‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 38 sur 59 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Xjfi toutes les erreurs qui ont aujourd'hui cours dans le monde ^ il n'en est pas de moins conta* gieuse que celle qui attache de la gloire au vice^ et de la honte à la vertu. Je le sais ^ mes Frères, et je ne veux pas ici prêter au siècle des désordres imaginaires.' LHniquité malgré tout le dérèglement' du cœur humain^ n'a pu encore trouver parmi nous une protection publique : on ne voit guère de ces âmes désespérées^ qui se fassait honneur de leur confusion ^ comme dit l'Âpôtre , et qui mettent leur gloire dans leur infamie : le crime traîne toujours après soi certaine bassesse^ dont on est bien aise de dérober le sipectacle au public ; et je ne sais par quels restes de droiture

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le siècle lui-même ne peiit sVmpêcher de condamner tout haut ce que sa corruption lui fait autoriser en secret.

Mais il est des vices moins odieux ^ des désordres plus heureux ^ des crimes poUs ^ si je Tose dire , qui semblent avoir prescrit contre TEvan— gile ^ que le siècle place honorablement parmi les vertus ^ et qui tout à coup n^offrant rien de trop noir ^ retiennent toute la malignité du vice ^ sans en retenir la honte et les horreurs.

Or je dis que c^est de la fausse idée qu'ion attache à ces prétendues vertus ^ qui sont ^ hélas !' des vices trop réels ^ que naissent ces égards si peu chrétiens ^ ces frayeurs coupables qui font que nous rougissons de Jésus^-Christ : je dis que de là vient que nous disons tant d^actions , malgré le cri secret de la conscience; que nous en omettons tant d'^autres dont nous sentons au dedans de nous la nécessité; le tout^ pour ne pas choquer le monde. Comment ne pas se conformer ^ dit— on^ à des usages qui ont prévalu? comment s^é- Jever aunlessus de la miûtitude qui ne ^^en fait point de scrupule? Il est clair que le monde ne blâme point telle chose : est-^il aussi clair que FEvangile la réprouve? faut-41 que je coudamne tout le monde par mes sipgularitâ? De là il arrive que la piété craintive et timide cherche les té* nébres ; ou bien elle est obligée 4e s^ajuster aux manières desjnondains ^ et de se contreffiire comme David dans la cour du roi Âclùs : elle p^ose presque jaBOMus pacoUre tout ce qu^eUe est ^ tai^dis que le ^

U^9 LA VISITATIOir*

vice appkudi affecte Péclat ^ lois de Graindre df s^ montrer. EHi ! n^étoit'Oe pas assez que ht foi** blesse et la, corruption de notre eoeur ^ nous rendit là vertu pénible et dégoûtante? fkUoit^iJ que le dëré^ement de Tesprit y attachât encore delà Honte et du mépris ?

Trouvons aujourd'*hiri dans 1» conduite de Marie de quoi confondre. le âécle siir un poi^ aussi important. Quel est le motif qai Téloigiie de Nazareth? Un ange vient de luiatmoncer qn'E lisabeth , malgré son âge et sa stérilité , étoit de^ Venue féconde^ qu'elle-même avoit été r^nplie de la vertu du Très-Haut , et que rSnmiAnuel promis depuis tant de siècles^ descendu dans^son sein ^ ailoit enfin être la lumière deç natioas et k. gloire d'Israël. Mais cette ambassade $i augnste^ si extraordinaire^ est un secret pour le pabliç. Peut-eBe compter d'en être crue sur sa parole? ne doit-^fle pas s'aite&dre aux discours des imêHf ses ^ et aux railleries des esprits qui se piquent d« raison ?

D'ailleurs sortie du sang deâ rois de JH<k, et depuis pjBtt ilhistrée pr la qjialité de Mère de Dieu^ ne parott>.il pas contre la bienséance^ et n'est-ce paç trop > avilir ce nouveau tiaiig ^ <pftede s'aller aj^îsser jv^q^'âu^c^fficeff fes plus vEb-ettvert une femme qui étoit sj Jfbrt au-desàotw' dWlé? '

Enfin , les lois d'une austère pttd«ur ^'accom* modent-elles bi/Eîn av^c le§ ha^rds ^tfés contre' temps asaez inévitables dans un long Toya^ef

Ainsi s'abuse , ô mon DîeU i une raisoif malade ;

ainsi.

fE LA SAI PTTP. VlÈnCB, T.'jl

aiiisi ^ trop iagéûieusès à se tromper ^ se flattent tous les jours ces âmes foibles ^ qui ont assez de foi pour souhaiter d'^atteindre à ces montagnes saintes de la tribu de Juda ^ mais qui n'^en ont pas assez pour entrer dans lesvoies qui peuvent les y conduire !

Que de raisons ne se dit— on pas à soi-même pour s^étourdir î dans combien de mauvais prétextes Famour-propre ne se retrancne-t-il pas !

Un grand gémit du tumulte qui renvîronné ; et livré aux soins de sa fortune ^ aux devoirs de sa charge , aux bienséances de son état ^ il oppose ces foibles raisons à la voix du ciel qui Tappelle ^ veut mettre Dieu même dans les intérêts de sa foîblesseï) et croit que Fassujettissement à des lois que le caprice , ou la vanité des hommes ont inventées ^ est une bonne raison aux yeux de Pieu , pour le dispenser des lois de FEvangile.

Je ne saurois me donner des airs de singularité ^ ni me condamner à une retraite éternelle . vous dira une femme chrétienne : je voudroîs bien que Pusage autorisât une vie plus obscure et plus retirée dans les personnes de mon rang ^ et que le inonde ne nous ftt pas une loi de certains tracas^ dont je me passerois sans beaucoup de peine;; mais quelle apparence que je me donne du ridicule par des manières singulières , et que par piété j'aille devenir exti'aordinaire ?

Mais dans le jour terrible dé vos vengeances , ne jugerez-vous pas les grands et le peuple sur le mèi^e Evangile ^ 6 mon Dieu ? une fausse bien-

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