‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 6 sur 45 · ARCHEVÊQUE DE LYON · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE LYON

Sacerdos magnus.*.. qui praeyaluît amplifîcare ciyitatem, qui adeptus est gloriam iii conversatione gentis » et lu-, gressum domûs et atrii ampliiii^avit.

Cest ici un pontife Ulustçe qui a su augmenter le honlieur et la puissance de la ville <> qui s^est acquis de la gloire au milieu de sa nation , et qui a été honoré par les Jonctions de son ministère , dans la ma' son du Seigneur « et dans Penceintc du temple^ Au chap. 5o> de l'Ecclésiastique « Ter§. I. 5.

Ainsi pour consoler Israël delà mort du grand-* prêtre Simon ^ un auteur inspiré d^en haut immortalisoit jadis , par des louanges nobles et divines , la mémoire de ce pontife , et cherchoit dans le souvenir de ses vertus, une triste ressource à 1^ douleur de sa perte. D'*abord le plaçant parpii ces hommes pleins de gloire , qui rendent les peuples heureux par la solidité de leur çagesse^ qui ont été riches en grands talens , et dont le nom vivra dans la succession de tous les siècles , il^va pui&er dans la nature mille images vives et

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brillantes^ et célèbre avec cet air de majesté , où Tesprit humain ne peut atteindre ^ les plus glo-*rieuses circonstances de son histoire. Ici ^ dan» des temps de trouble et de confusion , on le voit^ ainsi que Fétoile du matin au milieu des nuages, briller , suivre toujours sa course , et montrer même de loin les sentiers de la justice et de Tobéissance ^ à ceux qui ^ attirés par de fausses lueurs^ s^étoient jetés dans les voies glijssantes et ténébreuses de la rébellion et de Tinjustice.

Egalement attentif à régler les différen<£i du

peuple et des principaux d'Israël ^ c^est un trait

de feu vif et perçant., qui va jusque dans le cœur

faire en un instant le discernement délicat de là

. passion et de Téquité.

Enfin se répandant lui-nième tout. entier sur les besoins publics^ usant ^ pour le saliifet la sûreté de Juda , jusqu^aux restes mourans d^une vie infirme et défaillante^ c'*est un doux parfum^ qui^ pendant les jours de Fété^ exhale au loin son odeur bienfaisante^ s^évapore et s^éteint à force de se communiquer. •

De là ^ l'auteur sacré rappelant dès spectacles plus saints et plus augustes ^ le représente au milieu des'^enfans d^Aaron^ appliqué aux fonctions redoutables du sacerdoce , présentant au Seigneur une oblation pm'e devant toute rassemblée d'^Is— raâ ^ étendant sa main poiu* offrir le sang de la vigne , soutenant la maison du Seigneur , et affei> missant les fondemens du temple^ en un mot ^ ayant soin de son peuple , le délivrait de la {^err

âition ^ et faisant couler sur lui par des canafiSL purs et fidèles ^ les gmces des sacremeus ^ et les eaux sacrées de la doctrine.

Quand \ous dictiez à cet homme inspiré des expressions si divines ^ oserai-je le demander ici ^ Esprit-Saint , quelles furent vos vues ? Prétenditesvous raconter ^ ou prédire ? Consoliez-vous la synagogue sur la mort de ce fameux pontife ^ ou, promettiez-vous à TËglise la vie de Messire Camille de Neuville de \illeroy , archevêque et comte de Lyon, commandeur des ordres du roi, dont nous venons aujourd''hui pleurer la perte ? En effet, Messieurs, avoit-on jamais vu danj le même homme, tant d'attachement aux intérêt du prince , et tant d^attention à Futilité des par^ ticuliers; tant d'^application auxbesoiB3.de Fétat, et tant de vigilance sur le détail desfemiUes^tan^ d'égards pour la noblesse , et tant de bonté pouf le peuple ^ tant de respect pour les droits de Ifi. royauté , et tant de z^e pour ceux du sacerdoce 5 tant de part aiix sollicitudes du siècle , et tant dç g'oût poiu- les choses du ciel ^ tant de grandeujp avec tant de ^ modération ^ tant de périls avec tant d'innocence?

Vous le savez , illustres citoyens de cette vîllç affligée ^ et le niâgnifique ajppareil de cette triste cérémonie , où il semble que Fexcès de votre douleur ne trouve plus d'adoucissement que dans un excès de réconnoissance , fait assez connoitr^ que vous croyez devoir à la conduite et à la piété dj» ce grand homme , les richesses de la terre e%

«Ë St. DE YILLEROT. 4?

i^elies du ciel ^ puisque tous les jetez avec tant dé profusion sur le pompeux tombeau que vou»

lui avez élevé dans cfe temple.

