ANALYSES DES SERMONS
CONTETNCSDANS CE TOLUME.
I*SERMON
POUft UNE PROFESSION RELIGIETTSE*
JL)ivisioN. Trois consolations de la we reU^ gieuse* /. Une consolation d'éledtion* II. Unt consolation de présermtion^i III. Une cônsoi» tion de consécration (i)^
r* Partie. Une consolation ^élecii(^t.%yàïtt cette élection invisible par laquelle lâi nuséxi* corde de Dieu nous à marqués du îsceaa dn ^ut j et nous a séparés de la masse dé perdition , il est des élections visibles qu'ion peut regarder comme les moyens et les préjugés consolans de la première. Or ^ telle est la \ie religieuse en effet ^ dans les âmes que Dieu appelle à cet état*
1° On y voit une préférence marquée aa milieu d^une infinité drames que Dieu abandonne: premièrement, préférence de pure bonté^ car , au lieu que les âmes ne nous préfèrent dans la distribution de leurs grâces , que parce qu'ik nous trouvent, ou plus utiles à leurs desseins , ou plus dignes de leurs bienfaits^ Dieu, dans ses
(i) Massillon n*a pas traité ce dernier point. Voj» I* &i:moD page 3oo*
cboizj
AlfALTSE» BES SÇRMOWS. ^O^
choix ^ ne consulte que sa miséricorde ^ parce que I nous en sommes to«s également indignes. Ainsi les heureuses inclinations , le premier âge passé dans Tinnocéttce, Féloigneraent naturel du monde sont les suites heureuses , et non les causes de TOtre élection ^ car combien d Wres , avec les mêmes secours , n'ont pas persévéré dans les desseins qu'eUes avoient de s'ensevelir avec Jésus- I Christ dans ces saintes retraites ? Secondement préféreace consolante par sa singularité. Considère! ce qui se passe dans Funivere : comparez , si vous le pouve25, k petit nombre d'ames justes et fidèles, qui au milieu de nous vivmt de la foi à cette multitude effroyable d'infidèles , dWans d<> pécheurs, de mondans de tous les p^yV et de toutes les nations , çui suivent les voies de la perdition et delà colère .- c'est un atome au milieu d un aspace immense;; et cependant c'est pamû ce petit nombre même que le Seigneur vbus a choisie , il vous a élue mêm^ parmi ses élus. Que de grâces renfermées dans une seule grâce ' il •vous a séparée de tant de peuples qui ne le eonnoissent pas, ou qui le connoissant ne Vk^ domit pas comme il faut, de tent de fidèles qui en Udorant , violent sa loi sainte: il vous a ;pnyilegiee encore par^dassus ce petit nombre d âmes |ustes , qui au milieu des périls du monde
eJrr*^' J'" sont. obligées de se partager enti^e le monde et lui : sentez-voûs toutie nïix de cette {Hféféreuçe ? ^
11» Nouveau sujet de consolation daqs votre
4lO ANALtSTESf
élection : les moyens dont Dieu s^est servi podr vous y conduire. Quek prodiges le bras du Seigneur n''a-t*il pas opérés ^ et quels moyens sa sar gesse n''a-t-elle p^ employés pour vous retirer du monde ! que de secrètes invitations ! que dt nuages dissipés ! que de dégoûts vaincus ! que d'^obstades écartés J que de facilités ménagées ! que d'^événemen^ inattendus ! que de révolutîoDS et de chaugemens pour vous frayer le chemin où il vouloit vous conduire! do sorte que le Seigneur ne vous a jamais perdue de vue ^ et que vous pouvez lui dire avec le prophète : C^esl vous ^ Seigneur^ qui avez préparé tontes mes voies ^ et qui dès le sein de ma mère avez mis votre main sur moi. Tell^ sont les grandes mh* séricordes du Seigneur sur les siens.
