‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 21 sur 59 · B NOTRE SEIGNEUR.^ I · texte numérisé non relu

B NOTRE SEIGNEUR.^ I

croire ^ et de vivre comme si Tont ne croyoit pas? Un fidèle persuadé ^^il ressuscitera pour jouir d^un bonheur étemel ^ ou pote être livré à des flammes éternelles ^ peut>il oublier un si graoïd intérêt ^ durant le seul instant qu il paroit sur la terre ? et si des biens fugitifs qui n'huât rien de réel ^ et que nous ne goûtons qu'Hun moment ^ peuvent nous séduire^ la véritable félicité y des biens sans fin et sans mesure ^ une éternité de gloire^ de magnificence^ de vrai bouheiu: ^ qui nous est.aur }0urd'hui montrée^ ne sauroit-elle nous détromper^ et dissiper pour toujours Terreur qui nous a fait prendre le change^ prendre, Fombre pour la vérité^ la terre pour le ciel^ et un temps qui se précipite et qui va finir demain ^ pour Téternité ?

Second motif que je prends dans ce mystère pour nous animer à conserver la grâce reçue en ces jours saints. !Di[on^ulement ce mystère affermit notre foi :^ mais encore premièrement ^ il rassure notre espérance ^ secondement , il la console ;; troisièmement ^ il la corrige. La résurrection de Jésus-Christ rassure notre espérance. Nous savons , dit FApôtre^ que nous lui serons un jour semblables y et que nous suivrons la destinée de notre chef: nous savons qu'étant le premier-né d^entre ses firères , il ne doit être que les prémices heureuses de ceux qui dorment pour res-» susciter ! et qu*" une portion de notre nature n''a été délivrée en lui de la mojrt et de la corruption ^ que pour servir- de gage à Tespérance de la nature euttère : nous savons que sa résurrection se*

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roît inutile ^ si nous ne devions pas ressusciter avec lui ;; qu!il seroit dans le ciel ^ sans Eglise ^ sans sacerdoce^ sans sacrifice 5 et qu'ail n^y seroit* pas notre pontife éternel ^ s'^il n''o(rroit pas éterneUement son corps mystique à son Père. Ainsi nous savons que nos frères^ qui nous ont précédés avec le signe de la foi ^ et qui dorment en Jésus^ Christ dans le sommeil de la paix et de Funité^ n^ont pas péri sans ressource ^ qu^ils ont disparu à nos yeux ^ mais qu^ils attendent la bienheureuse espérance^ que leurs corps ont été brûlés^ Irainés^ déchirés ^ mis en poussière ^ la pâture des oiseaux du ciel ^ ou des animaux de la terre^ mais que celm qui appelle les choses qui ne sont pas , comme celles qui sont ^ rassemblera des quatre vents les portions dispersées de leur chair ^ démêlera daits toutes les créatures ce qui appartient à ses élus^ reprendra leurs restes précieux que la révolution des temps , et la- vicissitude des choses a confondus ^ et qui sont connus de lui seul ^ et que pas un cheveu de leur tête ne périra.

Or , dans ce souvenir , mes Frères , que de puîssans motifs pour affermir une ame dans la ^ace et dans le service de Dieu ! Je ressusciterai avec cette chair que je vais déshonorer : je la porterai aux yeux de Jésus-Christ et de ses ang^i encore marquée de taches honteuses de mes iniquités. Hélas ! si tout devoit mourir avec moi ^ ' fe pourrois tout permettre à xnes derârs corrompus : mais Fimpie ressuiscitera comme le juste : la trompette fatale éveillera ^ sans égard ^ tous ceux qtii

