu des naufrages, il parvienlra, sans recourir aux détails languissants de morale qui ne sont jamais que des lieux communs, à réunir très-heureusement toutes les grandeurs de la sainle Vierge dans un riche panégyrique, sans la perdre jamais de vue, depuis le commencement de son histoire jusqu'au triomphe de son assomption. Il me parait indubitable, qu'avec un plan possible à imaginer et à remplir, mais surtout avec du génie et du travail, on lui décernerait infailliblement un éloge neuf, vrai, solide, intéressant, varié, digne enfin d'être placé parmi les beaux monuments de notre éloquence sacrée. Les innombrables allusions et les comparaisons si oratoires de l'Ancien Testament, plus riche que le Nouveau en héroïnes de vertu , montreraient par d'heureux emblèmes la première Eve réhabilitée, et la seconde mère du genre humain resplendissante de lumière et de gloire, sous les touchantes figures de Sara , de Rachel , d'Anne la prophétesse , de Débora, de la mère de Tobie, de Judith, d'Esther, de la mère des Machabées, enfin de toutes les femmes illustres du peuple de Dieu. Une mine si féconde de la plus magnifique poésie de style embellirait d'un bout à l'autre, par la pompe des images et l'accord des analogies, dans l'harmonie des deux lois, l'éloge de cette même Vierge, dont la vie se trouve déjà résumée avec beaucoup d'exactitude dans les Litanies historiques composées pour leur nouveau bréviaire, par les célèbres bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Ces allégories et cette correspondance de l'Ecriture, si favorables aux couleurs et même aux mouvements de l'éloquence, ne fourniraient-elles donc pas les ornements et les tableaux d'un panégyrique à jamais mémorable , si un plan bien conçu y développait, par une gradation vraiment oratoire, le pouvoir des faits mis à leur place, en les dirigeant tous vers un but d'une haute importance, auquel l'orateur rallierait toutes ses pensées, pour donner de l'unité, de l'intérêt et de la grandeur à son discours ?
« C'est par des rapprochements si féconds qu'une composition de ce genre doit faire ressortir les grandes idées de la religion et le concert admirable des conseils éternels. A Dieu ne plaise que les jeunes orateurs, plus jaloux de l'effet que de la vérité' se livrent, dans l'exercice de leur ministère, à des illusions chimériques ! Les livres sacrés doivent être leurs seuls guides et leurs principaux appuis dans la route de l'éloquence. Voici donc le véritable point de vue sous lequel l'Ecriture me semble offrir au talent oratoire la Vierge prédestinée pour donner le jour à celui qui, selon les principes de la religion, en sa qualité d'homme a une mère dans ce monde sans y avoir eu de père, et qui, dans sa génération éternelle, comme Dieu, a un père et n'a nu avnir de mère dans le ciel. ^ "^
« En élevant cette heureuse fille de Juda, par la prérogative de la maternité divine , au-dessus de tous les êtres créés
sani
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aucune exception, le Tout-Puissant avait uécessaireiueut la cliule des anges rebelles devant l'iiuinensilé de ses regards. Puur lui^ il ne peut exister en effet ni pa^^sé ni avenir, puisque tout est sans cesse présent à l'élernité de ses pensées. Un pareil spectacle lui retraçait donc toujours les dangers de l'orgueil , qui est le plus grand et en quelque sorte le seul vice des créatures ; car il engenilre tous les antres. Mais il a paru en craindre surtout la puissance et les sutrpestions pour une vierge si favoiisée, dont il allait soumettre l'humiliié à une épreuve incomparablement plus redoulihie que la prééminence des esprits célestes, en la destmaut à devenir la mère du Créateur ». Jamais alliance de mots ne fut si étonnante d ms la bouche des hommes ; et cependant jamais aucune expression ne fut plus exacte et plus propre selon les principes de la foi. Le ciel voulut donc dans sa miséricorde préserver Marie des dangers de l'orgueil qu'allait affronter la faiblesse d'une créature élevée à une si éminente prérogative. Voilà le but de rEteroel en fixant les destinées de Marie ; voici ses moyens. Le flautbeau de la religion est ici notre seule lumière.
« Par nne disposition spéciale de la Providence, et certes bien digne d'émaner de la suprême sagesse, il y a eu dans le ciel, à côté de ce décret de prédilection et de magnilicence en faveur d'une telle mère, un autre décret de précautions et d'épreuves, dont l'objet a dû être d'opposer, comme parle saint Paul , à ce poids éternel de gloire que Dieu Ojjère en nous *, un égal contre-poids d'humiliations, pour abaisser durant tout le cours de sa vie mortelle, et principalement sous tous les rapports de sa maternité, cette même Vierge, cette même mère placée, à un si beau titre, par la divinité de son Fils, sur la première marche du trône de l'Eternel.
