BE M. DE VILLARS
{^Apoc. 21.2.) Oracles étemels de^ livres saints 5 lois vénérables de nos pères , vœux si ardens et A anciens de toute TEglise sur la résidence de* pasteurs , il vous connut ^ il vous respecta. En vain les services d^un illustre frère , le mérite et le crédit d'un neveu qui vole si rapidement à la gloire et aux honneurs , lui laissent entrevoit des espérances toujours fatales à Fhonneur du sacerdoce^ en vain le monarque lui-même^ si faloux d ailleurs de ce devoir de Pépiscopat , lui reproche qu'on le voit rarement à la cour : cette pompe de TEgypte ne Téblouit pas ^ et ce sage vieillard ^ comme autrefois le vieillard Jacob
( Gènes, 4^. 34» 47* iô«)P'^^^^*^ ^ Pharaon^ et si honorablement accueilli ^ ne rougit pas de se déclarer pasteur devant ce prince^ pour être tnoins d^ temps à sa cour ^ et avoir le droit de se retirer platôt dans la teiTe die Gessen. Exemple trop beau pour un nècle où Tépiscopat ne sert presque plus que de décoration aux palais defc rois^ où les cours semblent être devenues àes - diocèses communs :j où les sentinelles de Jéru^ salcm et les trompettes du temple ^ ne voient et ne parlent plus qu'avec des yeux et des bouches étrangères ^ et où Ton voit souvent les princes dé la tribu de Lévi, indignes dépositaires de FArche ^ l'imposer comme les Philistins sur des épaules viles ^ et la laisser errer à l'aventure.
L'ignorance et le dérèglement des clercs défigmxiient la beauté de l'Eglise : c'étoit une noire Tiqpeur ^ qui du sanctuaire alloit se répandue dans
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le reste du temple , et en teniissoît Yqr et réclàt. Quels furent ses coins pour la dissiper ! Vous J'apprendrez à ïa postérité , édifice sacré , qui ^ hors des murs de cette ville , renfermez Içs sources précieuses où se puisent à loisir la doctrine et la yéfité ^ qui , de votre sein voyez couler les esprits de sacerdoce et d'apostolat ^ répandus dans nos villes et dans nos campagnes ^ qui fûtes le piexut ^ firuit^ et le plus chier objet de ses empressemens : vous rapprendrez à la postérité^ et en faisant passer jusqu^à nos neveux Tamour qu'il eut pour son Eglise,' vous ferez passer jusques à eux le tendre respect et la recounoissance que vous conservez pour sa .mémoire»
Aussi instruit du précepte de TApôtre ^ ( c • Tim. 5. II.) avec qpelle circonspection imposa— Jt-il les mains , et donna-t-il des dispensateurs à Phéritage, de Jésus-Christ ? Que ne lé pouvez— vous dire ici à ma plac« , sage coopérateur de son ,épiscopat ! Déchargé sur vos soins de cette partie ^pénible de son ministère , il écouta , je le sais ^ vos avis respectueux avec bonté y les suivit avec religion , les prévint même avec sagesse ;; et comme Samuel dans la maison d'Isaï ^ ( i • -R^g"» i6\ 'j. ) il ne fit attention. ni aux droits de la naissance , ni aux vaines distinctions de la chair ^ quand il fallut répandre IWction sainte , et donner
des princes à Israël.
