‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 40 sur 59 · DE LA SAINTE VIEKGE · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE VIEKGE

singuliers : nous sommes devenus , disoit autrefois saint Paul ^ un spectacle aux anges et aux hommes : la vie commune ne sauroit être une vie chrétienne ^ et Ton se damne à coup sûr ^ quand on ne veut se sauver qu''avec la multitude , parce que la multitude ne connoît et ne fréquente que cette voie large et spacieuse , qui mène à la perdition. Et ne sentez— vous pas vous-mêmes^ mes Frères, si vous êtes de bonne foi là-dessus , Tillusion de la créature? Quoi! il y aura toujours des raisons pour elle d'offenser son Dieu , et . de vivre pour le monde que nous devons haïr et ^ détester , comme notre plus cruel ennemi ^ et il n'y en aura jamais de revenir à ce Dieu si bon , si tendre, pour nous , si bienfaisant , et de le servir^ tandis que tout nous crie , que n^étant faits que pour Dieu , C0 n'est que pour Dieu que nous devons vivre? chaque âge , chaque état se fera des bienséances incompatibles avec FEvangile ? Une grande jeunesse servira de prétexte à celuici ^ une vieillesse infirme et languissante à un autre? Si tout nous rit, on s'excusera sur le tumulte et sur les embarras de la fortune? si la main du Seigneur s'appesantit sur nous ^ plus occupés de nos malheurs , que des crimes qui nous les ont attirés, on remettra sa conversion à des temps plus calmes et plus tranquilles?

Jouit— on" d'une santé parfaite ? il faut fournir à mille soins , se prêter aux bienséances et aux dissipations de son rang et de son état. Est— ou frappé d'une infirmité qui nous arrache au com-

aSo LA TISITATION

merce du monde ? ce ne sont que soucis et mesures pour la santé. LVffaire de réterni té demande trop d'attention ^ on n''est capable de rîep, dit-on:; on a sur la couscience des abimes qui n'ont jamais été bien approfondis , et qui demandent du loisir et de la liberté d'e&prit ^ enfin ^ on craint d'aigrir ses maux par les réflexions mêmes qui seules deiroîent les soulager»

Ainsi nous échappent tous les momens de la

grâce ^ ainsi repoussons-nous la main salutaire qui

frappe à la porte de notre cœur : et Ton est si

ingénieux dans le siècle à ne pas laisser échapper

ces conjonctures favorables qui nous ©firent des

espérances de fortune et d'établissçment ? Les,

grands ont leurs momens^ dit-oniy et le point y

c'est de savoir les prendre : mais la clémence divine

n'a^t-^Ile pas les siens aussi P Eh quoi ! mes Frères ^

croyons-nous que notre Dieu soit tin Dieu de

toutes les heures ^ qu'il distribue ses grâces selon

nos caprices ^ et que mille fois rebuté ^ lorsqu'il

s'est offert a nous ^ il ne se lassera pas enfin de

nos délais et de nos mépris ? Ah ! disons-le à-

notre honte ^ les enfans du siècle sont plus pru-

dens que les enfans de lumière : rien n'échappe

aux premiers ^ parce que leur cupidité est vive

et agissante ^ et nous ^ nous laissons perdre les

occasions les plus favorables ^ parce que notre

charité est foible et languissante.

Car ^ 6 mon Dieu ! combien de fois m'avezvous averti , sollicité , importuné , d'entrer dans vos voles ! combien dé fois au sortir même du

DELÀSÀlNTETIEIKÎB. âÔl

crime ^ loio de lancer sur moi les foudres de Yotre justice ^ m'avez-vous tendu une main favorable ^ et profité du moment où la passion satisfaite et plus calme ^ laissoit à la . raison la

^ liberté des réflexions^ ppur m'^exposer les suites ten&les dWe vie criminelle! Ah ! Thomme le plus barbare se laisseroit attendrir^ si dans le temps même qu'il nous enfonce le poignard dans le sein ^ nous prenions des mesures pour sa sûreté ^ et mon ame toujours rebelle et toujours aimée a pu tenir jusques ici contre tous les efforts de votre tendresse ?

. Mais ne vous lasserez-vous pas enfin de vos poursuites et de mes rebuts P serez-vous toujours, Seigneur , à la porte de mon cœur pour en solliciter l'entrée ? ma conversion dépend-elle de vous QVL de, moi? et ces grâces offertes qiie je refuse, pourrai-je les ravoir à mon gré? ne m'a-

. vertissez-vous p^s qu'un temps viendra où je vous chercherai , et où je ne vous tirouverai plus ^ et qu'une mort funeste ,.en finissant mes crimes^ oonunencera enfin mon éternel supplice ?

Mais ^core, dites-moi, ô homme si éclairé sur Jes bienséances ! lorsque par vos dissolutions e.t votre vie licencieuse, vous étiez le scandale de votre ville , la bienséance étoit-elle un frein assez puissant pour, vous arrêter ? lorsqu'oubliant

. votre caoraotère , ministre du Seigneur , vous descendiez de Fautel sacré pour vous donner en spectacle au public, et violer vous-même des lois dont vous étiez le dépositaire 0t le protecteur ^

i8a • l'A VISITATlOIf

les discours publics tous ont^ jamais coûté seul plaisir ? lorsque des .eng^emeus d^éclat ^ et une conduite peu régulière ^ rendoieut cette femme la fable de son quartier et la honte de sa Êimillej; que les amis et les proches lui en £iîsoiqut des ouvertures si foudiantes^ qu^un maii j.ustcnieut irrité en frémissoit ; qu^un méîoage ear iomboit à vue d'oeil en décadence^ régloit'-elle ses emport émeus sur ces lois gênantes et trop austères de la l^ienséanee P ah ! la passion alors la plus^ forte la rendoit insensible à tout. Ce n''est quVvec voas ^ 6 mon Dieu ! que Fou est timide et circonspect: on n'*excède en précautions ^ que lorsqu'il s'^agit de vous servir : on pèse alors sur tout ^ on est sensible à tout:j on épaissit même de vaincs conbres ^ et Ton tremble à Faspect des fant^iu que Ton s'est formés.

Ah ! je sens là-dessus toute Finjustice de conduite. Quand il a été question de vous offenser^ on mV vu Ja tête levée ^ me faire honneur de mes désordres^ et être pécheur de bonne fbi : traa-* quille alors sur les intérêts de mon honneur ^ de 1^ forttine ^ de ma conscience^ de Famitié^ je ^crifîois sans serupule ma réputation ^ mes biens ^ mes amis^ mon salut. Faut-41 revenir à vous ^ faut-il de cette région de ténèbres ^ passer à une région de lumière ? ah ! toute ma force m'abandonne ^ je sens expirer au premier c^tacle touft mes projets de conversion^ je crois enfoncer comme Pierre ^ lors tnême que vous me teues par la main : ah ! c'est que votre ^mour ne do>'««

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