‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 26 sur 59 · PREMIÈRE RÉFLEXION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RÉFLEXION

JuE premier caractère de. l'Esprit de Jésus-Chrkt^ c'est d'être un esprit de séparation ^ de recueille^, ment et de prière. A peine les apôtres en ont été rempUs-^ qu'ils renouceut^à tous les autres soizis^

9o8 LB jérm DE LA pentegAte.

extérieurs ^ pour oe vaquer plus qu'à la .prière ^ et au ministère saint de sa parole. Ces hommes^ qui auparavant ne pouvoient soutenir une heure entière de recueillement avec Jésus-Christ ^ qui ignoroient même comment il falloit s^ prendre -pour prier ^ qui méritoient même que Jésus-Christ leur reprochât , que jusque-là ils nVvoient rien demandé en son nom : ces hommes ^ dès que TEsprit de Jésus-Christ est descendu sur eux ^ et qu''il a pris possession de leur cœur^ ils perse* vèrent ^ dit saint Luc ^ dans la prière avec les fidèles^ ils se rendent assiduement au temple aux différentes heures de la journée^ pour y lever leurs mains pures au del. Si la synagogue les persécute ^ ik trouvent dans la prière ^ la coosokr tion la plus solide de leurs peines : si ou les enferme dans des prisons^ ils font ret^itir ces lieux d'horreur ^ de cantiques d'allégresse et d'actions de grâces : si Pierre ^ dans les liens et eulevé au troupeau^ leur fait craindre que^ le pasteur frappé^ les brebis ne se. dispersent ^ ils ont recours tous ensemble à la prière ^ et ce sont , dit saint Luc ^ leurs supplications ferventes et continuelles ^ qui obtiennent de Dieu la délivrance de cet apôtre. EnGn ces hommes si charnels^ si dissipés^ si ennemis du recueillement et de la contrainte ^ deviennent tout d'un coup des hommes de prière, des hommes intérieurs , spirituels , recueillis ) dont la conversation est dans le cie) ^ et qui sont au milieu de Jérusalem , aussi occupés de Jésus^ Christ^ aussi pleins d« ses mervaUes et 4e «^

SÛR L«S CABACTÈRES'^ Ctc*: ftOQ^

biénfeit*;^ que s^ils étoient eacore sur la montagae, de Galilée.

Voilà, mes Frères, le premier changement.

qne l'Esprit de Dieu opère dans une ame. Comme 9L pi^enâ la placë^e Tesprit du monde dans son oœur ^ qu'ail change ses désirs , ses vues , ses incli*. nations, ses. pensées :j qu'ail lui rend , ou iudifférens , ou odieux, tous les objets qui Fenviroiinent, sur lesquels auparavant elle trouvoit tant déplaisir a Èe répandre;; et qu'il rappelle dans son cœur le Dieu de paix et de consolation, qui jusque-là en ayoit été banni ^. il lui fait trouver tout son bonheur et tout son plaisir en elle— même: la plus .douce occupation de cette ame que TEsprit de Dieu pousse et remplit, c'^est de se rappeler à elle — même. G>mïne c^est au dedans d'elle qu'elle trouve son Dieu, elle n'en sort qu'à regret^ pour ainsi dire ^ elle y revient sans cesse au milieu même des dissipations et des devoirs extérieurs ^ que la bienséance rjend inévitables, et qui de-> yrçdent, ce semble, l'eu distraire : elle se fait au milieu même du tumulte et des entretiens du siècle , une solitude secrète dans son cœur , où çlle s'entretient sans cesse avec le Seigneur qi4 y fait sa demeure:; où elle .se plaint à lui de la triste nécessité qui l'engage encore en des occu-^

{mtions et des bienséances mondaines ;} où. el|e ui fait réparation par des retours continuels d'amour et de zèle., de tous les outrages dont ^e est forcée d'être témoin ;; où elle en appelle àsaloi et à sa vérité « de toutes les fausses marimei

fttô I.B lOUR DI& LA PETTEcAtE*

cJuVIIe enteoJ satis cesse débiter parmi les hôinmeif où enfin ^ elle Ait et réside bien plus qpe danè les dissipations extérieures où son état rengag[e | mais où son cœur ae se trouve pas«

