PREMIÈRE RÉFLEXION
Jtar le pi^mier engagement de la vie religieuse ^ ma chère Sœur ^ qui est un engagement de con— tieénoe perpétuelle^ vous prenez JésufhGhrist
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pour yotre époux : vous lui consacrez votre corp^, vos sens ^ votre imagination : vous renoncez à tout lien qui pourroit vous partager entre lui et la créature : vous vous engagez à ne jamais chercher d autre frein et d'^autre remède à la fbiblesse de la chair ^ que dans la mortification et âans k prière : votis renonccK à tout ce qui peut fcKtifier Tempire des sens ; de sorte que cet engagement renferme deux devoirs. Le premier ^ c''est ren*tière soumission de la chair à Fesprit^ devoir qui vous est commun avec tous les fidèles. Le second^ les moyens pour parvenir à cette soumission^ dont le principal vous est particulier et propre de votre état ^ et les autres regardent également tous les chrétiens.
Je dis premièrement ^ la soiunission de la chair à Tesprit;; dev(»r qui vous est commun avec tous les fidèles. Oui^ ma chère Sœur ^ la pureté que la sainteté de la vocation chrétienne exige de tous les fidèles ^ ne se borne pas à leux interdire certains désordres grosçiers et honteux^ que saint Paul défendoit même autrefois aux chrétiens de nommer. Elle va bien plus loin : comme tout •chrétien a renoncé à la chair dans son baptèngie^ et que par-là il est devenu saint , spirituel ^ mem« bre de Jésus-Christ ^ et temple de FEsprit-Saînt ^ il faut^ pour rempUr cette haute obligation^ qu^il se regardfs comme un homme céleste ^ con* sacré par Fonction de la divinité qui réside en lui , et par Tunion étroite et spirituelle , qui de sa chair ne faitplu^ qu'une même cbiair avçc.cdk
POUR tJîîE PROFESSION BELIGIEUSE. '353
de Jésus-Christ. Il ne doit donc plus vivre que selon Tesprit : non-seulement il ne doit plus faire servir les membres de Jésus-Christ à Fignomiuie 5 nonseulement il est obligé d''éviter les profanations publiques du temple de Dieu en lui ^ non-seulement tout ce qui souiUe sa chair est uu sacrilège ' et un outrage fait au corps de Jésus-rChrist ;; mais tout ce qui flatte encore ses sens ^ tous les plaisirs^ sensuels qu'^1 recherche et qull se permet^ tous les goûts et tous les désirs de la chair qu'ail écout» trop ^ tous les plaisirs mêmes légitimes ^ où il n« cherche que la satisfaction des sens ^ souillent et profanent sa consécration :; car il n^est plus redevable à la chiîr , pour vivre selon la chair ^ il faut qu^il sacrifie à tout moment ses sens ^ ses penchans ^ son ima^natîon à la foi ^ et que tout soit soumis en lui à la loi de Djeu. 'Voilà le pre^ mier devoir que la sainteté de votre baptême vous rend pommun avec tous les fidèles ; la par- &ite soumission de 1^ chair à Fesprit.
Mais pour y parvenir, les saints fondateur vous ont prescrit deux moyens. Le premier, qui est propre de Tétat religieux, est k consécration entière de votre corps à Jésus-Christ , par le vœa de continence perpétueUe. Le second , la mortîcation et la prière : moyeu prescrit et nécessaire à tous les chrétiens , comme à vous , pour affoiblir rerap^rfe de la chair, et la tçpif assujettie à Fesprit. .^^
Quand je dis que le premier moyen est Ten* tièce pQ)iséccatû>n dé vpù:e corps k Jésus^Chrlât ^
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qui est propre de Fétat religieux ^ ce n^est pa^ ^ ma chère Sœur , comme je Taî déjà remarqué , qiie le corps de tout chrétien ne soit le templç de Dieu ^ consacre par Fonction de WEsprît— Saint répandue sur nous dans le baptême ^ et séparé de tout usage profane par le sceau inefiaçable qui nous a marqués du signe du salùt. Aussi l'*£glise regarde les corps des fidèles ^ après leur mort ^ conmie des restes saints et précieux^ comtme des temples encore animés par FEsprit invisible qui réside en eux ^ et qui est le gage de leur immortalité : elle les place dans un lieu saint;; elle les environne de lumières^ elle leur rend des honneurs publics ^ et &it brûler devant eux des parfums précieux ^ et la fumée des encensemens. De là vient que le chrétien est obligé de respecter son propre corps ^ et de le posséder avec honneur^ que le lien même d^un sacrement honorable établi pour la consommation des élus ^ est uù lien de pudeur et de sainteté;; que Funion mutuelle^ qui le rend indissoluble ^ est une union pure et sainte^ puisquVlle est Fimage de Funion de Jésus-Christ aVec son Eglise ^ et que le chrétien ^ qui déshonore son propre corps ^ est comme nous Favons dit ^ un profanateur et un sacrilège.