DE NOTHJB SEIGNEUR* 1^9

reposeront sous Tempire de la mort : il faudra reparoitre sur la scèue à la face de tout FuniTers ^ et voir revivre des œuvres de ténèbres ^ que je croyois ensevelies dans un éternel oubli. Quoi ? pendant toute Fétemité ^ la bonté de Faction que je vais conunettre ^ me sera reprocbée P ni les siècles ^ ni les années ^ ni les tourmens , n^efiace* Font jamais cette circonstance bonteuse de ma vie?, un plaisir si rapide ^ qui n^est déjà plus lorsque je le goûte , et dont je me di^ute moî*-mème ^ en le goûtant^ la fausse douceur, par des remords et des agitations secrètes ^ ce moment si fugitif sera écrit dans le livre des vengeances du Seigneur en caractères immortels ^ sera scellé dans les tré« sors de la colère divine , et durera autant que la justice de Dieu même ? Grand Dieu ! puisque mes actions , mes paroles , mes pensées , mes désirs , doivent vivre à vos yeux pendant les années éternelles , soutenez ma foiblesse , et faites entendre à mon cœur , qu'un cbrétien ne doit plus rien se permettre, qui ne soit digne de Fétemilé! En second lieu , la résurrection de Jésus-Christ console notre espérance. Car, mes Frères, si la piété a ses douceurs , elle a aussi ses amertumes ^ et les combats étemels, ou qu^il &Ut se livrer* k soi-même , ou qu'ail faut soutenir du c6té de presque tous les objets qui- nous environnent, en sont les épines et lies violences. La Vertu ne se» conserve qne ptor des sacrifiées continuels^ et si TOUS vous relàcbez un moment, vous êtes perdu ;;' ks passions renaissent f ce semble , de leur propra

l8o SUR LA BiésUlAECTlOlf

défaite : vous croyez avoir résisté jusqu''au sang ^ et remporté la victoire^ qu'ail faut recommencer le combat. Or ^ on se lasse d'hêtre toujours aux prises avec soi-même , de porter toujours un royaume divisé au dedans de soi : on penche naturellement à vivre d^intelligence avec son propre dœur ^ et à jouir tranquillement de soi-même^ et voilà la source la plus commune de nos rechutes.

Or^ dans ces dangereuses épreuves^ rien ne soutient et ne console Famé fidèle ^ comme Tespérance de la résurrection : elle sait que ce corps de péché^ qui Tappesantit ^ sera bientôt conforme à la ressemblance de celui de Jésus^Ghrist glorieux et ressuscité. Ainsi loin de s'^àbattre sous le poids de sa chair ^ elle sent que sa délivrance s'^approche : plu& Fange de Satan la presse ^ plus le désir d^être délivrée de ce coi^ de mort ^ augmente : plus Taiguillon du péché se fait sentir ^ plus elle souhaite sa dissolution et sa rémiion avec Jésus-Christ : elle trouve dans sa foiblesse une nouvelle force ^ ses tentations portent avec elles leur remède :; et tous les mouvemens qui Taverlissentdu fonds dé sa corruption^ la consolent par Tespérance de Fimmortalité ^ qui. la délivrera de toutes ses misères.

Dans les tribulations qui arrivent au juste , du côté des créatures , il n'en est aucune que cette espérance n'adoucisse. Job , sur son fumier ^ voit trapliquillement son corps tomber en pièces : /« 4ais^ di^il ) que mon Rédert^eur est vivant ;

qu9

^fueje ressusciterai de la terre cm dernier jcHur^ ^ve je verrai rnon Dieu et mon Saui^eur as/ee cette même cJiair , di^nt les vers et la pourri* ture ont déjà fait un cadavre. (Job , iq. aS a6. ) X^tte douce espérance est cachée damt nion sein. (Ibid. v. 37. ) Et il ne faut que cela^ mes Frères , pour consoler toute la rigueur de ses peines : Reposita estjiœc spes mea in sinu meo. Nous nous réjoHÎssons dans les tribulations * /disoieut les premiers fidèles , parce que nous at-t tendons Jésus^Chri^t du haut du ciel qui ré-^ formera la bassesse de notre corps , afin de le rendre semblable à la gloire et à la clarté du sien, et parce que notre espérance est certaine. Dan» cette attente , on nous maudit , et nous bénissons 1 on nous clmrge de chaînes , et nous sommes libres : on nous foule aujc pieds , et nous ne sommes point abattus ^ et nous avons toujours la tête levée pour voir notre délivrance qui approche. Ainsi parloient autrefois par la bouche de T Apôtre des fidèles opprimés , persécutés , proscrits , trlînés dans les prisons et sur les échafauds 5 il n'éloit plus de tourmens si affreux qui ne leur parus-^ sent doux , dans Ja vue de la bienheurenst? e$^ pérance.