Et voilà pourqaoi saiat Paul appelle HiOBun* ebrétien ^ Tbonune spirituel et intériemr ^ et riiomme mondain et pécheur^ nioiiitt)ieextérieur«' Cest-à-dire, que dès quWe ame a reçu. VEq^rit de Dieu^ et qu^elle en est véritablement animée y toute sa vie est presque invisible et intérieure }tout ce qu'acné fait^ part de ce principe divin et iu\îsible qui la remplit. Les actions même le^ plus communes deviennent saintes par la foi secrète qui les purifie : qu^elle mange ^ quVUe S9 réjouisse , quVlle pleure , quelle soit dans Télé-» Vation ou dans Tobscurité^ dans Fabondance ott dans la misère ^ dans la santé ou dans la maladiey elle trouve dans tous ces états , des sources de réflexions saintes. Tout ce qu^elle voit , elle ne le voit plus qu'avec les yeux de la foi. Les ëvéne*' mens et les vicissitudes du monde ;; les révolutions des états et des empires :; la décadence ou rélé-i Vation des familles ; Tabondance ou le inalbeur' des siècles ^ la licence ou le renouvellement des* Inœurs :[ les chutes des justes ^ ou la conversion des pécheurs ij Taffciblissement ou le règne de h vé.ité parmi les hommes ;; la dissension où la paîl des pasteurs et des Eglises: les disgrâces ou W feveur des particuliers :; enfin toutes ces révolutions étemelles , que la figure du monde offre* sans cçsse à nos yeux^ et qui ne réveillent daof

son i^â CAHàtîT^fes ^ etc* II*

téS âmes vnonâaitiés ^ (rue les passions da monde f' et des pensées de chair et de sang ^ sont d69^ instructions secrètes et continuelles à une mne «emplie et animée de TEsprit de Dieu. Tout lâ Appelle aux \érités de la foi^ tout lui- montré dans un nouveau jour^ le néant des chos(*s bu** maiaes ^ et la grandeur des biens étemels : lé monde entier n'est plus qu'un livre ouvert , oâ die découvre sans cesse les merveilles de Dieu | •t raveuglement prodigieux de pres({ue tous leè hommes*

Ce n'est pas que les objets des sens ne puissent quelquefois la surprendre et la séduire ^ qu'elle^ ne se laisse en certains momens^ emporter aa torrent^ que sa foi moins attentive ne cède quel* quefoisà l'impression desprejugés et desmaximer humaines^ et que les dissipations du monde né l'emportent «oovent hors d'elle-même, et ne loi ÊBsent perdre de vue la présence du Dieu qu'elle porte dans son cœur. Mais ce ne sont ]k que des surprises^ et des absences d''un moment, pour ainsi dire : avertie d'abord de son égarement' par les reproches secrets de l'Esprit de Dieu* qui habite en elle, elle recueille aussitôt son coeur égaré ; elle rentre dans son ame , d'où le monde l'avoit comme tirée ; elle revient dans ce' sanctuaire domestique , y faire réparation à son Dieu de ce moment d'absence et de dissipation ^ par des gémissemens secrets , et par des aveux' lenchaiis et sincères, que plus elle se ré}iah(l «a ddUMQs ^ {dbis elle trouve que. le monde ft\^t'

qi^'^ua grand vide ^ et quVa cœur où Dieuhabite) ^t la source des \rais plaisirs.

« Voilà cet esptit de ùn^ de recueillement et de prière , qui nous rend témoignage que nous avons reçu l'Esprit de Dieu , et qii^U habite en nous : voilà cette vie intérieure et spirituelle qui distingue les justes des mondains ^ et qui ^t le caractère le plus essentiel de la piété clirétiemie*

Aussi les justes^ dans les livres saints^ sont ceux qui vivent de la foi^ dont la conversation est dans le ciel ^ qui n^out de goût que pour leà ebpses d'en liant:; qui usent de ce monde comme s^iljS n^en usoieut pas^ qui le regardent comme uae figure qui passe ^ qui n arrêtent pas leurt yeux sur les choses visibles ^ mais qui attendent les. invisibles comme s'^ils les voyqient déjà^ qui ne jugent pas de tout ce que les hommes estiment sur ce qui parolt ^ mais sur la vérité qui ne paroit pas i; qui sont étrangers et voyageurs sur la terre) qui sonjt citoyens du siècle à venir ^ qui rappoi^teiit tout à cette patrie étemelle vers laquelle ils mardient sans cesse ^ et ne comptent pour rien tout ce qui passe ^ et ne doit pas demeurer toujours.

