SECONDE RÉFLEXION
Ije second caracté^re de FEsprit de Dîeu^ c^est qu'ail est un esprit de renoncement et de pénitence^ et ce caractère est une suite nécessaire du recueillement ^ et de la \ie intérieure dont nous venons ■ de parler.
En effet ^ mes Frères ^ dès que FEsprit de Dieu nous rappelle à nous-mêmes , et qu'ail nous fait habiter dans notre cœur ^ il nous découvre nous^ mêmes à nous-mêmes. Il nous montre toute Thor-. reur de nos mœurs passées ^ il nous fait aperce voii^. en nous mille passions et mille misères ^ que la dissipation et Taveuglement de la vie mondaine nous avoiènt cachées ^ il nous développe toute la corruption de nos penchans ^ toute IVnflure de notre cœur ^ toute Topposition que nous portons en nous au bien et à la justice ^ toutes les plaies que le monde et les passions ont faites à notre ame ^ il nous convainc que nous sçmmes dans un désordre uni\ersel , par rapport aux biens véritables ^ qu«
notse volonté ^ notre esprit^ notre imagination i nos sens ^ notre corps ^ que tout est déréglé en nous^ et révolté contre Tordre^ la vérité et la justice : A r guet wundum de peccato ^ dit Jésus- Christ. ( </b/i/i. 16.8*)
Or ^ il est impossible qu^en nous découvrant «e dérèglement secret et Universel de toutes les^ facultés de notre ame ^ il n^opère en nous deux . di^sitiops : la première ^ de rétablir Tordre qu«
Stif-LtS CAftACtÈRES ^ CtC. * 219
lé péAxé a troublé en nous :; la seconde ^ de venger la justice de Dieu que ce désordr€r a outragée.
Je dis premièrement ^ de rétablir Tordre que le péché a troublé en nous : caries lumières dont TEsprit de Dieu reuiplit un cœur , ne sont p^s des lumières stériles ^ ce sont des Itunières vives et efficaces;; il opère partout où. il eçt:; il fait aimer les vérités qu'il enseigne , parce qu'il change le cœur qu'il éclaire. Lésâmes mondaines peuvent^ à la vérité^ connoitre le dérèglement de leur cœugç;^ et la corruption de leurs penchans^ mais elles ne. la connoissent que par rapport; à leur repos qui en'souffre , et non pas à l'ordre qui en est troublé: et comme ces lumières ne sont que des reprochas secrets de leur amour-propre^ elles leur font bien haïr leurs maux ^ mais elles ne leur en font pas aimer le remède. ■ ^ . .
Mais une ame que r&prit de Dieu a renoua*, volée ^ hait en' elle tout ce qu'elle y découvre d'oj^osé à la vérité et à la justice. Les lumières nouvelles qui lui montrent presque sur chaque action le dérèglement de ses affections et de ses penchans -^ l'animent d'un saint zèle ^ pom* les rapprocher de l'ordre et de la règle. ;
Ainsi , à mesure qu'elle sent dans le détail de sa cpnduite ^ que son cœur encore corrompu par l'orgueil , se révolte contre la plus légère humiliation,, elle les cherche et lui en ménage^ qu'il se livre à des antipatliies et à des animosités se^ crêtes , elle le punit par des marques extérieures dç complaisance et de charité , auxquelles elle se
.condamne^ qu'ail «k nn goût liolenf pour l«s dkâpations et pour les plaisirs j eWe le châtie -pes le recueillement et par la retraite^ qu^il conserve encore des attachemens ^s et frivoles ^ pour la parure et pour la vanité^ .elle le réduit par h simplicité et par la modestie ^ quç le» désirs de plaire infectent presque encore toutes ses actiom') elle en fuit les occasions ^ ou- elle en néglige lés moyens^ que certains devoirs le trouvent toujoi»» indocile et rebelle^ elle j ajoute même désœuvrés ^e surcroît^ afin quVn Tobligeant d'aller- mêm^ au-delà ^ elle lui rende la rè^e plus supportable.
Enfin ^ toute son attention est de rétablir datts son cœur par des- violences continuelles ^ Tordre que des passions injustes y avôient troublé :' elle ne se pardonne rien^ ce qu'acné ne peut encore corriger^ elle le déteste^ elle a recours ai£K gé^ missemens^ quand les soins et les efforts sont inutiles^ et elle souffre plus dés -misères qii'*elle ne peut encore guérir^ que des violences qu'^elie ae fait pour se délivrer de^ celles dont la grâce la purifie.
Voilà la première disposition de cet esprit de renoncement et de pénitence , que FËsprit de Dieu opère en nous :; et de4à , il est aisé de juger « nous Pavons reçu ^ ou si nous Vivons encore de Fesprit du monde.
