‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 45 sur 59 · PREMIÈRE RÈGLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RÈGLE

La première règle sur Fesprit dans lequel on doit jH^atiquer les oeuvres de miséricorde ^ c'est qu^ij faut les regarder comme des devoirs que nous fitcquittons.

^n effet ) Mesdames , une méprise assez ordi^

»A!IS QUEL ÊSPHIT, ètC. '3o3

Raire parmi les personnes consacrées aux œuvres saintes ^ eàt de se figurer que ces pieuses occupations ne sont pas renfermées dans le devoir^ et de les envisager plutôt comme des pratiques louables qu'une charité abondante embrasse^ que comme des obligations réelles qu'une loi indis-^ pensable nous impose. L'amoi^r-propre favorise d'autant plus cette erreur ^ que l'accomplissement du devoir tout seul n'a rien qui nous flatte , parce qu'il n^a rien qui nous distingue : au lieu que les œuvres sur-ajouféey , eu nous laissant plus de singularité ^ nous laissent aussi plus de complaisance. On aime à se dire en secret que le juste ne borne pas sa fidélité aux seuls préceptes de la loi;; que son zèle doii aller au delà ^ 'et que ces bornes im«> parfaites n'ont été mises ^ comme dit l'Apôtre^ que pour la foiblesse de l'homme encore charnel : ainsi l'on se persuade qu'on est arrivé à la per* fection des conseils ^ et l'on s'applaudit presque tout bas comme si l'on en faisoit de reste*

Cependant ^ Mesdames ^ il s^en faut bien que la. foi ne mette les offices de charité rendus à nos frères, au rang de ces œuvres arbitraires que la religion laisse au choix des fidèles ; et parmi tous les devoirs de votre état , la doctrine de Jésus- Christ n'en connoit presque pas de plus sacrés et de plus inviolables.

Car vous n'ignorez pas, premièrement, que tout chrétien est chargé du soin de son frère afiligé, et que la loi qui nous ordonne de l'aimer , nous £at en même temps un devoir de le secourir^

3o4 QBUYRF's de HlSÉRICOUVt.

puisqu^on aime pas ^ tandis qu^on peiit être înseit'' sible aux malheurs de ce qu'ion aime. En effet ^ Mesdames ^ le précepte de Tamotir du prochain ^ si solennel dans FEvangile ^ si essentiel à la £û ^ si inséparable de la piété chrétienne ^ ne se borne pas à nous défendre seulement de ratir ce qm appartient à nos frères , de blesser leur réputation ^ de nuire à leur fortune ^ d^attenter à leur personne ^ de troubler leur repos. Les païens et les peuples les plus barbares ont eu des lois qui les obligeoient de n^ètre nîinjustes ^ ni ra^isseurs^^ ni fourbes^ ni cruels : ce sont là des devoirs qm suivent la nature^ et jusque-là vous n''êtes pai encore chrétien.

La loi de la charité^ particulière à la rel%îon de Jésus-Christ^ va donc encore plus loin. Ce n^est rien pour elle de ne point bajù^ ^ il faut qu^^elle aime : ce n^est pas assez de ne pas nuire ^ il faut qu'acné aide : c^estpeu devoir les mains pures du biend^autrui ^ il faut qu'acné donne le sien. C^est-4h dire^ que vous êtes injuste , si vous n^êtes pa$ bienfaisant :j que vous haïssez votresfrére affligé ^ si vous ne le soulagez pas ^ lorsque vous le pouvez;; que vous devenez Tauteur de son infortune ^ si vous n''en êtes pas Fasile^ en un mot^ que vous, usurpez ce qui lui appartient ^ si vous lui refuse» votre bien propre.

Ce n^est donc pas ici une œuvre de surcroît^ dont le zèle puisse s^applaudir^ c'^est une loi commune^ imposée à toute ame fidèle. Car ^ Mes* dames ^ par la grâce qui dans le baptême nous

DANS QUEL tSPKÏT^ etC. âo5

associa à rassemblée des saints ^ nous devînmes tous les memibres d'un même corps^el les enfans d''un même père. Dés lors nou!( contractâmes des liaisons intimes et sacrées avec le reste des fidèles; dès lors nous ne fumes plus étrangers à leur ^ard^ et ils ne le furent plus au nôtre : dès lors ils ne furent plus pour nous ni esclaves ^ ni no-» bles^ ni roturiers, ni riches, ni indigens; ils furent nos frères : dès lors leurs calamités devinrent les nôtres , et leurs besoins nos besoins : dès lors Fauguste qualité de cbrétien , qui nous unissait à eux , ôta ce milr orgueilleus de séparation y et ces différences vaines de rangs, de titrés, de jaaissance , que la nature , ou les lois du siècle , avoient mises entre eux et nous : tout ce qui^ arriva dans le corps sacré des fidèles , devint notre affidre propre : dès lors qvCmx membre souffrit , nous dûmes souffrir aussi ^ et sans renoncer à ce lien divin qui nous unit tous sous Jésus-Christ notre chef, et qui est le seul fondement de notre espérance et de notre droit aux promesses éter-« Belles , nous ne pûmes plus refuser aux besoins conununs , nos soii^ , notre attention , et notre ministère. Aussi les premiers fidèles ne possé— dèrent d^abord rien en propre , parce que depuis leur vocation à TEvangile n'^étaht plus qu^n cœur et quWe ame ensemble , il leufr parut inutile do d^meur^r possesseurs particuliers des biens , qui étoient devenus les biens de leurs frères i^ et dont la nécessité toute seule devoit régler Fusage.

