PREMIÈRE PARTIE
J\i.oN fils^ dit le Sage ^ lorsque vous entre» dans le service de Dieu ^ préparez votre ame à la' tentation^ et souvenez-vous que les Voies mêmes de la sagesse et de la vertu cachent des écueils d'autant plus dangereux ^ qu'on s''y croit plus en sûreté ^ et qu'on y marche sans précaution et sans défense : Fili. accedens ad sefyitntem Dei ^
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prœpara animam tuam ad tentationem^ (Eccli.
Cet avis est d^autant plus essentiel pour Iqs âmes qui se consacrent à Jésus-^Christ dans la \ie religieuse ^ qu'ion se persuade que tout est fait , quand on a une fois renoncé au mondé ^ et em-r brassé un état saint ^ et que les difficultés de cette première démarche smrmontées ^ on n^en doit plu^ attendre dans le reste de la carrière.
Cependant ^ ma chère Sœur , la vie religieuse elle-même , où la grâce aujourd'*hui vous appelle ^ cet état divin ^ et qui nous fait être par .avance sur la terre ce que lés anges de Dieu sont dans le ciel ^ cet état a ses écueils et ses tentations ^ où viennent tous les jours échouer plusieurs vierges infidèles.
Tous les Israélites , dit F Apôtre ^ étoient sortis du milieu des abominations de TEgypte^ ils aVoient tous suivi la nuée lumineuse qui les con-* duisoit dans le désert : cependant ^ continue TA— p6tre\, malgré cette première démarche , qui semblôit les mettre en sûreté ^ il s^en faut bien qu'ils fussent tous agréables à Dieu : Sed non in pluribus eorum bencplaeituni çst D^o. (i.
Cor. lo. 5.) D*'où vient cela? c^est que celte première fei*veûr passée ^ ils commencèrent à regioii'dèr derrière' eux , . et à jeter des regards decomplaisance sur TEgypte , qu'ails venoient d'abandonner avec tant de joie : et c^est ce quç jVppelle la tentation du temps. C'est ^ en second lieu'j** que la'ssés des failigues du désert^ et en>>
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nuyés même du pain céleste dont le Seignet»
les nourrissoit^ ils commencèrent à se dégoûter^ et leurs dégoûts forent bientôt suivis de mur-^ mure : et voilà la tentation du dégoût. C^est enfin que se laissant entraîner aux exemples de quelques-uns d^entre eux ^ ils n(%ligèrent de venir porter leurs vœux et leurs prières devant le tabernacle saint ^ et ne furent plus occupés que de danses et de festins autour du veau d^or : et c^est ici la tentation des exemples. Or ce n^étoit* là ^ dit TApôtre ^ qu'aune figure pour nous instruire : Hœc autem in figura facta sunt nostri^ (i . Cor* I o. 6.) Et voilà en effet , ma chère Sœur^ les trois tentations à craindre dans ce désert religieux où vous êtes entrée ^ en sortant du monde^ et de toute la corruption de TEgypte.
En premier lieu ^ la tentation du temps. Ou ^ ma chère Soeur ^ les commencemens sont dWdiw naire fervens et fidèles : on jette les premiers foif démens de Fédifice saint avec un zèle et une vivacité, qui semble ne devoir plus se démentir : on se dispute les adoucissemens les plusf permis : on a horreur des infidélités les plus légères : on marche à pas de géant dans les voies du Sei-" gneur ^ rien ne coûte , rien nWréte : on dévore toutes les amertumes de Tobéissance : on ne sent point rassujettissèment des règles: on vole partout où le devoir et Fexemple nous a]^pellent: on ajouta même aux oeuvres prescrites , des oeuvres de iu> croit : enfin rien ne parott de trop au zèle et à 1% fervem* qui commence.
POUR UNE PROFESSION RELIGIEUSE. ' Sofl
Maïs ^ ces prehilcres années passées dans I^ ferveur , on croît àtre en droit dé se reposer : on laisse à celles qui commencent , cette exactitude trop rigoureuse : on regarde tous les adoucisse— mens et les infidélités , comme le privilège du temps et des années : on se rabat à un genre de vie plus à portée des sens et de Tamour-propre .: on se permet tranquillement dés omissions ^ dont ou se faisoit autrefois un grand scrupule : enfià on se persuade que le temps de la ferveur è^t passé:; et qu^ilne convient qu''à des commençantes d^'observer les règles et les saints usages dans toute leur perfection et leur étendue. Première tentation.
Or ^ pour vous armer contre un écueil où la grâce de la vocation vient souvent échouer et faire un tiiste naufrage^ souvenez-vous, ma chère Sœur , que Tesprît de la vie religieuse, que vou embrassez , est le même pour tous les âges ^ que les règles sages et pieuses , que votre saint fondateur , dont la solenailé concourt si heureusement aujoiurdliui avec votre consécration, et semble vous promettre d'^avance la grâce de son esprit , Fabondance de sa charité 1/ et la grandeur de sa foi^ que les règles saintes, dîs-je, que votre bienheureux Père a laissées à cet institut fervent , sont les mêmes pour tous les temps ^ toujours égales pour toutes les épouses de Jésus-CIirist ici assemblées :j toujours uniformes , et pour celles qui commencent et pour celles qui portent déjà depuis long-temps le joug du Seigneur : et qu^ajjasi
dans un l^ge plus avancé comme dans une première jeunesse ;} dans les ferveurs du noviciat comme dans la suite de voire carrière^ puisque la sainteté de votre état sera toujours égale ^ votre fidélité doit toujours être la même ^ votre zèle jamais se démentir:; vos dispositions de foi^ d'^amour^ de sacrifice , toujours persévérer:; et qu'yen un mot^ le dernier jour qui finira cette carrière heureuse ^ doit ressembler , du côté de la ferveur et du zèle^ au premier^ qui aujourd^htd vous Touvre et la commence.