A cette obligation générale ^ ma chère Sœur^ vous ajoutez Fengagement particuUer de la sainte virginité ^ qui consacre votre corps ^ vos sens ^ votre cœur à Jésus-Christ , d^une manière encore plus spéciale^ c^est-à-dire ^ que pour tenir la chair
soumise à Fesprit, canouc yoys l'ayez prwnif
POVR UNE FHOFESSIO:!? RELIGIEUSE. 35
cfonsNotre baptême ^ les saints fondateurs 6ht cru qu^il étoit plus sur et plas facile de lui interdire tous les plaisirs ^ que d^en régler Fusage. Aussi ne croyez pas que le renoncement à la société sainte du mariage ^ renferme tous les devoirs de la continence universelle que vous allez promettre à Jésus-Christ : tout doit être pur et chaste dans iine vierge consacrée à la chasteté religieuse : vos yeux ne doivent plus s^ouvrir que pour le ciel :; >otre bouche ^ que .pou^ chanter des cantiques célestes^ vos oreilles^ que pour entendre les merveilles du Seigneur et les vérités de la vie étemelle;} votre imagination ne doit plus vous retracer que des images pures et saintes ^ et les spectacles du siècle à venir ^ votre esprit ne doit plus s^occuper que de Tespérance des Uens futurs et des miséricordes du Seigneur sur votre ame. Voilà, ma chère Sœur, toute Fétendue de rengagement de la sainte yirginité que vous allez contracter. Les objets du monde et de la vanité, quelque innocens quils puissent être, blessent désormais la pureté de vos regards : les discours mondains que vous vous permettrez , quand ils ne seroient qu'*oiseux et inutiles , souillent la sainteté de vos lèvres : les récits des affaires et des amusemens du siècle que vous écouterez , désho* norent la pudeur et Finnocence de vos oreilles : les soins sur votre propre corj)s , s^il y entre la plus légère complaisanca^ ou la recherche la plus imperceptible de vous-même , violent la pureté de b consécration : Fattachemeat cbamel à vos pro*
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cheS) ou les liaisons trop humaines avec vdf soeurs ^ profanent la sainteté de votre cœur. U'é* pouse fidèle dans le monde est occupée des soins de plaire à son époux : on lui souffre ce partage que le devoir et la tranquillité d*'un lien sacré rendent nécessaire. Mais Tépouse de Jésus— Christ ne doit plus plaire qu'*à lui seul ^ tout ce cjui partage son cœur , la rend infidèle :; tous les soins qui ne tendent pas à s''attfrer la tendresse de cet époux céleste ^ et à hii donner des marques de la ti6tre ^ blessent sa jalousie ^ et donnent atteinte à la fidélité que nous lui avons jurée : en un mot ^ ma chère Sœur ^ tout ce qui n^est pas saint ^ éternel ^ céleste ^ vous souille ^ vous dégrade ^ vous avilit.
Telle est Texcellence de la sainte virginité qui va voiis consacrer à Jésus-Christ ^ et voilà pourquoi les premiers instituteurs de la vie religieuse ont joint à ce premier engagement les jeûnes^ lés veilles ^ les macérations ^ la prière. Ils ont regardé la mortification et Foraison comme des devoirs inséparables de la «ainte virginité : ils ont compris qu'il étoit impossible de conserver le corps pur au Seigneiu* , si la mortification n'en réprîmoit les révoltes , si la prière n'en pimfioît le» désirs. L'état de la sainte virginité est donc un état de mortification perpétuelle^ de prière tendre et fervente;; de vigilance infatigable siu* les sens: ce n^est que par ces sacrifices journaliers^ que vous pouvez assurer la possession de votre corps à l'époux céleste : Timmortiiication j le relâché-
tuent ^ la recherche des commodités ^ des superfluilés et des aises ^ sont comme des transgressions essentielles de ce premier vœu de chasteté^ parce qu''ils en violent Fétendue , et que tôt ou tard ils en attaquent le fonds.
Et voila 5 ma chère Sœur , Tavantage que vous âivez sur les personnes engagées dans le monde. Gomme vous ^ elles sont obligées de conserv^er leur corps pur au Seigneur^ de faire un pacte avec leurs yeux ^ poijir ne pas même penser à des objets défendus, dont ils sont sans cesse environnés ;; dfe s^iuterdîre tous les désirs qui pourroient souiller Tame:) quoique tout ce qu'ails voient et , tout ce qu'ils entendent , lés réveille et les allume dans leur cœur. Mais pour en verar là , ils sont obligés , comme vous et encore plus que vous ^ de se mortifier sans c^sse ^ de veiller continuellement sur les séductions des sens^ de ne point cesser de prier et de gémir , pour appeler le Seigneur au secoiu's de leur foiblesse , et afin qu'ail ne les laisse pas à eux-mêmes au milieu des ten«tations et des périls innombrables qu^ils trouvent
• partout sur leurs pas. Mais ces devoirs si essentiels à cette v«rtu , qui nous conservent purs et sans tache , et sans lesquels nous ne sfiurions ré^ pondre un jnoment de la fragilité de nos peu— chans :; ces devoirs , dis-je , deviennent comme impraticables au milieu du monde. Hélas ! ma chère Sœur ^ la prière n^y est même^ pour les plus réguliers , qu^un moment de bienséance et
d'ennui 9 accordé le matin et le soir à ce saint
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exercice^ et loin de le regarder eomme tDi de^ voir , à peine efa counoît-on le nom et Tusage ^ et je n'^en suis pas surpris. Le moyen, en effet , d'*apporter à la prière cet esprit tranquille et recueilli quelle demande, lorsque toute la vie est une dissipation continuelle, que les affaires inquiètent , que les bienséances occupent, que les plaisirs dissipent , que les inulililés amusent , que tout cela ensemble forme un tumulte , une agitation au-dedans de nous^ un éloignement étemel de soi-même , incompatible avec Fesprit de k prière ? Le moyen d^'y apporter im cœur sensibk à la voix de Dieu, et capable de goûter les vérités du salut ^ un cœur que mille passions remplissent , que mille attacbemeus humains partagent^ que mille désirs terrestres appesantissent,, que des espérances, des projets, des jalousies, des haines , de fausses joies , des chagrins amers, des pertes , des bonheurs frivoles , occupent tout entier ^ un cœur à qui il ne reste de goût , de mouvement , de sensibilité , que pour les çlios«s d''ici-bas? La prière suppose un esprit tranquille et recueilli , un cœur pur et libre ;; et pour prier utilement , il faut vivre ou désirer de vivre sain^ tement.
