‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 33 sur 45 · SECONDE RÉFLEXION · texte numérisé non relu

SECONDE RÉFLEXION

Aussi , ma chère Sœur , le second engagement de la \ie religieuse est un engagement de pau-^ Treté et de dépouillement universel. Comme toutes les créatureJs et tous les biens périssable^ 8ont devenus des pièges pom- Thomme ^ qui ne sauroit presque plus jouir des bienfaits de Tauteur de la nature sans en abuser ^ les saints fondateurs ont cru qu'ail étoit plus sur et plus facile de s''eii dépouiller tout— à— fait ^ que de se contenir dans les bornes d'un usage saint et légitime. Ils ont donc ordonné à celui qui vouloit être disciple de Jésus-Christ, et le suivre dans les voies dç la perfection religieuse , de renoncer à tout , de peur que la possession la plus permise des biens de la terre , ou n'attachât trop sou cœur t ou ne partageât trop ses soins , ou ne ralentit son ardeur et son progrès dans cette sainte carrière^ , Cet engagement de pauvreté religieuse renferme donc trois devoirs essentiels : première-^ .meut , ' un détachement de cœur de toutes les choses de la terre ^ secondement , une privation actuelle de toutes les superfluités ^ enfin une soumission et une dépendance entière dos supérieure dans Fusage même des choses les plus nécessaires!. A regard du détachement de cœur de toutes 2 orne y IL Oraisons Fu$f. 3ï

362 lil* SERMOir.

les choses de la terre ^ ma chère Sœur ^ c^est une obligation qui vous est commune avec tous les fidèles ^ puisque c^est une suite du second vœu de votre baptême ^ par lequel vous avez renoncé au monde et à ses pompes. Quand vous n'^auriez pas embrassé un état de pauvreté ^ et qiie vous auriez vécu dans le monde au milieu de Topulence que la naissance sembloit vous destiner, vous auriefz toujours vécu au milieu des biens qui ne vous appartçnoient pas ^ auxquels il vous étoit défendu de vous attacher^ et dont il ne vous étoit permis d'user qu''en passant ^ et pour la gloire du grand maître qui vous les avoit confiés.

Nous sommes tous id-bas des étrangers^ ma chère Sœur : voilà pourquoi entrant dans le monde ^ nous commençons par y renoncer daus notre l^aptême ^ c^est— à-dire ^ nous confessons publiquement à la face des autels ^ que ce n'^est pas ici notre patrie ^ que nous n^ . prétendons rien : que nous ne pensons pas à y établir une demeure permanente ^ que nous ne voulons que passer par ses êiux biens ^ que nous les regardcxis comme les embarras et les périls de notre voyage, que nous sommes citoyens du ciel^ héritiers de Dieu et des biens éternels ^ et que tout ce qui est au-dessous de cette; espérance^ n^est pas digne

de nou$.

Le chrétien doit donc vivre détaché de* tôoft ce qtû Tenvironne : dès qu'il s'y a|Ltache ^ il cesse d'être étranger sur la terre ; il en iait s«i patpe ^

P«VR TJNB FROFESSrON RELt&rEVSE. 363

il renonce au titre sublime de citoyen du ciel ^ et n^a plus de droit au royaume^ qui*n''est promis qu'eaux pauvres de cœur, c^est— à^dire , à ceux qui ont vécu comme ne possédant rien sur la terre.

J'^avoue , ma chère Sœur, que ce détachement de cœur est bien rare dans le mondé , où^ Ton tient si vivement à ce que Ton possède ^ où Toi^ -souhaite toujours ce qu'ion n''a pas , où Ton envie sans cesse ce qu^on ne peut avoir :; où Ton s^agite «i fort pour parvenir à ce qu^on n''aura jamais 5 où les pertes^ sont si sensibles , parce- que les attachemens sont toujours extrêmes ^ ou les desiis croissent' toujours , parce que le monde entier est trop au-dessous de nous pour pouvoir les Satisfaire ^ où Ton n** estime heureux que ceux qui sont charge de plus dé liens, et qui tiennent à plus d^embarras que les autres^ où Ton n^a de joie et de chagrin*, que par rapport aux choses d''ici-bas^ enfin où Fou ne vit que comme si nous n^étions faits que pour ce que nous voyons , et que la terre dût être notre patrie éternelle. Pavoue , dis-je , que ce détachement est rare et presque inconnu dans le inonde^ mais c^est que les véritables chrétiens n^ sont pas eu grand nombre ; et qu^à peine le fifs dé Thomme , quand il paroitra , trouvera-tnil un reste de foi sur la terre.