« Or, si ce projet est démontré par les événements, comme il va l'être, le secret du conseil d'en haut ne se Irouvera-t-il pas dévoilé et constaté dans les fastes sacrés de la religion ? On peut indiquer un si beau dessein du ciel avec confiance et admiration aux orateurs chrétiens, sans riin ajouter à la vériié. Mais si cet aperçu est rifroureusement vrai, il en résulte encore que cette même maternité divine, qui élève Marie, ici-bas et dans le ciel, au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, renferme aussi un nouveau mystère de protection et d'amour, si elle ne lui attire jamais que des abaissements sur la terre. Ainsi, par une disposition adorable de miséricorde, sa vie aura été dévouée aux humiliations, et l'éternité sera réservée à son triomphe. Je demande si l'éloquence chrétienne peut suivre un plus éclatant sillon de lumière dans le plan d'un tel panégyrique.
«Un éloge oratoire, qui n'est point une vaine déclamation, a sans doute pour but principal d'inspirer beaucoup d'intérêt ; mais cependant celte même émotion de l'âme, qui attache l'auditeur quand elle excite la crainte ou la pitié, le révolterait bientôt, si elle le mettait, pour ainsi dire, à la torture, par de cruels et continuels déchirements. Aussi n'est-ce point ce sentiment de tristesse, et peut-être de dégoût, que j'invite les orateurs à nous faire éprouver dans le panégyrique de la sainte Vierge. La première partie doit, il est vrai, développer les humiliations, et la secomlc les souffrances que la maternité divine coûte à l'héroïne de ce discours, dont l'intérêt bien gradué peut aller toujours en croissant jusqu'à la péroraison. Mais, pour protiter des heureux contrastes du pathétique et du merveilleux que l'histoire offre ici à l'éloquence, il faut qu'une marche parallèle explique et contre-balance les décrets du ciel, en opposant tour à tour des prodiges de gloire aux épreuves d'humiliations ou d'abaissement, et des trésors de mérites, comme autant de titres de fél'cité, à chaque période d'angoisse ou de douleur. Celte perspective, que l'orateur ne devrait jamais laisser perdre de vue, développerait sans é|iisodes, sans écarts, sans exagération et sans remplissage, le double décret de la Providence, qui formerait le plan du discours par l'explication et la correspondance d'un dessein si sublime. La démonstration continue d'une vérité frappante et lumineuse, la surprise, l'admiration, l'attendrissement, ne laisseraient pas languir, ce me semble, un seul instant, l'intérêt d'un tel panégyrique dont on s'est trop effrayé, et qui manque encore aux triomphes de la chaire.
« Mais une pareille matière exisre de l'orateur beaucoup d'esprit et de goût pour animer, varier et faire contraster ces peintures ; beaucoup«d'éloquence pour entraîner l'auditoire par tous les ressorts combinés de l'admiration et de la pitié ; beaucoup de dignité pour faire respecter dans une si haute destinée les merveilles qui sortent de l'ordre commun, en respectant soi-même jusqu'au scrupule toutes les bienséances oratoires; surtout beaucoup de tact et de prudence, pour n'exposer jnmais un sujet si délicat au moindre sourire de l'irréligion ou de la malignité, par aucune idée, par aucune expression, par aucune image qui manque de mesure ou de convenance.
a Ce n'est point un discours que je prétends esquisser ici ; c'est une simple marche que je me contente d'indiquer au taleuLJ Je n'ai pas besoin d'avertir un véritnb'e orateur des sentiments attendrissants que lui suggérera la présence de la sainte Vjergl au supplice et à la mort de son fils sur le Calvaire. Le tableau en est déjà crayonné dans le récit énergique et louchant dl l'Evangile, qui l'a peint d'un seul mot, dont il faudrait simplement découvrir la profondeur : STABATy«j:/a crucem Jesu mate ejus. (Jean, xix, 25 ) La maternité divine, qui semblait ne devoir l'exposer qu'aux éblouissemenls de l'orgueil , ne solliciti plus pour elle au pied de la croix, dans cet abime de douleurs où elle est plongée, que la commisération et les larmes du geni humain.
« De pareilles conceptions oratoires, dont la religion seule fournit la grandeur, ne méritent-elles pas d'exciter la verve et saint enthousiasme de l'éloquence chrétienne ? La vérité et la fécondité de ce plan doivent nous inspirer d'autant plus de coD>| fiance, que la sainte Vierge explique ainsi elle-même l'origine de sa gloire, en révélant expressément le mystère de son éléva^ tion dans son divin cantique. Oieu, y dit-elle, a daigné considérer l'humilité de sa servante; et c'est pour cela même que désoi mais toutes les générations futures vont célébrer à l'envi mon bonheur. Quia respexit huniilitatem ancillœ suœ : ecce enin ex hoc beatitm me dicent omnes yenerationes. (Luc, i, 48.) ^».