Car Fesprit du monde est un esprit de pares^ -et d^immortification ^ un esprit d^îndulgence pour ' tous nos penchans déréglés ^ d^attention à les sa- -tisfaife ^ dh^bilcté à ks justifia , dWour-projH^e
SUR LES CARACTÈRES ^ CtC. 22^1
qui les. règle et les retient sur les transgressions essentielles, pour s^eu épargner les remords, mais qui sur tout le reste s^y livre et s^y laisse entraîner. Car il ne faut pas croire que Tesprit du monde nous porte toujours aux désordres grossiers et déclarés ^ cVst un esprit aititîcieux qui j comme TEsprit de Dieu , sait prend, e différentes foiTnes: Multijorrms spiritus } ce qu'il cherché, c'^est de corrompre le cœur et de le dérégler: pourvu qu'ail y réussisse , il est égal que ce soit par des passions grossi èr'Cs, çu par une mullitude dcpenchans mondains^ qui, quoique séparément, peut-élre , et considérés cliacun en soi , ne soient pas criminels , tous ensemble néanmoins , et subsistant habituellement dans le cœur, en font un un cœur mondain , et y forment un état de mort ' et de péché , qui nous sépare de Dieu et noui ' prive de son Esprit , comme la vie la plus criminelle.
Ainsi j appelle un cœur mondain et vide de TEsprit de Dieu, dans une vie mômo d'ailleurs réglée , un cœur immortifié , ennemi de la vio^ lence , et qui sur tout ce qui regarde ses désirs ^ ou iadifférens, ou légèrement mauvais, ne cherche qu'à se satisfaire. , et ne sauroit rien prendre sur lui-même : un cœur, qui ne veut s'interdire que ce qui l'éloigné visiblement de Dieu , et qui encore sur les devoirs essentiels ,. pousse la paresse ' et l'indulgence pour ses passions, jusqu'aux der^ nières boinies qui l'approchent du crime et de la . transgres&ioa ^ si mêoie elles œ ferment pas: )» :
S2<a LE JOVn m la ^EltTSCÔTE*
transgression aux yeux de Dieu : un coeur tftà'è^
f livre à ses animosités et à ses antipathies ^ poor^
qu'acnés D^aillent pas jusqu^à une haine amère et
furieuse; à ses impatiences et à son humeur^
^pourvu qu^il ne les porte pas jusqu^à Tédiat et aU
scandale ;; aux dissipations et aux plaisirs ^ pourvu
' qu^on en bannisse les excès et le crime ; aux desits.
(de plaire, pourvu qu'ails u'^aieut pas de suite
^tnarquée et criminelle ^ à Famour de rélévatioto.
et de la fortune , pourvu qu^on vi^j emploie pas
des mesures, ou odieuses, ou injustes^ à la.
recherche des aises et des commodités , pouryti
^W n^y mêle pas des voluptés coupables^ à la
"Vanité et à la magnificence , pourvu que le monde
'lui-même n'en soit pas blessé , et qu'ion y ajoute
quelques largesses saintes ; enfin , à tous les adou«^
cissenens possibles sur les devoirs, pourvu qu'où
paroisse sauver les devoirs eux-mêmes.
Voilà ee que j'appelle un cœur mondain, et où FËsprit de Dieu nliabite pas , parce que tous Ses penchans du monde y subsistent ;j au lieu qute l'Esprit de Dieu fait en noiis, dit l'Ap6tre, dA "tfivisîons et des séparations, douloureuses :} re-^ branche, coupe jusqu^au vif^ va josque dansles plus secrets penchans :de notre cceur séparer la chair -de l'esprit , les afFeétions humaines des mouveméifs ifte la foi , Fartifice des passions , des opérjations de la grâce : ^à^us et efficax , pertingens usquè cûl liiifîshnem animée eu: spiritùs. ( Hebr. 4 ^^* ")
Or , est-ce là l'esprit que nous avons reçu'? ïïotre vie est prélèvement exempte de gra^ift
8I7K LES CARACTÈRES ^ été* ii3
trimes { mais quelle violence faisons-nous à tous nos penchans ? que nous en coûte— t— il pour noib combattre à tous momens ^ et pour nous Taiucre ? que reftisons-uous à notre cœur et à nos désirs? qu^avançous-nous par Fusage de la piété doill -nous Élisons profession ^ sur nos inclinations mon-^ daines et déréglées ? où plaçous-nous les sacrifices et les violences dans le détail de notre vie? I/e monde nous en ménage^ la situation de noti'e fortune nous en fait naître^ la malice des homimé^ bous eu fournit <les occasions : où sont celles qiia nous nous ménageons à nopis-mémes? où sont œllèf que la foi nous rend nécessaires^ et où FElsprit de Pieu nous pousse ? que soulfrons-nous pour èXtOi k Dieu? qu^en ooùte-t-il à nos passions^ à nos commodités ^ à notre paresse ? La régularité d© nos moeurs est peut-être ime suite de tempéra-* ment ^ ou une bienséance que Fàge et le monde lui-^nème nous imposent 5 nous n 'avons eu rien ^ prendre sur nous pour en venir là : ainsi ^ uerefh* sant rien d'ailleurs à toutes no> inclinations ^ toute notre vie est une vie d'inmiortification et de papresse ;j nulle violence ^ nul renoncement ^ nul saf— crifice de nos affections mondaines ij et par censé-* quent nous appartenons encore au mcmdev) et FEsprit de Dieu n'est point en nous.