Et c^est en quoi , ma chère Sœur, Fopprobre de Jésus-Christ que vous embrassez , doit vous paroltre préférable à toutes les couronnes de la

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terre: ce détachement si indispensable ponr k salut ^ et si dMlicile dans le monde ^ devient comme naturel dans la i*eligîon. Et certes ^ ma obère Sœur ^ il est aisé de se détacher de tout, quand on s^est dépouillé de tout :; de ne tenir à rien sur la terre, quand on n'*y possède rien^ d''y vivre comme étrai^er , quand tout ce qui nous environne n est point à nous :; et d^'étre pauvre de cœur, qtiaud on est pauvre réeilement et en eflet.

• Ce n''est pas que la misère du cœur humain est telle , que souvent après avoir renonoé d^une manière héroïque aux g^rands biens et aux grandes espérances du monde , on s'^attache dans la retraite aux choses les plus frivoles et les plus légères # Souvent, ma chère Sœur;, une ame que toute la gloire du monde nVvoit pu toucher, et qui a^avoit trouvé dans tous les établissemens les plus brillans , et dans toute la magnificence qui Fy attendoit , rien de digue de son cœur , trouve dans la retraite mille liens vains et puérils qui rattachent. Semblable à Rachel , après avoir généreusement abandonné la maison de ses proches^ après avoir renoncé à tout , à sa famille , à ses prétentions ,. à tous les liens de la chair et du sang , pour suivre son époux Jacob , figure de répoux céleste , dans une terre sainte et la demeiu*e du peuple de Dieu ^ on déshoupre li grandeur et la magnanimité de ce sacrifice , ea se réservant de vaines idoles:; en portant les dieiu

de Laban, c^e$t-4*dire , les passions du mond^)

FOUR OHE PROFESSION RELIGIEUSE. 365

et mille attachemens humains jusque dans le tabernacle mystérieux de Jaeob , figure du sanctuaire véritable ^ et de ces retraites religieuses ^ où une àme qui a renoncé au monde ^ \ieRt habiter avec Jésus-Christ^ Fépoux des vierges chastes et fidèles.

. D semble que le cœur^ après avoir tout sacrifié , s^ennuie de sa liberté , et qu''il ne puisse- être heureux sans se former à lui — même quelques^ chaînes : il semble qu'*éloigné des objets quL forment les grands attachemeiiEs et qui remuent les passions violentes ^ il se fasse une grande pas^ rion des objets petits et friv(^les qui Fenvironnent^' et que ne trouvant plus , pour ainsi dire-, où. se prendre ^ il se prenne à tout : il semble- même que les attachemens deviennent plus violêns^^ occupent le «œur plus sérieusement ^ plus vivement^. k mesure qu^on est éloigné des grandies tentations ^ et que les objets qui nous- restent sont: bas et indignes de notre cœur« Ainsi on* tient àtout ^ quoiqu'^on soit séparé de tout ^ on n^est* point pauvre de cœur , et on est encore attaché à la terre , quoiqu^on ait renoncé à tout ce qu^^elle pouvoit avoir de grand et d'aimable ^ car ce qui fiiit devant Dieu le crime de nos attachemens ^ n^est pas la grandeur et Téclat des objets auxquels nous tenons^ c^est la vivacité die Ik passion qui nous- y attache : plus même ces objets sont TÎls et méprisables, plus Pàttachement est insensé et criminel <5 parce que moins la passion a d'^ex— 4Ufie^ et que lapréféj^nce'qae'aotis leurdonnom

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sur la sainteté de notre état, et sur les promesses que nous y ayons faites au Seigneur ^ est injuste.