« On doit être étonné que l'auguste héroïne de ce discours ayant si formellement indiqué la cause de son triomphe, et qo son éloge se trouvant renfermé et consacré dans le simple commentaire d'un verset si lumineux, ses panégyristes, qui n'oà cessé de se plaindre de la stérilité du sujet, n'aient jamais creusé celte mine que l'Evangile ouvrait à leur ministère.
« Après avoir combiné ce mode heureux de composer le panégyrique de la sainte Vierge, j'ai voulu me convaincre et je mj suis assuré que ce plan n'avait encore été saisi par aucun de nos orateurs, pas même par .Massillon, qui l'aborda de très-prè dans son sermon sur la fête de l'Assomption. Ce discours se trouve dans le volume de ses mystères. En voici la division : « Le « consolations de la mort de Marie compensent les amertumes antérieures dont son âme avait toujours été afiligee durant « vie : premier point. La gloire de sa mort répare les humiliations qui l'avaient toujours accompagnée sur la terre : secon « point ».
« Quelle perte pour le ministère sacré, qu'en se fixant uniquement auprès du lit de mort de Marie pour célébrer son entri triomphante dans le ciel, Massillon ait fermé les yeux devant le vaste et magnifique horizon qui allait s'offrir à sa vue ! Il n'ayaî plus qu'un pas à faire pour se trouver environné de toutes les richesses oratoires de son sujet; et il s'arrête, en se jetant aussit •lans un désert aride où son beau talent est réduit, après avoir ainsi répudié la véritable éloquence des faits, à masiiuer de lieux communs par la seule magie de son style enchanteur.
' C'est le langage littéral de l'Egli«e, mater CreatorU.
' • .Aenium glori» pondui operatur in nobis ». II Cor., iv, 17.
« Quand un orateur du premier ordre, et dont le talent doit découvrir et répandre partout la lumière, traite un sujet si digne de l'inspirer, il est bien difficile qu'il ne saisisse ou du moins qu'il n'entrevoie pas ses rapports les plus oratoires. Aussi, quoiqu'en irénéral l'éloquent Massillon ait rarement montré de la profondeur et de la création dans ses plans, qui sont la partie la moins travaillée et la plus uniforme de ses compositions, un coup d'œil prolongé et souvent renouvelé sur l'hisloire de la sainte Vierge, dut néanmoins suffire à la perspicacité d'un esprit aussi supérieur que le sien, pour démêler l'éclat qu'elle avaif reçu de ses abaissements. C'est une idée très-neuve et très-belle qu'il a ingénieusement aperçue : je ne puis dire heureusement, puisqu'il aurait pu en tirer un meilleur parti ; et je me plais à lui en décerner avec celte mesure un juste tribut d'admiration. Mais ce cours d'humiliations ne commence ici pour lui qu'au moment où elle trouve son fils, âgé de dix ans, assis dans le temple, expliquant la loi aux docteurs de la synagogue. Massillon ri;lève d'abord avec onction dans son discours les rigueurs ou du moins l'indifférence apparente de Jésus, qui ne répond aux inquiétudes si touchantes de sa mère et de son père, dont la tendresse le cherchait inutilement depuis trois jours, qu'en blâmant cet empressement déplacé, et en les désavouant en quelque sorte pour parents, par son affectation à ne parler devant eux que du l'ère céleste, dont il défend les droits. L'éloquence de l'orateur rapproche ensuite avec art trois autres dépositions de l'Evangile qui tendent au même but. Ainsi, quand aux noces de Cana, où, pour la première fois, il exerce par un prodige son empire sur la nature, d'après une simple observation de Marie, qui a paru le désirer, l'Horame-Dieu semble craindre qu'une si prompte déférence n'appelle sur elle de trop glorieuses interprétations qu'il désavoue, et il prend soin de déclarer aussitôt qu'il n'y a rien de commun entre sa mère et ce miracle. Lorsque le peuple, transporté d'admiration pour lui, bénit aussi par l'éloge le plus solennel les entrailles qui l'ont porté et le sein qui l'a nourri, il détourne lui-même de ce cœur maternel, qui s'en serait épanoui d'amour et de joie, de si douces bénédictions, pour leur assigner un autre objet, en les répandant sur tous les Israélites qui écoutent la parole de Dieu et y conforment leur conduite. Enfin il proteste devant tout le peuple, en présence àe Marie et de Joseph, dont il est l'espérance et la gloire, qu'il ne reconnaît pour père, pour mère, pour frères, que les seuls hommes dociles à la voix de Dieu et qui accomplissent sa volonté.
