‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 15 sur 45 · DE M. LE PKINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

DE M. LE PKINCE DE CONTI

cœur. Quelle tendresse pour les princes ses ea— fans ! Formant lui-même dans leur cœur ces premiers seutimens d''lionneur et d'élévation si dignes de leur naissance ^ devenant ^ pour ainsi dir« ^ enfant avec eux , pou^jJeiu- apprendre à devenir un jour sages , grands ^ équitables , humains ^ modérés :; en un mot ^ tout ce qu'il étoit lui-même. Vivant comme un homme privé au mîUeu de son auguste famille ^ respectant les liens de la religion et de la nature ^ les doux titres de père et de mari^ et ne connoissant pas cet usage insensé ^ qui fait que la plupart des grands semblent être nés £euls sur la terre ^ croient que tput. ce qui renverse la première institution de la nature est un privilège de la grandeur ^ et regardent tout ce qui lie ^ comme un }oug qui les , déshonore.

QuMl faut être né grand pour soutenir jusque dans ces devoirs obscurs et domestiques ^ où Thomme se relâche toujours^ et où l'humeur prend si aisément la place de la vertu ^ un carac^ tère toujours égal de grandeur et de sagesse I

Vous me prévenez ici ^ maison affligée de ce prince , et je pourroîs en attester votre douleur: quel maître le fut jamais moins ^ ou plutôt mérita . mieux que lui de Têtre ?

Les grands croient que tout est fait pour eux^ . et que les autres hommes ne sont qés que pour

* porter le poids ^ ou de leur orgueil , ou de leurs caprices. Le prince de Gonti n'exerçoit son au-

• tprité que sur luirmème. Quel fonds de bonté

120 OKAISON FUNtBHC

et de douceur envers les. siens ! n'*exîgeant presque rien pour lui^ ne comptant point Jeurs fautes, dès €jyCil en souffroit tout seul ;j aimant mieux quelquefois souffrir de leur peu d'habileté ^ que de contrister leur {^dresse ;j jamais d^^humeur^ ja-r mais un de ces momens de vivacité qui ait pu ^ marquer que sa grande ame étoit sortie de soa assiette naturelle: poussant même si loin la bonté ^ que Taffection toute seule des siens prévenoit Fabus qu'ils en auroient pu faire : paroissant leur ami plutôt que leur maître : les quittant de ceê devoirs rigoureux qu'ion donne à Tusage bica plus qu'eau besoin : les regardant -comtne le^ compagnons de sa fortune ^ et non pas comme les jouets ou les ministres de ses humeurs ou de ses passions :; et faisant voir , chose rare ! que les grands peuvent trouver des amis , même parmi ceux qui les servent.

Voilà cet homme sage , Tamour des peuples ^ le modèle des princes ^ la joie des siens ^ Tadmi— ration de tous. Achevez ^ Seigneur ^ en lui votre ouvrage : couronnez vos dons : ranimez ces vertus humaines ^ ces os arides ^ par un souffle de vie : faîtes succéder à la beauté de ces feuilles stériles , des fruits d'immortalité : conduisez ca jour de l'homme jusques au jour parfait de la grâce : formez de tous ces trésors de l'Egyptfe ^ un tabernacle à votre gloire : ne perdez pas la sagesse du Sage ^ mais donnez-lui la foi des humbles et des petits.

Il fut doue im des hommes les plus accomplis

dans

t»B M. LIS ?RmGE DE GONTI* i^f

dans la vie civile : Et hoiiorem cepud serdores juvenù. Ajoutons le dernier trait. Il fut encore un des plus éclairés par la singularité des connoîssances et la supériorité des lumières : Jlcutus inv^eniar in judicio : in conspectu potentiwn admirabiUs ero^ et habebo immortaUtatem ^ nonseulement un héros et un sage ^ mais encore un esprit supérieur et universel.

Troisième parti e.

