‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 37 sur 45 · SECONDE RÉFLEXION · texte numérisé non relu

SECONDE RÉFLEXION

^lAis quadd la justice et la reconnoissancé n^'exigeroient pas de vous le sacrifice que vous allez faire ^ la prudence chrétienne ne vous permettroit pas de balancer ;; et cette alliance sainte n'eâ seroit pas' moins une alliance de jugement et de «agesse : Sponsabo te in judicio ^ second caractère.

Pesez en effet, ma chère Sœur, sur quoi roule ce que vous allez sacrifier , et de quel prix est ce que Jésus-Christ vous prépare. D'un côté , une fumée dont uù instant décide^ des plaisirs qiâ

ig% IV* SEKXOlf

durent peu ^ qui lassent dans leur courte durée et qui doivent être punis étemelleiuent ^ des jalousies^ des chagrins^ des passions que tout allume^ et que rien ne satisi&it ^ des dégoûts qu^il &ut dévorer ^ et dont on n^oseroit même se plaindre ^ des remords secrets que rien ne calfne \ des assu* jettissemens et des ennuis mortels dont il faut même se faire un empressement et un mérite^ des bizarreries ^ des rebuts de la part des grands ^ qu'ail iaut e^uyer et dissimulera un pubUçepeiH dant et un éloignement de Dieu inévitable ^ miik périls dont Finnocence ne sort jamais entière ^ des adoucissemens dangereux sur les rëgl^ et 5Uf les dievoirs ^ des agitations éternelles ^ où jl n'entre rien de plus solide , que d'en connoitre le néant,' une vie toute d'inutilités, de mouvemens , d'erreurs, de désirs, de craintes, d'espérances { 4^ enfin , une mort accompagnée souvent d'un repentir inutile, souvent d'un calme funeste^ tovr' jours terrible pour le salut , puisqu'elle finit toti» jours une vie, ou inutile , pu çrinnaelle: voilàœ que vous sacrifiez en renonçant au monde.

Mais, de l'autre côté , que vous prépare J^ Christ pour remplacer ce sacrifice ? L'innocence et la paix du pœur , que le monde ne .coûnoff pas;; la joie de la bonne consdenee, qui ^^ '^ seule source des vrais plaisirs ^ des devoirs , <» l'on est toujours payé comptant de la peine, p^ la consolation qui en facilite l'acoon^lissemeo^l une société sainte dont la d^rité e$t le lien 7 ^ la paix fidt toute Ici douceur ; 9Ù Ton n 6B^

POUR UNE PROCESSION rÊL!G1KU5Ë* BqS

rîôti ^ parce que tdut est à nous comme à nos Soeurs^ où Ton ne se défie de rien, parce qu^on n'*a chacun que les ménoies biens à espérer ^ et les mêmes ïliaux à craindre ;; où la diversité des in-»térêts ne divise pas les cœurs , parce que cVst le k même intérêt qui nous lie :; où tous les chagrins i cjùî empoisonnent la vie humaine sont inconnus ^ I parce que les passions qui les causent en sont bannies ^ où nous trouvons des ressources à toutes nos peines ^ des précautions contre toutes nos foiblesses ^ des appuis dans tous nos découragemens ^ des attraits pour tous nos devoirs ^ une vie tran->quille^ innocente^ pleine de bonnes oeuvres^ où les actions les plus indifférentes deviennent des vertus, et nous sont comptées pour le ciel;; et enfin une mort semblable à celle des justes ^ pleine de consolation , sans regret à ce qu'on laisse dans le monde , parce que , n^ possédant plus rien , on n^ laissé rien ^ sans inquiétude de conscience sur les ajBTaires dont on s^'étoit mêlé 1 parce que le salut avoit été Tunique affaire qui nous avèît occupés ;; sans remords sur des biens mal acquis , parce que nous avions renoncé k ceux mêmes que nous pouvions légitimement posséder ^ sans scrupule sur les places où Tarn- 'bition nous avoit élevés , qui n''étoient pas peut-être celles que Dieu nous avoit destinées , parcb -que nous mourons dans une situation où la grâce seule pou voit nous plaeer;; en un mot , une mort douce , paisible, et d^un présage consolant ipour Féteraité , puisque le monde, n^ayantpas été

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notre patrie ^ nous, devons ^ selon les promesse» ^ la trouver dans le ciel : voUsi ce que Jésusr-Çlirisl vous prépare.

Or^ sur le point de. vous dédarçr ms, pieds

de Fautel ^ ne sentez-vous pas plus que jamais ^

ma chère Sœur ^ la sagesse de votre choix ?