3" Autre sujet de consolation dans votre élection : les secours et la protection que Dieu promet , fil qui sont toujours les suites de œtte élection. C^est une vérité du salut ^ que les secours parti* culiers de la grâce suivent d^ordinaire le choix jquVUe fait de nous. Tel est Favantage «d^une mne qui entre dans une voie que la main même du Seigneur lui a fi^yée : die ne doit plus se regarder elle-même ^ ni s^arréter à la disproportion qu^elle trouve entre sa fbihlesse et ks difficultés de la voie où Dieu Fappelle^ c^est Dieu même qui Ty conduit , et c^est assez; elle peut dire av^ le prophète : Ze Seigneur est mon guide } rien ne me manquera. Au lieu que les aines mondaines^ ^ti^es la plupart dans Tétat
DES SBKttONS. 4^1
OÙ elles se trouvent , sans vocation du cîel , sont livrées à leur propre foiblesse , et Dieu ne les soutient point dans «des voies que lui— même ne leur a point choisies. De là vient que nous voyons tous les jours tant d'^ames dans le monde ^ qui Templies d'^ailleurs de bons désirs ^ et nées avec d'heureuses inclinations ^ se plaignent sans cesse de leur foiblesse ^ des âmes pour qui tout estuu écueil ^ et en qui les pkis fermes résolutions ne vont jamais plus loin que jusqu'^au premier péril : c''est -que le Seigneur les laisse errer au gré de leurs > passions dans un monde où sa main ne les a pas 'placées. Pour vous que la main du Seigneur con^ duit dans le lieu saint ^ vous pouvez avec conftance vous répondre de sa protection et de ses grâces. Ke craignez donc pas les peines et les difficultés que la vie religieuse semble d'^abord offrir à la nature: ses austérités se changeront pour vous en de douces consolations ^ ses devoirs les plus pénibles soutiendront votre foi ^ loin de Tabattre ^ et vous serez vous-même surprise de votre force et de votre courage. Mais ne comptez pas tel«^ Irment sur la grâce de votre élection ^ que vou$ laissiez affoiblir en vous cette première ferveur de Fesprit : si vous vous relâchez ^ en vain étiez— vous iqipelée aux noces de Tépoux , vous serez rejetée ^ comme les vierges imprudentes ^ quoique leur vocation fût certaine.
ir Partie. Consolation de présentation. En effet , vous quittez le monde :; mab qu^est-ce -que ce moude luisérable duquel la miséricorde
4ld AlfALTSBS
de Jésus-Christ ya \ous séparer à jamais? Pre^ mièrement ^ cVst une région de ténèbres ^ seconr dement ^ une voie toute semée d^écueils et de précipices ^ troisièmement « c'^est le lieu des tourmens et des tristes inquiétudes,
!*• Une' région de ténèbres : k vérité n j trouve que des aveugles qui ne la connoisseoi pas. ou que dçs ennemis qui la combattent ^ et sans parler de tous les divers genres d^a veuglemeot si répandus dans le monde , qui attaquent le fondement de la foi et de la doctrine sainte , arrêtons-nous aux erreurs qui en allèrent les règl» et les maximes. On annonce tous les jours ces maximes saintes avec autant de force ^ d'^exactitude et de lumière 5 que dans le» premiers àg« de rEgBse : cependant il n en est aucune siu: laquelle le monde ne répande encore des adouci»aemens^ dé fausses couleurs qui les défigurent, ou des nuages qui Icscacjient: ce ne sont pasli les erreurs de quelques particuliers ^ ce sont les erreurs de presque tous les hommes, c'est la doctrine du monde entier, contre laquelle il'u'^est plus temps ' do vouloir s'élever. C'est ainsi que tous les hommes presque marchent , sans le savoir, dans les ténèbres:; et c'est ainsi que vous auriei vécu , si la miséricorde de Jésus-Christ ue vous avoit retirée de Cette région de ténèbres, pour vous Élire passer à un royaume de lumière : vous auri« regardé comme des vérités , les. erreurs reçues de la multitude ^ vous aiUÎez suivi les voies que tout le monde regarde coimne sûres. Les mh-
aéncoties du Seîgneur sur yous sont donc dignes «l'aune jfeconnoîssance qui ne doit plus finir qu''a-- Kfec votre \ie. Voyez , tandis qùie des. tény^te» épaisses couvrent toilte la terte , comnae la lu-mière du Seigneur s'*est levée sur vous seule ^ comme il vous a conduite dans uft lieu où tout t^otts moâtrera là vérité. Bien en effet u^est plus consolant pour une ame que la miséricorde dui Seîgneur a séparée du ittonde ^ que ce premier eoup^'œil qui lui eu découvre les erreurs et les iâusses maximes.