« Tels sont les aperçus historiques auxquels Massillon se borne dans cette partie si riche de son sujet, sans remonter jamaîs à la cause secrète de tant de dégoûts et d'abaissements, sans expliquer l'esprit d'une si étonnante destinée , sans chercher et sans soupçonner les vues miséricordieuses du ciel, qui humilie toujours cette mère ainsi éprouvée , dans le litre même le plus propre à exalter son orgueil.
« Rien n'est pourtant mieux présenté et plus noblement écrit que ce récit de Massillon, à la fois ingénieux, vrai, touchant et neuf dans sa simplicité.
« Mais par quelle fatalité, après une si riche conception, ce même orateur, qui se place à un tel point de vue, se borne-t-il à ces premiers aperçus, lui à qui l'Evangile en indiquait tant d'autres analogues, dont il avait enrichi bien moins à propos, et toujours partiellement, quelques-uns de ses discours sur la sainte Vierge ? Faut-il lui en adresser ici le reproche ou l'hommage ? Par quelle étrange distraction, ajouterai-je encore, un écrivain si fécond en ressources, n'a-t-il donc pas mis en œuvre toutes celles qui, après s'être déjà offertes ailleurs à sa plume, auraient dû se présenter alors ensemble à son sujet avec tant de propriété et de magnificence? Ah ! si leur développement eût été l'idée dominante de son plan et de son esprit, il aurait vu s'ouvrir auparavant, et se terminer fort au-delà, ce cours instructif d'abaissements qui remontent en effet plus haut et s'étendent plus loin dans l'Evangile, aux yeux d'un orateur qui veut approfondir, selon le génie delà religion, les mesures concertées par la Providence pour rendre la mère d'un Dieu toujours humble au milieu de sa gloire.
« Voici les preuves que nous en fournissent les livres sacrés. Massillon, je le répète encore, en a recueilli plusieurs que je vais extraire de ses autres sermons sur les solennités de Marie ; et je ne doute nullement qu'il ne les eût toutes réunies, si cette idée ne se fût pas retracée incidemment à son esprit dans la composition du discours pour la fête de l'Assomption, où il se trouvait trop resserré par son plan pour découvrir tant d'objets d'éloges dans toute leur étendue.
« Cette même Vierge, prédestinée à une si étonnante élévation dans l'histoire du genre humain, est issue du sang de David • mais elle se voit reléguée par son indigence dans les conditions les plus obscures, et elle ne paraîtra dans la Judée que l'épouse d'un simple artisan, il entre dans l'économie de sa vocation que celte maternité surnaturelle soit mise aux yeux des hommes sous la protection d'un mariage solennel, qui lui en ôtera toute la gloire dans l'opinion de sa tribu. Au moment où elle est initiée au mystère des conseils suprêmes dont elle doit être riiislrument, ses épreuves commencent avec son ministère maternel. Obligée de se confier, dans un âge si tendre, à une révélation solitaire très-glorieuse et très-frappante sans doute, mais après laquelle son imagination éblouie eût été peut-être excusable dans le premier moment de redouter quelque illusion, elle est soumise aussitôt à l'épreuve de livrer sa destinée à la foi de ce prodige instantané, sans en avoir aucun témoin pour garant. A peine les premiers signes de sa fécondité se manifestent, qu'elle se voit dévouée aux soupçons les plus humiliants, et menacée de la répudiation la plus ignominieuse. Au moment de devenir mère, un voyage long et pénible, dans une situation si critique et dans une si rigoureuse saison, l'éloigné de son humble foyer et la transporte au loin, pour exécuter les prophéties, en croyant ne se soumettre qu'à la loi du dénombrement ordonné par l'empereur Auguste. Arrivée enfin après tant de fatigues à Bethléem elle n'y peut trouver pour asile la plus misérable des hôtelleries; et elle donne le jour au Rédempteur du monde dans le réceptacle des plus vils animaux, qui composent toute la cour terrestre de cette nouvelle reine du ciel.