Moi-même , et je dois le dire ici , dussé-je réveiller ma dculeur , en rappelant le doux souvenir de ses entretiens et de ses boutés : oui , moi-xnéme)
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}e Vfi VU avec cet air de candeur et de sincérité , tnii peîgQoit sur son visage les sentimens de son coeur ^ je Tai vu gémir sur la funeste négligence d.e ces prélats ^ qui sans discernement^ et à toutes les heures du jour ^ reçoivent des ouvriers ^ et léâ font passer du marché même à la vigne ^ revêtant promptement d'*nn habit d''innocence et de dignité jl^aiitres enfans prodigues ^ qni d'^ordinaire n^apjporient pour toutes dispositions à un état ssdnt et pénible ^ <pe Timpuissance de fournir plus long-temps k leurs crimes , ou Fespoir d\m sort plus heureux dans la maison du père de fiimille. S^il s'^applique à éloigner du sanctuaire Ces vases de honte et de rebut ^ avec quelle distinction et quel empressement y plaça-t~il les vases d^honneur et d^elite ! Ses yeux , comme ceux du prophète^ ÇPs^ loo, 6.) étoient ouverts pôui* aller discerner les dispensateurs fidèles jusque 4aiis les terres étrangères ^ et les faire asseoir avec lui. Vils et odieux au siècle par un destin ipéivitable à la piété ^ lui furent-^ils jamais nioins .chers P En proie aux traits des médians et aux calomnies des hommes ^ ne leur fit-il pas comme un sacré rempart de toute son autorité ? Sur les traces de Tévèque de nos âmes , JésusrChrist , ne sut-il pas justifier le zèle de ses disciples contre les reproches des pharisiens^ et rendre^ comme le pontife Achimélech ^ ( i. Reg. 21. 9. ) le glaive sacré à ceux qui n^étoient persécutés que pour s''en être servi peut-être trop glorieusement
contre les Philistins.
3o OnAISONFUIfÈBIIE
Ah ! si je pquYois ici Vous représenter cette tendresse ^ pour les pasteurs vîgilans ^ changée en indignation contre les infidèles ! si je pouvois raconter là-dessus et ses entreprises et ses désirs, et le louer également sur ce qu''il a fait , et sur ce qu'il auroit voulu faire ! Mais qu''un voile étemel couvre ces mystères de honte et d^ignap minie ^ ne touchons pas aux oints du Seigneur ^ respectons ce qu^ils avilissent^ et que leurs vice^ no^Lis soient en quelque sorte aussi sacrés que leur$ personnes.
Puisse seulement la révolution fatale des temps ^ il qui tout cède , respecter a,ussi un jour les traces encore \ives de son amour poiu- FEglise ! Puissent les siècles à venir dater de son épiscopat la renaissance de la foi, de la doctrine , de la piété , et dire de lui : D retrancha des abus , ou autorisés par la licence , ou consacrés par la superstition : il rétablit des lois , ou négligées par le relâchement, ou éteintes par la coutume : il rendit au culte extérieur la bienséance et la majesté , la dignité aux ministres et Fhonneur au ministère : ^ous lui furent distribuées avec précaution les grâces dçs sacremens , et reçues avec fruit : sous lui s^élevèrent dans nos viUes ce&iasiles pubUcs , ou contre Tindigence ou contre le crime : sous lui une nouvelle lumière commença de luire à ceux qui étoient a$sis daus les ténèbres et dans Tombre de la mort^ des terres presque inconnues ouïrent la parole de vie ij on fit dans nos campagnes des courses apostoliques \ les pauvres
DE M. DB TILLARS. Ol
furent évangélîsés ^ et au fond de leurs demeures champêtres ^ vivant au gré d^m instinct brutal ^ et à peine encore hommes , Os connurent enfin le Dieu de leurs pères , et Tespérance commune des chrétiens. Tel fut Tusage qull fit de son autorité ^ il ne reste plus qu'*à vous le représenter comme un père tendre et charitable.
TROISIÈME Pi^RTIE.
(Quelle autre religion que celle des chrétiens ^ avoit jamais ouï parler d^une vertu^ qui soufire de tous les maux d^autrui ^ qui nVst pas fastueuse ^ et qui attentive aux calamités étrangères ^ 9''oublie volontiers soi-même ? Omnîa suffert , non , est ambitiosa^ non quœrit quœ sua sunt .• ( i. Cor. i3. 5. 7. ) c'est le caractère de la charité^ disons mieux ^ c'est celui du charitable prélat quç je loue.