Xja science et la lumière dans un prince est presque toujours Técueil de sa glpire ou de sa religion.

Selon le monde , elle Tengage dWdinaire en des recherches vaines et frivoles , étrangères aux devoirs et à l'élévation de son état , qui peuvent éclairer Thomme ^ mais <jui n'*instrûisent pas 1« ^ - prince.

Devant Dieu , elle Fenfle , elle Tégare , et «"'éclaire souvent sa raison qu'aux dépens de sa foi.

Or admirez^ Messieurs^, dans les connoissanees Tares du prince de Conti , deux avantages marqués d'abord dans mon texte et fort opposes à ceg deux écueils. \

Le bruit de sa science et de ses lumières lui attire des extrémités de la terre , non pas une reine étrangère , mais les vœux d'un royaume entier. Les gi-ands et les puissans dé Pologne^ frappés des merveilles que la renommée répand

122 OHàISON Ï^UNÈBRE

de luî en tous lieux ^ lui offrent à Fenvi une couronne , qui a toujours été le prix de la valeur et du mérite : In conspectu poteritium admirée bilis ero.

Et à ce premier fruit de ces lumières , ajoutezen un autre : c'est le gage de la couronne d'im»^ mortalité par son rétour à Dieu au lit de la mort : Et haheho immùrtaUté^em.

Oui , Messieurs , quelle étendue de counois— sances dans le prince de Conti ! On eut dit qu'il étoit de toutes sortes de professions : guerre ^ belles-lettres^ histoire^ politique^ j<urisprudence^ physique^ théologie mérae: il semUoit qu'il ne se fût appliqué qu'à chacune de ces sciences^ selon les diS'érens hommes qu'il entretenoit^ et en Tattendant ^ on ç'écriwt encore y comme autrefois sur ce prince le plus s^e et le pltis^clairé de l'Orient;

« Quelle abondance de lumière et d'érudition

> dans votre feunesse ! La sciénee et la sagesse 9 coulent de votre bouche comme les eaux d'un

> fleuve majestueux : les hmiières de votre ajné

> ont âondé tous les secrets de la terre:; et dans >- cette gloire pactfiqtxe^ vous avez été les délices

> dès peuples comme la gloire des armes vous

> en avoit rendu Fadmiration et le soutien : » •Quemadmodkm eruJitus es in jm^entute tudJ et impletus es j quasi Jlumen ^ sapièntidj et terram retexit anima tua.\ . et dilectus es in pace tud. ( Ecdi. 47» i5, i6, ij, )

£t dans ces^ lectures immenses remarqués

BE.JI. LB^ PRINGC DE COtfTU Xs3

• den± abus évités. Point de goût pouc ces livres frivoles qui ne sont que le délasseoçient de Toi-* àveté et qui corrompent le coeur sans instruire la raison.

Un grand goût pour les livres .saints^ beaucoup Ae respect pour les véritéa de la foi.

Dans le, temps même y è mon Dieu ! qu'il ne goùjtoit pas* enccHre combieu vous êtes douix:.^ il •avouât que \ous êtes le rsaint et. le^ véritable : sa raison respeetoit lès borner dcvlaibi^ tandis qu^ilen oublioit lesdetoirs :,sa bouche a:endoit lîommage à la vérité de vos mystères ^ lors même .que son cœur é%<Ât encore loin de vous i il ne trouvoit dans 80s grandes lumières, que les ^motifs .^ sa sommsâion j^^et s^il u^aiEftoit pas «bcoiTû la .vérité qui délivre^ du moimil avoit toujoucs ,oJf^t un. respect rèli^i^ à 1^ vérité qui soumet et qui captive.