« Cette Vierge mère, cette Vierge pure comme la lumière, n'a pu recevoir sans doute aucune souillure par un enfantement divin, la plus auguste des consécrations ; et cependant le seul respect, dû par toutes les mères Israélites aux rites sacrés de Moïse, la soumet aussitôt à la loi commune de la purification maternelle , c'est-à-dire à une cérémonie d'abaissement que la pauvreté de son offrande va rendre encore plus humiliante ; à une cérémonie honteuse qui la dégrade publiquement des prérogatives de sa maternité divine, en la confondant avec toutes les autres mères du peuple juif. Et quand même elle ne serait pas touchée de cette abjection pour l'intérêt de sa propre gloire, pourrait-elle être insensible à celle de son Fils, qui semble entièrement éclipsée parcelle expiation légale? Le Rédempteur y parait racheté lui-même sous la iorrae d'une victime vulgaire. C'est peu : il y paraît comme un pécheur, comme un enfant de colère, comme un esclave assujéti à la rançon commune ; et sa maiheureuse mère non-seulement en est témoin, mais encore elle est appelée à le présenter au sacrifice qui devient pour elle une image anticipée du Calvaire, où elle achèvera l'oblation de son Fils unique à la justice inexorable du ciel. C'est là, c'est à Jérusalem, c'est entre les bras de Marie et sur le sein maternel, que cet agneau sans tache, réservé à s'offrir lui-même en holocauste' commence le cours de ses expiations propitiatoires, et prend sur lui toute la honte du péché. Sa mère ne l'avait conduit dans le temple que pour se purifier elle-même, en le soumettant aux observances de la loi. Mais que va-t-elle y éprouver ? Elle v entend les soudaines et sinistres prédictions d'un saint vieillard qui ouvre devant elle le livre de l'avenir pour lui montrer s triste destinée et celle de son Fils plus affreuse encore. Inspiré par un esprit prophétique, Siméon lui annonce qu'un glaive d' douleur percera ses entrailles, et lui prédit d'avance le sort cruel de ce même Enfant dont elle pleure déjà le supplice et la mnrt sur son berceau. '^'^''
« Marie , ainsi accablée de tout le poids du présent et de tous les désastres que lui prépare l'avenir, est bientôt condamnée '
460 MYSTÈRES
fuir aa loin en Egypte, pour soustraire le Fils du Tout-Puissant à la jalousie d'Hérode. Après l'horrible massacre auquel sa tendre-se vient de le soustraire, il fnut qu'elle revienne cacher fon dépôt sacré dans sa misérable demeure de Nazareth, sous la tutelle de ses pauvres parents. C'est là que sa foi, mise sans cesse à de nouvelles épreuves , doit reconnaître son Créateur et son Dieu sous la forme d'un enfant qui a voulu partager toutes les infirmités et toules les misères de notre nature, excepte le péché. Cest là, c'est jusqu'à la trentième année de Jésus, que la prévoyance de l'Eternel exerce en silence l'humilité d'une mère qui semblait n'avoir à craindre que rivre>se de l'orjjueil. Elle est la mère d'un D eu, il est vrai ; mais précisément parce que ce sen;iment d'exaltation parait l'apanage inévitable d'une si sublime prémiiative, elle a pour lils un Dieu qui jamais ne la jiluritie, jamais ne la consulte, jamris ne la console, et qui é|.ure au contraire celte auguste victime, dont la gloire ne doit commencer que dans le ciel, par toutes les rigueurs accumulées dans son histoire.
« Cette histoire de Marie nous expliquera bientôt en effet des précautions si sévères Dieu sortira de son secret, et alors toutes ces duretés apparentes ne senmt plus que des me.-ures tuiélaircs. Un décret terrible, et dont la nature frémit, mettra le comble aux épreuves que doivent sut ir la foi et le courage de celte ti:ère de douleurs. Il f.iut qu'elle voie son Fils iioii-seuieinenl méconnu par une ingrate et aveugle nation, niais encore haï, calomnié, persécuté, mourant sur une croix En est-ce assez pour acquitter les expiations que lui coûte la maleriiité divine? Non ! non! la rédemption du it;onde sera consommée par le sacrifice du Calvaire ; mais les tribulations de la Vierpe, qui en eA témoin, ne seront pas épuisées par l'horreur d'un tel spectacle Au moment où toutps les rigueurs du ciel et de la teire semblent finir pour elle par la mort de ce Fils chéri, le plus cruel de tous les tourments pour son cœur commence ; car après l'avoir vu rendre le dernier soupir, elle est condamnée à lui survivre. Ainsi le veut la justice divine pour la rendre encoie plus digne de sou triomphe. Son divin fils Jésus, rentré en po>session de sa gloire, semble l'avoir oubliée dans cette vallée de larmes ; et il faut que la vie, devenue plus cruelle pour elle que la mort, lui laisse mériter encore, pendant vingt-cinq années d'exil et de séparation, le trône si élevé qui l'attend dans le ciel. Voilà son histoire; voilà ce que lui vaut sur la terre le décret qui l'a choisie entre toutes les filles d'Adam pour mère de l'Homme-Dieu.
«'Quel orateur sacré osera se plaindre qu'un sujet ainsi présenté dans la chaire, susceptible avec tant de richesse et de variété de tout le sublime intérêt qu'inspirent la vertu, et la grandeur, et la maternité, et le courage lutlant contre l'infortune portée à son comble, ne fournit pas asseï de matière pour composer un panégyrique? » — V. la Notice au t. i, p. 272.