• Aussi , mes Frèrçs , Ils croyoient «an» cesser voir arriver Jésus-Christ du haut des , airs : ils croyoient que chaque jour alloit être le jour tant désiré de son avènement : c'étoit une erreur d'à»

. mour. Ou croit toujoni^s toucher à ce qu'on d^ire avec ardeur 5 et les apôtres ^volent b^soifi

^8l S.trnil^ RÉSUKTlECTIOÎf

de toute leur autorité , pour calmer là^essus la vive impatience de ces saints disciples. Jésu^hrist lui-même avoit cru devoir prévenir les pièges qù'oa pouvôit tendre un jour sur ce point à la vivacité de leurs empressemens , et à leur crédulité ^ en les avertissant de n'*ajouter pas foi trop facilement à ceux qui viendroient leur annoncer qu'ail alloit parpïtre : Nolite credere. ( Matth. 24' 28. )De là au milieu des tourmens ^ i]# défioient ^ avec une sainte fierté ^ la barbarie des tyrans : Vous pouvez bien déchirer nos corps ^ leur disoieut-ils ^ le spectateur céleste de notre confession nous le^ rendra plus glorieux et plus éclatans : les plaies cruelles ^ dont vous défigurez nos membres , se changeront en des rayons de lumière ^ et votre inhumanité augmentera notre gloire. Tel étoit Tesprit de ces siècles heureux : une vaine spiri-^ tualité n^avoit pas encore interdit ces divines consolations à la vertu : on n^avoit pas encore fermé le sein de la gloire aux fidèles ^ pour les en rendre plus digues ^ on n^avoit pas encore fait une per-^ fectîon monstrueuse d'être indifférent aux promesses de la foi , pour y arriver plus sûrement : on auroit eu horreur de penser que le salut dut être le fruit affreux du désespoir , ou de rindî& férence pour le salut même 5 et la bienheureuse espérance étoit aloîrjs toute k piété et toute la perfectiopi des fidèles.

En effet ^ le jiUte seroit à plaindre s''il n^ avoit pour lui d'espérance qu'en cettp vie. Si Jésus^

Chiist»^ést point ressuscité , disoit autrefois rAp6-

fere ^ «t que nous u espérions en lui que pour cette vie <^ nous son^mes les plus malheureux de tou$ les lioimnes : Si in hdc vitd tantàm in Chris tq Sperfuites sun%us ^ miserabiUores sumus omnibus homimbus ; ( i- Çor. i5. 19. ) telle est la destinée du clirétien. ^''Evangile en un sens ne fait que des malheureux selon le monde ^ ses maximes sont tristes ^ et ne promettent rien de trop agréable ici-bas ^.(/Ji^.) et sHl n y a pjus rien à espérer après cette vie^ rien n''égale l 'infortune d^un disciple de Jésus^-Ghrist, Or , sur cette vérité incontestable , vous n'^avez ^ mon cher auditeur , qu''à vous dé^ cider vous-même ^ pour connoitre si ^ vous êtes disciple de Jésus-Christ^ ou enfant du siècle^ et par conséquent çnfant de mort et de perdition : la règle est sùrCf S**!! n'y avoit point de i:ésurrectîbn à espérer^ seriez-vous à plaindre? Si vous n'^atteadi^ez qu^un anéantissement éternel après cette vie ^ vous faites- vous assez de violence en celle^î ^ prenez-vous assez sur vous-même ^ mortifiez-vous assez tous vos désirs^ crucifiez-vous assez votre chair ^ souffrez-vous assez les mépris et les injures^ fuyez-vous assez les plaisirs^ vivezwous assez séparé du moude^ veillez-vous asseç sur vos sens , êtes-vous assez détaché de la gloire, des biens périssables , pour dire avec FApotre : Si nous n'espérons en Jésus-^Chrùt que pour cette me , nous sommes les plus malheureux de tous les hommes P Quand la religion seroit un âonge , ^u''y perdriez-vous r quand tout ce qu'ion nous dit de la résurrection à \enir ^ et des promesses de ht

