PREMIÈRE PARTIE
fiJii peut dire que Marie avoit éprouvé troî* sortes d'^amertumes durant le cours de sa vie mortelle:; et que ç^avoient été là comme les trois traits qui avoient percé son cœur^ et consommé le sacrifice de ses douleurs et de ses peines : une amertume de délaissement^ une amertume de zèle , et une amertume de désir. Or, k ces trois amertumes répondent trois consolations à sa mort , qui vont nous développer la première cir-* constance de ce mj stère : une consolation de force et de courage^ une consolation de paix et di joie.^ une ^consolation xle possession: et de )oui&<«
si6 lVssomptioit
iance. EatroDS dans le détail^ et m'^hoïKMrez de Totre attention»
yL PappeUe en premier Ueu Famertume de délaissement que Marie avoit éprouvée^ Tindifférence et les rigueurs apparentes dont Jésus-Christ avoit toujours semblé payer sa tendresse et ses plus saints empressemens. !Nous ne voyons nulle part qu''il la distingue par les ^ards et les tendres attentions ^ que sembloit demander rautorité qu^'elle avoit sur lui ^ et Famour qu'il avoit pour elle. Caché dans le temple à Tàge de douze ans ^ il parolt blâmer Finquiétude où FavcHt jetée la crainte de Favoir perdu ^ et loin d'être touché des alarmes et des empressemens de son amour ^ il ne lui parle , que du Père qu'il a dans le ciel ^ comme s'il avoit oublié qu'U eut une mère sur la terre. Aux noces de Cana^ de peur ^ ce semble^ que M^rie ne partageât avec lui dans l'esprit des conviés la gloire du prodige qu^il alloit opérer^ il déclare qu'il n'a rien de commun avec elle ^^ et que c'est à son Père seul à lui marquer les temps et les momens où il doit se manifester par des miracles^ conune c'est de lui seul qu'il tient la puissance de les opérer. Si les fenunes de Jérusalem appellent heureuses les entrailles qui Fout porté ^ il semble ravir a Marie une louange que Fange lui-même lui avoit donnée ^ et leur an— ponce qu'il n'y a d'heureux sur la terre , que ceux qui observent la loi de Dieu. Si dans une autre occasion on le fait souvenir que sa mère et ses irères.Fattendent aif ec impatience ^ il répond, ^'il
DE LA ÔAINTE TIERCE* îk^J
4îé fècôtinolt pour sa mère et pour ses frères , que ceux qui font la volonté de soa Père qui est dans le ciel. Enfin partout elle paroit oubliée ^ et toutes les fois que les ivaugélistes nous en parlent dans Fhistoire de son Fils ^ c^est pour nous rap^ porter quelque rigueur apparente de Jésus-Christ envers elle.
Telle avoit été la conduite de Dieu sur cette i^sainte fille de Juda* Toujours éprouvée par des délaissemens Vet par des rigueurs de la part de Jësus^hrist ^ (toujours conduite par des voies dures et rigoureuses ^ die devoit sentir de modèle \et de consolation amx âmes que Dieu éprouve ^ axor quelles il ne fait jamais sentir un seul trait de eonsolation âsms Tobsi^vaECie de ses oommande^r^ -aieos , et qu^il livre à tQUs les dégoûts et à toutes les sécheresses à^mxe vertu triste et amèreJ. Elle *' devoit leur apprendre quie cette voie de délaissa ment ysi pénQ>le au goût des sens etde la nature^ a son mérite et ses avantages aux yeux de la foi ^ que c'^est d^dinâire la vote des âmes pures et parfaites ^ que lès goûts seniSiblés sont souvent les appuis de la foiblesse ^ plutôt que les fruits de la vertu 5 que la foi seule des promesses doit sou-» tenir Pâmé fidèle 5 que suivre Jésus-Chrbt par le seul attrait des consolations attachées à son joug ^ •©""est courir après soi-même 5 que le caractère de la foi est d^atteudre , de soupirer et de souffrir^ que le temps de la vie présente est le temps des privations ^ et non des consolations 5 que le Sei* 'linew est vÀrhas ua Dieu caché ^ ^ que plus j)
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veut s^unir ane ame par une foi vive et fervente i^ plus il la prive de oes consolations humaincis , pour lui rendre cet exil encore plus insupportable! pour rallumer chaque jour en elle le désir de cette patrie immortelle ^ où pleins du Dieu qui nous rendra heureux ^ nos cœurs ne pourront plus goûter que ce bien inestimable :j et où la vérité vue à découvert.^ paroitra toujours aimable^ parce que nous la verrons toujours telle quVUe est.
^. Et en effet ^ Tétat de la foi où nous vivons^ ne • consiste pas seulement dans la soumission de Fes^ prit et Âes vérités qui ne nous sont pas encore montrées par des lumières claires. et évidentes^ mais encore dans Fadhérence du cœur à des biens invisibles et étemels^ dont la beauté ne se fait . pas encore sentir à nous par des goûts et des plai-sirs sensibles. La foi renferme donc deux priva— tions essentielles ^ une j»ivation, de lumière et un« privation de plaisir : il faut. pouvoir croire ce qu*on ne voit pas^ et aimer ^ pour ainsi dire^ ce
^ quW ne sent pas encore, C^est Fétat de la patrie de voir toujours la vérité ^ et de sentir toujours : qu'^elle est aimable : mais il faut mériter cet état heureux ^ en sacrifiant sans cesse nos propres lu^ . mières ^ aux lumières et aux vérités que nous ne voyons pas ^ et les plaisirs sensibles qui nous en-vironnent, aux plaisirs invisibles et seuls dignes
^ du cœur , que nous ne sentons pas encore.