Tel est recueil à craindre dans le dépouillement religieux. Souvent encore , détachés de tout pour nous-mêmes , nous tenons encore à tout pour nos proches : nous devenons, pour ainsi dire, riches de leurs richesses , fiers de leur élévation ^ glorieux de leur gloire , heureux de leur prospérité;^ leurs malheurs nous accablent, leurs disgrâces nous humilient ^ nous faisons des vœux insensésvpour leur avancement^ nous seutous plus vivement qu''eux les événemens qui les élèvent ou qui les abaissent^ et après avoir refusé de partager avec eux leur grandeur et leurs richesses, en embrassant un état de pauvreté et de dé-^ pouillement , nous partageons avec eux leurs passions et leurs crimes.

Voilà le premier devoir de la pauvreté religieuse, qui vous est commun avec tous les fidèles: conserver le cœur détaché de tout ce qui nous environne ^ nous dire sans cesse à Bous-mèmes , que notre cœur n^est fait que pour aimer son Dieu , son bien unique et souverain , et que tout amour de ]^ créature le déshonore et le dégrade ^ qu il est insensé de s^attacher à ce qui va nous échapper en un instant , et qui ne peut nous rendre heureux pour Finst^^nt même qu'ion le possède :; plus insensé encore de lui sacrifier ce qui doit demeurer éternellement^ que nos atta-« chemens , outre qu''ils souillent notre /cœur, sont encore la source de tous nos malheurs et dé

POUK UNE PROFESSION RELIGIEUSE. SjS^

toutes nos peines ^ ' que nous sommes toujours punis de nos passions par les objets mêmes qui les causent ;; et que pour \ivre heureux même ici-bas , il faut ne tenir à rien qu^on puisse nous ravir malgré nous-mêmes.

Le second devoir d« la pauvreté religieuse , c^est le retranchement actuel de toutes les superfluités^ c^est— à— dire , de tout ce qu^on appelle dans le monde ^ les aises et les commodités de la •vie. Mais ne croyez pas , ma chère Sœur ^ que cette obligation vous soit propre : elle est encore une suite des engagemens du baptême ^ et dès-là indispensable à tout fidèle. Les créatures ne sont pas faites pour fournir à de vains plaisirs^ puisque TEvangile les interdit tous au chrétien , et quMl y a renoncé lui— même dans son baptême. Bien plus ^ comme pécheurs ^ nous avons perdu le droit d''user des créatures , et de les faire servir même à nos besoins ^ loin de les employer à nos plaisirs. Comme nous en avons abusé ^ la peine naturelle de Fabus que nous en avons fait ^ étoit de nous en interdire tout usage : et comme le pécheur abuse de tout , tout devroit lui être à Tinstant refusé ^ et la mort devenir la peine subite et inséparable du péché. Nous devenoifs donc indignes d^user des créatures ^ dès que nous avons été assez ingrats que de les faire servir contre le Seigneur même à qui elles apparu tiennent ^ c^est donc une grâce quHl nous fait ^ de nous en permettre encore Tusage ;; mais nous

devoos nous souvenir que nous ea usou^ comme

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pécheiYrs 5 que nous n'y avons plus aucun droit ^ que si les usages même les plus nécessaires nous sont interdits , à plus forte raison les superfluités et les délices ^ que ce seroit une injustice de fiûre servir les créatures aux plaisirs d'un pécheur qui en a abusé ^ et qui ne d«ît plu$ vivre que pour souffrir ^ et expier cet abus ^ que si on lui en permet encore Fusage ^ c'est à condition qu'elles deviendront la matière de sa pénitence ^ Corinne elles ont été la source de tous ses crimes^ et que par les privations continuelles et douloureuses dont il se punira ^ il expiera l'abus injuste qu il avoit été capable d'en faire. Voilà le fond de Ja vie chrétienne ^ et les grandes maximes que TEr Vangile propose à tous les fidèles.

