‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 44 sur 45 · DES SERMONS · texte numérisé non relu

DES SERMONS

les choses de la terre ^ secondement ^ une privation actuelle de tontes les superfluités ^ troisième^ ment ^ une soumission «t une dépendance entière des supérieurs ^ dans Fusage même des choses les plus nécessaires.

Le premier devoir^ qui consiste dans le dé->-

tachement de cœur de toutes les choses de la

terre ^ est une obligation qui vous est commune

avec tous les fidèles , puisque c'est une suite du

second vœu de votre baptême ^ par lequel vous

avez renoncé au monde et à ses pompes. Tout

chrétien ^oit vivre détaché de tout ce qui Ten—

vironne ici-bas ^ parce que tout clurétien doit se

regarder comme étranger sur la terre : mais rien

de pkis rare que ce détachement de cœur dans

le monde ^ où Ton ne vit que comme si nous

n^étious faits que pour ce que nous voyons ^ et

que la terre dût être notre patrie étemelle. Or^

c'est en quoi Fopprobre de Jésus— Christ ^ que

vous embrassez , doit vous paroitre préférable à

toutes les couronnes de la terre : ce détachement

si indispensable pour le salut ^ et si difficile dans

le monde ^ devient comme naturel dans la religion ;;

parce qu'il est aisé de se détacher de tout, quand

on s'est dépouillé de tout ^ de ne tenir à rien sur

la terre , quand on n'y possède rien ^ et d'être

pauvre de cœur , quand on est pauvre réellement

et en effet.

Le second devoir de la pauvreté religieuse^ c'est le retranchement actuel de toutes les super* fluités^ c'est-rà-dire 5 de tout ce <ju'on appelle

J^^a ANALYSES

4ans le môade , les aîses et les commodités de U .\ie : devoir indispensable à tout fidèle ^ puisqu'il! est encore une suite des engagemens du baptême. Les créatures ne sont pas faites pour fournir de \ains plaisirs au chrétien^ puisque FEvan^e les lui interdit tous , et qu'il y a renoncé lui-même dans son baptême* Bien plus^ c(Hnme pécheurs^ nous avons perdu le droit d^user des créatures^ jet de les faire servir à nos besoins ^ et ce n'^est :que par grâce que Dieu nous en accorde Tusage. Selon ces règles capitales de la foi ^ on doit vivre •pauvre au milieu de Topulence ^ et se retrancher tout ce qui ne tend qu''à flatter les sens ^ tout ce qui sert d aiguillon aux passions. L^'avautage .que les personnes du monde ont donc ici audessus de vous , c'est que sans renoncer à leurs grands biens ^ elles ne peuvent pourtant les faire jervîr à leurs plaisirs ^ c'^est qu'à portée de se ménager toutes les superfluités^ elles sont obligée? de se les interdire ^ c'^est en un mot, qu'elles ont plus d'embarras que vous, et n'en ont pas pouf cela plus de privilège* Une épouse de Jésus-^ Christ, à la vérité, qui a joint à cette obligation commune , une promesse particulière de vivre dans le dépouillement religieux , doit se disputer avec plus de rigueur les plus légères superfluités ^ et non-seulement éviter les profusions de la vanité , mais y joindre les privations d'une humble pauvreté. Mais vous vojez que ce que votre engagement exige de plus de vous, que des personnes du m(mde ^ est plutôt une facUité poux remplie

htS SERKONS. i{^J

le vœu de votre baptême , quVne nouvelle rigueur que vous y ajoutez.

Le troisième devoir de ce dépouillement reli-

^eux , est la soumission^ et la dépendance entière

des supéneurs dans Fusa^e même des choses les

plus nécessaires ^ c^est-à-dire , regarder tout ce

.qu''on nous laisse comme n''étant point à nous ^

II'' en user que selon Tordre et la volonté de ceux

qui nous gouveruent ^ et n*a\oir à soi que le satflt

plaisir d'être libre et dépouillé de tout. Ne vous

figurez pas cependant qu^en ceci même votre

condition soit plus dure que celle des personnes

du monde. A la vérité^ la foi n^exige pas d^eux

qu'ails dépendent des hommes dans Tusage de

leurs biens ^ mais ils dépendent toujours des

maximes de la foi qui doiven! régler cet usage ^

ils dépendent sans cesse de Dieu qui peut leur

enlever ces biens à chaque instant : ils doivent

donc se regarder toujoui^ comme des esclaves à

qui le maître peut redemander les biens qu^il

leur a confiés ^ sans qu^ils puissent y trouver à

redire;; en user comme pouvant en être dépouillé»

Tiostant qui suit ;; ne les posséder que comme ne

Les possédant point:; songer en un mot^ que tout

ce qui leur appartient , c^est le droit de faire

valoir leurs biens au profit et pour la gloire du

maître souverain qui leur en a confié Tadminis^

traliou. La pauvreté religieuse ne diminue donc

pas vos droits sur les biens et sur les plaisirs de

la terre ^ puisque le chrétien n''y a point de droit:

die diminue seulement vos embarras et vos iu*^

^28 AITALYSES

quiétudes ^ et loin de vous imposer un nouveau joug ^ elle vous met dans une liberté parfaite.