Mais que dis-je^ ma chère Sœur? ce ne seroît pas même assez que le dernier jour ressemblât au premier. Plus vous avancerez dans la profession religieuse ^ pltls vous devez croître dans la grâce de votre état ^ dans le desîr de votre perfection ^ dans Tamour de vos devoirs et dé vos végles:
plus vous avancerez ^ plus celles qui commencent auront les yeux sur vous , se régleront sur votre conduite^ expliqueront Fétendue de leurs devoirs par votre fidélité ou par votre négligence ^ plus vos foiblesses ou vos vertus deviendront leurs vertus ou leurs foiblesses i; et ainsi plus le Seigneur demandera de vous de fidélité dans vos devoirs et de perfection dans vos exemples. Qui n'^avance pas dans les voies de Dieu^ recule^ aussi rEsprit" Saint maudit ceux qui font Tœuvre du Seigneur négligemment. Mais s^il étoit un temps où il fut permis de le servir avec une sorte de tiédeur et de paresse , il semble que ce devroit être plutôt 4ans le comueacement de la carrière , où lagraçà
rOVR 1JI!Œ PROFESSION RELIGIEUSE. Sif
encore foible^ toutes les vertus religieuses encore, poiu" ainsi dire, dans leur naissance, scm-»^blent rendre le relâchement moins criminel, et les imperfections plus pardonnables ; au lieu que dans la suite , la grâce ayant dû croître en nous ^ - Tesprît de notre vocation se fortifier , la tiédeur devient un crime ^ les inobservances , une manière d^apostasie , qui ne sauroit plus trouver d^excuse que dans un cœur ingrat et infidèle.
Celui qui commence , dit Jésus-Christ , et qui après cela se relâche et regarde derrière lui, n''est pas propre au royaume de Dieu : Non est aptus regno Deù (Luc. 9. 62.) Cette parole est terrible , ma chère Sœur ^ il n^^est point propre au royaume de Dieu : c/est-à-dire , c'*est une ame foible et paresseuse , qui ne doit rien prétendre au salut destiné à ceux qui ont persévéré jusqu^à la fin :; une ame infructueuse et stérile , laquelle après avoir poussé d^abord des feuilles spécieuses, en demeure là , ne donne point de fruit , et ne doit point attendre d^autre sort que celui de Farbre infortuné de TEvangile : Non est aptus regno Deù Hélas ! ma - chère Sœur ! si , selon r Apôtre, tous ceux mêmes qui courent n^arrivent pas au but^ si parmi les âmes mêmes qui pa-* roissent les plus ferventes et les plus fidèles , il s'*en trouve encore qui seront un jour rejetées des noces de TEpoux, parce qu^un orgueil secret aura corrompu toutes leurs voies et infecté toutes leius œuvres : quelle destinée pourroient se pro* mettre celles qui , après les premières démarches^
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d'actions de grâces à rendre au Seigneur miséii* cordieux , qui Ta mise à couvert de la dépra— vation générale dans le secret de son sanctuaire ? que dis-je ? et elle regarderoit même cette exactitude rigoureuse^ dont elle avoit d'abord fait profession ^ comme des excès puérils du premier îige , et qu^une raison plus mure doit modérer ? C'est-à-dire -que ce seroit comme si elle disoit à Dieu : Seigneur ^ tandis que je suivoi^ encore lés^ mouvemens d^un âge peu avancé ^ et les foibles lumières d'une raison peu formée ^ je vous servois avec ferveur;; je me dispùlois tout^ je me faisois un scrupule de tout^ je ikisois consister la piété à ne donner rien à Ina propre satisfaction^ à remplir jusqu'aux moindres devoirs ^ avec une exactitude où iTlenttoit plus de petitesse que de vertu ^ à suivre tout ce qui me paroissoit le plus parfait dans vos voies , et le plus conforme à Fesprit de ma vocation. Mais à mesure qu'un âge plus mûr a mûri la raison ^ et que ce premiers transports ont passé ^ j'ai compris qu'on pouvoit vous servir à moins ^ c^e vous ne demandiez pas des empressemens si vifs ^ et une fidélité si scrupuleuse ^ que vous étiez un maître aisé à contenter ^ et qui se payoit de tbut ; que •c'étoît bien assez de ne pas rompre aVec vous par des transgressions manifestes^ et qu^on poU"* voit être à vous^ sans se faire une gUerre si importune à soi*^méme. Si ce n'est pas là le langage que la bouidbe d^une viei^e tient à Dieu ^ e'est du moins réellement le langage de son cœur^
POUR ITNE PROFESSION RELIGIEUSE. 3l5
et IWtrage qu^'elle ajoute à ses infidélités ^ et au dégoût où elle est tombée de son état*
Et voilà ^ ma chère Sœur ^ ce q\xe j^ai appelé la . seconde tentation de la vie religieuse : la tentation du dégoût*
Cônune nous sommes pleins d''amour-propre ^ il nous arrive presque toujours de nous rechercher nous-mêmes dans la vertu ^ c^est-à^dire ^ de consulter plus un certain goût sensible ^ qui nous rappelle à Dieu ^ que la justice de sa loi et les vérités de la vie étemelle* Les commencemeiis surtout de la vie chrétienne et religieuse sont toujours accompagnés d^un certain attendrisse-* ment du cœur ^ qui nous en adoucit d^abord tous les exercices : la nouveauté ^ le tempérament quelquefois^ la grâce même alors plus vive^ tout cela fait sur le cœur certaines impressions sensibles ^ qui nous soutiennent dans la pratique des devoirs et des règles saintes : tout s^aplaait alors :; tout parolt aisé* Or on se persuade aisé-* ment que les suites répondront à de si heureux commencemens ^ que les devoirs auront toujours pour nous le même attrait ^ et que rien n'afFoi-* blira ce goût sensible ^ qui nous rend d^abord si heureux ^ et si pénétrés de notre bçnheur dans h. voie de Dieu.