. Je ne vous dis pas ,; eu secoad lieu , que plu».

3o6 OeC^VUES. J>E mjséricorde»

T0US êtes élevés dans le siècle ^ plus votre 6l£«^ gatioii est ici rigoureuse^ et sans entrer dans les grandes raisons qui établissent cette maxime^ souffrez que. je me borne à une réjBlexioa toute seule. La prospérité et Faboudauce des lùens de la terre ne nous dispensent ni de la frugalité ^ ni de la siuipUcité ^ ni de la violence évangélique* En \aiu avons-Haotis amassé , comme ces Israélites^ plus de manne que nos frères , nous nW pouvons réserver pour notre usage que la mesure prescrite par la loi : Qui multùm^ nontAunda^U^ ^2. Cor. 8. i5.) autrement Jésus-Christ n'^auroit défendu la 'mollesse ^ le luxe et les plaisirs ^ qtr'aux pauvres et aux<malbeureux ^ à qui TuifortUDe de leur condition reud cette défense assez inutile.

Or^ Mesdames^ cette grande vérité supposée^ 81^ selon la règle de TËvangile^ il ne vous est pa» permis de ^re s&mt vos richesses à la félicité de vos sens ^ et de jouir de votre abondance^ si le riche est obligé de porter 5a croix ^ de ne chercher pas sa consglation en ce monde ^ et de se ren6ncer sans cesse soinoEième comme le pauvre^ quel a'pa être le dessein de la providence en répandant sur vous les biens de la terre P et quel avantage peutil vous en revenir à vous-^némes? Seroit-ce de fournir à des passions désordonnées? mais vous b'ètes plus redevables à la chair pour vivre selon la chair. Seroit— ce de soutenir Torgueil du rang et de la naissance? mak votre vie doit être cachée ^ Dieu avec Jésus-Christ. Seroât-ce d^amasser pomr vos ueveùx ? mai» vous ae devez plus thé-

ÛAÎfS QUEL KSPRIT, CtC. 3ùJ

sattriser cpie pour l^ ciiel. Seroit— ce de couler vos- ^ours aTec plus de tranquillité et d^indolence ? XBais si vous ne pleurez pas ^ si vous ne souffrez y si Yous ne combattez pas ^ vous êtes perdus.

Seroît-ce de vous attacher plus à la terre ? mai» le chrétien n''est pas de ce monde ^ il est citoyen du siècle à venir. Seroît-ce d^omer plus super-* bemmt vos palais^P mais cette vaine magnificence est réprouvée dans le riche de PEvangile. Seroitce de charger vos tables de mets plus exquis? mais la chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu^ et si vous ne faites pénitence^ vous périrez,- Seroât— ce de vous élever à de nouvelles dignités dans le monde? mais <5ette élévation ^ selon les vues de la foi ^ n^est que le haut d^ua précipice; Seroit--ce d^agrandir vos possessions et vos héritages? mais vous n^agrandîriear jamais que le lieu de votre exil ^n et le gain du monde entier vous seroit. inutile ^ si vous veniez à perdre votre i^bc. Repassez sur tous les avant ages^ que vous pouvez retirer^ selon le monde ^ de votre prospérité ^ ils vous soïit presque tous int»*^ dits pai' la loi de Dieu*

Ce na donc pas été son dessein de vous les ménager ^ en vous faisant naître dans Fabondance : ce u^est donc pas pour vous-mêmes que vous êtes nés grands : ce nest pas pour vous^ comme le disoit autrefois le sage Mardochée à la pieuse Esther^ que le Seigneur vous a élevée à ce point de grandeur qui vou» environne : c'est pour vos irères j c'est pour sou peuple affligé \ c'est pour

3o8 ŒUVRKS DE M I SÉRI C • RD B.

être la protectrice des infortunés : Et guis notait ^i utrian idcirco ad regnum veneris ^ ut in tali tempore pctrai^eris ? (Esther. 4- i4-) Si'vous ne répondez pas aux desseins de Dieu sur \ous ^ il se servira de quelque autre qui lui sera plus fidèle ; il transportera cette gloire et cette courc»uie qui TOUS étoit destinée. Ah ! il saura bien pourvoir par quelque autre voie à la dâivrance de son peuple ^ car il ne permet pas que les siens périssent : mais vous et la maison de votre père périrez : Per aliam occasionem liberabuntur Judœi^ et tu^ et dpmus patris tui^ peribitis. (Ibid.) Vous n^ètes donc dans les desseins de Dieu, que les ministres de sa providence envers les créatures qui souffrent : vos grands bien^ue sont donc que des dépôts sacrés ^ que sa bonté a mis entre Tos mains ccmime pour y être plus à couvert de Tusurpation et de la violence ^ et conservés plus sûrement à la veuve et à Forphelin : votre abondance n^est donc que la portion de vos frères : votre élévation dans Tordre de la sagesse éter-' Délie, n'^est donc destinée qu^à leur servir d^asile; votre autorité qu^à les protéger ^ vos' dignités qu^à venger leurs intérêts ^ Féclat de votre nom qu'ail les consoler par vos offices^ votre rang qu^à leur adoucir Finégalité de la oondition et le malheur de leur destinée , en vous abaissant jusqu^à leur rendre les plus vils ministères '^ vos exemples tpjkh fes affermir dans la foi , et dans la soumi^ioi» au Dieu qiii les frappe. En un mot , tout ce que vous êtes^ voiis ue Tètes que pour eu^i:. Votre éleva