En effet , dès que PEîsprit de Dieu est devenu Fesprit dominant qui nous conduit et qui nous anime , il doit régler nos désirs ^ réformer nos jugemens , renouveler nos affections ^ spiritualiser nos vues ^ nous rendre à nous-mêmes : nous ne devons plus voir que par les yeux de TEsprît^ agir que par Timpression de cet Esprit:; ne plus désirer q;ue Jb^ biens spirituels : . eufiu , foute x^otre yi^

son LES GiiRACTÈitES y etc. . $l3

dmt élre spiiituette^ et comme la vie de Dieu en nous. Car un cadavre animé par un esprit étranger^ n*a de mouvement, que par luiij point d'^impres— • sions que les siennes^ point de pensées que cellesque Tesprit qui Fhabite forme en lui : il n'^estplus à lui ^ pour ainsi dire^ il est à Fesprit qui lé r«Fmplit et qui le possède.

Cest à nous maintenant ^ mes Frères ^ à nous juger sar cette règle. Trouvonsnaous en nousmêmes ce premier caractère de FEsprit de Dieûi^ Examinons ce qui domine dans nos jugemens y dans nos désirs^ dans nos affections ^ dans noS' VSieS) dans nos projets, dans nos espérances, dans nos )OÎes^ et dans nos diagrins :; enfin , dans tout le détail de notre vie. Je ne demande pas si res--" piit du monde nous séduit -quelquefois. Hélas!; oà est rame fidèle , qui , au m^eu des périls don! BOUS sommes environnés , ne se laisse souvent surprendre par ses illusions et par ses artifices B Mais je demande , si c^est VËsprit de Dieu , ou Fesprit du monde , qui nous possède et qui domine en nous.

Et quand je dis que je le demande , ce n^est pas que je Fignore;; ce n'*est que pour vous obliger à V0U3 le demander à vous-même : car d'^aUleursy les règles de la foi ne me permettent pas de doutes que la vie de la plupart des perisonnes qui m^é-n content , de celles mêmes qui vivent dans la profession extérieure de la piété , ne soit une vie toute pleine de Fesprit du monde , et par censée quent , vide de FEsprit de Dieu , indigne du salut •t des promesses étemelles.

AI 4 Ll JOITK DE LA raNTECÔTB.

Premièrement ^ parce que c''est une vie toute extérieure ^ qui se passe toute hors de notre cœur^ et par conséquent, loin de Dieu* Les bienséances nous amusent , les devoirs nous occupent , les plaisirs nous dissipent , les affaires nous inquiètent^ Tinutilité nous lasse ^ rien de tout cela ne nous rappelle à nous-mêmes et à notre cœur. Les oeuvres mêmes de la piété ne sauroient fixer la dissipation de notre ame : notre cœur est au inonde , tandis que nous consacrcHis notre corps à des exercices pieux : notre esprit erre sur mille Tains objets, tandis que notre bouche s'^ouvre pour réciter de saints cantiques : notre imagination est pleine de fantômes dangereux , tandi» que nous voulons y retracer le souvenir des mystères du salut : enfin , dans des mœurs réglées au ddbors^ et louables aux yeux des hommes, nous sommes toujours pourtant étrangers à nous-mêmes ^ nous nous fuyons nou^-mêmes ^ nous charchons les.

amusemens qui nous dissipent ^ nous craignons de nous retrouver avec nous-mêmes ;; marque infaillible que Dieu u'*y habite pas. Car si Dieu habitoit en nous , nous nous plairions avec nous* mêmes ^ nous ne craindrions pas noti'e cœur , où nous trouverions notre trésor et le Dieu dejtoute notre con^solatiôni; nous aurions de la peine mémo à nous quitter, parce que nous ne trouverions rien au dehors qui pût remplacer la présence du Dieu dont nous nous éloignons. Riais comme en revenant à nous , nous vi^j trouvons que nous-* l&émes ^ c'est-<à--dire , un cœur vide de vrai»