, a"" Le monde est une voie toutte seùïée dMcUeil» et de précipices. Tout est danger dasis le mondes dianger dans la naissance ^ dans Télévatiou ^ dans les soins pvbUcs ^ dans Tusage des grands biens ^ dans les entretiens ^ dainsles anûtiés ^ dans lé ma-r liage ^ dans Tétat de liberté ^ etc. Voilà le monde i^ fi vous échappez d^un péril ^ vous venez bientôt échouera u!n autre ^ et ne crevez pas que tous ces daugets eussent été moindres pou^ vouis que* pour mi autre. Quand même des exemples do-^ mestiques de vertt^ auroîent quelque Itçmps dé-- Ibndu votre innocence^ ah ! que les exemplei tjouchent peu dans cêtte^ première saison de la vie^ qu'ion destine À rouÉ>li de Dieu ! Vous auriez; peut^ être envié le bonheur des âmes qui servenf Diieu ^ et qui sont à lui sans réserve ^ mais^ reatralnée à^ Vinstaut par le torrent fatal des eiçemples ^ W veutr a^auroit jamais eu que V09 foibles dfesirs^ et le monde toujours votre coeur et vos affections» >éntables» Ce a^est pas qu'e» oenvesâsin;! des
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périls innombrables du monde ,, et de la dIffictJté d'y faire son salut ^ je veuille justifier les ipaine» excuses des mondains. Il est diiUcile , disent-ils , de vivre chrétiennement dans le monde : cela est vrai,. Mais combien d'^ames fidèles la gi^acc j forme et y conserve-t-elle tous les jours à vos yeux I Le plus sûr, dites-vous^ seroît de tout quitter, et de s'aller cacher au fond d'une re^ tiaite. AU ! je Tavoue avec vous ; mais il ne faut pas que les désirs d'un état devenu impossible^ vous calment sur les dangers de votre état présent : c'est une illusion de ne pas faire ce qu'on doit^ parce qu'on voudroit faire ce qu'on ne peut pasy Le Inonde est le lieu des tourmens et des tristes inquiétudes. On croiroit d'abord que h )oie et les plaisirs sont le partage de ce monde réprouvé : mais il s'en faut bien. Hélas I si l'oa pouvoit y être heureux du naoins en oubliant Dieu , et en ne refusant rien aux passiou3 insen-* çées^ si on n'évitoit pas les supplices étemeis destinés ikux pécheurs , du moins on jouiroit du présent^ mais ce présent même, cet instant rapide , est refusé au pécheur. Dieu qui nous a laits p6ur lui , ue veut pas que nous puissions être un instant même heureux sans lui : il se sert de B^s passions pour nous punir de nos passions mènies. En vain nous formons— nous un pla»
de félicité dans le O'îme, notre cœur dément bientôt cette espérance ^ et il ne nous reste rien de plus réel de cette vaine idée de bonheur , que le ^agrin de nou3 Tétre en vaiu^formée. Jésus*
DES SERMONS. ^l5
Christ n^a pas laissé sa paix £^u monde ^ il ne Fa laissée qu^à ses disciples : ainsi en le Ini sacrifiant aujourd'hui^ vous n& lui samfiez rien de trop aimable ^ et ce qui fait le prix et le mérite de votre sacrifice^ est bien plutôt le plaisir saint avec lequel vous le consommez ^ que les plai^ sirs frivoles auxquels vous renoncez. Oui^ si vous connoissiez le fond et Tintérieur de ce monde misérable ^ vous n^ verriez que des malheureux. Voilà le monde avec toutes ses er^ ]feurs , ses périls et ses inquiétudes. Réjouîssez-voUis donc de ce que Dieu vous a délivrée de la ty-^ rannie de ce monde ^ pour faire sa demeure ait milieu de votre cœur, et y établir une paix et une sérénité élernelle»
IV SERMON
P09K UNE PROFESSION RELIGIEU^K*
JjivisioN. /. Les tentatiahs^ IL Les consolorr lions de la vie religieuse^
r* Partie. Les tentations de la vie religieuse. Il y a 4rois tentations à craindre dans cet état : premièrement , la tentation du temps \ secondement y la tentation du dégoût ^ troisiè— mement , la tentation d^es exemples.^
i^ La tentation du temps. Les commencement 3ont d^ordinaire iervens et fidèles^ mais ces pre-t
