‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 42 sur 59 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

J jE monde est sujet à une autre erreur sur la difficulté du salut ^ bien différente de celle que je Tiens de combattre ^ et cette erreur^ C[uoiqae moins spécieuse^ est cependant plus universelle ^ «t moins aisée à corriger : or ^ voici en quoi ^e 4eonsiste. S^il est des gens que la sévérité des maximes évangéliques rebute^ et empêche d'^entrer dans la voie qui conduit à la vie ^ comme nous venons de le voir^ il en est aus» qui aiment à se ^persuader que le salut ne renfermepas de si grandes difficultés. Ces personnes nées avec un caractère tranquille et uni , ne<Toient rien trouver dans TEr vangile qui gène trop Famour-propre. Elles se font un plan de vertu ^ eu entrent^ sous des noms déguisés^ Fambitien^ le luxe^ la mollesse, la vaïiîté , et d^atttres passions encore plus délicates : }eur régularité consiste bien plus dans la fuite du mal , que dans la pratique du bien ^ et tranquilles sur leur salut , elles plaignent Tégarement des pécheurs qui refusent de se sauver presque à moins de frais que Von ne se damne : illusion grossière , injurieuse à la croix de Jésus-Christ, et que Fexemple de Marie va pareillement confondre.

£n effet ^ elle n^xamîne pas si Ton peut arri^

DE LA SAINTBVIERGE. ^9}*

Tcnr à là cité de Juda .par des chemins moins ruded et moins fatiguans : elle choisit^sansdifférer . la iroie la plus pénible^ et c'^est dans la diâlculté qu''elle trouve sa sûreté. Telle est Tinstructioa que Marie donne par son exemple à Ceax qui "voudroient arriver à la céleste Jérusalem par des yoies commodes et aplanies ^ et sans franchir les ^montagnes saintes ^ sur lesquelles elle est fop4ée. En effet ^ détrompons-nous ^ mes Frères^ il faut qu^il en coûte pom* se sauver ^ et le royaume des cieux ne peut être le prix que des violences continuelles que nous aurons exercées sur nous-mêmes.

Cependant 1q monde est plein de ces fausses mfodmes en matière de religion. LWstérité des doltres est sainte ^ dit-on ^ mais il ne seroit pas raisonnable d^en faire une obligation à ceux que le ciel n'y appelle pas : il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste :j et pour ne pas mériter les premières ^ il nes''eusuit pas qu'ion doive être exclus de toutes les autres : enfin il est des joies honnêtes que FEvangile nWdonne pas de s'interdire.

Et là-dessus ^ qu'aune femme ne donne point d'^atteinte à la foi conjugale^ qu''elle ne soutienne ' pas un jeu outré :j qu'elle évite certains excès ^ dont le monde poli même ne s'accommode pasij que dans ses discours elle ne sorte jamais de cette bienséance de si bon goiit dans son sexe:} qu'elle paroisse dans nos temjiles aux jours solennels pour y participer à la chair sacrée de TAgneau^ qu'elle se soit réglée à certaines libéralités pouf

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le soulagement des membres de Jësus-Clirist 5 la Yoilà calme sur raflfaire du sàlut : un confesseur n^a plus rien à faîre ^ et tout revêtu qu'ail est de Fautorité de Jésus-Christ^ fl ne seroit pas bien reçu à vouloir déconcerter ce train de vie. Mais elle est sur son rang d'aune délicatesse à ne rien passer f mais elle aime le faste et Téclat^ mais elle cultive des amitiés tendres ; elle fournit à des conversations vives ^ elle sourit à un profane qui enveloppe agréablement une ordure^ et en faveur de Fesprit ^ elle fait^.grace à la corraptîoa du cœur. Mais elle a sur sa beauté des délicatesses ridicules^ pour sa parure des. soins ^ que vous payeriez, ô mon Dieu, d'une éternité de bonheur^ s'^îls étoient employés à parer Famé des vértos célestes. Mais Fàbnégation de soi-même est un nom qu^elle ne connolt même pas , et il ne lui est peut-être jamais arrivé de se gagner pour Jésus-Christ sur un seul désir ^ et enfin toute sa religion se réduit aux intérêts de son honneur et Bva, soins de ce corps de boue quelle idolâtre. Qu FEvangile est une loi outrée , ou cette per-sonne n^est pas chrétienne. Car quoi de moins compatible avec FEvangile , par conséquent avec le christianisme, que cette mollesse, cette fierté ^ cet amour-propre , cette délicatesse dont elle ne se faitaucun scrupule! N'importe;; Fusage veut qu'elle se rassiure et qu'elle se croie dans le bon chemin, parce qu'elle n'est pas encore au foad du préd^ pice.

Tel est aujourdVui Fentêtement du siècle j

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