Persuadé que les pasteurs ne sont que les dépositaires des biens ^ comme de la foi de FEglise ^ avec Quelle religion les dîspensa-t-il ! Que seroit— ce en effet , Messieurs , que de détourner à des usages profanes les richesses du sanctuaire ? Ce seroît changer en germe de péché, le fruit sacré de la pénitence de nos pères ^ trouver dans les vœux innoceps des premiers fidèles de quoi former peut-être avec succès des vœux criminels ^ insulter la pauvreté évangélique avec le patrimoine des pauvres ^ en un mot ^ faire servir Dieu à Kniquité. Les mains du Très-^Haut , vous k
3$ OKAfSOir f UNÈBRE
savez ^ avoîent formé à notre charitaLle prélat un de ces cœurs tendres et miséricordieux , qui souffrent de toute leur prospérité à la vue dep infortunes d^autruî. Et ce n^étoit pas ici ime dé x;es sensibilités de capriee, qui n'*ouvrent le cœur à certains maux que pour le fermer à tous les autres ^ qui veulent choisir les misères ^ et qui en nous rendant trop prudemment charitables, nous rendent pieusement cruels. Sa charité fiit universelle 5 et il ne mit jamais d''autre différence entre les malheureux ^ que celle que mettoient entre eux leur misère même.
Quel tendre spectacle s'ouvre encore à mes yeux ! Ici la veuve , couverte de deuil et d'a-r^ mertume sous un toit pauvre et dépom'vu , jette en soupirant de tristes regards sur des enfans que la faim presse ^ et hors d'espoir de tout secou3:s ^ elle va comme celle d'Elie, soulager leur indigence de se qui lui reste , et mourir ensuite avec eux, quand par un nouveau prodige, elle voit tout-à-coup sa substance multipliée, et ses tristes jours consolés. Ici des vierges consacrées au S«gaeur , lèvent au fond de leur retraite , des maios pures au ciel , et offrent pour lui une innocence qu'elles ne doivent qu'à ses largesses. .Le citoyen , qui , sous des dehors encore spécieux, cache une profonde misère ^ privé du confident cliaritable de sa honte et de se^ besoins , cherche fc^ ténèbres pour leur confier son affliction ^ et ^ ^omme Joseph , il s'éloigne pour verser ^es larmes , de ceux qui trompés encore par les ap^
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(laretices s^'adressent à lui pour avoir du pain , de peur de ne passer pour leux frère.
Mais dans quel détail immense vais— je m^eu— gager ! Ici ^ des vases de honte ^ des victimes de la lubricité publique trouvent un asile , et doivent à ses libéralités ^ ou le désir de la vertu ^ ou du moins Timpuissance du crime :j vous le savez ^ ministres pieux ^ qui veillez sur une œuvre si sainte. Ici s^élèveut ou subsistent par ses soins ^ ces lieux sacrés ^ destinés ou à recevoir la mendicité errante ^ ou à soulager la misère affligée : ici , un rayon de lumière perce Fhorreur des cachots , et va faire sentir à ces infortunés qu'ail y a encore de l'humanité sur la terre : ici des ouvriers apostoliques ^ saintement occupés à parcourir nos campagnes ^ et à distribuer aux petits le lait de la doctrine ^ répandent en son nom et la rosée du ciel ^ et les bénédictions de la terre ^ et. par un innocent artifice ^ en soulageant les misères du corps , se fraient un chemin jusqu'^à celles du oœur : ici ^ par les soins de cet autre Jacob , les grains de l'Egypte viennent consoler la stérilité de la terre de Chanaan ^ et sa charité toujours ingénieuse , va chercher jusque chez un .peuple étranger ^ des ressources à la calamité de son peuple.
Entrailles cruelles , qui mettez à profit les misères publiques , qui appréciez les larmes et Tindigence de votre frère , et qui ne lui tendez la m^n que pour achever oflicieusement de le dépouiller ^ écoutez ce que dit TEsprit-Saint :
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( Joh* îo. 23. ) Quand vous serez rassasia ^ vous vous sentirez déchiré. ^ votre félicité sera elle-même votre supplice , et le Seigneur fera pleuvoir sur vous la vengeance et la fureur.