Dois-je la dke iri^ Messie^ixs! dans un siècle^ .eu la religion ^t devenue le >ouet ^ ou de la débauche ^ ou. d^uoe fausse science : dans un siècle ^ où IHm^été est comnie la première preuve du bel esprit : d4n$ un âiède ^ où croire encore en Dieu ^ est presque la honte ^ ou de la raison ^ ou du coun^ i, dans un siècle^ où pour n^ètre .pas confondu avec Jle. vulgaire ^ il faut se donner raffreuse disUnction de . Tincrédulité : dans un siècle enfin ^ ou tant d^hoounes supcrfieidis blas« phèment ce qu^ils ignorent ^ se orcûent plus habiles à mesure qu'ails sont plus téméiraîres^ apprennent à douttf de la ireligioa avant de ht oonaoltre ^

..lâ/f CjKAISON TVVtnUt

s'éngent en docteois de Timpiété avant que d^avcnr été les disciples de la foi j; et s^âièveat contre la science de Dieu ^ sans avoir .même celle des hommes.

Au milieu de ces abus ^ la foi du prince de Conti ^ si supérieure en lumières et en connoissances ^ honore la vérité de la religion. Ce grand génie nVst plas qu'Hun humUe fidèle devant la majesté de celui qui pèse les esprits ^ et qui re— garde les scrutateurs de ses secrets corfime s'ils n'étaient pas^ ( Is. 4^. ^3. ) Sa curiosité ne va qu^à se convaincre y que la raison nre sauroît allelr à tout^ que Thomme ne connoit des voies de Dieu^ que ce que Dieu en a voultt ïévéler à Fhomme^ que le point fixe de nos lumië-es^ cVst la foi :; qu'ion retrouve mi secouant le joug ^ les mêmes lablmes et les mâmes iftcerUtindes que dans la soumissions que les dogmes de Timpiété n'^ont rien de plus dâir et de plus intelligible ^ que les mystères de la religion ; et qu^en refusant de : croire^ on perd la ioi^ sans que la rakon y gagne fit s^çclairdsse*

Sentimens dont ce grand pnnce ne s^est jamais départi.^

Mais à tant de valeur , tant de sagesse ^ tant de religion y tant de lumières ^ que manquoit-il , Messieurs? qu^une bouronne. Content du rang que lui dounoit sa naissance ^ le prince de Conti ne Ta voit jamais désirée. La gloire de tenir par -■ le sang au premier trône du monde ^ le zèle qui le lioit au roi encore plu3 que le sang 5 le plaisir

i>B H* XE VKlJfeE f>£ CONTL t%S

Jte vivre sous ses jenx^ et d^obéir à se» ordres^ ^''est là que fixé par soa cœur ^ il avait toujours IxHnië son anibitioQ : et comme cette psmeessé daus FEcriture ^ qui préieroit à la royauté la couditîoD des serviteurs de SaWneOQ^ il trouvoit encore plus glorieux, d''ètre des preoûars su}et$ ^e Louis ^ que roi d''uae uatipiii étrangère : '^Beati servi tui^ qui stant eoràm tfs^ semper! ( 3, Reg* .to.8. ) - *

Mais enfin ^ la Pologne Peuvie k la France.

Son trône vacant par la. mort d^un.roLqui avoit 4.té la terreur des infidèles^ redemande un prince du sang de nos roiis. La grapde réputation du 'piince d^ Gonti est la seule intrigue qui lui gagne d^abord tous les suffirages.

U.falloit à une nation guerrière ^ un prince

.beUîqueux ; à une Q^tioc^ libre ^ un prince sage

^çt modéré^ à une nation zélée pour laf<Hi^ un

.prince éclairé et religieux ^ qui sut en. même

, temps respecter la foi et la défendre^ à une nation

«qui se donne elle-même ses rois ^ un prince^ que

Festime généralç eut, appelé à la royauté , que

Jamour e&t fait régner ^ et qui eut regardé ses

sujets comme se^ bienfaiteurs^ enfin ^ à une nation

presque toujou^ diJ^isée paj? des factions dômes*»

tiques ^ un prince dW génie supérieur ^ habile

4ans Part dei,co{)^oitre les hommes et de les gou**

yemer^ qui sut ménage^ les esprits^ concilier les

intérêts ^ et réunir , à 1^ défense 4e la patrie ^ les

passions ^le^-omêmes» qui la déchirent.

