POOR
UNE PROFESSION RELIGIEUSE
Haec est TpluntAS'Del, sanctificatio vestrÀ.
La uolonté de Dieu est <jue vous soyez saints, i. Thess» 4* 3*
Xja sainteté est la Tocàtion générale de tous les fidèles : il faut être saint pour être chrétien ^ et la \ie étemeUe que nous attendons tous ^ n'^est promise qu'^à la sainteté à laquelle nous somines tous appelés.
Il n^est là-dessus aucune exception : le libre et Fesclave^ le puissant et le pauvre, la TÎcrge €oa-. -sacrée au Seigneur, et la femme partagée entre Jésus-Christ et les sollicitudes du siècle , tous ont la même espérance et la même vocation : la règle est ici commune ^ et nul ne peut prétendre au salut s^il n^est saint.
Il ne s''agit donc , ma chère Sœur , que d'^examiner en quoi consiste cette sainteté , sans laquelle nous ne jouirions jamais de Dieu , et ce que la sainteté de la vie religieuse, que vous embrasses^ ajoute à la sainteté de la vie chrétienne..
POVn UNE PROFESSION RELIGIEUSE. ^4T
La sainteté de Fliomme consiste k rentrer dans Tordre et dans la beauté de sa première institution , pt à réparer , autant qp^'û est possible ^ tous les dommages que le péché avoit d'abord faits en lui , à Fouvrage de Dieu ^ car afin que riiomme soit saint , il fiiut, pour ainsi dire^ qu'il redevienne tel que le Seigneur Pavoit d'abord fait : or ^ le péché ^ qui a fait déchoir l'homme de sa sainteté ^ a été en lui la source de trois désordres ^ que saint Jean appelle trois concupis-* cences.
Premièrement; ^ il a révolté la chair et les sens contre l'esprit : l'ame, supérieure au corps, et maltresse de ses mouvcmens , en est devenue^ comme l'esclave^ de sorte que nous ne faisons pas toujours le bien que nous voulons ^ m^s . que souvent même , comme .dit l'Apôtre , nous faisons le mal que nous ne voudrions pas^ et c^est ce que saint Jean appelle la concupiscence de la chair.
Secondement , en chassant Dieu de notre cœur , qui le remplissoit tout entier, le péché J a laissé un vide affreux et une iiftligence extrême^ de sorte que l'homme depuis, pour remplacer ce vide , a appelé toutes les créatures dans son cœur ,. en a fait ses divinités et ses idoles ^ s'est attaché successivement à tous les faux biens qui étoient autoiu* de lui et qui Féblouissoient , et a cru sotilager ainâ la privation du bien souverain et l'indigence intérieure, où le péché Favoit d'abord laissé ^ et voilà ce que le même apôtre appelle la concupiscence des yeuxt
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Enfin sa propre misère a rendu Thomme vain i^t orgueilleux : plus il a senti sa bassesse ^ sa corruption et son impuissance^ plus^ pour s'^étourdir sur un sentiment si humiliant ^ il a affecté nu dehors de force ^ de grandeur ^ dHndépen^ dance ^ plus il a voulu exhausser sa bassesse par tout ce qui étmt hors de lui : au défaut de Titinocence^ qui faisoit sa véritable et sa première grandeur^ il a appelé à son secoiuis les titres ^ les dignités ^ la gloire ^ la naissance : de tous ces biens qui sont hors de lui ^ il s^est formé une grandeur imaginaire qu^il a prise pour lui-même^ et comme les ténèbres sont toujours la juste peine de Forgueil ^ il a voulu être admiré et applaudi j et a cru que Thomme p^uvoit être grand par dVutres titres que par ceux que la main de Dieu avoit gravés dans son ame^ troi-sième désordre que saint Jean appelle Torgueil de la vie.
La sainteté de Thomme consiste donc à re-« médier à ces trois désordres ^ parée que plus nous les réparons ^ plus nous nous rapprochons de ce premier état de justice et d^ixmocence où nous avions été créés. Les philosophes ^ qui n''avoient pas connu ces trois plaies ^ n^avoient garde d^ea prescrire les remèdes aux hommes ^ et leurs préceptes n'^étoient que comme des vètemens pompeux et inutiles ^ qui couvrent un malade tout gangrené. Jésus-Christ tout seul ^ le sou-r verain médecin des âmes ^ pouvoit les guérir : sa doctrine seule nous en montre les remèdes spécifiques )
cîfiqaes ; et comme les trois vœux dé notre baptême ne sont qu''un précis de ses préceptes et de toute sa doctrine^ ils renferment aussi touS' les remèdes ^ qui seuls peuvent guérir le% troi» désordres du péché ^ et rétablir les hommes dans leur premier état de sainteté et de justice.