Mais que ne puis-je recueillir ici les fruits infinis de sa miséricorde , et dans les calamités qui nous affligent ^ ou réveiller votre langueur , ou édifier votre- zèle par Thistoire de ses largesses ! que ne puis-rje rappeler Ses tendres sollicitudes sur les besoins de son peuple ! J^ai vu mille fois ses entrailles s'^ouvrir au récit des misères pu^ bliques : une sainte tristesse se répaudoit sur son visage^ des paroles de douleur et de charité sortoieht de sa bouche; et touché de pitié ^ comme Jésus-Christ ^ sur une multitude afiamée ^ on le voyoit, comme lui ^ lever les yeux au ciel^ et multijjier presque ses trésors^ afin de la rassasier. Je ne vous dirai donc p£^ qu'ail fut Tceil de Paveugle , et le pied du bdteux ; qu'il jeta sur rorphélin des regards précieux ^ et qu'ail consola le coettr de la veuve ^ que comme cet homme instruit dans le royaume des cieux , il tira de son trésor Tancien et le nouveau; qu''il sortoit toujours de sa personne une vertu bienfaisante qui sou^ lageoit toutes les misères ; qu^il coula toujours de son palais , comme d^un autre lieu d'innocence^ mie source sacrée qui alloit inonder la terre; que la honte îxsk toujours noeins ingénieuse à lui cacher les malheureux^ que sa charité à les découvrir^ et qu'on eut dit que de tendres pressentimens venoient lui aimonc^ les besoins les plus secrets.
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Car ne vous représentez pas ici un de ces zélés fastueux ^ qui n'*.aiment ^ pour ainsi dire ^ à placer leur argent que sur le public \ qui révèlent avec art la honte de leurs frères y moins pour leur attirer du secours ^ que pour pouvoir dire qu^ils les ont secourus ^ qui ^ sous prétexte d^édifîer les spectateurs ^ se donnent euxr-mêmes pieusement en spectacle^ qui n^ont des yeux que pour les misères d^'édat^ et qui comme les foibles disciples sur la mer^ lorsque Jésus-Christ se présente à eux pendant les ténèbres j s^écrient que c^est un fantôme ^ et ne veulent pas le reconnoltre.' ( Matth. i4* 26. ) Œil invisible du Père céleste^ vous fûtes le seul témoin des secrètes efiusions de sa charité. Que d^œuvres de lumière n'^a-'t-il pas ensevelies dans de pieuses ténèbres P Ne crut-il pas ^ ô mon Dieu ! que ses œuvres saintes flétries presque par les regards étrangers , n^étoient plus si dignes des vôtres ^ et qu^afin ^^elles allassent effiicer ses iniquités de votre souyenir, il falloit qu'^eUesT fussent elles— mêmes effacées du souvenir des honunes ? Il n^eut jamais de confident làdessus : la charité s^étoit dressée dans son cœur une manière de sanctuaire^ où. le pontife seul avoit droit dWtrer^ et sa mort même tl^ pas pu, comme celle de Jésus-Christ , déchirer le voile qui déroboit à nos yeux ces pieux mystères.
Ah ! si je pouvoîs du moins pénétrer dans le secret des familles^ là je trouverois Tinnocence prête à enfoncer et préservée du naufrage:; ici Tiniquité devenue plus rare, parce qu'elle n'étoit
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plus si nécessaire. Mais que vais-je faire , M^9>y sieurs ? ah ! je ne respecte pas assez ces sacrées ténèbres : il tne semble que ses chères cendres en souffrent : il me semble que ces os arides se raniment en m^écoutant ^ que ce visage où étoit peint autrefois la douceur se couvre d^une modeste indignation ^ et que du fond de ce triste mausolée : Epargne^ me dit*il^ cette inquiétude au repos de mon tombeau^ et ne vieiis^pasibuiller jusque dans mes cendres pour y découvrir les ardeurs secrètes de mon amouî: destinées à Tobs^ curité ^ jusqu au jour de la manifestation de Jésus- Christ.
Et ne croyez pas^ Messieurs ^ que comme tant d^autres ^ il n''employàt au soulagement des malheureux que les restes inutiles de ^on luxe où de ses plaisirs^ et que ses aumônes ne fussent que les débris de ses passions. U sut honorer le Sagneur de sa substance^ la frugalité de sa table, la modeistie de son train ^ si recommandée aux prélats par les lois de TEglise^ furent les fonds d^où il tira les trésors des pauvres ^ et sa diminu* tiôn , pour parler avec F Apôtre ^ fut la richesse des peuples.