fôî , sefoîent des fables ^ seriez-vous fort tirompé dans vos inesuresP quand tout mourroit avec nous^ auriez-vous de grand reproches à vous faire au lit de la mort ^ sur ce qtie votis n'^aUrîez pas' fait votre bonheur de la vie présente ^ sur les plaisirs dont vous Vous y êtes abstenu ^ sur les sacri-* fices , les violences , les austérités , les privations que vous avez souffertes pour Une éternité et un avenir chimérique? Si Ton venoit vous déclarer que la foi dés chrétiens est une invention htunaine j^ trouveriez-*v6us beaucoup à changer dans vos mœurs ^ dans vos projets ^ dans vos affaires ^ dans' toute votre conduite? Ah! les premiers fidèles avoîent droit de dire ^ que si Jésus-Christ n^étoit pas ressuscité ^ tout étoit perdu pour eux. Des iiifortunés qui sacrifioient tout à cette espérance ^ qui souffroiént la faim^ la soîf^ la nudité , Fexil^ Vinfamie , la perte des biens et de la vie , pour lui plaire , et dans la seule espérance d'^aller jouir de lui : Tantàm ut Chris to fruar ; ( S. Ignat. Mart. ) des honmies qui nVvoîent aucune consolation sur la terré^ qiii se disputoient les plus légers plaisirs:; qui regardoient la vie préseûte comme un exil ^ conune une vallée de larmes ^ yes hommes pouvoient assurer hardiment ^ que ^'*A ne devoit point y avoir de résurrection ^ rien n''égaloit leur malheur sur la terre. Mais vous à qui la foi en Jésus-Christ ne coûte rien ^ vous qui ne sacrifiez à ses promesses ^ ni plaisirs ^ ni goûts, Bti superfluités^ nipenchans:; vous qui sous TE van-

gile vivez aussi doucçmeot) aussi agréablement,

»E lïOTKE SÊIGllTEITlt» jQ5

•aussi mollemeat^ ^ue sais-je? aussi licencieuse^ ment peut-être ^ qu^on vit parmi ces nations infidèles ^ où son nom n^est point connu ^ qu^il soiik ressuscité ^ ou qu^il ne le soit pas ^ vous n^en êtes ni plus ni moins à plaindre ;j la fausseté ou la vérité de ses promesses ^ ne change rien à votre destinée.: et dès-là vous n^êtes plus chrétien:; vous nVppar-^ 'tenez plus k Jésus-Christ^ vou^ VL&vez plus de ^roit k son espérance.

Et voilà en dernier lieu ^ cconme la résurrection de Jésus-Christ non-seulement assure et console ^ •mais encore corrige notre espérance ^ en nous pro-< posant les moyens ^ qui seuls nous donnent droit d'^espérer :; en nous faisant entendre qu'ail n^est pâjS possible de chercher sa félicité sur la terré ^ et -d^espérer en Jésus-Christ; et que Je fidèle qui ne souffre rien ici-bas y ne sauroit aussi rien esparer pour Favenir.

Biais ce n^est pas par cet endroit seul que la ré-»

:suiTection de Jésus-Christ corrige.hotre espérance^

En effet ^ -.une des causes les plus ordinaires de

-nos rechutes après la solennité^ est de nous

persuader que le retour à la grâce est .&cile , et

«ainsi d'espérer contre Tespérance. Qr, le mystère

;de'la résurrection de JésusrChrist corrige cette

«erreur ^ commune et si dangereuse:; car.lebien-r-

'fait de la résurrection n''a été eutlui que le prix le

plus doubureux de tous les sacrifices ^ et il nV

•mérité sa délivrance du tombeau , quVn devenant

.rhomme de douleurs. Or ^ la résurrection de J(>-

^ils-Cbgrîst est 'le modèle de k nôtre ; c^est-à-dk^ ^

l86 StR LÀ RÉSÛRftECtlOTr

que si nous retombons^ il faudra passer pat de» terribles épreuves , pour arriver au renouvelle— liïent de la pénitence. Si je retombe^ ô Dieul que ce plaisir rapide et frivole va me coûter cher ! quel calice à boire y pour recouvrer la vie el Tinnocence que je vais perdre ! Je ne sais déjà que trop moi*même ce quMl en coûte pour revenir à Dieu ^ quand on a eu le malheur de s''éloigner de lui :; et ce que les commencemens d'aune cottvefsiou ont de terrible pour le cœur : est^îe qu''àprès une rechute ^ cette entreprisé auroit moiils de difficultés ? Mais mes mauvais pendians seront «ftcore plus difficiles à surmonter ^ mes chaînes se seront fbrtifiées ^ mes fôibles désirs de salut refroidis y les yeux du public même plus redoutables^ par les inégalités de ma conduite .^ tout deman-** dera de nouveaux efforts^ tout deviendra plus dégoûtant et plus pénible Tor , si j^ai eu tant de peiae à faire une première démarche que tout sembloit faciliter^ comment pourroîs-^je si fort compter sur une seconde ^ où tout m' ofirira de nouveaux obstacles? Ainsi s'^ajffermit dans la per^ Bévérance une ame fidèle.

