DE LA SAINTE YIEKGB
-miae pas dans moa cœur , comme y dominoit alors la passion. Lorsqu'il a établi son empiré dans un cœur ^ cet amour sacré ^ il n^est plus de difficulté qui rebute ^ les peines même sont déli*-< <ueus€S ^ et saintement séduit par le divin attrait de la grâce ^ loin de se grossir h soi-même lea obstades^ le cœur de\ient ingénieux à se lea çacber* Tel est Texemple que nous donne aujour» d^hui Marie:} les Taines raisons delà chair et dit sang ne Farrètent pas-: Exsurgens ahiit. La diffi-* culté même des chemins ^ les montagnes les plus inaccessibles ^ n alarment pas sa foi i^ seconde ins^ truction pour ceux que la difficulté du salut empêche dVntrer dans la voie éyangéUque : c^est ma seconde réflexion.
SECONDE PARTIE
Il règne dans le sîêde deux erreuts fort opposées ^ mais également (hngereuses ^ sur la difficulté du salut ^ et cVs^à ces deux erreurs qu^il faut rap-^ porter 1^ vices et les fausses vertus des chrétiens. . La première erreur^ et celle que je combats maintenant ^ est de ceux qui vivement firappés d» ridée qu'ils se font de la perfection chrélienue ^ effrayés an seul aspect de la montagne évangé^ lique^ en croient la route inaccessible:; et sans se souvenir qiïe ce qui est imposisible aux hommes^ ne Test pas à Dieu, ib ne vieiffissent dans Tinîqnité , que parce qu'ils ne comptent pas pouvoir )am«s atteindre à la véritable justice : fllusieii dangereuse qui outrage la grâce du Sauveur»
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Or ^ la conduite de Marie nous fournît au jour' d^liui de quoi 4étromper le siècle sur cçtte première illusion. Inspirée d^en haut ^ur la route i^VUe doit tenir ^ les montagnes les plus inaccessibles n^alarment pas sa foiblesse : ^biit in montana. £h ! dit saint Ânâ>roise ^ quelle autre route pouvoit-elle choisir P la grâce approche toujours le coeur de ces montagnes étemelles où se trouve notre trésor : Quo enimjam Deo plena^ nisi ad^superiora conscenderet ? Voilà Finstniofion qui s^adresse à ceux qui , comptant trop peu sur la grâce ^ désespèrent de pouvoir jamais at^ teindre à cette sainte cité située sur la montagne.
Je sens toute ma foiblesse ^ me dite^-vous { j^ai de Thorreur pour le crime ^> et je ne voudrois pas avoir fait tort à mon prochain : mais il j a mille choses que le prédicateur foudroie tous les jours en chaire^ et sur quoi je ne saurois me gagner. Je conviens qu^à vivre sur le pied de TËvangile ^ il faudroit s^ j prendre d^ne tout autre manière : je sais que Jésus-4Ilhrist menape dWe ét^nité de peines^ ceux qui n^en sou&eat point id-rbad ij que ceux, qui cherchent trop i ménager leur ame ^ la pardent ^ qu'il faut porter sa croix ^ et se renoncer soi-même , pour êfr* son disciple ^ que la vie chrétienne est une proffession publique de pénitçi^ce^ et que^ comme on pe peut avoir accès auprès de Dieu^ sans être incorporé en Jésus-Christ ^ on ne peut être incorporé en Jésus-X]lhrist^ sans être crucifié avec lui : je le sais ^ et c'^est juste^açut ce qui me fait
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désespérer d^être jamais homme de bien. Aussi je suis de bonne foi :; je ne m'^abuse point là-dessus.> Je connois toute Fétendue de mes obligations^ et si }^en]J>Eassois le parti de la vertu , je ne Fem— brasserois pas à demi :; je n^imiterois pas tant d^autres qui veulent allier Dieu et le monde^ FEvan^le et les plaisirs:; et qui pour vouloir être , et au siècle et i Jésus-Clirist , ne sont au goût ni dç Tun ni de Tautre.