Quelle simplicité dans son palais ! elle nous rappeloît ces temps heureux où Fépiscopat entouré de sa seule dignité , savoit encore s'^attirer le respect des fidèles ; où le faste n^étoit pas devenu une bienséance à un ministère d'humilité:; où Féminence du caractère étoit une raison de mo-^ dération ^ et non pas un prétexte de luxe 5 où
toute
• K M. 9E ttLLÀt9« Sj
4oiite la gloire de la fille du roi éUAt encore au dedans ; et où le peuple de Dieu n^avoit pour pontifes que des^Aarons revêtus de justice et de sainteté. Quel détachement de la chair et du sang i £toit— il de ces pasteurs cruels qui nourrissent Tambition et la vanité de leurs proches ^ du sang et de la substance des pauvres;; qui font servir les trésors du sanctuaire à des décorations profanes ^ qui érigent des idoles des débris de Tautel ^ et par un renversement honteux , enrichissent FEgyptedes dépouilles mêmes du taber« tiacle P Ah ! il employa ces pieuses richesses à couvrir la nudité y et non pas à parer la vanité ^ à rassasier la faim ^ et non pas à flatter la volupté} à étancher la soif, et non pas à irriter la cupidité^ et Je seul ^ice quW lui peut reprocher là-dessus, c'est peut-être d^avoir poussé trop loin cette vertu. .
Prêtre étemel ! prince des pasteurs ! divin apôtre de nobre £cA et de notre confession ! Jésus-Christ ! ■que me reste-t-il ici , qu^à vous demander pour cette Eglise affligée un pontife comme lui^ innocent , séparé des pécheurs , attentif à offrir der dons et des sacrifices pour les péchés , applique à tout ce qui regarde votre culte , plus élevé que les deux , et qui sache compatir aux infirmités de son peuple? Ah J permettriez-vous qu^un# Eglise , dont la naissance a été celle du cliristîa-» lùsme dans les Gaules , élevée presque sur le fondement des apôtres et des premiers prophètes^ gouvernée par une si glorieuse succession de saints Tome FIL Omaisûns fçx»
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pasteurs ^ et tant de fois illustrée de tout leur sang ^ si pure dans ses lois ^ si vénérable dans son culte ^ si illustre par ses droits ^ devînt Théritage d^un dispensateur infidèle ^ et qu^ue si chère portion de votre troupeau fût la proie d^un loup ravissant?
Pieux prélat ! si ^ dans le sein d'Abraham ^ ( car, ô mon Dieu ! sans sonder ici la profondeur de vos conseils , auriez— vous pu fermer votre sein éternel à celui qui vous ouvrit toujours le sien en la personne de vos serviteurs affligés? ) si , dis^jé, dans le sein d'Abraham,' ame charitable, vous jouissez déjà du fruit immortel de tant d'œuvres de vie , si vous moissonnez les bénédictions que vous avez semées ici-bas , jete^ sur les tendres gémissemens de cette triste Sion ^ -Quelques regards favorables : soyez toujours son époux invisible^ que les liens ^crés qui vous ont uni avec elle , ne périssent jamais :j choisissez-luî vou^même dans les trésors éternels un pontife fidèle I et que les soins de sa gloire aillent encore vous touchei* et troubler presque [votre repos jusque dans le sein de la féHcité«
Mais poiu-quoi vous le représenter jouissant de r^mmortalité ^ avant que de vous Tavoir re-^ présetité dans le sciut même de la mort? prétëndsje amtisêr votre affliction? rappelons, ptûsqu'il Je faut , ce triste spectacle, ^innocence de $es moeurs , la fidélité aux devoirs de son minî^ tère , Ià profusion de ses trésors ^ cette piété
tç^drc çt coustftnte ^ ççttç foi vive ^t sîmplèvl^