Ah ! que ne pouvez-vous donc parler ici à ma place ^ vous qui chargés des affaires publiques , trouviez dans-une seule de ses réponses ces expédiens heureux , qni ne sont d'^ordinaire le fruit que des longues réflexions et des cruelles perplexités! vous qui^ rétablissant arbitre de vos différends particuliers , l'entendiez avec confianc€t décider sur les intérêts de votre honneur ou de votre fortune : toujours contens de ses arrêts • lors même que vous étiez mécontens de votre sort ! vous qui , malheureux sans avoir la triste consolation d''oser vous plaindre ^ alliez verser dans son sein votre honte et votre misère ^ et le trouvant toujours également discret ei charitable ^ en sortiez rassurés siu* votre honneiu* , et soulagés de vôtre indigence î vous enfin ^ ministres du Seigneur , zélés cônfidens de son amour pour ., TEglise ) qui^ assemblés autour de lui^ comme les Esprits célestes autour du trône de l^ancien des jours ^ (^Hebr. x. i4-) en étiez si souvent envoyés pour aller exercer votre ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut ^ que ne pouvcz-vous parler ici à ma place ! Mais ce lugubre silence^ cette profonde consternation y cet air de tristesse et d^étonnement répandu sur vos visages ,ti^en disent-ils pas assez ? faut-il donc que j^en sois eu ce jour le triste interprète, et. que je. vienne justifier par tm éloge pid)lic^ \m% douleuc et des larmes publiques?

4S emiSOir PTTNÈBRK

Souffrez plutôt que je prenne dans une céré-* monie de mort de qncn confondre toutes les îlliifiions de la \ie ^ et que- je vous redise avec c«llé noble simplicité qui sied si bien aux vérités du salut : Au reste , mes Frères , ce que Flwmme .aura semé il le recueillera^ ( Galat. 6, 8,) usez de ce mx)nde comrne n'en usant pas i c'est une fi" gure guipasse f ( i . Cor. 7. 3 1 .) c'est une maison bâtie sur le sable moui^ant ^ qui sera demain le jouet des ventset de Vorage. (Matth, 7. 26. 27.)

Je sais quelle est toujours dans ces touchantes cérémonies la prescription de la vanité, contre la piété chrétienne : je sais que^ loin de laisser périr la mémoire de Timpie ^ comme un son qui se dissipe dans les airs ^ on lui rend les mêmes honneurs qu'*à celle du juste : je sais qu^unc bouche sacrée ^ qui ne doit plus s'^ouvrir que pour annoncer avec le prophète les merveilles du Seigneur, y vient souvent raconter les ouvrages de Fhomme : je sais que du plus humiliant objet que nous propose la foi , on en fait un spectacle de faste et de vaine gloire ^ qu'ion vient recueillir même sur de viles cendres , des esprits de grandeur et d^élé-vation ^ qu^on mêle à la pensée du tombeau , à qui la grâce doit tant 4e conquêtes ^ le souvenir de mille événemens profanes, qui peut-être ont valu à Tenfer un riche butin ^ et que le démon semble enfin avoir troîivé le secrpt de triompher, comme Jésusr-Christ , de la mort même : je le sais. Mais je sais aussi, Seigneur , que vous perdrez 1^ lèvres trompeuses , et la langue qui parle

avec

DE 1*. DE TItLEROY. 49-

ftyec .orgiicîl : ( Ps, 1 1 . 4* ) 1^ ^^^^ ^^ 9"^ i^ ^^** à la parole évangélîqiie que j''aiinonce, à la majesté du temple ou résîde la gloire du Dieu trèshaut ^ à la sainte horreur du sanctuaire , ou le pontife éternel est toujours \îvant afin dlatercéder pour nous ^ à lappareil du sacrifice terrible que je suspens:) à la présence du pontife sacré qui va vousToffrir^ et dont je dois respecter le recueiflomeut ^ à la piété des fidèles qui m''éçoutent ^ et surtout à la mémoire du grand prélat k qui je \iens rendre ce devoir.de religion. Je le $ais:j et vous ne' permettrez pas, Seigneur^ que je trahisse lâchement là-dessus les plus vives lu* mières de votre grâce, ' \

Donnons donc à une cérémonie si chrétienne, un air et un tour de chrétien : ne louons ni des vices glorieux, ni des vertus que la foi met au nombre des vices : laissons— là cet art profané qui , selon les besoins , éloigne , approche , saisit avec affectation , ou laisse échapper avec adresse •des faits douteux et délicats : en uh mot , sanctifions dans cet éloge funèbre les qualités que le siècle admiré , par celles que la religion doit louer. Mêlons saintement le monde avec Jésus-* Christ , et découvrons dans notre illustre archevêque de grands talens et de grandes vertus : considérons— le comme im grand homme né pouc le bien de Fétat^ et comme un grand évêqùe étabU pour Futilité de FËglisé. Il sut ménager les intérêts du prince et les intérêts du peuple } c^est Fusage qu^il^ fit de ses talens : il sut veiller T0me riL O&jisovs FUif^ %

50 OUAISON FUfTÊBBE

^ur liiÎHDDéinc en se rendant utUe à TEglise;; eVst à quoi se réduisirent ses vertus. C'est-à-dire , il lut un poutife illustre qui a su augmenter le bonheur et la puissance de la vOle, qui s'est acquis de la gloire au milieu dé sa nation ^ et qui a été honoré par les fonctions de son ministère . dans IsL maison du Seigiieur et dans Fenoeinte du temple. C'eut tout C0 que je me propose dans cet élogCr

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