Ainsi ^ selon ces règles capitales de la foi ^ on doit vivre pauvre au milieu même de l'opulence^ se retrancher tout c^ qui né tend qu'à flatter les sens^ s'interdire tout ce qui n'est inventé que pour nourrir l'orgueil et l'amour— propre, tout ce qui sert d'aiguillon aux passions , et s'en tenir là—dessus à tout ce que la nécessité , la charité et une rigoureuse bienséance nous obligent encore de nous permettre. Tout l'avantage que les personnes du monde ont donc ici au-dessus de vous , ma chère Sœur , c'est que sans renoncer à leurs grands biens , elles ne peuvent pourtant les faire servir à leurs plaisirs ^ c'est qu'à portée de se ménager toutes les superfluités , elles sont obligées de se les interdire ;; c'est que sans se séparer de tout ce qui £ktte les sei^^ elles doivent

FOUR UNE PROFESSION nELIGlEUSE. 869

les mortifier sans cesse [j sans se dépouiller de teut ^ vivre dans le dépouinenoient ^ c''est ^ en un mot ^ qu'elles ont plus d'embarras que vous ^ et n'en ont pas pour cela plus de privilège.

D est vrai qu'une épouse de Jésus-Clirit ^ qui a joint à cette obligation commune^ une promesse particulière de vivre dans le dépouillement religieux^ doit se disputer avec bien plus de rigueur les plus légères superfluités : non-seulement tout ce qui flatte encore les sens et les passions lui est interdit ^ mais même ce qui amuse enëore ^ pour ainsi dire ^ l'amour— propre : non-seulement tout ce qui sent les pompes du inonde est criminel pour elle^ mais même tout ce qui n'est pas marqué par un caractère particulier de pau** •vreté et de pénitence ^ ce n'est pas assez que ce qui l'environne n'augmente pa& ses passions ^ il faut qu'elle les combatte et qu'elle les aSbiblisse : ce n'est pas assez d'éviter les profusions de la vanité , il faut y joindre les privations d'une humble pauvreté : ce n'est pas assez de n'avoir plus rien de commun avec le luxe des personnes du monde , il faut n'avoir rien même de particulier qui nous distingue de la modestie et de la simplicité de nos sœurs ^ rien qui paroisse nous élever au--dessus d'elles-^ rien qui puisse les faire souvenir des vains avantages du nom^ de la nais-* sauce ^ de la fortune ^ auxquels nous avons re^ nonce en nous consacrant à Jésus-Christ; rien qui puisse blesser l'uniformité religieuse qui les a égalées à nous^ rien eufîn c][ui tende à introdiùrti

3^0 lit* sERMeir

les distinctions da siècle dans un lieu qui n^est

établi <]ue pour les efiacer et les anéantir.

Dieu seul, dit le proph6te, doit être grand dans la maison de Sion : Dominus in Sion nurgmis. (Ps. 98. 2.) Toute grandeur de la terre, tout éclat humain est ici éteint et éclipsé : tous les noms et tous les titres , que Porgueil des hommes a inventés , sont ici effacés par le titre glorieux, d^épouse de Jésus-Christ : tout doit paroitre ici petit devant la majesté du Très-Haut, qui remplit ce lieu saint dé sa gloire et de sa présence. Et comme après le dernier jour Dieu seul régnera dans Funivers , et que le monde entier étant détruit , tous les sceptres et toute» les couronnes brisées , tous les royaumes et tous les empires retombés dans le néant , et , en un mot , toute puissance et toute domination finie , Dieu seul , ditTEcriture , remplira de sa majesté les nouveaux deux et la nouvelle terre ^ Dieu seul paroitra grand , parce que sa gloire seule s'élèvera sur les débris de toutes les grandeurs humaines : on peut dire que ces maisons religieuses sont d''avance ce ciel nouveau et cette nouvelle terre purifiés par un feu céleste ^ où toute grandeur est anéantie ^ où tous les noms et tous les titres sont confondus^ où le monde avec toute sa gloire est déjà détruit ^ où Dieu seul est grand ^ parce que Dieu seul y règne et y est adoré : Dominus in Sion magnus. *

Voilà, ma chèra Sœur, à quoi vous engage le dépouillement auquel vous allez vous SQumelttt^^

POUR USE PROFESSIOlf RBLIGIEVSE. 3n I

et VOUS voyez ^e ce qu**!! exige de plus de vous que des personnes du monde ^ est plutôt une fa^ cîlilé pour remplir rengagement contracté làdessus dans votre baptême , qu^une nouvelle rigueur que vous y ajoutez.