La seconde disposition de cet esprit de reuèir> cément et de pénitence , qui est le caractère de TEsprit de Dieu, est de venger la justice de Dieu, que le désordre de nos passions a outragée : c'est' è^'e, que ce qui nous teadla'vidieuce tûàk
aa4 tE jror» de la penticô-te.
pensable^ ij''est pas seulement le besoin que nous avons de régler et de réformer notre cœur , ea réprimant ses aiFections déréglées^ mais encore Tobligation où nous sommes de satisfaire à la justice de Dieu que nous avons irritée par le dérèglement de nos affections. Aussi est-ce le premier sentiment que TEsprit de Dieu opère dans unie ame renouvelée ; il la fait entrer darts les intérêts dé* la justice divine contre elle-même ^ il la pénètre de la crainte de ses jugemens^ il Tanime d^iiu saint zèle contre une çïiair qui a servi à 1 iniquité. L'^Esprit que je vous promets^ disoit Jésus-Çlirist à ses disciples , convaincra le moiide touchant la justice et touchant le. jugement : -^r* guet miindum rfe/u^itid et jurlicio ^(JoRn* 16.8.) c^est-à-dire ^ il fera connoître aux hommes c<miibien ils sont devenus redevables à la justice de Dieu par leurs égareraens ^ ce qu'ils dévoient souffrir pour la satisfaire :; ce que j'ai souffert moimême pour les réconcilier avec elle ^ et jusqu\)ù la justice demande que le pécheur se punisse luimême ^ pour expier ses crimes ^ et pour prévenir la sévérité des jugemensdu Seîgnem* qui ne peut les laisser impuuis : Arguet mxuidum de justiti4 et judieio.
Pour connoître donc si nous avons reçu TEsjHÎt de Dieu^ il n'y a qu'à rentrer dans notre cœur. Sentons-nous ce zèle de pénitence ^ que Içs larmes^ que les gémissemens^ que les violences ne ^auroieat sutisfliire ^ parce qu'il ne croit jaxns^ luirméme ayoir assez $atislkil ix la justice de Dieu?
BV% LES CARACTÈRES, ctc 23f5
raisons— nous des devoirs de notre état , des iit-
-eommodités inséparables de la \'ie humaine, de
toutes les créature^ qui nous environnent , autaùt
d^occasioos de sacrifices et de souffrance ? Noàs
plaignons— nous devant Dieu de la foiblesse de
notre chair, et de ne pouvoir en faire par de»
satisfactions rigoureuses, Finstrument de notfe
pénitence, conune elle Fa été de nos crimes? Ba
pumissons^nous du moins selon ses forces , si notre
'lâcheté et sa foiblesse ne nous permettent pas
' d'^kllet au delà? Nous regardons-nous cohlme dfes
'tsiminds à qui tous les plaisirs sont interdits , et
qui ne peuvent éviter la mort étemelle qu'ils ont
encourue par leurs crimes , qu'yen se coudas^ant
à unemort temporelle 5 c'èst-à-dîre , en niourant
tous les jours par la pénitence au monde , à leujp
« chaip , à ses désirs et à toutes les créatures ?
Hélas ! tous nos soins se bornent à flatter une
.ehair que la justice de Dieu ne regarde {dus
-quVvec horreur , et d^un ϔl d^indignation et de
colère : nous ne sommes ingénieux qu''à nous ju*-
• tifîer à nous-mêmes notre immorlification kt notre mollesse : nous regardons robligation de la
-pénitence , que nos crimes passés nous re<)deut%i -nécessaire et si essentielle , comme une oblî—
• gation indifférente et dç surcroît. Loin d^étre - ammés d^un saint zèle contre notre corps , nous
• avons horreur de tout ce qui le gène et le mor— -tîfie ^ loin d''entrer dans les iutérèts de la justice
• de Dieu, nous plaidons sans cesse pour note *iKwtr« eUe<4nèiae« N^us trouvons aiauvids qu'^K^
*a6 LE JOini EE LA PZKTECOTB.
exige tant de notre foiblesse; nous. sautehotîB qu^on pousse trop loîu la sévérité de ses pré^ tentions ;; nous adoucissons la rigueur de ses maximes ^ nous leur donnons des interprétations favorables à notre amour-propre^ nous diminuons ses droits pour augmenter ceux de notre cupidité 5 enfin ^ notre corps nous est plus cher que la justice de Dieu qui demande sa punition :; et Fesprit qui nous anime , n^est pas un esprit de zèle et de pénitence inséparable de FEsprit de Dieu^ cVst un esprit de chair et de sang ^ qui ne possédera jamais le royaume promis à la croix et à la violence.