‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 16 sur 59 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le monde n'*a jamais aimé la vérité , parce que Itf vérité a toujours condamné le monde : les homm^ veulent jouir tranquillement de leurs erreurs et de leurs crimes :; et comme cette fausse tranquilité ne peut durer qu'^aussi longtemps qu'ik peuvent réussir à s'aveugler euxmêmes^ toute lumière qui ouvre leurs'^yeux à la. vérité ^ les blesse et lés réyolte.

De là les justes et les prophètes ^ que le Sei*gneur dans sa miséricorde ^ suscita de siède en siècle à la terre ^ pour cire les témoins de la vé- TÎté I) dirent toufours odieux aux hommes ^ et ré- : prouvés d'un ixiQi^e dont ils yenoiei^t condamner .

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les maximes. Isaïe^ malgré le sang des rois doat il étoit issu , vit tout Jérusalem conspirer sa perte ^ et vouloir éteindre dans son sang ^ la vérité qui tte meurt pas avec les justes qui meurent pour elle. Jérémie ne fut pas plus favorablement traité de son peuple ^ et les chaîna et les prisons devin-* jrent pour lui le prix àe la vàrîté , dont les persécutions des médians sont toujours ici-bas la récompense. Elie ne trouva dans Israël que des cœurs rebelles à la vérité ^ et les montagnes les jplus inaccessibles purent à peine lui servir d^asile contre les embûches des impies. Enfin ^ le monde toujours opposé k la vérité , s^est toujours élevé contre ceux qui vejooient le troubler dans la possesdon paisible où il étoit de ses erreurs et de sas maximes.

Cependant il est vrai que c^est par la condamnation et la mort de Jésus-Christ ^ que le mondé donne aujourd'hui la plus grande et la plus écla* tante preuve de son opposition pour la vérité^ c'*est~à-dire , pour la vérité de sa doctrine , de» Elcritures ^ de ses miracles ^ de son iimocence ^ et de sa royauté : suivons toutes ces circonstances*

Je dis .) premièrement ^ une opposition à la vé~ rite de sa doctrine ^ et cVst le respect humain qui la forme ^ cette opposition ^ même dans ses dbdples. En vain le Sauveur les avoit préparés au scandale de sa croix ^ en leur annonçant souvent qu''il Êilloit que le Christ souffiit^ et qu'ail entrât ainsi dans sa gloire :j qu'ils ne dévoient se promettre de part à son royauâie , qu'autant qu'ils Tome V* MrsrhRMS, ^ it

I2S tfOK LA PÀSshoir

en auroient à ramertume de son calice ^ et que bienheureux ceux cpii soufi'rent et qui sont per-* sécutés : en Tain toute sa doctrine n^'étoit qu^une préparation aux croix et ^ux souffrances : dès que le monde se déclare contre lui ^ que les prêtres S^assemblent ^ que les docteiurs conspirent ^. que le peuple naurmure^ que tout Jérusalem le rejette, ils chancèlent, ils sont découragés:; et voici jus— qu^oùle respect humain^ et la crainte du monde , les aveugle sur. la vérité de sa doctrine.-

Dans Judas , elle forme un perfide , ^ui trahît son divin Maître , et qui se joint à ses ennemis pour le perdre : ce disciple infortuné , intimidé par le déchaînement des principaux de Jérusalem contre le Sauveur , ne. se contente pas de Taban* donner^ il s'adresse aux princes des prêtres^ il devient le principal ministre de leur jalousie et de leur foreur : Que voulez^^ous me donner ^ leur dit-il y ^t je vous fe iVrerai? (Matth. 26. i5,) Mais que peut vous donner le monde , disciple infidèle, qui puisse remplacer ce que vous> allez perdre et ce que vous aviez reçu de Jéisus— Christ? Quoi? la gloire et Testime des hommes? mais votre nom étoit écrit dans le del , et il va devenir à jamais Fopprobre et Thorreur de toute la terre : le monde autorise le vice ^ mais au fond^ il n'^estime que la vertu. Quoi? des titres et des honneurs? mab Jésus-Christ vous a voit étabB pasteur de son troupeau, colonne de son Eglise, prince d'un nouveau peuple 5 et pour remplacer i^s titres augustes , le monde va vous dégrader

DE flOTRE SEIGNEUR. 123

jûsquVux mhiistères les plus vils et les plus in- Êmes : qu^'on est grand , quand on est à Jésus- Christ ! et qu'ion est méprisable et dévoué à tout ce qu'il y a de plus bas et de plus lâche ^ quand OD est esclave du mondé ! Quoi ? des biens et des richesses P maïs Jésus— Christ vous-avoit confié les trésors du ciel 5 il vous avoit ddnné toute la terre pour votre partage : tout étoit à vous^ et lé monde ne vous paie en échange que d''un vil prix quMl vous fait attendre long-temps^ et dont le preniier instant de possession vous dégoûte : le monde promet beaucoup^ et ne donne rien ^ Jésus-Christ donne toujours au delà de ce que nous attendons^ et ses dons surpassent toujours ses promenés. Quoi encore? des plaisirs réels et une félicité durable? mais Jésus-Christ vous auroit laissé là paix du cœur qui est l'héritage de ses disciples ^ et la seule source des vrais plaisirs ^ et le mondé ne va vous laisser que des remords cruels, un affreux désespoir , et tout le poids de votre crime :' le monde mène par les plaisirs aux amertumes des passions ^ Jésus-Christ mène par les croix à la paix du coeur et aux plaisirs tranquilles et solides de Tinnocence. Que voulez-vous donc que vous donne le monde ? Conuue on en peut rien espérer , on n'en devroit aussi rien craindre.