INALTSE.
Division. — !• Les consolations de la mort de Marie compensent les amertumes dont son dme sainte avait toujours été affligée ; 2» La gloire de la mort de Marie répare les humiliations qui l'avaient toujours accompagnée sur la terre.
Phemière partie. — A trois sortes d'amertumes qu'avaient éprouvées Marie répondent trois sortes de consolations: à une amertume de délaissement, une consolation de force et de courage ; à une amertume de zèle, une consolation de paix et de joie; à une amertume de désir, une consolation de possession ci de jouissance.
1" Jésus-Christ avait semblé indifférent envers Marie. Au Irmple it parait hlàmer son inquiétude et oublier qu'il a une mère sur la terre ; à Cana il lui déclare qu'il n'a rien de commun avec elle. Qu'on appelle heureuses les entiaiiles qui l'ont porté, il annonce qu'il n'y a d'heureux que ceux qui entendent la parole de Dieu et la pratiquent ; qu'on lui dise que sa mère et ses frères l'attendent, il répond qu'il ne reconnaît pmr sa mère et pour ses frères que ceux qui font la voloilé de Dieu. Nous voyous partout Marie éprouvée par des délaissements; elle devait nous apprendie que cette voie si pénible à la nature esl la voie ordinaire des âmes pures ei parfaites, et que plus Dieu veut se les unir par une foi vive et fervente, plus il les prive des consolations humaines. .Mais il était juste que la présence visible de Jésus-Christ fût la première consolation de Marie à sa mort ; et qu'il se hâtât d'amant plus de venir se montrer à elle, qu'il avait paru presque toujours se refuser à ses empressements.
2" Le zèle de Marie lui causait une seconde sorte d'amertume. Elle voyait avec douleur l'inutilité des instructions et des miracles de Jésus-Christ, les pièges que lui tendaient ses ennemis, la détection de ses disciples mêmes, l'endurcissement des Juifs, leur réprobation et leur perte ; il fallait qu'elle apprit aux âmes justes à s'occuper au pieJ des autels des maux et des besoins de l'Eglise, et à solliciter les giâ'es du ciel pour leurs frètes pécheurs et impénitents : mais ce zèle du douleur qui avait rempli le cours de la vie de Mirie, devait se changer à sa mort en une consolation de paix et d'allégresse. Llle voit à découvert les raisons de la sagesse divine sur les événements qui avaient contristé sa tendresse, l'utilité des opprobres de son Fils, les avantages de la haine même des Juifs envers lui, les gentils appelés, les rois convertis, les philosophes désabusés, la religion triomphante. C'est ainsi qu'au lit de la mort une âme juste voit que tout avait son utilité dans les voies par où Dieu l'a conduite ; que les disgrâces, les afdictions, les contradictions, les perfidies, etc., tout était pour elle entre les mains du Seigneur des moyens de sanctification. Alors au contraire ceux qui n'ont travaillé q le pour le inoude, reconnaissent que leur vie n'a été qu'une enfance continuelle, et se repentent, mais trop tard, d'avoir si mat placé leurs soins et leurs peines.
ao La dernière amertume de Marie avait été une amertume de désir. Séparée de Jésus-Christ, l'unique objet de son amour, tous ses vœux, toutes ses pensées, tout son cœur fut dans le ciel : sans cesse eile se plaignait de la durée de son pèlerinage, elle mourait tous les jours d'amour et de tristesse. .Nous ne sentons pas jusqu'où allait l'excès de ses peines, nous que mille liens attachent encore à la terre ; nos dégoûts de la vie sont des dégoûts de nos passions, des recherches de nous-mêmes, un dé|iii de ne pouvoir trouver dans le monde aucun ol^jet capable de ^atl^fdlle notre cœur. Panni les âmes mêmes consacrées à Dieu, il en est peu qui sentent la tristesse de cet exil. On sent la durée de sa croix et la tristesse de la vertu ; les grandes sources des larmes des saints n'entrent pour rien dans notre piété. Mais l'âme pure de Marie sentait toute la désolation qn'inspiie un amour violent, lorsqu'il est séparé de ce qu'il aime. Aussi sa mort n'est que le terme de ses soupirs, la consolation de sa tendresse ; son cœur va se réunir à l'objet de son amour ; elle va voir dar,s sa chair son Sauveur, qui en était le chaste fruit. Qui pourrait exprimer les transports du cœur de Marie à la vue de son fils glorieux ! ce sont des secrets que le langage des hommes ne peut faire comprendre. Ce qui nous regarde, c'est que la mort ne sépare le juste que de ce qu'il n'avait jamais aimé ; et que dès lors il meurt, pour ainsi dire, bien moins que le pécheur, qui mourant à mille objets auxquels il était attaché, souffre mille morts dans une seule.