La mortification n''y est pas moins inconnue e\ impraticable que la prière. Hélas ! ma chère Sœur, comment se mortifier au milJeu d^un monde où Pou donne, presque tout aux sens.^ où la sensualité des tables , la magnificence des édifices , Toisiveté et le danger des plaisirs^ publics ^
iotm UNE PROFESSION nELlGIEUSE. BSq
le luxe ^ la moDesse ^ la recherche de tout ce qui peut flatter et nourrir Tamour— propre ^ les amuisemens éternels sont devenus des usages et des bienséances dont la sagesse et la régularité même n''oseroit se dispenser? Cependant sans la mortification ^ le corps ne peut être soumis à Tesprit ^ sans cette soumission ^ la prière n^est pas possible^ et sans la prière ^ il n'^est point de veiiiu sure et qui soit de durée. Aussi ^ ma chère Sœur^ que de naufrages là pudeur y fait-elle tous les jours ! la ^bienséance même n^est plus un frein à Tindignité et à la fureur dW vice honteux^ et Fusage a presque rendu innocait ^ et est sur le point de rendre même honorable ^ ce que la dépkavationft rendu commun.
Mais dans ces asiles saints^ ma' chère Sœur^ la prière et la mortification deviennent comme lé fond et Toccupation nécessaire de votre état^ et il en coûteroit plus de s^ refuser , que de s^ livrer avec tme constante fidélité. Ces deux devoirs si ennuyeux et si impraticables au milieu du monde ^ font ici toute la consolation d^une vierge fidèle. Tout y facilite la prière , parce que tout inspire le recueillement : Tesprity éloigné des objets de la vanité ^ n^en porte pas les dangereuses impressions jusqu^aux pieds de Tautel : le coeur ^ séparé de toutes les créatiu'es , se trouve libre devant le Seigneur , et en état de goûter coiii^ ' bien il est doux : les sens réglés et recueillis par les spectacles religieux qui les occupent ici sans cesse ^ u^ont plus de peine à se recueillir dans 1«
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tpmps de la prière ^ et à se taire respecinense-» meiit^. devant la majesté du Très^Haut. Toutj conduit à la mortification ^ tout Finspire ^ tout k rend comme nécessaire : les saints usages établis , les exercices religieux.^ Paustérité de la vie corn* mune^ les privations volontaires qu'ion y ajoute ; tout mortifie ici la nature ^ tout conduit à la violence et au renoncement ^ et tout Tadoucit :; et rimmortification deviendroit une singularité plus difficile à soutenir ^ par le mépris et la confusioB où elle nous laisseroit ^ <|ue les austérités ellesmêmes. Ainsi ^ ma chère Siseur ^ le seul privilège que les personnes du monde ont ici par-dessus vous ^ c^est qu Vjant au fond les mêmes obligations que \ous^ elles n^ont piis les mêmes facilités pour les remplir : c^est que le salut coûte J>ien plus dans le monde , que dans la religion : c^est que dans ces asiles saints il y a plus de secours^ dans lé monde plus de périls et plus d^obstacles <, et cependant presque partout les mêmes devoirs à
remplir.
Que tous rendrons-nous donc ^ ô mon Dieu !
pour le bienfait inestimable qui nous a consacrées à votre service ? Quœ reddam laudationes tibi? ( Ps. 55. 12. ) Vous avez adouci notre joug^ en nous imposant le vôtre^ que lé monde^ tou jotu*s dans Terreur , regarde comme un joug accablant et insupportable : vous avez abrégé nos combats ^ en nous associant à cette milice céleste ^ où il semble que nous nous déclarons une guerre cruelle à nous-mêmes : vous avez soulagé nos peines en
augmentant
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augmentant nos privations , et tari la source de nos inquiétudes , en nous délivrant de tous les attachtemiens qui les causent.