rMsàs la crainte des hommes , <juî avoit été la première source de la perfidie de Judas , devient celle de la défection des autres disciples. Le pasteur frappé, les brebis sont dispersées. Ils Vavoient suivi généreusement , tandis qu'ils ^a^^oicnt

ïî>-4 SUR LA PAS s ÏON

VU maître de la mort et de la vie, et attirer après ~ lui les grands et le peuple par Téclat de ses prCH diges : il leur paroissoit bçau alors d''être de. ce petit nombre de disciples qu^il avoit choisis^ ib ne rougissoient pas de lui appartenir , et ils s''eii faisoient même une gloire devant lés hommes:

mais dès qu'ail est saisi , lié , méprisé , ils se ca-' chent^ ils ne le connoissent plusij sa foiblesse le& scandalise^ ses opprobres tant de fois annoncée les découragent. La vertu applaudie , honorée ^ favcnîsée^ ne manque jamais de sectateurs^ la vertu méprisée ou persécutée ne trouve plus per- £O0ne qui ose se faire un honneur de se déclarer tout haut pour elle.

Pierre^ lui-rméme, qui, loin des dangers, se promettoit tout de son courage , nVst pas à répreuve d^une si dangereuse tentation. On lui demande s^îl n^est pas disciple de cet homme: Numqiiid et tu ex discipulis es homînis istius ? (Joan. i8. 17.) cW-à-dire , s^il n'^est pas du petit nombre de ces hommes heureux , k qui le Père céleste avoit révélé le mystère du Christ : cV^t-4idire, s'^il n^est pas de ces dépositaires de sa puis-« sance , auxquels il a confié les clefs du ciel et de Penfer; le pouvoir de marcher sur les serpens et de disposer k leur gré de toute la nature : cVstà— dire^ sMl n'^est pas de ces fondateurs de son Evangile , qui vont planter la foi au milieu des ténèbres de Tidolàtrie , conquérir tout Funivers , renverser tous les autels profanes , confondre toute3 les sectes , éclairer toutes les nations |

DE NOTBE SETGNEUR. 1^5

rendre muette toute la science des philosophes , soumettre les Césars^ porter le salut à toute la terre ^ et qui doivent à la fin paroître au milieu des airs sur douze trônes de lumière , pour Juger les douze tribus d'Israël : c'est-à-dire enfin , s'il p'^est pas de ces nouveaux ministres de son sacerdoce , qui vont être les premiers pasteurs de sou !Eg^e ^ les pontifes des biens véritables ^ les Mel^* chisédechs d'un peuple saint ^ les médiateurs d'une aIli^nce nouvelle ^ les conciliateurs des hommes avec Dieu^ aux. pieds desquels les princes et les rois de la terre viendront courber leurs têtes superbes^ et mettre leurs sceptres et leurs couronnes? Numqidd ettu ex discipuUs es hominis istius? Est-ce donc d'avouer t^nt de grandeur^ tant de gloire et de magnificence ^ que vous rougissez, foible disciple? Numquid et tu ex disci— pulis es Jiominis istius ? Quelle folie ! de se faire une honte devant les hommes du titre de disciple de Jésus-Christ ! Le monde, avec toute sa gloire ^ a— t— il rien de si grand , de si haut , de si estimable , de si digne de la* raison , que la vertu véritable ? Cependant Pierre n'ose s'avouer disciple du Sauveur^ ,une lâche timidité l'aveugle;; il déclare qu^il ne connoit point cet homme : Non nos^i hominemi (Matth. a6. 72.) il affecte d'ignorer )usq^'au nom: de son divin Maître. Lâche disciple ! Mais c'est là ce Jésus, qui de pêcheur de poissons, vous avoit fait devenir pêdieurd^hommesf et qui, pour votre barque et vos filets , vous avoit établi le chef et le prluK^ipal ministre de sou*

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Eglise : Non noi^i hominem : il ne le cosuMât plus. Mais c'^estlà ce Fils du Dieu vivant que vous aviez confessé si généreusement ^ et pour qui vous aviez tant de fois protesté que vous étiez prêt de mourir : Non noxn. hominem : il ne veut plusle connoitre. Mais c^est là ce bon Maître qui vous avoit hoiioré de sa plus tendre familiarité : qui vous avoit admis à ses plus secrètes faveurs ^ et toujours préféré à tous les autres disciples : il aOecte d^ea ignorer jusqu^au nom : Non noi^i hominem. Mais c^est là ce Seigneur qui vous soutenoit sur les fipts^ij à qui les vents et la mer obéissoient ^ et que vous aviez vu sur le Thabor environné de tant de gloire et d^immortalité : il ne le connoit plus : Non novi hominem. Mais enfin cVst là le Qirist^ à qui tous les prophètes ont rendu témoignage^ cet agneau de Dieu^ que Jean-Baptiste vous a montré:; que tous les sacrifices avoient figuré :; que tQius vos pères avoient demandé ^ que les hommes aippeloieut ^ il n^y a quVn moment ^ les unsËlîe ^ et les autr es Jean-Baptiste ^ ou quelqu'un d'entre les prophètes :j et que vous aviez reconnu vous-même pour le Fik et Fenvoyé de Dieu^ qui seul avoit les paroles de la vie éternelle : il ne le connoit plus : Non nos^i hominem. Il oublie ses bienfaits ^ ses miracles ^ sa doctrine. Jusqu'où le respect humain n'aveugle-t-il pas im cœur foible et timide ! et quand on craint encore les hommes^ de quoi peut-on répondre de soimême à Jésus-Christ?

Quelle foibless^fi^es Fières ! craindre les yeux

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