DANS QUEL ESPRIT^ etC. Sog

tîon ne seroit plus Fouvrage de Dieu ^ et il vous auroit réprouvés en répandant sur vous les biens de la terre ^ s^il vous les avoit donnés pour un autre usage.

Et certes ^ Mesdames ^ lorsque des infortunés Toient une ame fidèle ^ malgré la naissance ^ les biens ^ le crédit ^ les dignités qui la distinguent ^ renoncer aux plaisirs qui rendent la prospérité si digne d^envie ^ fuir un monde qui la cherche ^ se dér(d>er aux honneurs qui Peuvironnent ^ percer jusque dans leurs plus sombres retraites ^ et là' faire de leur lèpre même un ârpoetade agréable à ses yeux ^ abaisser ses mains charitables jusqu^à leurs plus dégoûtantes misères ^ verser de Thuile sur leurs plaies ^ respecter leur chair hideuse comme le temple de rEs{Mrit-<Saint ^ soulager leur douleur par des paroles de consolation ^ calmer leur impatience par les maximes de la foi, pré— venîi* leur honte et leurs besoins par de saints artifices , les tirer de Toccasion et du péril par de sages ménagemens^ et enfin tout souffrir, ou pour adoucir leurs peines , ou pour assurer leur salut : ah ! c^est alors qu^ils lèvent les yeux au ciel ^ qu'ails reconhoissent un Dieu sage, dispensateur des choses d'^ici-bas, et père commun du pauvre comme du riche ^ c'^est alors qu'ails publient les merveilles de sa providence. Que vous êtes riche en miséricorde , Seigneur ! lui disent— ils ^ voua n^abandonnez jamais ceux qui espèrent en vous t votre œil attentif aux besoins de vos créatures ^ ne permet jamais, qii'^elles souffrent au delà dft

3lO OEVyAES DE tftS ÉRf ConûE.

leurs forces* C'est alors qa'ik regardent leur infortune avec des yeux chrétiens ^ et qu'ils commencent à comprendre comHen Dieu est grand ^ et digne d'être servi ^ puisqu'il peut se former au milieu miémè de la corruption du grand monde et des périls de la prospérité ^ des serviteure si fidèles. Voilà ^ Mesdames , à quoi la naissance et les biens doivent servir : vous n'êtes pirissans sur la terre , que pour faire bénir par ceux qui soirf* firent^ la bonté de Dieu et les richesses de sa nûr séricorde , qui leur a ménagé dans votre abottdance des ressources si consolantes*

Mais je laisse ces grandes maximes^ si couvent sans doute ici répétées ^ et je dis , en troisièDie lieu ^ que quand même on n'auroit aucun égard aux obligations communes qu^impose là-dessus la religion ^ et le rang que vous tenez dans le monde ^ pour vous en particidier qui m'écoutez ^ les saintes occupations deja miséricorde, et l'attention particulière à l'œuvre qui nous assemble , ne seroient pas moins des devoirs indispensables. Renouvelez^ je vous prie , votre attention-

Car , prencûèrement , qui que vous soyez , <J^ marchez aujourd'hui danjs des voies saintes , c* qui détrompés des erreurs du monde et des passions , ne çonuoissez plus rien de solide que I* crainte du Seigneur et la gloire de le servir; vos mœurs ont-elles toujours été réglées par la hi^ tos exemples n'ont^^ils pas été autrefois un modèle de lux^ , de plaish- et de mollesse? En repassant sur vos jours de ténèbres , et sur ces premier*

DANS QtTEL ESYRIT^ CtC. 3ll

années où vous ne connoissiez pas encore le don de Dieu, n'^y trouvez-vous rien à vous reprocher sur les soins d'une vaine beauté ysur dès attentions déplorables à corrompre les coeurs , sur des indécences dç parure dont la piété des âmes justes gémissoit alors , sur des licences que le monde autorise , et où vos frères ont tant de fois trouvé recueil de leur innocence? que sais-je? sur des foiblesses qui font aujoiurd^hui devant Dieu le* sujet de vos soupirs et la matière de votre pénitence? Vos citoyens, vos proches, vos amis, vos domestiques, n^ont"4ls pas mille fois péri sous vos yeux? votre r^ng ne donnoit— il pas du crédit à vos passions et à vos exemples? Combien drames., lorsque vous suiviez des routes injustes , ayez— vous entraînées , à votre insu, avec vous dans le j^irécipice ?