Mais^ 6 homme ! quel est ici ton égarement !
Tu sens ta foibl^e et ton impuissance : mais ignores-tu que la grâce est le remède de ta foi<-* blesse ? n^entends^tu pas ces paroles consolantes du Sauveur des. hommes : Venez à moi ^ vous, tous qui étesjbihles et fatigués y et je vous sou-logerai F II nous déckre ^ il est vrai ^ que sans lui nous ne pouvons" rien faire : mais n^est-ce pas nous assurer en même temps qu^avec lui ^ il n^est rien que nous ne puissions ^ et qu'ail n^est point d^obstacles que sa grâce ne surmonte ^ et point de foiblesse quVUe ne guérisse ? Voilà ^.ô homme ! où tu dois chercher la force qui te manque. Que penseroit-on d'un malade^ ^^M atteint d'une langueur dangereuse , ne voudroit plus prendre de mesures pour sa santé ^ seulement parce qu'il se seroit aperçu qu il est malade ? eh ! c'est la maladie elle-même qui vous avertit qu'il faut avoir recours à Tart et aux remèdes.
La difficulté de Fentreprise vous arrête, mo» Frère ? Ab i s'il falloit ^ comme autrefois , vous
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exposer à la fureur des tyrans ^ soufirîr la petfe des biens ^ de Thonnenr ^ de la vie pour la foi de Jésus-Ghrkt^ vous auriez quelxjue sujet de trembler à la vue de votre foiblesse^ quoique vous dussiez dire alors avec TApôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie : mais Dieu n^en ^xige pas tant. Tranquille au milieu de vos proches et de vos amis ^ ne craignant ^ ni pour votre fortune ^ ni pour votre vie ^ que vous de— mande-t-on ? le seul sacrifice de vos passions ^ Féloignement du vice ^ la haine du monde et de ses maximes^ la pratique des vertus évangéliques ^ un peu plus dliabitude avec la prière ^ plus d\imour pour la retrSite y plus de ferveur dans la fréquentation de nas sacremens ^ un usage plus chrétien de votre temps ^ plus d^attention sur vous-même ^ moins d^horreur pour la croix de Jésus— Christ : et rebuté ^ alaim^ ^ découragé ^ vous u^osez tenter cette entrepiîse ? et vous sacrifiez follement Fespérance d'aune éfernité de bonheur , à votre mollesse et à votre lâcheté ?
Généreux fidèles des premiers temps ^ hélas ! les plus cruels supplices ne pouvoient vous séparer de la charité de Jésus-Christ : vous auriez tremblé pour votre vertu , et vous auriez douté de votre amour pour lui , si cet amour jie vous eut coûté tout votre sang : on vous regardoît comme ce qu''il y a de plus infâme sur la terre ^ et votre plus douce consolation étoit de n'^en avoir point ici-bas , et d'hêtre jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom du Sauveur. Et en ces derniers
BE LA SAIBITE VIERCE. > St8^
t^pips on croit q^Cil en coûte trop pour être chrétien ^ quand il en coûte un seul plaisir : le dtel , à ce prix-là , parolt trop cher. Sommesnous les successeurs de yotre foi ? avons-nous une e^>érance différente de la vôtre ? et le Dieu^e nous adorons ^ est-il devenu moins digne de nos empressemens ?