Cependant ce premier goût s^use d^ordinaire^ cet attrait passe :j rien d^humain ^ ni de sensible ^ ne soutient plus d ans la pratique des règles saintes; on en sent le poids ; et les consolation^) qui Ta— doudssoient^ sont refusées. Les penchans, d'abord
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m dociles^ se soulèvent contre le jong^j nofrt cœur^ d^abord louché^ ne trouve plus rieti presque dans le détail des devoirs ^ qui le pique et qui Tint éresse : les mortifications coûtent j les obser— vatîces deviennent pénibles;; la prièipe, loin de consoler ^ ' gêne et captive ^ les mystères saints n^excitent plus que médiocrement la ferveur ^ enfin on marche encore à la vérité ^ mais chaque pas est un nouvel efibrt^ mais on marche saâs goût et sans oonsolati^ : et de là vient qu'oeil se décourage ^ on se trame dans la voie sainte :j oii cherche dims lesrelàchemeBS de Famour-propre"^ les consolations sensibles qui manquent à la vertu ^ et Ton se dédommage avec soî-mênae ^ pour ainsi dire ^ des dégoûts qu on éprouve avec Dieu.
Or, pour prévenir une tentation si ordinaire dans ces retraites religieuses ^ écoutez^ ma chère So&ur ^ les avis suivans ^ et ne les oublier p^. -
Le premier avis est qtie la source de no»
d^oûts dans les voies de Dieu , est d^ordinaire dans nos infidélités. Ce n''est que lorsque nous commençons à mêler des adoucissemeos aux devoirs , que les devoirs commencent à devenir tristes et pénibles : on se figure qu'yen se permettant mille relàchemens ^ on rendra le joug plus supportable^ et on le rend plus ennuyeux et plus pesant. Aussi c''est dans les maisons re« Ifgieuses oi la première ferveur règne encore.^ où Fou vit dans une entière séparation da
POUR TJNE FRÔFESSÏOW MELTGlÊt/SE. 3lJ
monde; où Tesprit de, silence, de prière, de dépouillement , de mortification , n'est point \ afToibli ; c^est dans ces maisons heureuses , qu'on \oit une joie sainte répandue sur les \isages ^ toutes les épouses de Jésus-Christ porter son joug avec un goût et une allégresse qui surprend ; et qu'ion les voit surprises elles-mêmes de ce que le monde est étonné de les trouver si contentes et si heureuses dans cet état de retraite , de pri^ vation et d^austérité : au lieu que les dégoûts et les murmures ne régnent que dans ces maisons infortunées ou le premier esprit est tombé , où là régularité primitive ne s^observe plus, où toutes les observances religieuses sont altérées , et où Ton ne connoit plus les anciennes règles , que par les adoucissemens qui les ont anéanties f c'^est là où se trouvent en grand nombre des vierges infidèles, mécontentes et malheureuses dans leur état, portant ce reste de joug avec une tristesse et une répugnance qui les accable. Pins elles conservent de liaison et de conforrnité avec le monde, plus la religion leur paroit triste et affreuse :; et les adoucissemens mêmes que Fusage a ii^troduit» parmi elles, deviennent la source funeste de leurs dégoûts et do leurs peines.
Kon, ma chère Sœur,^ telle est toujours la destinée d'une vierge tiède et infidèle : loin d^adoueir les observances de la vie religieuse, en ne les accomplissant qn^à demi , elle se les rend plus insupportables ; plus elle se relâche , plus
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les dégoûts augmentent ^ parce qu€t pins ramonr^ qui rend tout l^ger^ s'^afFolblit : tout lui pèse dans le service de Jésus*Christ , parce que les grâces abondantes ^ qui sont la récoûipense de la ferveur^ Ik'j sont -pLus données. La prière n^élant plus pour elle un saint commerce de tendresse et de caa^ fiance a\ec le Seigneur ^ «""est plus qu''une contrainte qui la fatigue : la reti^ite ^ ne lui faisant plus goûter la présence de son Dieu , et le bonheur de jouir de lui à Fécart , loin de la vue des hommes^ n''est plus quHine triste solitude, où elle est à çbarge à elle-«i«ne : les exercices journaliers ne sont plusqu^un train de vie accoutumé^ qui ne lui fait plus sentir que le dégoût de faire toujours la même chose : tout le détail de la ^ie religieuse nest qu\ine suite d'^occupations dégoûtantes y qui ne font que diversifiiir son ennui. IjC monde, qui ne lui oSroit autrefois que des ^oiisèr^ et des cliagrius , qui lui adoucissoient les pein^j^ de son état, ne lui offre plus que des joies spéç^Uises*, qui lui rendent les peiues de sou état plvES insoutenables. Privée des plaisirs frÎYol^ dès mondains, eUe participe à leurs ennuis et à le%s inquiétudes : elle trouve dans, le lieu saint toutes les amertumes dont le monde abreuve ses partisans^, et c^est à elle que le Seigneur fait ce reproche dans son prophète , en la personne de Jérusalem infidèle : Vous avez marché dans la voie de Samarie votre sœur i^ vous avez imité dans le lieu saint , les manières , \e^ relâchement, le cuite tiède et imparfait d'un monde que f ai
FOUR UNE PROFE.SÏOIT RELIGIEUSE. 3lC)
réprouve, vous que j''avoîs choisie et prévenue de tant de grâces : In via sororîs tuœ Samariœ emibulasti. ( Ezech. 23. 3i. ) Aussi voici ce que dit lé Seîgueur : Vous participerez au calice de Samarie, puisque vous participez encore à son esprit et à ses infidélités;; à ce calice dVnnui et de tristesse : je changerai les consolations que je vous préparoîs dans ce lieu que j''ai choisi , en des dégoûts et des amertumes secrètes : ma maison ne sera plus pour vous qu^une maison de deuil et de contrainte : vos jours , qui dévoient être des jours de paix , de consolation et de lumière^ seront des jours de trouble, dlnquiétude et deténébres :; vos voies , qui dévoient être si douces et si tranquilles , seront semées de ronces et d^épines ^ et Samarie au milieu de ses aboitnnationsr, ne sera pas plus malheureuse que vous le serea dans une maison de paix et dlnnocènce : Replet berîs calice mœroris et tristitiœ , cafice sororrs tuœ Samariœ^ et hibes iltum^ et epotàbis usqub adfceces, ( Ihîd. 33. 34* ) ^
Ainsi , ma chère Sœur , si vous éprouveit jamais ces dégoûts dans la voie sainte où vous entrez , examinez- vous d^abord vous— même :
voyez s'il n^y a pas dans votre cœur quelques principe. secret dHnfidélité qui infecte tout fe détail de vos exercices , et qui éloigne Dieu de vous : voyez û vos dégoûts ne sont pas la punitioh de vos relàchemens :; si voik n''avez pas dégénéré^ de votre première ferveur ^ si vous ne tenez pas trop à vouâ-4uème \ si vous ne nourrissez pas des
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antipathies secrètes et des prédilections trop liti-r maines^ si vous ne refusez pas à la grâce mîQe fiacrifices secrets qu^elle vous inspire ^ si vous n^accordez pas trop à Tliumeur ^ à findolence ^ à mille attacliemeps légers qui vovs occupent tout entière. Rappelez-vous à votre cœur ^ remontez à Torigine de vos dégoûts ^ et sans doutey loin de là retrouver dans les devoirs ^ vous la trouverez en vous-même.