Eh ! ne faut-il donc pas qu^aujourd^hui des exemples contraires réparent le scandale? ne fautil pas que vous soyez une odeur de vie pour n vos ^ères, comme vous avez été une odeur de mort? ne faut— il pas que vous leviez , pour ainsi dire y sans rien craindre , Tétendard de la piété , conune vous aviez levé autrefois celui du monde et des plaisirs ? Une vertu obscure et privée peut-elle remrplacer des maux publics? et quand les offices d'aune charité publique neseroient pour les autres que des pratiques arbitraires d'une piété édifiante, ne devîennent-ib pas pour vous des devoirs indis-* pensables?

Secondement ; Autrefois , l<n^^u® vous ue

il% DEUYRBg DE MISÉfttCORDB.

coiinoissiez rien de grand que le monde et SH vanités ^ iraviez-vous pas peut-être dcmné du ridicule à là piété par des dérisions injustes f n^aviez-TOus pas regardé les offices puUics de miséricorde , comme des indiscrétions de^ zèle ^ ou des empressemens de vai^té? loin de respecter les personnes qui s''y consacroient ^ n^afiectieaH vous pas d^en faire le sujet le plus ordinaire de vos censures? ne disiez vous pas d^elles^ comme ^autrefois Pharaon des Israélites qui vouloient aller sacrifier dans le désert ^ que c''étoit Poisiveté toute seule y et uue \ie inutile qui leur fiûsoit chereUer ces s(»tes d^oocupations et ces pieux amusemens? Facatis otio ^ et idcirco dicitis : JEamus ^ et sacrificemus Domino? ( Exod* 5% 17* ) Ne disiez-vous pas comme ces gouverneurs des provinces voisines de Jérusalem ^ lorsqu'ils voyoient r^éhémias et les principaux du peuple de Dieu, occupés à rebâtir le temple : A quoi s''amusent les foibles Juiis? Quid Judœifaciunt imbeciUes? ( a. Esdr. 4* ^* ) prétendent-ils donc qne I9 monde les laisse faire ^ et qu'ion ne parle pas d'aune conduite si bizarre et si singulière? Num dimittent eos gentesP ( Ibid. ) veulent-ils donc tout faire à la fois , et gagner le del en un seul jour? JVwn sacrificabunt * et complebunt in und die? (Ibid.) veulent-ils que les cendres de leur ville se changent tout ^diiàxi coup en des batimens superbes , et passer en un instant d'aune extrémité à Tautre f Numqidd œdifi£<xre poterunt lapides de iicervis pulyeris qui çombusti simt ? (. iD>id. ) Car tels

sont

. 1>1NS QUEL ESPRIT y etc.. 3l3

«ont encore aujourd'hui ^ ô mon Dieu ! les (Uscours

insensés du monde contre la vertu. ]N^étoient~ce

pas là autrefois les \ôtres ? U faut donc (pie vos

Hjeûvres publiques rendent à la piété Thouiieujr

':que vos dérisions profanes luira voient ôté : il faut

donc que vous pratiquiez vous— mêmes ce que

nous avez si injustement blâmé dans les autres

fidèles : il faut désavouer la témérité de vos

censures , en vous exposant vous-mêmes à celles

-du monde ^ et réparer le tort que vous avez fait

à la vertu ^ en donnant des marques éclatantes

de la vénération que vqus avez pour elle.

Troisièmement : Quel usage faisiez-vuus autre* ibîs de vos richesses? vos biens immenses pou— -voient-ik suffire aux jeux ^ au luxe ^ aux caprices ^ .aux passions P Vous faisiez ser\il: les dons de Dieu à l'iniquité : or^ tout ce que vous employiez à des iusages injustes ^ vous Tusiurpiez sur le pauvre et BUT Taffligé^ Ehl comment voulet-vous réparer cette injustice ^ que par de saintes profusions et .des largesses plus abondantes ?

Quatrièmement enfin : Cette première saison de votre vie que vous avez consacrée au monde et à ses erreurs ^ vous lavez passée dans les plaisirs et dans une molle indolence : la félicité de vos sens étoit alors votre unique affaire : vous n^éties attentives qu^à réveiller tous les jours parade nouveaux artifices le dégoût et la satiété insépa-rable de tomt oe qui plaît hors de Dieu : vous ne viviez que pour votre corps.

Ah I une vertu oiseuse | douce ^ aisée ' ne Tome K* MrsTÈnss. a?

3l4 OEUVRES DE M I8ïf RI C O RDC.

seroit donc plus pour vous qu^une illusion: dai^ gereuse. Vous avez Diénagé à vos sens tout ce qui pouvoit les flatter : il faut donc vous appliquer à les crucifier ^ aller dans ces lieux de"" misé" licorde^ où la piété appelle tant drames saintes^ vous approcher des Lazares puans et couverts de plaies ^ ne pas refuser voire ministère et le secours de vos mains à leurs besoins extrêmes ; et malgré les frémissemens secrets de la nature , 'accoutumer votre délicatesse à ces œuvres de re^ ligion ^ et surmonter ^ par votre foi et^par rardeur de votre amour], la foiblesse d^une chair qui a si souvent triomphé de vous-mêmes. Vous croyiez , en vous consacrant à des ex^cices charitables , aller au delà de vos deyoirs ( et vous voyez que vous n''avez pas encore rendu un pour mille, et qu^ «'en faut bien que la compensation -ne soit égale. Ce qui vous abuse ici , Mesdames , vous que la miséricorde de Jésus-Christ a détrompées du ^monde et appelées à son servi<ce , et qui Êiit que vous comptez si fort sur le mérite de vos œuvres saintes ^ c'est , premi^ement , qu'une erreur se« 4crète et délicate de vanité vous persuade que les ttitres qpi vous distinguent, donnent un nouveau piérite devjaut Dieu à vos œuwes de religion^ que Jeur prix croît h proportion de votre rang ^ que les démarches les plus légères de piété scmt illustrées, pour ai^idire, aux yeux du Seigneur par Véd^i qui vous environne. On se repose sur cette vaine complaisance, que d'injustes adu- J^tpn^ 9ourrij$se^t ; o» &it ^trer dans l'idée /jue