Et d^ailleurs ^ Chrétiens ^ vous vous figurez des amertumes dans le parti de la vertu : mais sans parler des divines consolations que Dieu prépare ici— bas même à ceux qui Taiment^ sans parler de . cette paix intérieure ^ fruit de la bonne conscience^ qu'ion peut appeler en même temps ^ et un avantgoût et le gage de la félicité qui est réservée dans le ciel aux âmes fidèles^ sans vous dire avec TApôtre , que tout ce qu^<m peut souffrir sur la terre nVst pas digne d^être comparé avec la récompense qui nous attend : si vous étiez de bonne foi ^ et que vous voulussiez nous exposer ici naïvement tous les désagrémeas qui accom— pagnent la vie du siècle ^ que ne dir jez-vous pas^ et que ne dit-on pas tous les jours là-dessus dans le siècle même ? Beata quœ credidisti ! s^écrie— t-on ^ comme autrefois Elisabeth ^ quand on voit une ame désabusée du monde : Qu^un tel est heureux ! il sait se passer de ce que la religion nous oblige de haïr ^ il est sage ^ il pense à une autre vie ;; il choisit la meilleure part :; que n^avons-nous le courage de faire comme lui ! c^est bien là ce qu^il y a de plus solide:; tout le reste nVst qu^amusement^ et on iCj trouve point de
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plaisir qui ne se fasse acketer par mille diagrios. Eu eîTet^ quelles sont les fureurs dVn mariage
mal assorti^ d^uue passion méprisée^ d^un jeu malheureux ^ d^un établissement manqué ^ d'aune amitié trahie^ d^un rang perdu ^ d^'une réputation flétrie ^ d'un procès douteux ^ d'une saison cruelle ^ d'une taxe qui tous abtme^ dWe alliance qui VOUS' déshonore ) d^un nom qui va s'éteindre^ d'une mort qui ^ous. eûlève une personne^ ou chère ^ ou nécessaire^ d^une famille mal élevée , à'une disgrâce encourue^ d'une préférence injuste? Avez-vous évité tous ces contre-temps ? ah !
vous ne sauriez vous éviter vous-^nème. Car enfin ^ 6 mon Dieu^ le pécheur à beau s'étourdir : un reste d'éducation chrétienne plaide long-temps pour vous dans le fond de son cœur^ et empoisonne 45es plus douces joies : on sent le vide du plaisir^ il est des momens de réflexion qui vous tuent : le cœur^ fait pour une félicité plus soUde, s'amuse^ niais ne sauroit se satisfaire ^ il voltige autour des créatures^ mais il ne peut s'y fixer ;; il porte partout un fonds d'inquiétude et d'ennui ^ qui le réveille même au milieu des joies et des amusemeus ^ enfin ^ on trouve son remède dans le mal même ^ le dégoût dans la jouissance ; et l'on ne sent de vivacité pour le plaisir ^ que dans le moment qui le précède.
C'est là-dessus que roule le siècle ^ on le sent, on s'en plaint^ et on s'y aime : on se familiarise avec des chagrins que rien ne partage ^ dont rien ne dédommage^ et ou frémit au seul souvenir des
saintes
DE LA S^tllfTlS tlSRGS*
fl^inies rigueurs de FEvangile^ que la foi console y; que Tespérauce soutient , que la charité adoucit»! "Èhl €pie nepuis^jeàmon tour vous exposer ici le cœur dW >uste^ et vous y faire remarquer cetto( dia^te volupté ^ cette paisible félicité qui suit Fin-**! nocence] Quelles, secrètes délices ue trouve-t-il pas à vivre de la foi ^ à se regarder comme étranger sur la terre ^ à soupicer sans cesse après sa patrie! quels transporte durant le cours de ces prières fer« ventes^ où les vues de la foi plus vives lui rapprochent Téten^té^ et ne lui laissent plus voir qu^en éloignemeut le siècle et sa figure ! Quel dégoût au sortir de là pour les vaines joies des mondains ! il les plaint^ il dé{dore leur égarement^ il les regarde comme des fràiétiques qui rient au lit de la mort^ ou coraime des coupables destiné» au supplice^ et qui sans le savoir 7 se réjouissent ^ tandis qu^on les y conduit.
Mais que ne pouvez^voiis le dire ici à ma place ^ 'Vierges saintes qui mMcoutez ! Instruites sur cea diastes délices qui accompagnentLrinnocence eis& la piété ^ que de merveilles de la grâce nous dé— oouvririez-vous? eh 1 que pourroit opposer le sièda à un exemple si consolant P L''àge^ lesexe^lanais-^ f^nce^ prétextes si frivoles et si souvent allégués |, seroient id confondus ^ puisqu'^on y voit Tàge le: plus tendre 7 le sexe le plus délicat ^ la naissance la plus distinguée^ ajouter même aux rigueurs d» ^Evangile des rigueurs de surcroît^ et trouver dans la sainte pratique dès vertus religieuses plu^
îigo LA VTSITATIOIf
de véritables dottceur»^ que le siècle tout 'entier ^""en peut offrir à ses plus déclarés partisans.