m* RÉrLExioN. Sur le vœu (T obéissance. Le monde qui ne connolt pas la vertu de la foi et Fesprit de la vie chrétienne ^ regarde cet engageiheQt comme un joug affreux et insupportable à la raison : il est vrai qu^il paroît d^abord fort triste et fort dur à la nature d'être forcé de sacrifier sans cesse ses propres lumières ^ aux lumières et souvent aux caprices de ceux qui nous gouvernent : cette situation paroît révolter d^abord tous les penchans les plus raisonnables de la nature ^ et ôter aux hommes la seule consolation que les maux leur laissent^ qui est Tindépendance et la liberté de disposer de leurs actions et d'eux-mêmes. Mais ce n'est là qu'un langage dont le monde se fait honneur ^ car trouver dans le monde un état d'indépendance entière ^ cela n'est pas possible. La vie du monde n'est qu'une servitude éternelle ^ mais ce qu'il y a de triste pour les personnes du monde ^ c'est que leurs assujettisseiQens^ qui font tous leurs malheurs ^ font souvent aussi tous leurs crimes : leur complaisance est pénible ^ et elle est crimi-> nelleij au lieu que dans ces asiles saints^ elle coûte moins au cœur^ parce qu'on est sûr qu'on né sacrifie sa volonté ^ qu'à la volonté de Dieu , dont les supérieurs ne sont que les interprètes ^ et elle a toujours un nouveau mérite.

D'ailleiu-s ^ quand vous auriez pu vous flatter à» trouver dans le mônd^ une situation d^indé^

BES'SEKMONS, 4^Q

pe^ndance et de liberté entière , il ne vous auroit pas été permis pour cela de suivre aveuglémëat %ros goûts et vos caprices. Tout chrétien a une règle étemelle et supérieure ^ qu'ail doit consulter sans ' cesse sur chaque action^ par conséquent dans tout ce quMl fait , il ne lui est pas permis fie ne chercher qu''à se satisfaire lui-même^ autrement il se mettroit lui-même à la place de Dieu ^ auteur de Tordre qu'il doit suivre. Que fait donc Tobéissance religieuse? elle nous manifeste par l'organe de nos supérieurs^ cette règle cteriielle que nous aurions été obligés de consulter sans cesse dans nos démarches ^ en un mot^ elle nous décharge de nous-mêmes.^ peur ainsi dire ^ pour nous mettre entre les mains et souâ la conduite de Dieu. Ainsi les personnes du monde ne se croient plus libres^ que parce qu'elles ne connoissent pas le fond de la religion ^ et les devoirs de la vie chrétienne : elles ne font tant valoir leur liberté et leur indépendance , que parce qu'elles ignorent qu'il nVst pas plus permis à Thomme du monde d'user de sa liberté , selon son humeur et son caprice , qu'au solitaire qui s^en est dépouillé entre les mains de ses supérieurs.

43q^ analyses

IV« SERMON

FOUK TJNE PROFESSIOir RELIGIEUSB*

Jr ROPosiTiow. Les caractères de Taïliance qu^unê vierge chrétienne conirsicte a^ec Jésus^Christ , en embrassant Vétat religieux ^ proui/ent que de tous les préjugés de salut ^ il n'en est pas de plus certain et de plus consolant pour elle.

F* Réflexion. Premier caractère de cette alliance î; une alliance de justice : Sponsabo te in justitid • c^'est-à-dire , qu^il étoit juste que vous donnassiez à Dieu cette marque de votre amour ^ et que votre reconnoissaiice envers lui ne pouvoit s^acquitter à moins \ car la mesure de ce que nous devons à Dieu ^ est ce que nous avons reçu de lui ^ plus il se communique à nous ^ plus il veut que nous soyons à lui. Or rappelez en ce moment toutes les grâces dont il vous a jusques ici comblée : des sentimens de salut inspirés dans une première jeunesse; tant de périls éloignés^ tant d'obstacles qui sembloient rendre la démarche que vous faites aujourd'hui, impossible, surmontés : rappelez en un mot , toute la suite des miséricordes du Seigneur sur vous , dans ces jours qui ont précédé ce jour heureux , lorsque lassée , ce semble , de vous soutenir toute seule contre tcutea les attaques que le monde , que la nature , que TOtre propre coeur vous livroit ^

DES SERIAOIf^. 4^1

feus partissiez sur le point de succomber et de ^ou5 y rendre ^ que se passoit-il alors dans votre Aine ? quelle étoît la voix secrète qui vous parloit alors au fond du cœur? n''étoit-ce pas Fépoux céleste qui vous parloit tout bas ^ pour vous faire «Titendre que vous auriez grand tort de prêter l** oreille aux discours du monde , et à ses sollicî- •tations^ qu'û est plein de malheureux^ et que wT'û s"*y trouve quelque consolation^ ellen''est que -pour les âmes qui sont fidèles k leur Dieu? et alors ne sentîez-vous pas votre foi se raffermir^ ^otre langueur se ranimer^ vos irrésolutions se "^ fixer , vos ténèbres se dissiper ^ et la sérénité succéder a Forage? Voilà Tbistoire des miséricordes du Seigneur sur votre ame. Voyez s'il en use de même envers tant d^aulres que le torrent entraîne : il ne daigne pas disputer leur cœur au monde qui le possède tout entier. Qu'a-» Tez-vous fait qui ait pu vous attirer ces égards et ces préférences ? où en seriez-vous ^ s'il eut borné toutes les opérations de la grâce à votre égard, à ces demi-volonlés dont le monde est plein, et à ces réflexions stériles sur les abus des plaisirs, de la fortune, et de toutes les choses présentes qui ne convertissent personne ? Il le pouvoit ^ et vous n''avez rien à ses yeux de plus que tant d'autres quMl traite de la sorte': mais il vous a prérenue de ses. bénédictions ^ plus le inonde a fait d''efforts pour vous séduire , plus il a été attentif à vous protéger. En vous don-^ aant aujourd'^bui k lui , vous n« flûtes donc qu«

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