Ce n'^est pas que le Seigneur n'^avance quelquefois à des âmes justes et privilégiées ces dons ineffables ^ qui leur sont préparés dans le ciel. IX
DE LA SAINTE TIERCE. aSg
en est qu^il favorise de lumières extraordinaires ^ et auxquelles il révèle , comme à Paul , des secrets et des mystères^ qu^îl n^est pas presque permis à Thomme de publier. Il eu est d^autres sur lesquelles il verse abondamment ces plaisirs secrets et indicibles ^ que le cœur de Thomme n"*a jamais goûtés 5 et qui ne pk)u\ant porter la plénitude du Dieu de toute consolation qui les remplit , sont obligées de lui demander quHl suspende Tabondance de ses dons ^ ou qu^il les modère. Mais ces faveurs sortent de la voie commune de la foi : Tillusion même y est à craindre: notre siècle et les siècles passés en ont fourni de tristes exemples. Les singularités de la piété dégénèrent souvent en fanatisme. Tout esprit ne vient pas de Dieu: souvent ces lumières extraordinaires quW croit venir du ciel ^ sont des lueurs trompeuses ^ qu'aune imagination échauiTée et séduite produit « et qu'une vanité secrète consàcare^ et les Priscile nous ont instruits à nous défier dWe voie ^ qui sous prétexte de nous mener à la perfection^ nous conduit dans le précipice : souvent ces goûts sensibles et abondans , qii^on croit être Jefiruit de la grâce ^ sont des sentimens humains ^ qu'aune tendresse naturelle excite^ et qui flattent la cupidité sans corriger la vertu ^ et tandis qu'ion se croit plein de Dieu^ onn^est rempli que de soh* Qiéme. La voie des privations est toujours la plus sure^ parce qu'acné est la plus conforme^ à Tétat ordinaire de la foi. Ainsi^loin de se décourager des dégoûts qu^ou éprouve dans les voies de Dieu ^ et
de se persuader que nos hoibmages ne Itîi plaisent pas^ parce que nous n^j trouvons aucun plaisir nous-mêmes ^ il y a bien plus lieu de présuma que plus les devoirs que nous lui rendons , nous coûtent^ plus ils ont de mérite à seâ yeux ^ et que les mêmes dégoûts qui font la peine et la tristesse de notre vertu ^ en f<mt en même tempis la sû-« reté et Fexcellence.
Voilà les délaissemens que Marie avoit éprouvés sur kl terre. Il et oit donc juste que la présence visible de Jésus-Christ fut la première consola^ tîon de sa mort ^ quHl fut le spectateur de ce dermer combat^ qu^il vint la soutaùr dans cette der^ nière heure :) qu'acné fit entre ses bras le sacriâGe de sa vie ^ qu'il fut lui-même son ange consolateur ;; et qu^il se hàfat d^autaut {dus de venir se montrer a cette aine impatiente d^étre réunie à Itiî , qu^il avoit paru presque toujours se refuser et se cacher ^ pour ainsi dire^ à elle sinr la terre.
La seconde amertume que je remarque, dans la vie de la sainte Vierge ^ est Une amertume de zèle. Avec quelle douleur voyoit-elle Tinutilité des prodiges ^ des instructions et de tout le ministère de Jésus-Christ dans la Judée;; les pièges que les seribes et les pharisiens dressoient à son inno— dence^ la défection même de ses disciples^ sa mort cruelle etîgnominietise^ Tingratitude et Tendurdssement d'un peuple qui le rejetoit:; toutes les promesses faites à leurs pères , tous les soînfe que le Seigneur avoit pris autrefois de Jérusalem , teroiînés pr sa réprobation et par 6a perte ! Le
mallieur
DE tl SAIÎTTE VIERGE. Ql^I
Inallietir de ses frères selon la chair faispit son occupation la plus triste et la plus ordinaire : elle offroit' sans cesse pour eux les vertus de leurs an-* cétres^ des Abraham^ des David, des prophètes^ pour apaiser la colère de Dieu , et adoucir par la mémoire de ces hommes fidèles , les crimes de leurs descendans. Aussi dans TEvangile on nous la représente partout, recueillie, occupée des malheurs de Jérusalem et des desseins de colère que le Seigneur alloit faire éclater sur cette ville infidèle*
II falloit qu^elIe apprit aux âmes j ustes, ei à celles surtout qu'Hun saint asile met à couvert des périls éa monde, à s^ocçuper souvent aux pieds de's autek des mut» et des besoins de TEglise ; à gé-^ mir sur les scandales qui la déshonorent ij à solli-* citer les grâces du ciel pour leurs frères selon la chair, que le torrent des plaisirs et des tentations humaines emportent, et qui vivent dans un oubU entier des choses du ciel.
Ce fut un des principaux motifs qui détermina le saint fondateur des Vierges ferventes qui m^écou^ tent (i), à élever ces pieux asiles où elles repan^ dent aujourd'^hui avec tant d''édification sur toute rCglise la bonne odeur de Jésuis^hrist. Il voulut assembler sous les mêmes lois de la charité et du dépouillement religieux , des âmes innocentes qui ^ cachées dans le séeret du satictuaire, pussent gémir, comme la colombe, sur les maux qui afili^
(i> Les religieuses de la Visitation de QiaiUot, où étoit la reine d'Angleterre.