Enfin le dernier devoir de ce dépouillement religieux ^ est la soumission et la dépendance en-^ tière des supérieurs ^ dans Tusage même des chose^les plus nécessaires 5 c^est-^-dire ^ regarder tout ce qu'on nous laisïse comme n'^étant point à nous^ n^en user que selon Tordre et la volonté de ceux qui' nous gouvernent^ le voir changer^ augmenter^ diminuer ^ avec la même indifférence ^ ne nous approprier de tout ce qui nous sert , que la dis-* position d'en être privé ,. dès que Tordre le demandera^ et n^avoir à soi que le saint plaisir d'hêtre libre et dépouillé de tout.

Ne vous figm^z pas cependant ^ ma chère Soeur ^ qu^en ceci même votre condition soit plus dure que celle des personnes du monde. Â là vérité , la foi n'exige pas dVux qu'ils dépendent des hommes dans Tusage de leurs biens , et qu'ils o'en usent ou ne s'abstiennent que selon les ordres et la volonté d'autrui. Mais sans vous faire remarquer, qu'il est mille situations dans le monde^ et pour celles de votre sexe surtout^ où Ton ne peut disposer de rien ^ où tout ce qui est à nousi, est comme s'il ne Tétoit point ^ où Ton dépend de la volonté et souvent du caprice d'autrui , dans l'usage même des choses les plus nécessaires ;j où les grands biens qu'on a portés à ua xn&ri y ne

372 m' SERMOIT.

servent souvent qu^à augmenter ses profiisîom insensées envers les objets criminels de ses passions^ et sa dureté à notre égard:; enfin où Ton n^achètc par des richesses immenses ^ que le droit de ne pouvoir plus s''en servir ^ et de les voir engloutir, sans oser presque se plaindre : sans m'^arréter à cette réflexion , ma chère Sœur , et en vous permettant d''imaginer une situation où Ton ne dépend de personne dans Tusage des biens que nous avons reçus de nos ancêtres , nous dépendons toujours des maximes de la foi qui doivent régler cet usage : nous dépendons sans cesse de Dieu , qui peut nous enlever ces biens à chaque instant^ qui peut d'un souffle renverser nôtre fortune ^ et par mille événemens iniprévus ^ changer notre opulence en une extrême misère. Nous devons donc toujours être prêts ^ comme Job y de trouver bon tout ce qu'ail plaira au souverain maître d'oeil ordonner : nous devons en user comme pouvant en être dépouillés Tinstant qui suit^ nous regarder toujours comme des esclaves^ à qui le maître peut redemander les biens qu'il leur a confiés, sans quHls puissent y trouver à redire;; ne les posséder que comme ne les possédant point ^ nous souvenir qu'étant entrés nus dans ce monde .

comme dit F Apôtre , nous n'y possédons rien qui soit à nous y et que devant en sortir dans la même nudité et dans ia même indigence ^ tout ce que nous aurions voulu nous approprier u'auroit été^ ^pour ainsi dire, qu^un vol fait au père de famille^ un vol que nous aurions été forcés de restitua à

la

FOtJR UNE l^ROrBSSÏON ftKLIGlEUSB. 3^3

là moït qui nous ravira tout , et de montrer ainsi à tous les hommes^ que nous avions été des usurpateurs ij que ces grands biens ^ dont nous nous étions parés aveo tant d^ostetitation , ne nous ap— partenoientpas^ et que nous n'avions à nous qite le droit d^en user et de les faire valoir au profit et pour la gloire du Maître souverain qui nous en avoit confié Tadu^inistration.