S1?A LES CARACTÈRES^ .etC. âl5

f>laisirs et des biens solides ^ plein de passions ^ de désirs et d''inquiétndes ^ nous ne pouvons durer avec nous-mêmes^ et de là nous justifions les iiiutilîtés et les plaisirs qui nous aident à nous oublier ^ nous soutenons qu'ails sont innocens ^ parce que nous en bannissons tout ce qui peut aller au crime ^ mais nous ne voyons pas que nous en retenons tout ce qui dissipe et empêche le recueillement ^ et que c^est là notre grand crime. Secondement^ je dis que notre vie est une vie pleine de Tesprit du monde , et vide de FEsprit de Dieu ;; non-seulement parce que notre vie n'^est pas intérieure et i^cueillie ^ mais encore parce que c'*est Fesprit du monde qui en forme les désirs ^ qui en conduit les affections ^ qui en règle les jugemens , qui en produit les vues , qui en anime toutes les démarches. Sur toutes les choses qui nous environnent ^ sur tous les événemens qui nous frappent ^ sur tous les objets qui nous intéressent^ nous pensons comme le monde | nous jugeons conune le monde ^ nous sentons comme le monde ^ nous agissons comme le monde. Les afflictions nous rebutent ^ les prospérités nous élèvent^ les mépris nous révoltent^ les honneurs nous flattent. Ceux qui réussissent dans le monde^ nous les appelons heureux ^ ceux qui échouent ^ nous paroissent dignes d'*êlre plaints. Nous envions la fortune ou la faveur de nos supérieurs^ nou« souffrons impatiemment celle de nos égaux ^ nous régardons avec mépris la condition de ceux que la nature nous aisujelUt. Leitalens que le monde

2l6 LE JCVR 1>B LA PENTÉcAtÉ.

admire ^ nous les admirons dans les autres ^ nonl nons les souhaitons à nous->mémes : la valeur ^ là réputation^ la naissance, les agrémens du corps et de Tesprit ^ nous les envions ^ s'^ils nous manquent; nous nous en applaudissons ^ si nous les avons i enfin , nos vues ^ nos jugemens ^ nos maximes ^ nos désirs ^ nos espérances sont toutes mondaines; Il se peut faire que nous parlions du monde avec mépris ; mais dans le détail de la conduite ^ nos vues , nos jugemens ^ nos affections ^ sont toujouis mondaines. Il se peut faire même que nous j mêlions quelques sentîmens chrétiens ; qu'yen certsôfteâ occasions nous ayons des vues conformes à celles de la foi :j que sur certains événemens nos dispositions soient chrétiennes et spirituelles : mais ce ne sont là que des étincelles de foi ^ pour ainsi dire , qui nous échappent ; que des intei>< valles de grâce qui n'^interrompent que pour un instant le cours de nos dispositions mondaines. Ce qui domine dans la conduite , ce qui fait comme le corps de toute notre vie , ce que nous sommes , même indépendamment lie nos ré-^ flexions , et lorsque nous agissons natm'ellementç en un mot , le principe constant et comme uni-* versel de tous nos sentimens intérieurs et de toutes nos démarches extérieures, c'est Tesprit du monde^ nous n'avons qu'à sonder notre cœur pour en convenir. Or , FEsprit de Dieu n'est poitit où règne l'esprit du monde : il nous pousse peut-être , il nous excite , il nous inspire de saints désirs , il réveille notre peu de foi \ mais il ne règne pas

dans

^ii LES. gâiUlctÊrbs ^ ete.- 0:1 f:

lians notre cœur : il heurte à la porte; mais noug se Favons p^s eneore reçu : il laissé tomber sur notre ame quelques étincelles de sou feu divin }.« mais il.nY est pas encore venu lui-même.

r^ous appartenons donc encore au monde et à > sen esprit» Sous des dehors retigieux et réglés ^ ^ ttotre coeur est tlonc encore mondain 5 avôc des t apparences de vie ^ nous demeurons donc encore^ dans la mort et dans le péché ; et voilà* sup qi;^i cm ne «""examine guère. On juge de soi par la » eenduite extérieure qui est irréprochable , par • certaines œuvres de religion auxquelles le monde * %ltache le nom et la réputation de la- piété ij mai»* on toe s'avise guère de se demander à soi'-méme r Est--ce l'esprit du monde , ou FEsprit de Jésus-* : Christ , qui me conduit et qui m'anime? ressem* blé^je encore au monde par mes désirs , par mes* vues , par mes jugemens , par mes joies , par mes * chagrins , par mes envies , par mes animosités ^ par mes délicatesses , par mon orgueil ^ enfin par ' toutes les dispositions de mon cœur? Je 'n'apparu iîens donc pa&à FEsprit de Jésus-Christ ^ le monde est don;c encore Pesprit invisS^lequi minime et^ <|ui me possède. Si mon coçur ne change et ne ^m* renouvelle^ je.pérîrar donc avec le monde'^ puis^' qu'ail est déjà jugé ^ que le salvt uW pas poutf «. lui ^ et que sa condamnation est inséparaUe dé 1»' mionne ^ tandis- ; que nous -. ne -^ formions qu'un tnéme . esprit et iul mèmeL'totitiaiiseç lui^: Pr^mièrf ' réfiexHHi.

SX8 LE JOUR DBALA PENTECOTE*-

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