Dkuxième partie. — A trois sortes d'abaissements remarquables dans la vie de Marie succède aujourd'hui une triple gloire : à un abaissement de privation, une gloire d'élévation et d'excellence ; à un abaissement de dépendance, une gloire de puissance et d'autorité ; à un abaissement de confusion et de mépris, une gloire de vénération et d'hommage.
i» On voit dans la vie de Marie une suite non interrompue de privations triste et humiliantes. Elle était née du sang de David ;
FÊTE DE L'ASSOiMPTION : GLOIHE DE LA MOKT DE LA SAINTE VIERGE. 461
le privilège de sa grâce avait prévenu celui de sa naissance; elle était vierge dans sa fécondité ; enfin elle était Mère de Oîeii. Aucun de ses titres n'a paru en elle tandis qu'elle a vécu sur la terre; ils ont tous été ou obscurcis, ou ignorés, ou même démenlis en apparence : elle porte avec joie ce dépouillement ; ei il ne lui échappe rien qui puis?e traliir le secret de son humilité. Tout son soin avait été de se confondre avec les autres mères d'fsraël ; aujourd'hui toute l'attention de Dieu e^t de la distinguer par un privilège singulier. Sa chair n'éprouve point la corruption ; elle monte au ciel triomphanle et glorieu^e, pour s'y asseoir à côté de f^on Fils au-dessus de toutes les [»rincipaulés et de, toules les puissances : voilà le juste prix que Dieu réservait aux privations humiliantes de la vie de iVarie. Hélas ! nous n'imitons point son humilité per.-évérai.te : nous nous montrons par tous les endroits propres à nousdislinguer. Lois même que, revenus de nos éj;arements, nous avons pris le parti d'une vie chrétienne, nous voulons que le monde conserve le souvenir de nos talents et de nos avantages ; nous sommes flattés qu'il fasse valoir par là notre sacritice, et nous aimons à voir louer en nous, avec les merveilles de la giâ.e, les talents de la vanité. Jusque dans les cloîtres , on reprend d'une main un vain étalage qu'on avait semblé sacrifier de l'autre ; et on veut retrouver dans le séjour de l'iiumililé ks distinctions qu'on avait méprisées dans le monde.
2° Marie pendant sa vie mortelle avait toujours chéri la dépendance : soumise aux volontés de Joseph, attachée aux ordres et à la destinée de son Fils , confiée au disciple bien-aimé, et le regardant comme l'arbitre de sa conduite , paraissant à la suite des disciples après la mort de Jésus-Christ comme une autre des femmes fidèles , n'affectant aucune prééminence, aucune autorité, se comportant comme une simple fille de l'Eglise, elle qui en était la protectrice et la mère. Aujourd'hui elle reprend dans le ciel la puissance qu'elle n'avait pas voulu exercer sur la terre ; elle est établie sous Jésus-Christ la médiatrice des fidèles, la distributrice des grâces ; il veut que nous nous adressions à elle pour tout obtenir de lui. Ce n'est pas qu'il suffise de lui rendre quelques hommages pour assurer son salut : le salut est le prix de l'observance seule de la loi de Dieu. Marie regarde comme ennemis de sou Fils ceux qui aiment le mon le, qui se livrent aux désirs de la chair, qui transgressent ses volontés saintes, qui n'ont point gravé dans le cœur l'amour de ce divin Fils et de sa vérité. Marie ne peut être contraire il Jésus-Christ ; sa puissance ne peut renverser l'œuvre de l'Evangile : elle est la ressource de nos nécessités ; mais elle n'est pas la protectrice de nos passions ; elle n'aime dans ses serviteurs que les vertus qui la rendirent elle-même agréable aux yeux de Dieu.
3» Le dernier abaissement de Marie avait été un abaissement de mépris et de confusion. Elle avait porté dans le silence la honte du soupçon de Joseph ; elle s'était soumise comme Jésus-Christ à porter quelque temps la ressemblance du péché, et à faire un sacrifice de son innocence aux ordres inconnus et adorables de la sagesse divine. Voilà pourquoi sa mort est suivie d'une gloire de vénération et d'hommage. Les hommes apostoliques lui adressèrent des vœux ; son culte s'établit à mesure qui' la foi se répandit sur la terre. En vain l'erreur lui disputa l'auguste qualité de Mère de Dieu; des conciles s'assemblèrent pour laissera la postérité dans leurs décisions les titres de leur respect envers Marie. Les villes et les empires se mirent sous sa protection ; nos provinces, frappées de la main de Dieu, virent tomber par son entremise le glaive qui les châtiait ; et un de nos rois fit, pour immortaliser ce bienfait, un hommage public de tout son royaume à cette Reine des cieux qui venait de le conserver. Que la mort du pécheur est différente de celle de Marie ! El'e lui ravit tout ; elle le dépouille de tout : seul aux prises avec elle, il tend en vain les mains aux créatures qui lui échappent ; tout ce qu'il avait cru réel et solide, s'évanouit ; tout ce qu'il avait cru frivole et chimérique, se -montre et se réalise ; son malheur lui donne de nouvelles lumières, mais ne lui donne pas un nouveau cœur ; il meurt détrompé^ sans mourir changé.