Mais ^ d'^aillemrs ^ la grïice d'aune seconde pénitence vous sera*t*^lle accordée? Seconde raison que nous fournit ce mystère. Savcz-vous bien ce que cVst que la grâce de la conversion ^ cette grage qui nous fait passer de la mort du péché à la vie et à la résurrection de la justice ? Ecouter TApôtre, qui va Vous Tapprendre : La même .\erta surémineate de Dieu ^ dit'^il ^ qui a opéré

HE NOTRE SEIGNEUR. tS^

sur JésU^Christ pour le délivrer d'entre les morts , doit opérer sur nous ^ pour nous retirer des voies de la mort et de la perdition ^ pour nous faire revenir à la vie de la grâce ^ c^est-à-dire , quHl est vrai que la résurrection spirituelle du pécheur ^ est uii ouvrage aussi grand pour Dieu que la résurrection corporelle de Jésus*-Christ :; que le miracle est ici égal ^ quHl a besoin d^une vertu aussi «datante pour Tun que pour Fautre ^ et que s^il y a quelque différence à fiiire^ c'^est qu''en ressuscitant son Fils ^ il commande à la mort^ et ïl est obéi^ et la mort qui entend sa voix ne résiste point à ses ordres ^ au lieu qu^en ressuscitant le pécheur^ il commande à un cœur corrompu^ et ce cœur se défend^ et ce cœur ou ne veut pas Tentendre ^ ou même après Favoîr entendu , résiste à ses ordres ^ et repousse la main qui vient le retirer' du tombeau^ et des ombres de la mort» Or ^ étes^vous en droit d^attendre de lui une seconde fois une faveur aussi signalée ? pouvez-vous vous flatter qu'ail opérera encore une fois pour vous un prodige qu'ail n\ opéré qu^une fois en faveur de son Fils? Qui êtes-yous donc pour vous promettre témérairement des coups si miraculeux: da la puissance divine? De toutes les grâces ^ celle de la conversion est la plus rare; et vous la regar^ derie^ comme une faveur de tous les jours? Que ^vez-vous si le Seigneur , après avoir fait une seconde fois éclater sur vous les merveilles de sa miséricorde ^ en rompant les chaînes de la mort et du péché qui lioient votre .ame ^ et en vous bèr

t88 SUR liÀ BéSUtlRECTI OV

sant reyivre avec Jésus-Christ ressuscité d^une vie nouvelle ^ ne maoifestera pas à Favenir -en vous la sévérité de sa justice^ en vous livrant pour toujours aux désirs de vos passions insensées ? Nous lisons bien dans le& livres saints que Lazare ^ que ia fille de Jaïre ^ que le jeune homme de Naïm . •furent ressuscites i^ mais nous ne lisons pas que ce bienfait signalé leur ait été encore accordé. Là seconde mort fut pour eux la dexnière^ et dans cette image ^ on veut nous faire comprendre , que le miracle d^une seconde résurrection est rarement accordé au pécheur.

Conservons donc précieusement^ mes Frères.

"VOL trésor si difficile à recouvrer , si nous avons -èXé assez heureux que de ressusciter avec Jésus-^ .Christ dans la participation des saints mystères. Ah ! si vous connoissiez , mes Frères , ce que vous perdez en perdant la grâce «anctifiante : si •vous saviez que la perte de Tunivers entier nVst rien à son égal : si vous pensiez que c'est le prix ^ sang de Jésus-Christ , et lé seul fruit d^s -souffrances dont vous venez d^étre témoin : si :vous faisiez réflexioai que c^est la dragme précieuse .-dont on achète réternité : si vous pouviez eom— éprendre que vous perdez tout œ que vous pouvôa -perdre de -plus grand ^ tout ce que les créatures, 'et le monde entier ne sauroient vous remplacer • -que vous perdez ce que vous ne pouvez plus recouvrer de vous-même^ oe que celui seul que ^ous offensez peut vous rendre;; que vous perdez •ce. que /tant de ï^éprouvés souhaiteront pemdant

toute réternité'i, ce qui sera la félicité de tant dé jtistés dans le ciel ^ ce qui est refusé à tant de pécheurs sur la terre ^ si vous lé pouviez com-* prendre , sans doute ce souvenir vous animeroit a persétérer dans le service de Dieu ^ où la grâce des sacremens vient de voUs faire entrer. Vous venez d'^en voir led motifs dans la résurrection de JésUâ^hrist ^ il faut vous en découvrir les moyens que nous fournit le même mystère.