.^<^ce redoutable qu'ail offrit si souvent ^ et ' toujours avec tant de recueillement et de frayeur 5 le bain sacré de la pénitence ^ où il venoit régu- Sérement avec tant de douleur et d^humilité ^ iaver les souillures de son anie ;j ces niomen^ précieux qu^il déroboit ou à ses occupations, ou à son repos , pour se nourrir des vérités du salut par des lectures édifiantes ; en un mot , le •souvenir de sa vie doit nous rassurer sur le souvenir de sa mort*
Oui, Messieurs , la main du Seigneur s^étendit sur li4 , et elle le ^appa \ mais si légèrement^ qu'^â peine pari^t-ril qu^elleTeut touché.. Cétoit^ ,<ce semble ^ pour tromper uotre douleur : le coup fat presque to»t iavisible^ Thistoire du songe ^ Daniel s^accoip^lit uue seconde, fois, et nous vîmes mie pierv^ légèçç détachée, dçii montaçues çtertisHies. y yenV b^urt^ foibJlçmeut contre, uue dçs jambes de cette st^ue p]réi:içt;i$.e ,^ dont la structure sembloît nous promettre une si longi^e durée , et la réduire d^abord en poudre. L# l%èreté du mal , Fbeureux tempérament dii ïnalade , les conjectures de Tart , tout endormit Rotre frayeur» Un neveu , que le choix glorieux du prince et les besoins de Tétat avoient fa^t {^^aser du Rhi^ ep. Italie , séduit^ par les mêmes appareIljCes,^.le laisse dans le lit de sa douleur., et part pour la cour, où le rappeloit la recon- Qoissance et le devoir. Mais les tristes circonst^ces de cet adieu ;, les tendres embrassemen^ du vieillard ajlIUgé , furent comme les lugubres
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précautions d'aune tendresse mourante ^ et d^une .réparation plus cruelle. Bientôt après en eflTet^ le jour du Seigneur arrivé ^ un mortel assoupisse^ Bient vint' nous annoncer le sommeil de la mort : des présages de trépas couvrirent son visage ;j son arrêt y parut écrit ^ et Taffreuse mort jusque-là cachée dans son sein^ se laissa presque voir h, découvert.
A ce bruit fatal , une frayeur universelle se répand : les prêtres du Seigneur montent à Tautel^ on cherche dans le sacrifice de la mort de Jésus^ Christ une source de vie pour le pontifemourant f la victime adorable est exposée k la douleur pu^ blique ^ les citoyens en foule remplissent noi tiunples ^ et environnent les autels : les pauvres ^ au milieu de nos places publiques ^ les mains levées au del , redemandent par leurs gémissemens le père qu'ails sont sur le point dé perdre : des vierges sacrées gémissent tout bas dans le f mctuaire^ et ^ tristes témoins de la douleur et de 1^ soumission chrétienne d^uneabbesse à qui de tendres nœuds rendent cette séparation si cruelle^ elles répandent leurs cœurs aux pieds des autels^ mêlent leurs soupirs et leurs vœux ^ les font monter jusqu'^aux pieds du trône de FAgneau qu'acnés doivent im jour suivre ^ et par ce tendre spectacle^ vont presque arracher des mains de FEternel ^ le glaive fatal qui doit trancher des /jours si précieux. Mais les fléaux comme les dons de Dieu ^ sont sans repentir ^ et son heure , ou plutôt la nôtre , étoit venue. On a donc recouw
Vt H. DE V.ILLARSé ijfgr
aux derniers remèdes de TEglise^ et à leur aspect, raks^uplssement cesse : sa foi se réveille^ ses yeu3ç s''ouvrent pour voir son Sauveur ^ il demanda Bon-seulement à maoger sa chair , mais encore k boire son sang:; et veut sur le point.de sa mort ^ comme son Maître , s'enivrer de ce vin précieux ,. dont il ne devoit plus boire que dans le royaume du Père céleste. ( Matth. 26. 29. )