Ce n'est pas ^ ma chère Sœur , et cVst ici us second avis ^ ce n''est pas que les dégoûts ue se trouvent quelquefois dans la vie même la plus fervente et la plus fidèle^ et qu'en votis consacrant aujourd'hui à Jésus-Christ , vous ne deviez tous attendre à des amertumes dans sou service. Ce sont des épreuves dont il se sert pour purifier notre cœur, et pour perfecUoniier toutes nos démarches. Au commencement de la carrière^ il nous soutient par des consolations sensibles j c^est \m lait dont il nourrit notre foiblesse : comme nous sommes encore des enfans de la ^eprace et peu affermis dans la foi , il faut qu'il nous mène par des sentiers doux et Ëiciles. Mais à mesure que nous avançons , il nous tndte conmie des hommes forts : il ne nous nomrrit plus que du pain de la vérité ^ qui est la nourri*ture des parfaits, et us^ pain souvent de tdbulation et d'amertume : il ne nous laisse plus d'autre ressource que la foi , que les épines de la croix ^ que les rigueurs et la saiute tiîstesse de sa doctrine : il est pour nous un époux de sang , coma»
FOUR UNE PKOFESSION RELIGIEUSE. 321
Mûïse à regard de Séphora : Sponsus sanguinum tu mihi es. (Exod. 4- aS. ) Quand il à fallu nous arracher de la terre de Madian ^ et nouÀ faire oublier notre peuple et la maison de notre père^ oh ! il a eu pour nous des 'manières tendres et consolantes ^ qui nous ont engagés à renoncer à tout pour le suivre ^ .mais dès que nous avons eu marché quelque temps avec lui , et qu^îl nous à vus avancés dans la voie ^ il a prîs le glaive douloureux ^ il n''a plus eu d'égard à ces consar lations humaines qui nous soutenoient^ et a laissé notre cœur dans une espèce d'abattement et dé sécheresse : Sponsus sanguinum tu mihi es* Mais ^ ma chère - Sœur , ce qui doit alors vous consoler , c'est que le Seigneur ne demande pas de nous le goijft ^ mais la fidélité ;; c'est que là vie religieuse est une vie de mort et de sacrifice^ et que cet état de peine et de tristesse paroit l'état le plus naturel d'une ame qui a pris la croix de Jésus— Christ pour son partage ^ c'est que moins le' Seigneur paroU nous soutenir par des attraits sensibles ^ plus il nous soutient ^ en affermissant notre foi et augmentant notre coursée ^ c'est qu'il ne permet pas que ce temps de nuage et d'obscurcissement dure ^ et que les lumières et les consolations plus abondantes lui succèdent toujours • c'est enfin que s'il le prolonge quelquefois ^ c'est qu'il est jaloux de tout notre cœur, et qu'il ne veut plus qu'il tienne à ces appuis sensibles ^ c'est qu'il veut que nous le aervioos uniquement pour lui ^ et que nous
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n ayons point d^autre dédommagement dans la fidélité que nous lui devons ^ que le plaisir de lui être fidèles.
Alais une réflexion encore plus consolante ^ ma chère Sœur ^ c^esi que les dégoûts que vous éprouverez quelquefois dans la vie religieuse ^ sont bien difTérens de ceux que vous auriez trouvés dans le monde ^ je dis dans le monde ^ au milieu de ce chaos ^ qui paroit le centre des plaisirs et des félicités humaines i^ hélas ! et cependant c'^est la patrie des malheureux : ceux qui rhabitent 45ont des cœurs rongés ^ dévorés ^ ou par leurs propres iniquités ^ ou par les objets mêmes de leurs passions qui les environnent :; chacun y cherche la paix et le bonheur :; et nul ne peut le trouver ni au--dehors ni a^u-dedans de lui-même ^ les ressources des chagrins y deviennent des ^agrins nouveaux ^ les plaisirs lassent^ lespassicuts fatiguent ^ les richesses inquiètent ^ les honneurs gênent^ les sociétés ennuient^ le crime porte sou poison avec lui dans le cœur ij les événemens trompent toujours notre attente^ et au milieu d'aune vie si triste , si vide , si agitée ^ nulle ressource au-dedans^ la foi éteinte ^ Dieu retiré^ et un cœm^ toujours en proie à lui-même. O mon Dieu! que les rigueurs qu^offrent aux sens ces retraites sacrées ^ paroissent douces et souhait tables ^ rapprochées des inquiétudes cruelles des pécheiurs ! et que votre grâce change aisément ce qui paroit de plus triste et de plus rebutant dans votre maison ^ en un joug doux et agréable ^ qui
FOUR UNE PROFESSION RELIGIEUSE» 3^3
Ta faire toute la joie et tout le bonheur de ma •vie : Ce n *ertisti planctwn mewn in gaudium rnihi^ et circumdedisti me lœtitid. (Ps, 29. 12.) Seconde tentation de la vie religieuse : la tentation du dégoût.