SECOND PARTIE

J ésï/s^Christ ressuscité d'entre les morts , ne meurt plus , dit F Apôtre ^ la mort n* a plus d'em-pire sur lui^ Ç Rom. 6. 9. ) parce que sa ré— ^ surrection renferme un renouvellement entier et . iparfait ^ qu^il n^a plus rien de terrestre au sortir du tombeau^ et que la mort a été absorbée dans sa propre victoire, ( i. Cor. i5. 54- ) Or voilà le modèle et le moyen de notre persévérance. . Voulez-vous donc ne plus retomber , mes Frères? 1 feiut que tout ce qui étoit en vous de terrestre et de mortel soit détruit^ pour ainsi dire<^ et que Vous soyez un homme tout renouvelé et tout céleste. Une passion négligée conserve toutes les autres ; une seule plaie flattée attire sur elle les mauvaises humeurs de tout le corps. Ainsi votre attention doit redoubler^ votre vigilance croître: et comme Jésus— Christ n'^a compté ses travaux, finis ^ et sa victoire assurée ^ que lorsque la mort a été entièrement absorbée en lui ^ et qu^elle n**»

t9^ Sint LA BéSTJRBECtlO^ir

plus eu ïA armes ^ ni aiguillon ^ poUr parler aveo TApôtre ^ tandis quil vous restera des passions a combattre^ des désirs à réprimer^ des vertus à perfectionner , vous devez regarder votre résurrection comme imparfaite ^ et avancer sans cessii dans la ressemblance de Thomme nouveau.

Cependant Terreur commune regarde I0 temps pascal comme un temps de relàcliemeat ^ de repos , de liberté et de plaisirs. Mais je I9 répète ^ si vous voulez conserver la grâce de la résurrection ^ il doit être pour vous un temps de renouvellement et de ferveur : en voici les raisons ^ elles me parolssent dignes de votre attention.

En premier lieu , il n''est que trop vrai que la plupart des fidèles crmeut avoir droit de se dé^ lasser ^ et de donner moins de soins à leur salul étemel ^ quand une fois ils sont arrivés au bout de cette carrière de pénitence ^ qu^ik ne font consister le privilège dé la résurrection que dans des mœurs plus douces^ dans un usage plus libre des plaisirs de la table ^ du jeu ^ des spectacles ; et dans la rareté des prières publiques et des autres devoirs de la religio». Or, pour faire sentir d^abord l'^iUusion d''une erreur si vulgaire ^ et injurieuse à la sainteté de ce temps ^ il sufBrôit de vous dire que Tallégresse de TElglise en ces jours heureux, tt'est fondée que sur la victoire que Jésus-Christ et tous les fidèles avec lui , remportent aujourd'^hùi sur le péché ^ que votre retour à la grâce fait tout le sujet de ses cantiques de joies ; et que si vous êtes encore dans le péché ^ elle est encore couyertt

bu NOTRE SEIGTfEtril. ÏQt

d^un deuil invisible^ et gémit en secriet devant son Epoux : qu^aîosi ^ elle ne parolt en ce jour triomf^nte et environnée de gloire , que pour célébrer le triomphe de la grâce sur vos coeurs ^ et qu''elle vous regarde comme autant de captifs^ qu'elle vient de délivrer de Fempire de la mort , et' de la puissance des ténèbres. En un mot^ c'est la destinée de votre conscience qui décide toujours de sa joie ^ ou de sa tristesse. Car d'ailleurs^ le temps de la vie présente n'est pas le temps de -sa joie : étrangère ^ Soignée de son époux ^ déchirée par les schismes et les contentions ^ désho-» norée par les scandales ^^ afiligée par les chutes de ses enfarns ^ elle gémit sans cesse ^ elle soupire après -sa délivrance :; et ses chants de joie ne sauroient être que des désirs d'éternité ^ et de vifs empressemens d'être réunie à l'EgUse du ciel ^ dont son E^iouK est le Pontife visible. Mais laissons là les j:tiisons qui la regardent elle seule ^ et arrêtons^ nous à celles que nous fournissent nos propres dispositions.