Peuple heureux ! si* Dieu^ qui dispose de

vois et des royaumes ^ ne Yeùi reAisé dans m jcolère à tes premiers vœux ;; ou plutôt , si toimême^ tu n^eusses conjuré contre ton propre l}onheur ! Tes jours couleroient dans la paix ^ dans Tabondance et dans la gloire : tes lois seroient encore ta force et ton soutien : sur tes autels ne s^oiTriitoiént que des sacrifices de joie et d^actîons de grâces : les malheurs des règnes précédens seroient oubliés : tes nouvelles conquêtes iroient encore plus loin que tes pertes passées ^ et ta valeur ne seroit redoutable qu^à tes voisins.

Mais une faction ennemie des lois ^ de la religion et de la liberté, s^élève :. des suffrages séditieux traversent une élection légitime^ les droits les plus sacrés sont violés ^ les lois cèdent à la force ^ un vil intérêt prévaut sur la gloire de la nation^ sur le bonheur de la patrie ^ et sur lei intérêts mêmes de la foi. Un nouveau Jéroboam divise les tribus, s^assied sur im trône usurpé^ et sous les apparences du culte saint , il porte aU milieu de Théritage du Seigneur , un culte profane. Le roi que Dieu avait choisi, est rejeté : il. ne fait que le montrer dans son indignation à la Pologne : il en retire avec lui sa protection et ses miséri— ^ cordes ;) et le même malheur ipii Féloigne de cette terre ingrate , est pour elle le signal et la source de tous ses malheurs.

Quel spectacle de désolation et d^horfçur ofTre-t-elle à toutç FEurope! L'^esprit de discorde et de fureur souffle la guerre et la dissension parmi les citoyeQs: la valeur de M ns^tloB se

^m M. LE MINCE DE CONTI. tfkj

tourne contre elle-même: Fidole qu^elle avoît élevée sur le trône en est renversée : sa couronné devient le jouet des peuples et des rois : ses villes^ la proie de ses alliés et de ses ennemis. Elle donne la main €uu: assyriens : ( Jerem. Orat. '^ • 6« ) le Moscovite appelé court venger ^ ' sur ceux mêmes qui FappeUent ^ ses anciennes pertes : un peuple qu^^elle avoit toujours regardé comme son esclave ^ des^ient son tyran. ( Ibid. ^ . 8. ) Ses autels sont renversés^ ses prêtres arrachés du sanctuaire , et menés en servitude ^ ses vierges déshonorées :; ses princes ^ comme des ^brebis timides ^ marchent sans force et sans valeur ^ devant celui qui les poursuit^ ( Thren. i. 6. ) nés campagnes inondées de sang ^ refusent la nourriture à son peuplé ^ au dehors le glaii/e ^ la mort au dedans, ( Ibid. -^ . ao. ) Le Seigneur qui les frappe ne se lasse point : il répand dVii® main une coupe de venin et de mortalité ^ et tient élevé de Fautre le glaive de la guerre et de la vengeance : tous les fléaux de sa colère tombent à la fois sur cette terre iufortmiée: toutes ses voies pleurent ^ et ne sont plus quWe triste solitude ^ et au milieu de tant de calamités ^ la fureur dc/Ses citoyens n^est pas encore assouvie. La main qui le» firappe et qui les terrasse ^ ne les désarme point : ils achèvent de venger sur euxmêmes la justice de Dieu : la ruine de la patrie ne peut être la fin de leurs dissensio'hs et de leurs querelles; et accablés de tant de pertes^ t]|i veuleikt encore périr de leurs propres mains*