Enfin la dernière est celle que j^ai aj^elée la tentation des exemples ^ et c^est encore un des plus dangereux écueils de la vie religieuses Oui ^ ma chère Sœur ^ quelque sainte que soit la maison où la providence aujourd'hui vous attache ^ quoique Dieu y soit servi avec tant de bénédiction ^ et qu'elle conserve encore le premier esprit de isèle ^ de charité ^ de fidélité qu'elle reçut des mains de son bienheureux fondateur:) néanmoins parmi tant de vierges fidèles et ferventes ^ il est difficile qu'il ne s'en trouve encore quelqu'une qui se traîne dans la voie de Dieu :; en qui la foi paroisse plus foible ^ la piété plus languissante , la grâce de la vocation plus douteuse ^ les dispositions plus terrestres ^ en un mot ^ toute la conduite plus huihaine.
. Or rien n'est plus à craindre que la tentation de cet exemple. Car ^ ma chère Sœur ^ si c'étoîent^ des exemples d'un dérèglement ouvert et déclaré , jusqu'ici inouïs dans cette maison sainte^ on seroit en garde ^ et ils ne trouveroient en vous que Tindignation et l'horreur qu'ib méritent ^ mais ce sont des exemples qui s'offirent à nous sous une couleur spécieuse d'innocence ^ qui ne nous présentent que des adoudssemens légers et presque nécessaires à la foiblesse humaine^ qui s'insinuent
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même à la faveur de nos penchansij qui pouv toute apologie ^ Qu'ont besoin que d'une seule d« nos sœurs ^ qui ose nou3 les montrer^ et qui trouvant au-^edans de nous une secrète coufor^ mité qui les autorise ^ paroissent plus innocens ^ parce que c^est notre cœur même qui les justifie.
D^'ailleurs ^ comme ces vierges infidèle sont celles d^ordinaire dont la sojciété est plus douce et plus commode ^ le caractère plus liant ^ les manières plus prévenantes ^ on a d^autant plus de peine à se défendre de leur exemple ^ que leur isociété nous gagne et nous attire : on forme des liaisons fatales à la régularité : les penchaos qui nous unissent ^ forment bientôt des mœurs s^n* blables^ et le relâchement ne tarde pas de nous paroltre innocent pour nous^ dès qu'il nous a paru innocent dans les autres. Combien d^épouses de Jésus-Christ , d'abord fidèles et ferventes^ cmt vu échouer contre cet éçueîl leur première fidélité ^ et toute Tédification que promettoient k ces saints asiles ^ la ferveur et Texacte régularité de leur commencement ?
Mais quel remède ^^ma chère Sœur^ contre une contagion si à craindre ^ même dans le lieu saint ? C'est, premièrement^ de se dire à soi-même^ que Dieu permet ces exemples de relâchement dans les maisons mêmes les plus ferventes , pour éprouver les âmes qui lui sont fidèles : il faut qu^il y ait des tentations dans les voies de Dieu ^ et si tout ce qui nous environne soutenoit la piété^ nous amions bien le mérite.dela fï4é]îté'% ma»
nous
POVR UNE PROFESSIO.^ RELIGIEUSE. SaS
nous n atirions pas celui de la force et de la résistance. C^est, en second lieu^ de rappeler souvent Texemple de ces premières mères ^ de ces pieuses^ fondatrices ^ qui vous ont frayé les premières^ voies de ce fervent institut ^ qui répandirent dans FEglise une si grande odeur de sainteté ;; dont la piété étoit si tendre^ si simple et en même temps si sublime^ et qui forcèrent le monde même à les respecter et à admirer les dons de Dieu en elles : c^est de jeter quelquefois les yeux sur leurs portraits qu^étalent de toutes parts les murs de ces maisons saintes ^ et où elles semblent encore vivantes , pour nous reprocher nos infidélités , et nous inspirer le même esprit dont elles furent animées;} et par Textrême différence que vous trouverez entre elles et vous, vous exciter du moins à marcher de loin sur leurs traces. C^est , en troisième lieu ^ sans chercher des exemples dans les temps qui nous ont précédés , de vous proposer sans cesse celui des vierges ferv«atcs , qui marchent ici à vos yeux avec tant de fidélité dans la voie du Seigneur : cVst de ne point perdre de vue celles.de vos sœurs , qui travaillent avec plus de courage pour atteindre à la perfection de leur état : c'est d'étudier leur conduite , aimer leur société , rechercher leur confiance. Les exemples doivent faire d'autant plus d'impression sur vous, qu'ils sont ici plus conmiuns, et que de quelque côté que vous regardiez , vous les trouvez partout sous vos yeux. Mais encore plus que tout cela , c'est, en dernier lieu , de jeter l'orne FIL Oraisons fuk. ' 28
3â6 II* SBKMOlf
VOS regards sur celte grande et pieuse mne (ï)^ dont la présence honore ici votre sacrifice ^ qui ^ renfermée dans Fenceinte de ces murs sacrés ^ vient puiser tous les jours aux pieds des autels les seules consolations capables de soutenir luie ame fidèle :; anime par son exemple les vierges saintes au milieu desquelles elle vit ^ les devance même dans les voies de la grâce ^ et dans la pra^ tique des saintes observances ^ leur montre plutôt ses vertus , que sa grandeur et ses titres 5 et vous apprend que plus on est élevé ^ plus on veut de près le néant de toutes les choses humaiues. Ainsi , ma chère Sœur , souffrez que je finisse cette première partie de mon discours^ en vous adressant les mêmes paroles que saint Cyprien adressoit autrefœs aux saints confesseurs de la foi ^ lesquels après s^être généreusement exposés pour Jésus-Christ, dans le temps de la persécution ^ commençoient durant la paix à se relâcher de jpette première ferveur qui les avoit fait renoncer à tout et courir au martyre. Souflrez ^ dis—je , que je vous adresse les mêmes paroles ^ puisque la démarche que vous allez faire est une confession publique et généreuse de la foi de Jésus-Christ , et un martyre de foi et de pénitence auquel vous courez. Il est inutile , leur disoit ce grand évêque, et je vous le dis ici de mème^ il est inutile d"*avoir renoncé à tout pour confesser une fois publiquement Jésus-Christ , si en mourant tous les jours au monde et à vous-même ^ votre vie n^est pas
( I ) La reiue d'Angleterre.