En effet ^ en second lieu ^ si après des mœui^ désordonnées ^ et une vie toute criminelle ^ voUs avez été assez heureux ^ pour recouvrer en ces jours votre innocence par la grâce des sacremens^ et vous réconcilier avec Dieu ^ vous ^tes donc de nouveaux enfans de la grace^; vous ne faites que de naître dans la justice et dans la sainteté : or. dans cet état d'enfance et de £ciiblesse ^ comme • vous êtes plus aisé à séduire et & «ébranler ^ il vous faut aussi de plus précautions ^ ^t plus de secours

^9* StTK LA KÉS1}RREGTI«^9r

j>our VOUS soutenir- D^aîjleurs , si vous ne fait^ que de sortir de vos mœurs crimipelles^ vous n'avez donc encore rien fait pour les expier : voii& ^vez gémi au tribunal ^ il est vrai ^ vous vous y êtes déclaré pécheiu- ^ vous y avez porté des seiitimens vifs de componction ^ et ime détestatioo sincère de vos crimes : nous y avons essuyé. vo$ larmes , recueilli vos soupirs ^ et consolé vptrç douleur ^ qui nous remplissoit nous-*mèmes de consolation : mais sont^ce là les seuls fruits de la ^pénitence ? une vie entière de pUisirs et de dissî^ .pation seroit-elle effacée par quelques larmes passagères ? et le péché seroit-il expié dès qu'ail est remis? Or, si vous êtes un nouveau pénitent^ eh! où sont ces trpnsports de zèle, cette indigna^ tion contre soi-même , cette avidité dç souffrances^ qui sont toujours les prémices de TEsprit de Dieu dans un cœur touché ? Vous n'avez pas encorç •commencé ^ et vous vpulez vous penuettre de^ adoucissemeos , que les plus justes , après de longues années de pénitence , n''oseroient encore ,s''accorder? Est-il temps de S0 reposer à Tentrée .même de la carrière? U.peut arriver quelquefois que sur la fin delà courte, on se relâche; et que Ja ferveur se ralentisse après- plusieurs» années d'austérité : mais du moins les commencemeus ont été fervens.Le roi de Ninive se met sous la cendre , déchire ses vétemens, afflige sa chair par le jeûne et par le cillce : c'est le caractère de la première grâce ç les efforts qu'elle inspire d^3lK)rd ^ojit héroïques j et c'est ^lorg; que le pécheyr

Dijuvellement

IKmveUemeat touché ^ a besoin de frein ^ et qu^il Êiut que la sagesse dW conducteur- modère les faillies ^ et arrête Timpétuosité du zèle , ^t de Ve^rit qui Fanime.

Mais vous ^ mon cher auditeur ^ si tous, €om-« mencezpar la chair ^ comment finirez-vous par. respritPn vos premières démarches commencent par être tièdes et languissantes , comment soù-« tîendrezrYousles secousses^ les ennuis^ les dégoutt inséparables des suites et de la durée ?

De plus ^ votre propre expérience vous ap-*

]prendni qne les tentations ne «ont jamais plu$

violentes ^ que dans un commeneement de nou-^

velle vie. Cest alors que le démon furieux d^avoir

laissé échapper.sa proie ^ met tout en œuvre pour

la recouvrer : c'est alors qu'ail multiplie les attaques^

qu'ail <^nge tout en pièges ^ qu^il réveille.toutei

les passions encore à demi vivantes , quMl répand

des dégoûts et des amertiunes sur toutes nos dé^

marches ^ qU^il rassemble tou^ les obstacles ^ qu^il

grossit les difficultés ^. en un mot ^ qu^il épuise

tous ses. artifices ) pour.rentrer dans Ja maison de

notre* ame avec sept esprits impurs encore plua

médianS' que hd. Or ^ si les tentaticms sont dW

côté plus vives ^ la piété, de Fautre est jalors plus

foible^: C'est une étincelle à. peine allumée ^ «t

qu'fl'Êiutenitceteiûr i £Dree de. soina et) de voté*

nagev^ens v c'^st^uiie jeune plante quc/le vent. le

pluslégevest capable dlabattre^* la moindre ardeur

'des tentations ^. de faire ;sâcfaer. En quel.tempp

"doue la 'fidélité et ia vigilance Eurent jamais plus

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