Grand Dieu ! frappez-voos donc pour perdre^ et poa pas pour corriger P ne Vous souidendrez-* ^ous pas d^ Abraham et de Jacob ? n'^ouldierez-^ ^Vôus pas enfin les péchés des enfans^ en fayeur de la piété de leurs pères ? les Hedwige et les Casimir ^ tant de samts rois qui ont porté cette couronne ^ et qui ont vengé la gloire de votre •nom ^ ne feront-^ils pas tomber de voi? inains le glaive de la vengeance P Aifez'^ous nUs^ desnx^ ^ous jusques à la fin un nu^ge d'indignation^ afin que les prières et les gémissemens de cette Eglise désolée^ ne montent pets jusqità v(^re tr^teP ( Thren, 3- 44* ) ^^ ^^ malhem^ ne-vous toucher<Mit— ils pas encore plus que ses crimes P

Voyez , peuple ! et considérez les maux que le Seigneur a faits parmi vous, f^ous açez rejeté '^onroi et son Christ; (Ps. 88. 89. ) vous avess éloigné celui que vous aviez appelé ^ et le Seigneur vous a rejeté ;; et vos rois sont devenus en même temps ^ et I votre punition et votre crime*

Mais quoi ^ Messieurs P les jugemens de Dien se déclarent. U ne vouloit donner au prince de Conti que la gloire de lia royauté et d^une cou* ronne teiTestre ^ et le préparer à une couronné immortelle*

Car enfin , Que le héros , dît le prophète ^ ne se glorifie pas de sa valeur ^ que le sqge nt mette pas une vaine confiance d€ms sa sc^esse f que celui qui est riche en esprit et en connois-^ sance , ne s'élèi^e pas des richesses 4^ sa scient et de sa lumière, ( Jerem. 9^ 23.) Talens éda-^

BX. M* tX mN«fe BB CONTJ. ISÛ

tftos ^6 Dieu doane ^ et qui presque toujours éloignent de Dieu:^ sources de perdition^ si Dieu qui en est Tauteur ^ n^en est la fin y et n^en règle Fusage i^ si voua connoitre et yous aimer ^ 6 mou Dieu ! ne donne le prix à tout le reste.

Nous touchons enfin au moment où le prinç^ de Conti goûta ces grandes véritiés. Moment heureux pour lui ! terrible pour la Fjrance^ qui Je pleure ^ pour les siens « qui semblent le rappeler par leurs cris du fond de ce tombeau ^ pour uQie princesse désolée^ qui le redemande^ pour ses aoûs , qui le perdent ( si on doit compter pour perdu celui que Dieu a fauve ). Et que reste-t-il ici ^ après que ses talens glorieux Tout conduit {Hresque sur le tràne i^ que *ie vous montrer Fu— sage qu il en a fait pour le. ciel ?

De longues ii){aintt£s lui montrc^ent de loin le jour du ^eîgneur^ et uous prépâroient à sa perte. Mais les ressources de Fi^e ^ le succès des remèdes ^ ou plutôt nos di^sirs ^ rassuroient nos frayeurs. Vaincs espérances des hommes ! Les xnomens de Dieu oe sont iamais les nâtres : le coup est frappé^ la tnort que nous croyions encore loin ^ p^rolt à la pointe ^ et la lumière d^Israci est sm* le point de s^éteindre.

Quelle consternation répandue dans le public avec cette triste nouvelle ! Personne ne s^en fie au bruit commun : on veut voir de ses yeux et entendre de ses oreilles : tout vient en foule s^en instruire ^ et tout le public par sa douleur ^ le peuple lui--même ^ qui d^ordinaire ne isent que

l3o ORAfSON rVHiBKE

.ses propres pertes ., est sensible à' celle qui nous HieDace. Que d^offinindes portées aiïx pieds tkss autels pour demander le retour d^une santé à précieuse ! Chacun croit aller donner en secret cette pieuse consolation à sa douleur^ et il trouve dans le temple seskrmes et ses oMations ^ mêlées avec les larmes et les oklations publiques*