POUR UNE PROFESSIOir RELIGIEUSE. 3^^
ane confession continuelle de son nom ^ et comme un martyre perpétuel de foi et d^abnégation.
Vous devez ^ après de si beaux commencemens , ne trouver plus rien qui vous attache ^ et qui vous empêche d^avancer : Danda opéra est , ut -post hœc initia^ ad incrementa quoque veniatwu (Cypr. Epîst. i3. ad Conf.) Il faut que la grâce, qui vous a fait faire , avec tant de générosité , cette première démarche , aille toujoui's en croissant : Et consumetur in vobis quod jani rudi-^ mfintis felicibus esse cœpistis. Il est beau d^avoir acquis un titre saint et glorieux de confesseur , d^épouse de Jésus— Christ , en renonçant à tout pour lui ^ mais ce n''est rien , si la suite de votre vie ne soutient pas la sainteté et Texcellence de ce titre sublime : Parùm est adipisci aliqidd potuisse ^ plus est quod adeptus esposse servare. Mais cVst^ assez , ma chère Sœur , vous prévenir contre les tentations de Fétat saint que vous embrassez. Vous portez dans la grâce d'mie vocation singulière , et dans la ferveur avec laquelle vous y répondez , toutes les précautions et tous les remèdes marqués dans ce discours. On ne vous a montré les pièges , que pour animer votre charité envers celles de vos sœurs qui pourroient s^y laisser surprendre. Il est temps de tirer le voile qui cache toutes les beautés et toutes les richesses du sanctuaire où vous allez entrer ij de vous y promettre, et d^exposer à vos yeux tout ce que vous y attendez ;; et de vous entretenir des avantages et des consolations de la vie
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religieuse ^ où la miséricorde de Jésus-Chri&t vous appelle*
SECONDE PARTIE
Aj\ terre où vous allez entrer , et qui doit ^tre votre possession étemelle , disoit autrefois le Seigneur à son peuple ^ est bien différente de TE— gypte d'où vous venez de sortir : Terra qiiam ingrederis possidendam ^ non est sicut terra ■j^gypti de gud exiisti. (Deiit. ii. lo.) Celte terre heureuse est environnée de montagnes et de ;6)rêts : Montuosa et campestris : le Seigneur Thabitè et la visite sans cesse ^ et ses yeux ne se détournent pas de dessus elle depuis le commen^ cernent de Tannée jusqu''à la fin : Quam Dominus Deus tuus semper iwisit , et ocuK iîlîus in ed sunt .^ à prindpio anni usquè ad finexn ejvs .• (Ibid. ^. 12.) enfin elle n'*attend et ne reçoit que du ciel les rosées et les pluies^ qui Fenri— chissènt et la rendent féconde : De cœlo expec-^ tans pluK^ias, ( Ibid . -^ . 1 1 . )
Et voilà , ma chère Sœur ^ ce que je puis vous dire aujourd'hui de la terre heureuse où le Seigneur vous a choisi votre demeure ^ et les trois avantages de la \ie religieuse. Il n'*en est pas d'elle comme de l'Egypte , c'est-à-dire , du monde misérable et corrompu^ d'où vous sortez. Le inonde , semblable à l'Egypte , est comme une plaine infortunée ^ où de toutes parts on rst en proie aux traits enflammés de Satan ; c'est
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le lieu des tentations et des chutes : ici c^est une terre environnée de montagnes et de forêts ^ inaccessible à rennemi^ et qui n''ofrre de tous côtés que des remparts impénétrables à ses séductions ou à ses attaques : Montuosa et campestris : (Deut. 1 1. 1 1 .) c^est4-dire que les tentations y sont moindres ^ premier avantage. En second lieu ^ le Seigneur la visite sans cesse ^ ses yeux ne s^en détournent jamais , et il y est toujours présent pour protéger les âmes qui le servent : Quant Dominus Deus tuus semper ins^isit : c'està-dire ^ que les secours y sont plus grands :; second avantage. EjiGn elle ne reçoit et n^attend que du ciel les rosées et les pluies ,,qui tempèrent sa sécheresse : elle en reçoit même abondamment ^ et tandis que FEgypte n'est aîrosée que par les eaux bourbeuses du Nil . les eaux du ciel font ici toute la douceur et toute la richesse de cette terre heureuse : De cœlo expectans pliwias :
c'est— à— dire que les consolations . y sont plus pures et plus abondantes ;; dernier avantage.
Je dis donc ^ en premier lieu ^ que les tentations y sont moindres^ parce que les trois grands écueils de Tinnocence des hommes ^ les trois grandes plaies qui infectent presque le monde entier , n'exercent ici quà demi leur malignité et leur «mpire.