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mi ères années passées dans la ferveur y cm croît être en droit de se reposer : première tentatîon# Or, pour vous armer conli Mm écueîl où là grâce de la vocation vient souvent échouer , souvenez^ vous que Fesprit de la vie religieuse qtie vous <îtnbrassez , est le même pour tous les âges ^ qne les règles saintes de cet institut sont les mêmes pour tous les temps ^ et qu'^aînsi dans un âge plu» avancé , comme dans une première jpttnesse ^ puisque la sainteté de votre état sera toujours égale , votre fidélité doit toujours être la même. Ce ne seroit pas même assez : plus vou» avancerez dans la profession religieuse, plus vous deves croître dans la grâce de votre état. Qxû n'^avanoe pas dans les voies de Dieu , recule. Mais s^ étoît un temps oi il fût permis de servir Dieti avec une sorte de tiiîdeur , il seniMe que ce devroit être dans le commencement de la carrière, où la grâce est encore foibîe : au Keu que dnia la suite , la grâce ajant du croître en nous ^ et Fesprit de notre vocation se fortifier , la tiédeur devient un crime ;j car il n'^en est pas de la milice de Jésus-Christ comme de celle des princes de la terre : dans celle-ci, après un certain temps de tra-r vail et de service , on acquiert le droit de cher— cber dans le repos le délassement et comme la récompense de ses fatigues passées ^ mais dans la milice de Jésus-Cluist , cVst en être déserteur, que de cesser un momeiit de combattre^ et ser relâcher après quelques années de ferveur , c*tst 'psudjod tout k fruit de sa fidélité passée**
BES SEUMOKS. 4^9
a* La tentation du dégoût. Les commence-^ mens surtout de la. vie chrétienne et religieuse sont toujours accompagnés d^un certain attendrissement de cœur qui nous en adoucit d^abord tous les exercices. Alors tout s^aplanit , tout déifient aisé : mais ce premier goût s''use d'ordir nairé^ alors nos pencbans d^alDord si dociles se soulèvent contre le joug : de là Vient qu'ion se décourage ^ et qu'ion ne fait plus que se traîne^ dans la voie sainte. Pour prévenir une tentation si ordinaire dans ces retraites religieuses ^ écoutez les avis suivans : le premier est que la source de nos dégoûts dans les voies de Dieu , est d^'ordi»naire dans nos infidélités : ce n''est que lorsque nous commençons à mêler des adoucissemens aux devoirs ^ que les devoirs commencent à devenir tristes et pénibles. Ainsi si vous éprouvez jamais ces dégoûts dans la voie sainte où vous entrez ^ examiuez-vous d^abord vous-même :; et voyez s''il n^y a pas dans votre cœur quelque principe secret d'infidélité^ qui infecte tout le détail de vop exercices^ et qui éloigne Dieu de vous. Un second avis, c'est que les dégoûts peuvent se trouver quelquefois dans la vie la pltis fervente et la plus fidèle :j et en vous consacrant aujour-^ d^hui à Jésus-Chnst , vous devez vous attendre à des amertumes dans son service. Au commen-* cernent de la carrière, il nous soutient par des consolations sensibles^ c'^est un lait dont il nourrit notre foiblesse : mais à mesure que nous avan^ çons , il nous traite comme des hommes forts ^ il
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ne nous nourrit plus que du pain de la Tenté ^ qui est la nourriture. des parfaits^ et nn pain sou- Tent de tribulation et d^amertume. Mais ce qoi doit alors vous consoler , c''est que le Seigneur ne demande pas de nous le gout^ mais la fidélité^ c''est que la vie religieuse est une vie de mort et de sacrifice ^ et que cet état de peine et de tristesse paroit Tétat le plus naturel d^une ame qui a pris la croix de Jiésus-Clirist pour son partage. y La tentation des exemples. G^est epcore un des plus dangereux écueils de la vie religieuse. ' Oui ^ quoique la maison où vous entrez conserve encore le premier esprit de zèle ^ de charité et de fidélité ^ quVIle reçut des mains de son bienheureux fondateur ^ néanmoins parmi tant de vierges 'fidèles et ferventes, il est difficile qu'ail ne s^en trouve quelqu^ime en qui la foi paroisse phi foible ^ là piété plus languissante , en un mot toute la conduite plus humaine : or , rien n^esl plus à craindre que la tentation de cet exemple. Si c^étoient des exemples d''un dérèglement ouvert -et déclaré , ils ne trouveroient en vous que Pindignation et ThoiTeur quHls méritent^ mais -ce sont des exemples qui s''offrent à nous sons une couleur spécieuse d''innooence , qui ne nous présentent que des adoucissemens légers et presque nécessaires à la fbiblesse humaine. Le iremède contre une contagion si à craindre même dans le lieu saint , c^^est ^ premièrement de se dire •a soi-même que Dieu permet les exemples de relâchement dans les maisons mêmes les plus