Cepeiidant le mal gagne : une famille désolée fi)od en larmes autour du lit: un ami sage et fidèle tache çn yain de s'^attirer encore la der-^nière coxisolation de quelques paroles mourantes, et Texhorte à disposer de sa maison terrestre., Un frein éternel avoit déjà été mis sur sa langue ,, €t on ne tiroit plus de lui qu'aune réponse de mort. Mais . encore , les pauvres que vous avez ^ tant aimés, lui dit-il, vont-ils donc tout perdre avec vous? votre palais retentit de leurs plaintes;; quelles ressources voulez-vous leur laisser après votre mort ? Que vois— je ici , mes Frères ? ah ! la charité ne meurt jamais. A ces mots cette ame miséricordieuse se l'éveille toute entière pour faire ^u dernier eflbrt : ses yeux , que la mort avoit . déjà fermés , se rouvrent pour jeter encore , ce semble, qudques regards favorables sur les malhçureux : ses mains défaillantes, depuis si long— ^^mps accoutumées à de saintes profusions , vont serrer tendrement les mains de cet illustre ami , <^mme pour se plaindre qu'acnés n'étoient plus propres à ces charitablea offices. Une vie étrangère . P^oit aoimer ce corps qnourant j il se tourmente^,:
."if^ OHAISON FUNÈBRE
il s^agite^ mille fois il s''essaie de redire ses anciens et pieux desseins:; mais ces paroles de charité qu^il forme dans le cœur , \iennent expirer sur sa langue froide et immobile ^ et se changent en profonds soupirs. Que se passoit— il alors dans cette ame ^ ô mon Dieu ! quelles saintes inquiétudes ! quels tendres gémissemens ! quels nouveaux transports ! quels brulans désirs ! Ce feu sacré n''acheva-t-il pas de consumer les restes de ses foiblesses ? et ne parut— elle pas sans tache à vos yeux, lorsque détachée de sa demeure terrestre par les efforts mêmes et les agitations de la charité ^ elle alla se présenter devant votre tribunal re— doutable ?
Que vous dirai-je ici, mes Frères? qu^ainsi disparoit tout-ànioup la figure du monde :j qu-aînsî s^évanouit Fenchantement des sens ; qu ainsi vient se briser au tombeau le fantôme qui nous joue ^ que les plus beaux jours de la vie ne sont que des portions de notre mort ^ que la fleur de Tâge se flétrit :; que les plus vives passions s'éteignent 5 que les plaisirs nous lassent par leur vide , ou nous échappent par leurs excès ^ que la gloire nVst qu'un nom qui se fait cependant acheter de tout notre repos 5 que la pompe et Téclat ne so t que des décorations de théàtie 5 qxie les honneurs ne sont que des titres pour nos tombeaux:; que les plus belles espérances ne sont que de douces erreurs ; que les mouvenions les plus éciiatans sont c*omme les agitations de ees feux
nocturnes 5 qui paroissent et sç ^replongent k
bE M. DE TILLABS. 4^
IHDstant dans d'épaisses ténèbres^ en un mot^ qu'il n'^est rien de solide dans cette vie , que les mesures que Ton prend pour Fautre : vous diraije tout cela ? Mais qui ue le dit en ces jours dé deuil et d^'amertume? qui fut jamais plus fécond sur les abus du monde que le monde même?
Au milieu des plaisirs on nous voit discourir sur leur fragilité : nous insultons le monde «en Tado— rant. Aussi quel fruit recueillons— nous de ces stériles réflexions? Quelques projets éloignés de changement ^ qui ne font que nous calmer sur nos désordres présens ^ et contens d'avoir connu nos plaies ^ nous en sommes ^ ce semble ^ plus tranquillement malades.
Reprenez donc les chants lugubres que j'ai interrompus , triste Sion , et gémissez sur les cendres de Tépoux sacré qui vous a été enlevé : remontez à l'autel ^ prêtres du Seigneur ^ et si un reste de fragilité^ si quelques négligences dans les devoirs infinis d''un pénible ministère, arrêtoiçnt encore le prince des prêtres que nous pleurons ^ dans cet endroit mystérieux du temple où achevoient de se purifier les ministres ^ ah ! disposez Tappareil du sacrifice^ mettez entre les mains de , ce pieux pontîfe le sang de FAi^jùcau , afin qu'il ' puisse entrer dans le sanctuaire éternel , et se présenter avec confiance devant la face du Roi d« gloire. Ainsi soit-il, . . .
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