Et premièrement ^ le dépouillement religieux y met à couvert de la tentation des richesses : premier écueil de la vie humaine. Et quand je dis la tentation des richesses ^ ma chère Sœur ^
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que de tentations renfermées dans cdle-là seule ! cVsl-à-dire, en premier lieu , cette complaisance criminelle qui fait qu^n y met son repos ^ sa consolation ^ sa confiance et toute sa ressource ^ qui fait que Ton goûte , comme Tinsensé de FEvangile ^ le plaisir de jouir et de ne dépendre de personne ^ qui fait que le cœur s'^attache et se fixe a la terre ^ quVn la regardé comme sa patrie et son héritage ^ que Tor et Targent deviennent nos idoles ^ comme dit TApôtre , et notre seule divinité ^ qu^on ne désire plus les biens éternels ^ qui fait \ en un mot ^ qu'ion n''est pliis^ pour ainsi dire , chrétien 5 qu'on a perdu la foi , j''entends la foi vive et opérante parla charité, et qu^on n^a plus de part aux promesses. Où sont les riches du siècle, ma chère Sœur, à couvert de cette malédiction? Jésus-Christ semble les y envelopper tous. Qu'il est difiScile en effet que notre cœur ne soit pas où est notre trésof ! A rattachement aux biens de la terre , ajoutez Tusage . injuste qu'on en fait : nouvelle tentation. Où sont ceux qui en usent selon les règles de la foi^ qui ne les font pas servir à la Mensualité , au luxe , à ror— gueil , au crime ^ et qui ne croient pas . qu'ails ne nous sont donnés , que pour ménager à nos sens tout ce que -la vie chrétienne devroit nous interdire ? Je ne parle pas mènie des voies illicites par où on les acquiert. Hélas ! ma chère Sœur , où sont ceux qui ont les mains pures et innocentes? où sont ceux qui ayant succédé aux gr^inds biens de leurs pères , n*ont pas recueilli
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une succession d'injustice et dHniquité?^ où sont ceux qui ne doiveiit , ni à des moyens douteux ^ ni à une industrie suspecte y ni à des usages équivoques^ ni à des emplois odieux ^ ni à des services injustes^ raçcroissement de leur fortune? Combien peu de prospérités innocentes ! que de maximes dangereuses ne se forme-t-on pas pour se dispenser , ou dVpprofondir ses injustices ^ ou de les réparer ! que de règles de bienséance et dVsage., pour ne pajsse dépouiller de ce qvCon possède injustement ! que de prétextes pour ne pas payer des dettes qu'on accumule , et ne pas $e retrancher sur mille. profusions^ ou inutiles, ou criminelles i; tandis qu'on refuse à des créanciers malheureux leur pain et lem' propre substance ! A tout cela , ma chère Sœur ^ ajoutez encore les soucis inséparables des richesses , les accidéns imprévus , les fortunes menacées ou renversées, lès affaires endécadenceyles embarras à démêler , les révolutions à soutenir ^ les soins mêmes pour conserver ce qu'on possède, toujours plus pénibles que les soins mêmes qu'on a employés pour Facquérir^ autant de tentations et dô pièges répandus sur les voies dès enfàins d'Adam. Quel bonheiu: , .ma chère Sœur , que celui d'une épouse de Jésus-Clmst , qui en se dépouillant de tout, ôte à l'ennemi toutes les prises qu'il pouvoit avoir sur elle ! quel bonheur de ne posséder , pour tout trésor , que Jésus-Christ ^ et de renoncer à des biens inutiles pour la paix du cœiu" , et dont l'usage, q|ii paroit le plus ia-
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nocent ^ est rarement exempt de péché ! quel boidieur de n'^ètre riche que des biens de la grace^ que personne ne peut nous ravir ^ et qui seuls noua accompagneront dans le ciel ! quel bonheur de ne pas voir multiplier nosJ)esoins^ nos sôuds^ notre dépendance ^ en voyant multiplier nos richesses^ et de nous débarrasser de bonne heure d''un poids qui entraîne presque toujours avec lui dans le précipice ! enfin ^ quel bonheur de ne posséder rien qui nous attache^ d^étre riche en ne désirant rien ^ et de posséder tout en se con-« tentant de Dieu seul ! O nion Dieu ! mon unique héritage sera désormais robservance de votre loi sainte : Portio mea ^ Domine ^ dixi custodire legem ttiam. (Ps. ii8. 67.) Trop heureuse)^ Seigneur ^ que vous vouliez bien vous donner à moi ^ à la place d^un monde misérable et frivole^ que je vous sacrifie ! Les insensés regarderont peut-être comme une folie le choix que je fais aujourd'hui : ils viendront m'^étaler les vains avantages que le monde sembloit me promettre» Mais ^ ô mon Dieu ! que ces discours puérils ^ que ces fables sont peu propres : à toucha une ame pénétrée du bonheur quVlle a de vous posséder^ et de Fespérance des biens inestimables que vous préparez à ceux qui font toutes leurs délices de votre loi sainte ! Narraverunt mifd inigidjabulationes 5 sed non ut lex tua»^(^ Ibid» f .85. )
Mais non-seulement le dépouillement religieux vous met à couvert de la tentation des richesses ^
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«t de tous les périls attachés à leur possession et à leur usage ^ le sacrifice que vous allez faire à Jésus— Christ de votre corps en le consacrant a. une continence perpétuelle, vous rend supérieure à la tentation de là chair : isecond écueil où le lEOLÔndë entier semble s^empresser et se glorifier de faire naufrage. Je dis le monde entier : oui '^ ma chère Sœur, je n'entends pas seulement parler de ces passions d'ignominie y dont on a tarit de peine à se défendre dans le nionde ^ dont les premières mœurs ne sont presque jamais exemptes:; 'qui souillent souvent tout le cours de^la vie ^ et que la justice de Dieu permet quelquefois qu'ion pousse jusqu'à une vieillesse honteuse et débordée : j'entends les désirs de plaire, si naturels, co/itre lesquels on n'est point en garde , dont on fait gloire même, et qui forment comme le crime continuel des commerces et des conversations mondaines ^ ces desii's qui se glissent jusque dans les démarches les plus innocentes ^ qui souillent tant d'ames à leur iasu , et celles mêmes qu'une exacte régularité rend d'ailleurs irrépréhensibles devant les hommes. J'entends encore les assemblées , les plaisirs publics , où l'usage et la bienséance nous forcent de nous trouver , et d'où l'innocence ne sort jamais entière : tant de pièges pour lés yeux;; tant de scandales pour la pudeur^ tant de discours de licence et de libertînfige pour les oreilles. Et cependant voilà la vie du monde la plus innocente : au lieu que dans les asiles laints , tout inspire Ift pudeur , tout soutient Fin-