fiANS Qvzt ESPBiT^ eic* 3l5

Toa a de ses œu\res ^ celle qu'ion a de soi-même ^ et on se persuade que ceux qui sont nés dans la foule ^ eu £ûsaut mille fois plus que nous ^ méritent encore moins. Comme si la charité toute seule ne dkcemoit pas nos mérites ij comme si en Dieu il j avoit acception de personnes^ comme si ceux* qui ont plus reçu ^ n'^étdlent pas ceux dont on demande davantage. Secondement ^ c''est que vous ue }etez' d^ordinaire les yeux sur vous— mêmes ^ qu^en vous opposant à ces personnes mondaines de votre état et de votre rang ^ livrées aux i^aisirs ^ aux passions insensées ^ à leur$ propres promeus , et qui négligent tout-à-iait le soin de leur salut. Alors ce parallèle grossit a vos yeux votre propre mérite : vos oeuvres com-^ parées à leurs inutilités et à leurs plaisirs ^ vous, paroissent des abondances de justice : tout ce que vous faites pour le salut au-dessus d^elles ^ vous croyez le faire au delà de vos devoirs ; et la tié--^ deur où vous vivez ^ opposée à leur daréglement^ êe change à vos yeux en vertu héroïque* Sem^* blables à cet évèque de FÂpocalypse ^ qui malgré la tiédeur et Findolence de ses mœurs ^ se croyolt riche en bonnes œuvres^ parce qu^il jugeoit sanst doute de sa v'^u par la chute et les excès des £iux docteurs qui enseignoient la doctrine de Balaam^ et en suivoient les voies honteuses^ lui qui étoit aux yeux de celui qui est un témoin fidèle et véritable , pauvre , misérable ^ nu , et jwr le point d^ètre rejeté de sa bouche.

Cette règle est donc dangereuse* Ce n'est pas

3l6 oeUtRES BE KiSÉRaCOltOV.

par ces parallèles trompeurs qu'il faut mesurer ee que nous sommes devant Dieu ; c^'est par la sûnteté de la loi ^ c'est "pair la sublimité de nos devoirs :j c'est par Texcellence de notre vocation ^ c'est par la grandeur dumaitre que nous servons ^ e''est par la multitude des iniquités qne nous avons à expier ^ c'est par les foiblesses jods^ naUères que notre tiédeut voit multiplier à l'infini sans aucun changement : en un mot ^ ce n'esi pas en nous comparant aux péehcwrs ^ qu'ail faut &âre honneur à. nos foibles vertus :j c^est en nou» opposant aux saints qui nous ont précédés ^ aux âmes justes qui marchent à nos yeux ^ et qui nous laissent si loin après elles dans la voie ^ qu'ail faut confondre notre langueur et notre impénîftence» Si la Pécheresse de Jérusalem- eut jugé de la profusion de ses parfums ^ et de TabonâaiiGe de ses larmes ^ par l'insensibiliié des autres femmes mondaines de la Palestine ^ ah ! sans doute elle n'eût pas e«L tatit de boute de se présenter devant le Sauveiu* ^ et n'eut pas choisi ses pieds comme pour dérober à ses yeux les saints ministères de sa charité ^ qui lui paroissoient si disproportionnés aux désordres de sa vie : si la femme Chananéeane eût opposé sa démarche si pleine de foi à Tavettglement des autres femmes de Tyr^ sans doute elle ne se fût jamais comparée à un vil aninaal : si David lui-même n'eût jugé de sa pénitence ^ de ses jeûnes^ de ses larmes et de ses ,macé-» rations ^ que par la mollesse des autres cours et: l'exemple des rois ses voisins ^ plutôt que par ^cfs

DANS QVÉL ESPKIT^ «t(% 3jJ

ttimes <) ah ! sans doute ^ il n'eût pas prié le Seigneur de n^entrer pas en jugement avec lui. Les. déréglemens de nos frères n^ajoutent donc rien au mérite de nos œuvres ^ et nous pouvons être plus justes que le - monde ^ sans Tétre encore assez pour Jésus-Christ.