lodica mihi,quem diligit anima mea, ubi pascas, ubi cubes in meridie.
0 vous qui êtes le bien-aimé de mon âme, montrez-moi où est le lieu de votre repos et de vos pâturages éternels. Cant. i, 6.
Tel est le langage de l'âme fidèle sur la terre. Eloignée de son Epoux, que les nuages de la mortalité lui dérobent encore ; ne trouvant rien ici-bas qui puisse consoler son amour de cet éloignement que l'espérance de le voir bientôt finir; soupirant sans cesse a[)ièscet heureux moment qui doit lui ouvrir les cieux, et lui montrer l'Epoux immortel qu'elle aime; et faisant de la durée et des amertumes de sou exil l'exercice de son amour et tout le mérite de sa foi et de ?a patience ; 0 vous ,
Tel est le langage de l'âme fidèle sur la terre. Séparée de son Epoux, que l'éloiguement lui découvre encore plus aimable, elle ne peut rien trouver ici-bas qui puisse la consoler de son absence, que l'espérance de le voir bientôt; elle soupire sans cesse après ce rno nent heureux qui doit lui ouvrir les yeux , et lui montrer cet Epoux qu'elle aime ; elle s'empresse de le trouver en se dégageant des faux biens qui pour-
s'écrie-t-elle sans cesse , qui êtes le bien-aimé de mon cœur, montrez-moi où est le lieu de votre repos et de vos pâturages éternels!
Mais comme les illusions des sens mêlent toujours à la foi des âmes les plus pures mille attachements inévitables, qui partagent ici-bas leur amour , qui ralentissent en elles le désir des biens éternels, et qui font, selon TApôtre, qu'elles voudraient bien à la vérité être revêtues de l'immortalité, mais sans être dépouillées de la mortalité qu'elles aiment encore : Nolumus exspoliari , sed supervestiri ' ; on peut dire que cette disposition de détachement universel de la vie et de toutes les créa-
< II Cor., V, 4.
raient l'attacher à la terre, et en f.iisant de la longueur de son exil tout le mérite de sa patience.
Mais comme l'illusion des sens mêle toujours à ces heureux désirs mille altacliements injustes, qui lient celte âme fidèle aux créatures, par des chaînes imperceptibles, qui font, selon l'Apôtre , qu'elle voudrait bien être revêtue de l'immortalité glorieuse, mais sans être dépouillée de la mortalité qu'elle
MYSTÈRES
liires ; celle tristesse sur la longueur de cet exil ; cettQ joie et ce tressaillement à la vue de la mort et de l'heureuse délivrance , n*a été parfaite que dans Marie ; et qu'elle seule , en ce jour consacré par l'Eglise à sa sortie de la terre et à son exaltation dans le ciel , a droit, comme la véritable épouse, de tenir ce langage d'amour : O vous qui êtes le bien-aimé de mon cœur^ montrez-moi où est le lieu de votre repos et de vos pâturages éternels.
En effet, les amertumes et les abaissements de sa vie mortelle trouvent aujourd'hui, dans sa mort et dans son heureuse assomplion , leur consolation et leur gloire. A l'exemple de son cher Fils , la terre avait été pour elle un lieu d'opprobres et de souffrances. Fille de douleur, dégradée de tous ses titres, inconnue dans tous ses dons, confondue avec les autres mères de Juda, il était juste enfln que la gloire de son Fils fût ré|)aréeen sa personne, et que, toujours semblable à lui , les merveilles de sa mort corrigeassent l'obscurité de sa vie.
Ce sont donc les consolations et la gloire de la mort de Marie cjne nous allons développer aujourd'hui , et qui renferment tout le mystère que l'Eglise propose à la piélé des fidèles. Les consolations de sa mort , qui compensent les amertumes intérieures dont son àme sainte avait toujours été affligée durant sa vie ; la gloire de sa mort , qui répare les humiliations qui l'avaient toujours accompagnée sur la terre : voilà tout le sujet de ce discours. Nous avons besoin de son entremise pour ob-
tenir les lumières de l'Esprit- Saint. Ave, Maria.