Vous parûtes^ grand Dieu ! vous laisser fléchir k nos vœux. La mort s^élpigna^ nos craintes se changèrent en espérances.' Mais vos ordres ne changent point : cette lueur passagère ^({ui'noiis montroit la vie ^ toiuike tout d'^n coup ters le tombeau : vos dessein» élemeb s^^aiçcempHssent ^ et le coup^uâpéoduue trompe noijhe espoir ^ que pour 0(ftis fiârQ enoore mieiac sentir k douleur de sa perte. > -

Qu'attendezi-vôus ioî;. Messieurs, de ce héros, de ce sage, de ce j^nd esprit?' Une pénitence où se trouvent tous c^ car^fctèr^; constliiite^ sage, édairée : les miéinés voies qui TaVoieni: conduit à la gloire , le c€«iduiseat âu salut^

Il est vrai, ce héroé ne regarde pas la mort d'un œil fier et tranquille. Gar^ 6 mon Dieu ! le vase de terre peut-il enoore s'enorgueîlfe sous la main toute-^puissante qui Va tOBober sur lui et le baser ? Et qu'est-ce que Tintrépidité de rhouime à la mort ? qu'une làcbelé de désespoir^ qui n'ayant pas la force de porter la cndnt^ de vos jugemens, trouve plus'aisé de les mépriser j et n'osant espérer le salut, se fait un houneur affireux de jse perdre?

BE Ui LE PRWCE DE CONTT. i3t

Le prince de Gonti laiâsè pâroltre comme le soi Ezëchias ^ quand on vient lui annoncer de là part de Dieii ^ Fous mourrez y ces sentimens^ de trouble et de crainte^ que tout homme doit k la aatore. et à la vérité ^ et tout chrétien à la foi des jugemens à venir. H ne veut ni imposer au^ autres ^ ni s^en imp<»er à soi-même ^ ni se prêter une fausse vertu ^ m se déguiser ses propres misères.

Mais attendez r La fm opère la crainte ^ et K crainte opère lamour ^ là résignation «t le salut. Dieu prend la jdacede Fhomme dans son cœur j et qu'où est grand quand on Test aV'Cc Dieu !

Dès ce .moment^ son o^ fixé dans Tétèrnité lie la |»rd plus de yue^ Le monde s^évanouit. C^ monde ^ qui aux yeux des passions est tout j| n'^est plus rien aux yeUK de la foi. Nul regret à la vie ^ hors Tusage peu chrétien qu'ail en a pu faire : nul retour vers TËgypte ^ hors le souvenir de6 mifiériowdes du Sei^^ur qui Tout délivré de son joug. Ejiviromié de ministres saints^ il marche| comme le tabernacle d'Israël^ d^un pas majes-* tueux vecs la terre de prcMnesse;; et la manne sacrée et le pain des auges qu'ail a reçu ( mais avec quelle .âévation de foi i quelle tendresse de piété ! ) il le porte au dedans de lui ^ et y trouve toute sa consolotion et toute sa f(H*ce«

Au milieu des douleurs les plus ai^ës^ le corps exténué , et qui dépérit à chaque instant par la violence des maux et des remèdci»^ il refuse même à ses souffrances ces pkinJtess innocentei^

i3i 0RiiS9ir #ir.irÈ9RB

qui semblent les soulager. Et ce n^est pas ici une constance de philosophie^ une ostentation ^ plutôt 'qu^une vertu : il ne donne rien aux spectateurs , vous Tavea vu; tout est pour Dieu; toujours dans le vrai ; eJBTrayé quand il faut ; constant quand Dieu le demande : c'^est la force de la foi ; c'^est la patience des saints ; c^est l'humiliation de la . pénitence. Et c'^est ainsi ^ ô mon Dieu ! que ceux qui espèrent en vous .^ changent de valeur et de force : Qui sperant in Domino , nwtabuntjbr-^ titudinem. (Is. 4o. 3i. )