SECONDE RÈGLK

J^Asecovide règle à observer dans la pratique des œuvres de miséricorde ^ est que non-seu— lement U faut les regarder comme des devoirs que nous acquittons^ mais encore en faire des remèdes journaliers contre nos foiblesses de tous les jours*

Je m^explique. Vous le savez ^ Mesdames ^ les œuvres extérieures de la piété n^ont de mérite devant le Seigneur ^ qu^autant quelles servent à perfectionner notre homme intérieur : car le Toyàume de Dieu est au dedans de no|is^ et tout ee que nous faisons pour le salut est inutile ^ s^il ne se rapporte au règlement du cœur ^ et & rentière mortification des vices et des désirs ^ qui mettent encore obstacle en nous à la grâce d^ noire parfaite délivrance» Or^ sur cette maxime de la foi ^ soulager nos frères^ les revêtir ^ les vi^ nter ^ les consoler ^ les servir même ^ nVsl encore que le corps de la piété : ee sont les effices dit dirétien ^ ce n^est pas le chrétien hti-mème. Il £iut doui; que la >ertu croisse et se purifie dans ces devoiirs pubUcs de miséncorde ^ que nos iso^

3l8 OEOVBE9 PE MISiRlCOUDB.

perfections y trouvent leur remède ;j et que chaque œuvre sainte serve à afibiblir en nous^ quelqu'^une de nos passons : c'*est-4-dire' ^ Mes^ dames ^ que pour entrer dans Tesprit de la loi sur la prati(|Ue des oeuvres charitables ^ il faut ^ avant que de s^y .engager^ mettre notre ame sur nos tnaips^ FenviKager" aux pieds de Jésus-Christ^ et daus la luDiioi^e de sa grâce ^ examiner tous ses yeux quels soîït eecore nos penchans déréglés^ et choisir les oillces de miséricorde qui leur s<»nl,le plus opposés ^ et qui paroissent les plus propres à les déraciner de notre cœur.

Ainsi vous aimes cneore le monde ^ les plaisirs^ les dissipations des jeux et des eommerces : pré» ferez les œuvres qui vous en séparent le plus ^ e\ qui vous renferment plus souvent dans la prière . dans le silence el dans la retraite. Vous êtes nées avec des dispositions, de mollesse et d^iuddieuce qiu; vous ne sauriez presque surmonter ^ vous ne prenez- janiais rien sur vous-mêmes ^ vot?e vertu nV^st prescpie qu^un éleignement naturel du tu^ fiOLulte et des agitations du monde que vausxi*aime%. pas ^ et une vie plus douce et plus oiseuse qu^on n^ la mène d^ordinaire daus le siècle : ah ! les œuvres les plus dures ^ les plus pénibles de la miséricorde ^ lés soins les plus dégpùtans^ les, misères les. plus hideuses^ c^est là votre partage. Vous aimez dans la vertu même tout ce qui éclate^ to^t ce qui ^ lingue^ tout ce qui attire les regards publics: entiez dans les œuvres les plus obscure^ ^ qui vous confou^dent le plus avec le peuple v, l^.jàu^bcjtposées aux

DA!TS QWÉL ESPRIT, etc, 3l^

Acrisîons des insensés : laissez aux autres le premier rang et tout Tlionneur des entreprise^ de piété , et réservez-en pour tous les soins et lea iktigues. Vous retombez isans cesse dans le& mêmes -vivacités :; tout vous blesse :j tout vous, allume ^ et vous décriez dans fesprit de ceux qui vous approchent ^ la vertu par des foibksses qui TOUS soht propres: choisissez les oeuvres où il faut plus de douceur , plus de patience, être rede--* Table aux sages et aux fous , et supporter même les plaiutes , les chagrins , les humeurs , les ou^ irages quelquefois de ceux qu'on veut- soulager.. \ ons sentez des éloignemens injustes , et dés antipatliies secrètes sur lesquelles vous traitez votre cœur avec trop d^indulgence ^ vous bornez presque toute votre vertu à fuir ce que vous ne pouvéîB aimer : recherchez les œuvres qui vous rap-^ prochent , qui vous donnent de nouveHes liaisons^ avec les personnes que leur pieté- toute seule devroit vous rendre chères; et accoutumez ainsi Totre cœur à voir avec plaisir ce qu'ail doit aimer Sans feinte. Enfin ^ faites de vos œuvres de isaiséricorde les exercices des vertus qui vouô manquent.

Zàchée>, après avoir réparé ses injustices, fit lies largesses abondantes , et sa maison même devint Facile de son libérateur : mais c''est qu^'il TÔuloit par* ces profusions achever d^éteindre dans «on cœur cette soif insatiable des richesses, qui, Jusque-là Pavoit tyrannisé , et qui ne s^éteint pas- d'un seul coup. Madeieine répandit des pariums^

et essuya de ses cheveux les pieds sacrés de son Maître: mais ci'est qu^elle sentoit encore sans doute . nn reste d^attachement pour les instnmieDs déplorables de ses vanités et de ses plaisirs ^ et que son amoui: se hatoit d^en achever le sacrifice. Le» femmes des Israélites ofirirent pour la constructicm du tabernacle^. ce qu'elles avoieutde plus pré* deux : mais ^est que ces dépouilles de Pharaon^ dont le Seigneur les avoit revêtues ^ étoieut xat écueil pour leur fbiblesse ^ et leur faisoient re-* gretter encore tous les jours la pompe et les trésors de TEgypte.