Ainsi , ma dtkèw Sœur , la pauiT:eté religieuse ne diminue pas tos droits sur les biens et sur les loisirs de la terre ^ puisque le chrétien n''y a point de droit ^ elle dimiaue seulement vos embarras et vos inquiétudes : elle ne vous dépouille de rien ^ puisque rien n^est à vous ^ elle vous met seule-* ment hors d'état J^e vous attacher à ce qui ne vous appartenoit pa$ : elle ne retranche pas même les profusions et les superfluités ^ puisque FEvangile les interdit à tout fidèle : elle ne retranche que les occasions qui auroient pu vous porter 4 les r^hercher : en un mot^ elle n''éloig;ne que les périls; et loin de vous imposer un nouveau Joug ^ elle voua met dans une liberté parfaite.

Je sais que le monde ne regarde pas des mêmes «yeux cet état de pauvreté religieuse ^ et qu^on se cr<^t plus libre et plus heureux ^ quand on peut jouir à son gré des biens que Ton possède* Mais quel est ce bonheur ^ ma chère Sœur ? que sofot la plupart des hofnmes ^ que les ésçhives in« fortunés 4e ^eurs biens et de leur fortune TUêp^ les possèdent pas; ils en sont possédés : que de craintes ! que de désirs ! que de jalouses ! qu« Tomf KIL OaAisvifs fum* 3»

3^4 ï'ï* SEHMQir

de bassesses ! que de soins pour les conserver ! que de précautions de peur de les perdre,! qufl de passions à contenter ! que d'accidens à craiudre ! que de contre^temps à souffrir ! (pe de courtes joies ! que de chagrins durables ! quek chagrins amers suivent le dérangement des pnn fiisions «t des excès ! de quels soucis honteux et dévora ns est punie et toujours accompagnée IV varicé ! quels 'désirs insatiables d^amasser sans cesse ! quel dégoût cependant ^ et quelle saûël même dans la possession ! A combien de maîtres et de tyrans ^ s^écrie saint Ambroîse ^ se h(t celui qui ne veut pas prendre le Seigneur pom son seul maître et pour son imique hériteip^- Quam muhos dominos habeU^ qui unum refir périt ! ( S. Ambr. )

Heureuses donc les âmes ^ è mon Dieu ! q^ vous avez appelées à un état de dépouillenifli^ entier ! Sans inquiétude^ sans souci pour le I<!^ dentain^ sans toutes les tristes précautions f(J^ Ta venir ^ sans embarras pour le présent ^ à&^ tassées de tout ce qui agite et qui tourmente «i epfans du siècle ^ leur unique soin est de ^^ plaire ; toujours dans Tabondancf^^ parce qu^elv nVnt besoin de pieu ^toujours tranquilles ^ p>^ qu^elles ne désirent, rien ^ Içur vie est uQe iH continuelle^ un calme que rien ne peut altéra une joie pure et innocente : Et justi epuhnturé

exultent in conspectu J)ei, (Ps. jSy. 40'^'* que les enfans du siècle ^ toujouj^ dans rabondanC et jamais rassasiés , tQujpurs dans les plaisirs )i

l>OtR tNE T>R0FÊSS10k RELIÔIEU^Ë. 3^5

jamais heureux , passent leur triste vie à désirer, à

9*'agîter , à changer sans cesse de situation et de

mesure. Loin de se faire une félicité de ce qu'ils

ont , ils se font Un supplice de ce qu^ils désirent :

bhaque instant les jette dans de nouveaux mouve-

mens : ils ne connoissènt le repos que pour lelliir :(

et toute leur vie est une agitation étemelle que rien

ne peut fixer , et qui ne leur laisse pas plus de

consistance ici-4}as , qu'à la poussière qui devient

le jouet des vents sur la terre : Non sic impii ^

non sic^ sed tanguant puhù quemprojickventùs

àfacie terrœ. ( Ps^ i- 4* )

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