Car premièrement ^ en renonçant à la chair ^ premier vœu de notre baptême ^ nous nous engageons à ne plps suivre ses désirs^ quVutaat qu'ils seront conformes à la loi de Dieu ^ et à la tenir sans cesse soumise à V^sprit ^ et voilà dans le premier engagement de notre baptême ^ le re«« mède qui répare le premier désordre du péché.
Secondement ^ quand nous renonçons au monde et à ses pompes^ second vœu'de^notre baptême ^ nous promettons que le monde et tout ce quHl renferme ^ ne partagera plus notre cœur avec Dieu :^ et que nous userons de tous les biens qui nous environnent^ comme des étrangers qui passent et qui n'y mettent pas leur affection j second remède du second désordre du péché ^ dans la seconde promesse de notra baptême.
Enfin ^ en disant anathème k Satan ^ qui est le premier modèle de Torgueil et de Findépen— dance ^ dernier vœu de notre bapléme ^ -nou« nous reconaoissons pécheurs et misérables : nous confessons à la face des autels, que loin d'être semblables aux dieux , comme cet eimémi du genre humain Tav^it promis à nos premiers pères, nous sommes même déchus de Fexcellence de la i^tui'c humaine , et. que nous avons besoin d'un i'omç f^lL Oraisons fuff. S^
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libérateuir qui nous délivré de tous nos matci : par cet aveu nous nous soumettons à Jësrtis-dirist^ comme à notre réparateur et. à notre maître ^ et nous j^rdmettons de ne plus chercher notre grandeur et notre délivrance ^ que dans Fhuxxihle aveu de nos misères ^ troisième désordre du pédbé réparé par le troisième engagement de notre baptême.
Voilà ^ ma chère Sœur^ dans ces trois vœux ^ tous les engagetnèns de la vie chrétienne ^ et Tunique voie de sanctification marquée à tous les hommes. La vie religieuse , que vous embrassez^ n^ajoute de nouveau à ces trois obligations essentielles à tous les chrétiens ^ que des moyens qui en facihtenl robservance. Aussi les saints instituteurs CHit renfermé tous les engage^ mens de votre état^ dans les troisi vœux de xeligion ^ qui répondent aux trois vœux de votre baptême^ qui n^n sont^ pour ainsi dire^ qu''uQ renouvellement et une nouvelle; profession ^ et qui renferment seulement de nouvelles facÛités pour s'^en acquitter. Car premièrement^ en consacrant votre corps à Jésus^Cfarist par Tengage* Tuent dVne virginité perpétuelle ^ ils ont vonin vous faciliter Tobservance de la première obli«gation de votre baptême ^ par laqudle vous avez renoncé a la chair et à ses œuvres. Secondement^ la pauvreté et le dépouillement l^ôligièux n^est prescrit que pour vous aider à renoncer facile* ment au monde et à ses pompes^ seconde pro^ mesise de votre baptême, fki^ le sacrifiée de h
soumission et de robéissance n^est exigé qu^ pour anéantir. Torgueil dans sa source^ et détruire tout ce que ce vice laissoit encore dje; commua entre vous et Satan qui en est le père^ troisième engagement de votre baptême*
Or ^ comme souvent les personnes du monde croient que les devoirs de leur état sont bien moius rigoureux^ et plus ai$és à remplir que ceux de r^tat retigieux ;; et que dans la religion souv^it on se croit en sûreté dans «ne vie de tiédeur et de relàchemeut ^ parce qu^on se cornpiËre en secret aux personnes du monde ^ etquW se trouve encore plus de régularité^ plus de pri»vatioQs ^ plus d'^austérité qu^en elles ^ il est boo/^ poiir instruire les uns et les autres^ de marquer ici ce que les èagsigômeQs de la yie religieuse ont de commun avec ceux de la vie cbrétiènoe; ce qu^ils y aj)outent de plus ^ et s^il est vrai ^ comme on le prétend dans le monde ^ qu*il en coûte bien moins pour y faire son sakit ^ qu^il y a moins de devoirs pénibles à remj^r que dans la vie reli-« gieuse. Quelques réflexions sur les trois engager^ mens solemiels que vous allez contracter^ ma •chère Sœur^ vont nous développer cette impor-* tante vérité.