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Docence :^ tout ce qu'ion yoit ^ tout ce qu'on. en-« tend , ne porte que Tamour de la vertu et Thorreur du \îce dans le coeur. Que dirai— je? J'*en— tends enfin les liaisQus dangereuses que la société rend inévitables : ces liaisons qu^on forme sans le croire et sans le vouloir :; auxquelles on se livre s^ins scrupule ^ parce que les commencemens en sont toujours inuocens^ mais qui venues à un certain point ^ deviemient des passions ^ des engagemens honteux ^ des liens ^ncUssolubles, dout on ne peut plus se déprendre ^ et cependant c^est la . destinée de celles mêmes qui vivent avec plus de réserve ^ et qui ne cherchent pas ^ conuue tant d''autres avec empressement^ les occasions de plaire et de périr. Mais dans ces lieux saints on ne forme des liaisons que pour s^animeràlavertu : c^est Funiformilé seule des règles , des devoirs ^ des exercices de piété ^ qui nous lie 5 et tout ce qui nous lie , nous instruit , nous soutient ^ nous perfectionne. En un mot ^ j ^entends les périls mêmes du mariage ^ les abus qu'ion en fait , les dégoûts et les antipathies qui le suivent , les passions souvent qu'il allume et qu'il réveille , loin de les calmer et de les éteindre : tel est le malheur du monde ^ les remèdes mrmes de]ce vice en deviennent les aiguillons. Hélas! combien peu d'unions chastes et fidèles ! que de divorces scandaleux ! que de mariages infortunés , ou par les débauches d'un époux emporté , ou par les entêtemens et les passions étrsingères d'une épouse mondaine et dérangée ! O mon Dieu ! tendez^
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Sioi donc cette maiii de miséricorde^ pourm^aider à sortir d'aune région souillée ^ où régnent la mort ^ la corruption et le péché ^ et conduises^ moi dans un lieu de paix et d^innocence , où je puisse bénir à jamais votre saint nom , et publier les merveilles de votre grâce sur mon ame : Educ de custodid animant meatn ad confitendwn no^ mini tuo» (Ps. i4i* 8*)
Que dMnquiétudes ! que de périls ! que de tentations vous épargnez-vous donc^ ma chère Sœur , par le saciifice de votre corps que vous faites à Jésus-Christ , en le prenant aujourd'hui pour votre époux ! Mais le sacrifice de votre esprit et de votre volonté que vous allez lui faire , par le vœu solennel d''obéissance ^ ne vous sauve pas de moins de chutes et dVmbarras ^ qui suivent toujours Tusage capricieux de notre liberté ^ car, ma chère Sœur, ce que le monde nous fait tant valoir conune sa souveraine félicité, cette liberté | cette indépendance qu'il nous vante tant, c'est précisément la source de cet ennui qui empoisonne tous ses plaisirs:; c'est là le supplice continuel des âmes mondaines, de vivre sans règle et au hasard^ de ne consulter que le goût et les inégalités de l'imagination ^ d'être incapable de suite et d'uniformité ^ de mener une vie qui ne se ressemble jamais à elle-même^ où chaque jour amène de nouveaux goûts et de nouvelles occupations ^ où presque jamais rien n'est à sa place , où l'on se porte soi-même partout , et où partout on est à «harge à soi-même^ une vie incertaine, inégale^
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oiseuse dans son agitation ^ une vie qu^on nomme libre ^ mais d''une liberté qui nous pèse, qui nous embarrasse, dont nous ne $avons souvent quel usage faire , où Ton essaie de tout , et où Ton s^ennuie de tout. Non , ma chère Sœur ^ les hommes sont trop légers, trop iitconstans , trop foibles, pour se conduire tout seuls : il leur a fallu des lois pour les fixer dans la société ^ il leur en faudroit pour les fixer a\ec eux-même§.
Mais dans la vie religieuse , tout est réglé : on ^i''est point ici livré à soi-même : chaque moment a son emploi marqué^ chaque heure son oeuvre prescrite ;j chaque journée son usage déterminé. L^inconstance naturelle est ici fixée par Tuniformité des règles : on ne donne rien à la bizarrerie du goût, qui nous laisse toujours inqviîets et pldns de nouveaux désirs : on donne tout à la foi, à Tordre, à Tobéissance, qui nous laissent toujours tranquilles et contens. La tentation de Fennui , de Tinutilité , de cette inaction étemelle , où Ton vit dans le monde , n^est point ici à craindre : tous les jours sont pldns;} tous les momens occupés ^ toute la vie arrangée : on n^y vit point au hasard, et sous la conduite si incer*taine et toujours dangereuse de soi-même : on y vit sous la main des règles^ pour ainsi dire, toujours sûres , toujours égales^ que dis-je? sous la main de Dieu même qui se charge de nous , dès que nous nous sommes dépouillés de nous-niêmes: on n'^y traîne pas son ennui de lieu en lieu : on y porte partout la joie, parce qu''on porte partout
Tordre
FOtrU UN* î»10Fi!.5SÏ0y fllLt&tEtTSE. Î5^y
rorclre de Dieu qui nous y amène : el quand tuème le goût se refuseroit qudquefois à la règle ^ Tordre de Dieu nous y soutient , et nous paie à Tins tant par une joie et une consolation secrète de la légère violence que nous venons de nous faire. O fille de Sion ! s^écrie un prophète ^ hâtez* vous donc de fuir de Babylone : dérobez-vous aux ennuis de cette triste captivité ^ «t venez respirer dans le lieu saint cet air d''innocence et de Uberté dont le monde n^a que le nom ^ et dont vous aurez ici le plaisir et Tusage : O Sion ^ Juge ^ ijuœ Jiahitas apudJlliamBaby^Ionis! (Zach. 2. 7.)
INIais , ma chère Sœur , quoique les tentations «oient moindres dans la vie religieuse ^ les secours ^ en second lieu ^ y sont cependant plus grands. Je dis les secours : le secours de la retraite. Hélas ! ma chère Soeur ^ quand il n^y auroit ici que ce* seul avantage d'y être à couvert des périls dont le monde est plein ^ de n^ être plus à portée de ses prétentions^ exposée à ses agitations et à ses vicissitudes , assujettie à ses usages et à ses bienséances^ de^nY voir que de loin ses dégoûts, ses chagrins et ses caprices ^ de ne tenir plus à lui par des ménagemens quelqueioès justes , mais toujours funestes à la piété ; quand il n^y auroit que ce seul avantage ;; hélas ] les miséricordes du Seigneur sur vous ne seroient-elles pas dignes dWe reconnoissance étemelle?
Le secours des exercices religieux • qui mortifient les passions, qui règlent les sens, qui nourjîssent' la ferveur , qui anéantissent peu à peu Tome VIL Ora:$ûns FVN* 2^