Et c'est ici où je veux confoudre Tiniquîté par iHniquité même. Un homme livré à Tambition se }aisse-t-il rebuter par les diôicultés qu'il trouve ^ur son chemin P il se refond ^ il se métamorphose , il force son naturel^ et Passujettit à sa passion. ISé fier et orgueilleux , on le voit d'un air timide et soumis ^ essuyer les caprices d'un ministre ^ mériter par mille bassesses la protection d'un s&bal-' terne en crédit, et se dégrader jusqu'à vouloir ^tre redevable de sa fortune à la vanité d'un com* mis ou à l'avarice d'un esclave : vif et ardent pour le plaisir , il consume ennuyeusement dans des antichambres, et à la suite des grands, des momens qui lui promettoient ailleurs mille agrémens : ennemi du travail et de l'embarras , il rem*plit des emplois pénibles, prend non-seulement sur ses aises , mais encore sur son sommeil et sur sa santé , de quoi y fournir : enfin d'une humeur èerrée et épargnante , il devient libéral , prodigue même ^ tout est inondé de ses dons ^ et il n'est pas jusqu^à raffabilité et aux égards d'un domes^ tique , qui ne soient la prix de ses largesses.
A-tK)n un engagement profane ? vous le savez ^ ah I on ne connoit plus d'obstacles : rien ne coûte ^ quand il s'agir de satisfaire une passion : les di/S«f cultes piéme xagoûtent , piquent , réveillent. Ce n'est q^e dans l'affaire du salut , où l'on se souvient que l'on est foible , et pu l'pp trouve d^s mopr^ tiigues inaccessibles.
DE ISA SAINTE VIEUGE. Sgt'
. 'Ah! nies Frères^ le voluptueux^ l'ambitieux a*'éIèveront coatre nous au jour du Seigneur ^ et par le. souvenir de tontes les peines qu^ils ont essuyées pour satisfaire leur cupidità^, ils nous con^ fondront devant le tribunal de Jésus-Christ ^ sur les excuses que nous alléguons pour justifier notre foiblesse.
Eh! disons-nous donc à ùons-mèoies dès à présent ^ ce que cette voie du ciel disoit autrefois à saint Augustin effrayé ^ comme nous ^ de la difficulté du salut : Tu non poteris quod isti et istœ? et pourquoi ne pourrois-je pas faire ce que tant d\iutres ont fait avant moi , et fout encore tous les jouai? Faut-il que je me trahie^ 6 mou IMeu^ dans le siècle^ et que je me laisse empor-* ter au torrent^ tandis qu^à mes yeux tel et telle «chappent au naufrage^ et marchent heureusement vêts le port ? n''.éteS'VOUs pas mon Dieu comme le leur ? mon ame n^est-elle pas sortie de vos mains ^ et lavée dans le sang de votre Fils ? n'ai-je pas la même espérance? ne suisrje pas appelé au même héritage? Ah! il n^est que ma lâcheté qui m'^empêche de suivre : mille fois votre grâce m^a fait faire le premier pas^ mais rebuté par les plus petits obstacles^ je suis rentré dans mes voies* Ordonne^moi , Seigneur , encore une fois d'al-» 1er à vous ^ mais ordonnez-le-moi de cette voix forte et puissante à laquelle un cœur dur ne résiste pas ^ et ) comme Pierre ^ me dépouillant de tous ces vêtemens qui m'^embarrassent et mWjcètent, libre et dégagé, j'irai vous joindre, même
h. travers les flots de la mer : oui ^ Seigneur^ î^irai à tous à trarers les orages du siède-^ o& les -ëcueib sont si glissans , les naufrages si ordinaires ^ jft le salut si di£Scile«