Voilà le héros que forme la grâce : voici I« sage. Il appelle au secours de sa foihlesse la dernière force du chrétien ^ la grâce de Fonction sainte. On n^a' pas besoin de ces timides mena— gemens y qui semblent ne proposer au mourant les remèdes de la foi ^ que comme le désespoir • de ses maux ; et de peur de lui rapprocher les horreurs de la mort ^ n'osent lui montrer les secours de Fimmortalité et les sources d'aune vi^ meilleure. Le sang de FAgneau ^ qui , coiUe par ces canaux sacrés ^ loin de Feffrayer ^ fait sa plus ferme espérance : il plonge avec une foi vive le§ plaies de son coeur dans ce bain viviâant. Vous le laverez, Seigneur : Et vou^ renou^eU' lerez sa jeiuiesse comme celle de Vaigle. ( Ps. 102. 5. )

Les devoirs de la piété remplis , il n''oublie pas ceux de Famitié , de la r«connoissance et de la nature. Il donne à, ses amis les dernières marques de sa confiance et de sa tendresse ; il parle en

père

«15 M. te PRWCfïS BË COîfti. i55

père à des domestiques qu**!! a toujours aîinésf comme ses enfans : il charge uq prince pieux et illustre ^ de porter aux pieds du roi les sentîmeiu^ de respect , dVttachement , de fidélité dans lesquels il a toujours vécu : enfia le priace sou fils est appelé. "

« Mon fils , lui dit-il , je voudroîs vous avoiif

> donné de meilleurs exemples ^ et j'*espère qu^

> si Dieu m^avoit conservé la vie , je vous ea » aurois donné. Souvenez— vous toujours qu'ail

> faut servir Dieu , lui être fidèle et au roi ^ et » vivre en honnête homme et en bon chrétien ^

> pour attirer les bénédictions du ciel. > Puissent ces dernières instructions ne s'^efFacer

jamais de votre cœur , prince ^' la seule espérance de votre auguste nom ! et former en vous avec les qualités héroïques d''un père , dont la vie a illustré notre siècle ^ les sentimens et les vertus qui ont sanctifié sa mort.

Enfin tous les soins , toutes les créatures s^é-^ loigpent , il demeure seul avec Dieu. Et c^est ici où toutes ses lumières se réunissent^ où sa grande ame se dégage de plus en plus des sens ^ *où la majesté du Dieu, qui est proche et qui parolt ^ Fédaire ^ la remplit ^ Télève au-*dessua d'*elle-même.

La voie des justes est comme une lumière, qui va toujows croissant jusqu'au jour parfait de V éternité. ( Prov. 4- i8. ) Ce n^est plus la foi qui souffre av«c résignation^ c''est Famour qui aime à souffrir. « Seigneur ^ dît-^il sans cess^ * ToMe FIL OïLAiao^s fuw* ri

l34' eRAISON FtTNèBRE

» au milieu de ses douleurs ^ appésautissez Totr^ » main , redoublez vos coups , brisez — moi ^

> brûlez , coupez ^ détruisez ce corps de péché ^ 3\ je le livre à votre justice^ réservez vos misé-

> ricordes pour mou ame : perdez-moi dans le

> temps , et me sauvez dans Téternîté. »

Ce n''est plus la terreur des jugemens de Dieu qui le saisit qui le trouble ^ c^est Fexcès de sa charité pour les hommes qui le calme et qui le console. Et lorsque le ministre sage et éclairé ^ qui étudie les opérations de la grâce dans son ame , lui renouvelle ce sentiment par les paroles de TApôtre : Dieu qui est riche en miséricorde ^ poussé par Vamour extrême dont il nous a aimés lorsque nous étions morts par nos péchés^ nous a rendu lu vie en Jésus-Christ ^ ressuscites a\fec lui ^ et fait asseoir dans le ciel: ( 2. Ephes. a. 4^ 5, 6. ) sa bouche mourante peut à peine suffire au transport de sa foi et de sa reHgion : Voilà ^ s'^écrie— t— il ^ le fondement de toutes nos espérances.