Les œuvres extérieures de la piété ne sont saintes ^ Mesdames ^ qu'autant quelles nous sanctifient ^ et elles ne nous sanctifient qu'autant qu'elles nous corrigent* Car si Jésus-Christ est la fin de la loi ^ tous les devoirs qu'elle nous impose ne tendent donc qu'à former J^ésus-Christ ea nous : l'accomplissement de chaque précepte doit donc ajouter conune un nouveau trait à cet .homme spirituel. !Nos œuvres ne sont comptées que par le progrès de cet ouvrage divin. S'il n'avance pas^ en vain nous couvrons , nous \isitous , nous cou-» solons nos frères ^ nous ne faisons rien aux yeux de Dieu :; parce qu'il ne voit de nous que notre ressemblan ce avec son Fils ^ et que c'est eu Jésus» Christ seulement que nous sommes digues de ses regards ; tout ce qui ue perfectionne pàs^ cette ressemblance ^ n'ajoute rien à notre .mérite. Or ^ Jésus — Christ ne crott en nous que sur les raines du vieil Adam : il iaot que f uni itimiuiv* ^

BAPfS QIJÏL ESPKIT, ete. 321

afin que Fautre crdsse ^ îl n'est qne ce qui mortifie les inclinations de la chair ^ qui aiigipente 1». vie deFesprit^ iln^fest que ce qui contredit la nature corrompue^ qui conduise à sa perfection Tétre chrétien;; il n'est que ce qui affeiblît ces penchant infiiris qui s'oppoisent encore en nous h la loi de Dieu^ qui donné de nouvelles forcés aux inclinations de k gracen Tout est presque sacrifice dans la vie du chrétien , Mesdames : car il vit de la foi ^ et tout ce qui part de la foi coûte ^ parce qu'il contredit fcmjours la vie des sens. Ainsi les eeuvres de miséricorde doivent être comme 1«» sacrifices journaliers de l'ame fidèle.: l'ApMre lui-* même ne leur donne pas d'autre nom ; c est par de telles hosties ^ dît-û ^ en exhortant les fidèles aux pieux -offîces de la charité e«v ère leurs frères^ ^u^on se rend Dieu favorable: Tàlibïis enùnyhastiis pr orner etur Deus. (Hebr. i3. i6. ) .

Or ^ on vide cette r^le de la piété en deux manières. JPremièrement ^ de toUs les offîces 4t miséricorde^ nous choisissons presque toujours les plus coaforknefi à notre goût , à notre caractère, à no» pe^Kïhans. On est vif, actif, entreprenant, ennemi du repos , du recueillemeSnt et de la retraite: on entre dans toutes les entrer prises de piété ; on veut avoir part à tout :; on a des soins de toutes les sortes ;; on ne vit pas un Bioment pour soi ^ et cependant , on auroit besoin de - recueillir plus souvent son ame ^ux pieds de Jésus-Christ , pour y réparer les dommages inséw panbles des loinistèrcs tumuUuçux ^ et renouve^t

3^^ OEUVRES DS XISÉBICORDE.

1er les forces que les dissipations les plus saintone laissent pas d^aflEbîblir.

On a apporté ea naissant un coeur tendre et miséricordieux ^ on aime à soulager ceux qni sonf* firmit^ par une compassion toat hmnaine. On.

est né diagrin ^ austèoiv ^ impérieux:; on embrasse des ministères qm nous établissent sur les antres^ et qui nous rendant arbitres de leur conduite ^ fournissent à Tapnour-^propre l'occasion de satisfeire ce penchant naturel qu^on a de corriger et de treprendre. On a plus.de goàt pour une œuiore^ ou pour un établissement ij tous les autres be-* soins nous trouvent insensibles. Enfin ^ pour éviter ici trop de détail ^ si Ton s'examine de près j on verra que nos penchaiis déréglés ne souffireat jamais riea de ces exercices r^gieux^ que fus^ que dans la piété ^ on évite tout ce qui gène et qui déplaît;; que Tod ne fait que se prêter à soi* méme^ lorsqu'on s'imagine opérer des œuvres de salut ^ et qu^on n'est enecnre qu'homme^ tandis qu'on croit être durétieat;

Ce n^est pas qu'il faille résister à ces pencbans heureux qui inclinent notre ame à lamisâricorde ^ Ou'quW remplisse ces pieux devoirs sans mérite^ dès qu'on les remplit sans répugnance. Non , Mesdames ^ la foi sait faire servir la nature à la grâce; et ces dispositions &vorables que nous portons en naissfint pour la vertu ^ sont des dons du Créa* teur^ lesquj^ls dans ses desseins de miséricorde sur npus ^ doivent être comme les prémices de Mtr^ auftotifimtion* Mais il fiiut prendre ^arcki

DAirS QVfeL ESPRIT^ etC Si^i

Aé ne pas boraer là tous nos efforts;; la piété va plus loin que la natiure. On peut suivre ce qu« nos penchans nous inspirent de louable : mais si vous en demeurez là^ "vous n'ecvet encore rien fait ^ TOUS n^étes quVu commencement de la voie t. car elle est rude et diiEcile ^ et quelque heureux que soient vqs penchans ^ vous n^ entrei«z jamais bien avant ^ tandis que vous ne, ferez que vous fréter. à eux ^ et les suivre : cependant le iempé* rament seul fait presque toute la vertu de la plu:^ part de ceux qui en font profes^on. La règU donc^ c^est que- les offices extérieurs de piété , qui nous laissent toujours aussi sensuels ^ aussi immortifiés ^ aussi imparfaits que nous sommes^ A' en ont que Fapparence ^ et n'*en peuvent avoir la force et la vertu.