Examinez^ vous dit encore Jésus-Christ pour

la dernière fois: jetez les yeux sur tout ce

qui vous environne^ et vpyez si le monde ^

avec tout ce qu''il pouvoit vo^s promettre df

plus pompeux ^ peut être comparé à Finnocence

et à la sûreté de Tasîle saint où je vous appelle;;

je vous permets d^i^n faire le parallèle dans votrç

cœu? : voilà la montagne saint? où je me com*

munique à Tame comme iiu anpii ^son ami ^ €^

la plaine où une foule insensée adore le veau d W ^

le repos du sanctuaire ^ et le tumulte du siècle :

choisissez ) il est encore tempsr^ votre sort est

encore ^tre vos m^ains : il faut vaus ^efidi^f

à des croix et à des amertumep dans mon serr

vice : ma grâce vqus adoucira mou joug ^ il e^

vrai:j vous le trouverez léger, et son poids

même vous con^plera^ mais eu certaiqs momenS)

pour éprouver votre fidélité , je paroitrai vow

laisser à vous-même : je ne suspeudrai pas mes

secours , mais je suspendrai mes consolations : je

serai toujours avec vous^ jofiia je ne me ferai ps^

t^oujours sentir à vptre cœvir : je laisserai à mo^

calice toute son mnertume, et il ne vous offrira i^

comme le calice de mon Père ne m^ofirit à moin

même , qu'un 4égoût et une répuguai^çç çecr^te .:

90VR UNE PHOf^^SlÙV ÙSLIGIEITSB. S9S

\e vovÊs avertis , et vous devez vous préparer à ces temps d^épreuve : je ne veux pas surprendre votre Donsentement ^ nimè prévaloir des premiers trans* ports dW zèle qui souvent mène plus loin quW ne voudroit : je ne prétends pas amuser la victime pour la divertir de la pensée du glaive et du Bûcher ^ ni vous mener à Tautel, les yeux fermés • pour épargner à votre foiblesse là vue de Fappareil et des rigueurs du sacrifice : je demande mie oi&ande raisonnable et éclairée : je veux bien que Famour seul soit le feu qui Tallume ^ mais je veux un amour sage et prudent^ et où la précipitation n^ôte rien au mérite du choix et de la préférence: en un mot^ je ne veux vous rendre mon épouse ^ que par une alliance de jugement et de sagesse: Sponsabo te in ju* dicio.

Mais ce n^est pas, ma chère Sœur, ce qui va manquer à votre sacrifice. Les épreuves qui Font précédé , les obstacles qui Font retardé ^ les contradictions que vous avez eu à essuyer durant si long-temps du côté du monde , du sang et; 3e la nature ^ la persévérance inébranlable qui vous les à fait surmonter^ tout cela ne laisse lien à craindre sur Fimprudence et sur la précipitation de votre choix. Le monde n^a exigé qtie trop de temps pour les réflexions et les épreuves 5 et vous étiez mûre pour la vie religieuse dès le premier jour que la grâce vous inspira la résolution de vous y consacrer. Ainsi protftemée ici aux pieds de Fautel , votre amour

SgS ' . IV* SE RHO!»

ne se plaint plus que des retardemelis que !« intérêts et les raisons humaines avoient apporta à votre sacrifice. Vous dites à Jésus— Christ dans Timpatience de vous consacrer enfin à lui ponr toujours : Eh ! qu''abandonné — je ^ Seigneur, pour vous, qui ait pu demander tant de délais et tant d'^épreuves? La liberté que je vais perdre n^est au fond qu^une véritable servitude dont je m'^aiTranchis : je ne serai libre à mes yeux, que lorsque je serai attachée à vous seul par des liens indissolubles : ah ! jusqu'ici le monde me paroît avoir encore quelque droit sur mon cœur : il me semble que je tiens «ncore à lui par tous les endroits qui ne me lient p«s à vous sans retour : ce reste de liberté me blesse et me paroit indigne dW cœur qui vous a choisi depuis long-temps pour son unique partage:

funeste liberté dont je ne pourrois me serm que pour devenir Fesclave du monde et des p^ sions insensées ! aimables chaînes qui vont ma*" tacher à mon libérateur par des liens éternels ) et me mettre dans la liberté des enfans ! Ainsi) Seigneur , le monde que je vous sacrifie , va^^' il la peine d'être tant regretté? Si je me sens troublée sur le point du sacrifice ^ c'est de confusion et de regret, de ne pouvoir rien vous ofirir* qui réponde à la faveur signalée que vous m'allez accorder. Je souhaiteroîs , Seigneur, que le monde , avec toute sa gloire , fût plus spjidej que ses espérances fussent plus réelles , ses plaisirs plm durables, ses biens plu» vrais, ses pro-

»QOT TTNE MOPESSIOfï RELÎGIÏVSE. 'igjt'

tnesses! plus sincères : ah ! c^est aloi^ qiié jp ^oudrois le mettre à vos pieds avec complaisaûce^ et vous faire hardiment un trophée de sesdé-r^ |)Ouilles : mais tel qu'ail est ^ il n^est pas asses, aimable pour mVn faire honneur auprès de vous. Ce qui me console ^ c^est que vous lisez dang mon cœur : ce n^est pas parce que le monde n© sauroit faire des heureux ^ que je vous le sacrifie y c'est parce qu'il est votre ennemi ;; et que Taimer , c'est vous liaïr et vous perdre : trompeur ou solide^ favorable ou ingrat^ fidèle ou perfide^ il ne m'auroit jamais plu ^ avec plus d'att^aiU réels ^ il auf oit peut-être mieux paré mon sacrirlice; mais il ne lauroit pas retardé d'un seul moment.

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