Un moment après ^ profondément touché de Foubli de Dieu , dans lequel vivent presque tous les hommes ^ et se tournant vers le ministre sacré: ^ Si Ton pouvoît comprendre , ajoute-t-al , Fétat ^ où Ton se trouve dans ces derniers momens y » on verroît bien qu'il n'y a de ressource pour

> Fhomme que dans la religion. »

A ces mots , la langue se refiise à la foi qui Fanime : les forces manquent^ la parole cesse ^ mais son cœur parle toujours k Dieu : msû& son

DE m. LE PUrNCE DE CONTI. Ï35

Imê plus ptire et plus libre , à mesure que le corps terrestre qui l'appesantit se dissout , Finvoque , l'appelle , le supplie^ Tadore , le loUe , le possède déjà , et ne meurt que pour aller vivre éternellement avec lui. Grand Dieu ! sera-t-elle frustrée de son désir? Vous refuserez-vous à M brebis qui revient , vous qui courez après celle qui s'égare ? Tant de dons et de lumières , dont Vous aviez orné cette grande ame , n'iront-elles pas se réunir à leur source? tant de larmes versées sur ces chères cendres , n'achèveront-elles pas de les purifier? Les gémissemens de sa foi et de sa pénitence ^ serôût-ils montés en vain devant votre trône ? Le sang de l'Agneau qui crie vers vous , et qui coule sur l'autel par les mains d'un pontife fidèle (i) , ne se fera-t-îl pais entendre ? ne vous sollîtiterez-vous pas vous-même eh sa faveur ? Vous le sauverez , grand Dieu ! vos promesses s'accompliront , et son espérance ne sera pas confondue. Ecoutez, grands et instruisez-vous. Tout ce que le monde a le plus admiré , les victoires ^ les taléns, le nom, la sagesse, les lumières î qu^'on le trouve vain et frivole au lit de la mort ! que la vie la plus glorieuse devant les hommes ^ la plus remplie de grands événemens, paroît alors yide sans Dieu , et digne d'un éternel oubH ! qu'on découvre de foUe dans la sagesse qui ne nous a pas conduits au salut ! qu'on méprise les lumières et les connoissances qui n'ont pas donné la science des Saints ! Dieu paroit tout alors , et

(i) M. de la Berchère, archeyé(jue de Narboune.

536 ttîlATSOTÏ fUNÉBKÉ

rhomme sans Dieu ne pàrolt pins rien : il ne tient à rétemité que par lui , par la foi , par la grâce. Le rang^ les conquêtes^ la réputation^ les talens ^ les titres ^ ne lient quVu temps ^ à un nuage qui jie dissipe ^ au fleu\e qui court rapidement se perdre dans Tabïme éterneL Son nom peut passer dans les histoires : on peut graver ses actions sur le marbre et sur Fairain. Les noms de ceux qui n)ous oublient ^ 6 mon Dieu ! ne sont écrits que sur la poussière: un souffle léger "va les effacer : JRecedentes à te in terrd scribentur. ( Jerem^ 17. i3. )

L^immortalité nVst que pour le juste: les noms seuls écrits dans le livre de vie ^ ne périront pas. Tout ce qui ne tient qu^au mondç passera avec le monde : vous seul ^ ô mon Dieu ! demeurerez toujours. Heureux donc Thomme qui ne s^attache qu''à vous seul ^ qui n^aime que ce qu'il doit toujours aimer ^ qui ne veut jouir que de ce quMl peut toujours posséder^ qui ne s^appuie que sur ce qui ne peut manquer ^ qut rCapcLs reçu son ame en vain ^ (Ps. 23. 40 q^* ne vit pas au hasard ;j et qui des jours de sa vie mortelle , se forme insensiblement lo jour de Teternilé. Ainsi soit-il.

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