‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 16 sur 45 · DAUPHIN · texte numérisé non relu

DAUPHIN

PRONONGËfi DANS LA SA)NT£ CHAPELLE DE PARIS»

Erimt accepta opéra mea. ... et ero dignus sedium patris mei.

Je plairai à votre peuple par la douceur de ma coït" duite^ et je serai dgae du trône de mon père. Sap. 5. 12.

Ainsi jugeoîent les grands et le peuple: ainsi espéroient-ils de très-haut , très-puissant et trèsexcellent prince , Monseigneur , Louis ^ Dauphin. TSos jugemens étoient justes : ce n^étoit ni Fin— térét ^ ni Tadulation ^ ni la crainte ^ c^est Tamour qui les avoit formés. Nos espérances étoient bien fondées : le présent nous répondent de raveiilr ij et tout ce que nous avions vu dlinmaiii et de bienfaisant dans sa vie privée , nous faisoit par avance Fhistoire de son règne.

Mais , ô Dieu ! vous nous Tavîez donné ^ et vous nous Favez ôté : vous Faviez accordé à nos vœux 5 vous le refusez à nos crimes : vous Favie*

. î38 OUXlSOjr f tTNÈBMî

fonné pour le bonheur de la France ^ voiw le retirez pour nous punir, f^ous emportez comme un tourbillon ce qui nous étoit si cher: sa vie a passé comme un nuage' ( Job 3o. i5. ) et fa lîîott confond nos jugemens^ renverse nos • espwrances^ mais changera-t-elle notre cœur? Quels âéaux réservés dans les trésors de sa colère^ pour instruire et châtier les hommes^ J)ieu peut-il donc encore £iire tomber sur sou peuple? Nous attendions la paix: ( Jerem. i4« 19, ) le roi sacrifioit sa gloire ^ ses intérêts ^ sa tendresse à nos désirs ^ il étoit pacifique at/ec ceux qui hdissoient la paix : ( Ps. 119. y- ) elle s'*éloîgne encore de nous ^ et voilà encore la fureur et la guerre. Nos champs ont gémi dans une longue stérilité : la maladie et la mort ont répandu le deuil dans nos villes ; nous avons vu tomber les cèdres même du Liban. Trois princes du sang j:oyal (i) ^ dans Tintervalle presque d'aune année^ ont été enlevés à la France qui les pleure encore ^ à leurs augustes enfans ^ à leurs épouses désolées ^ et en rendant des de-< voirs lugubres et religieux à leur mémoire ^ nous vous avons annoncé les jugemens du Seigneur et la vanité des choses humaines. Enfin le fils et hé-* ritier lui-même vient d''étre frappé. Les chàti— zaens de Dieu vont en augmentant comme nos crimes. Mes Frères, quand arréteronsnaous donc son bras levé sur nous P Le peuple infidèle s^enorgueillit au milieu de

|i) Al* le Pjdunce, M* k priacede Coati > M* k Pue.

tt X. LÉ DAVPHiir. iSg

ses succès (i) : il chante des chants de joie et de victoire : et la France ^ la portion la plus pure de TEglise ^ la région de la vérité et de la lumière^ une nation choisie ^ et dont le roi ^ selon le cœur de Dieu , a 6té tous les hauts lieux et tous les autels étrangers 5 la France gémît ^ son prince lui est enlevé , et le Seigneur semble avoir oublié 5e& anciennes miséricordes.

Qu^avons-nous donc fait ? et comment cette désolation est-elle arrivée en Israël? Nous avons abandonné le Seigneur ^ et il nous a affligés. Nous ne somjnes pas retournés à lui dans notre affliction , et le prince a été ôté du milieu du peuple. Dieu nous frappera—t— il donc toujours en vain ? Ses coups portent à faux ^ si en nous affligeant ^ ils ne nous corrigent pas. Et que nous prépare— t-il , si ce dernier malheur est encore pour nous une leçon inutile ?

Viendrons — nous toujours dans ces pompes lugubres ^ avec le langage de la douleur ^ n''at— tendre ^ comme ces enfans de FEvangile ^ de ceux qui nous écoutent ^ que des larmes qui ne sont qu'Hun jeu et un amusement puéril? Tour-* nerons— nous en spectacle nos propres malheurs ? et la leçon la plus terrible de la foi , ne sera-t-elle jamais pour nous qu'aune vaine cérémonie ?

A la vue de ce tombeau^ où toute la grandeur humaine est devenue cendre et poussière^ nos jugemens et nos espérances sur les choses d'ici-' bas. sont-elles encore les mièmçs?

l4o ORAISON FUNÈ8BE

La mort nous enlève un prince doux* et bienfaisant ^ nous le jugions digne du tiônc des rois jses ancêtres ^ nous en espérions des jours tranquilles et fortunés : voilà le sujet de nos larmes. La mort confond nos jugemens, nos espérances^ ft ne chrange point notre cœur : voilà le sujet de nos instructions.

Rendons-nous utile notre douleur : mêlons les réflexions de la foi avec les larmes de la nature et de la tendresse ;j et en offrant les prières de TEglise , et le sacrifice d'^expiation pour ces cendres chères et augustes , détrompons-nous de Terreur de nos jugemens et de la vanité de nos espérances- Cest-à-dire , jugeons enfin que tout ce qui passe n''est rien ^ et ne trouvons digne de notre espérance que ce qui ne passe point.

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