La seconde manière dont on viole cette règle est encore plus coupable. Non-nseulement on se borne à une vertu toute naturelle ^ et les œuvres de miséricorde que Ton choisit sont toujours ceUes qui ne coûtent rien à Tattiour-prc^re ^ et qui ne nous corrigent jamais de jios foiblesses ^ mais encore €ile$ ue servent souvent qu''à nous y entrestenir. ^

En effet ^ combien de ces âmes abusées ^ qui dans une vie toute mondaine ^ toute sensuelle ^ toute ^ofane^ se rassurent sur quelques prati^ <{ues de miséricorde .^ et sur labondance de leurs largesses? Ce sont de ces filles de Tyr dont parle le prophète ^ qui ^vivant dans Tinfidélité ^ croient 0jpaiser la justice du grand roi ^ eo mêlant à leui39

àl24 OECTKES DE XI S ÉRKSOUD E.

plaisirs quelques pieuK offices de charité ^ et le mérite de quelques libéralités et de quelques €& fraudes : FiUœ 2 y ri in nwnejfibus *vidtwn tuum deprecabuHtur, ( Ps. ^^. i3. ) Ou se persuade que la miséricorde supplée à tout ^ que la prière« la retraite ^ le renoucement k soi— même ^ la liaioe du monde ^ la fiiite des plaisi» ^ la garde des sens, et toutes les maximes fes plus iuviolables de la vie chrétienne , . sont djès devoirs que Ton peut Tacheter ^ pour aiûsi dire ^ à prix d^argent ^ que la foi oonnolt ces sortes de compensations^ et qu^une indolence misériccHrdieuse ne sera pas distinguée de la vertu et de la fustice. Mais , 6 mon, Dieu! que votre croix sm*oit douce L que votre doctrine seroit favorable aux sens l que la voie qui conduit à la vie seroit aisée ! et que la couronne de l'immortalité seroit un prix attaché à de lége^ ^orts , s'il n'e^ coutoit pour Tobtenir que quelques largesses , dont nos plaisirs «ttémes , nos passions , notre lin;:e , notre sensualité , ne souffi^ent rien ! .

Non ^ Mesdames , le Seigneur n'a pas besoin ide nos biens ^ maïs il demande notre cœur. La miséricorde aide à expier les crimes dont on se repeut , il est vrai • mais elle ne justifie pas ceux qu'on aime : elle est le secours de la pénitence, je le sais ;; mais elle n^efi* pas l^excuse de la v<ylupté : elle supplée aux foibles eflbrts du pécheur <[ui revient à Dieu ; la fei nous Papprend ^ mais ^lle ne met pas en sâreté Tame mondaine qui Infuse de se converti k lui : en un mpt, eUe est

DANS ^fTEL SS^RIY^ Btt. âsËS

le fruit de la vertu ^ et- non pas la ressource du •vice. Car ce qu'il y a ici de déplorable , c'*est que des mœurs qui nous paroitroient dangereuses ^ si . elles n'étoient accompagnées de quelques offices de piété ^ perdent à nos yeux tout ce qu'^elle^ ont de douteux , dès que ces oeuvres extérieures les soutiennent. Et si quelquefois les vérités du. salut entendues ^ ou la grâce plus forte troublent cette fausse paix y et jettent des terreurs dans la conscience^ ah ! la nudité couverte ^ la faim rassasiée ^ la misère consolée ^ Tinnocence protégée ^ «''offrent à Tinstant ^ et calment cet heureux orage. Ce sont des signes de paix qui dissipent à Finstant nos alarmes;; c'^est cet arc trompeur dont parle le prophète^ Arcus dolosus^ ( Osée^ 7. i^. ) ll^equél au milieu dos nuages et des tempêtes heureuses^ que le doigt de Dieu commençoit à exciter dans le cœur, vient nous promettre une fausse sérénité ;j et divertit notre esprit de Fimage présente du danger. On s''endort sur ces tristes débris de religion ^ pour ainsi dire ^ comme s'^ils pouyoient nous sauver du naufrage ^ et des oeuvre» chrétiennes qui devroient être le prix de notre salut ^ deviennent Toccasion de notre perte éter-» nelle»

Ah ! Seigneur ^ éclairez ces âmes abusées. Si ^ parmi tant de personnes pieuses qui m'écoutent ^ il sW trouvoit quelquVne de ce caractère^ ne permettez pas que la mi8éricGa:de ^ qui délivre ^ qui sauve ^ qui purifie^ se change jamais pour nous en voie de perdition et de scandale. Dé^

326. oEirynEs DE msiéKtcoit^iE* fendez TOQ»-^inéme des illusidiis de k dnpMËté , une vertu que job Ltvri*s saitits noofi otit rendue si chère :; et en nous donnant ce cœur misérîeor— dieux et sensible aux misères de nos firèfes^ donnez-nouff en liiénie temps ce eœur chrétien ^' qui ne sait^ ni dissimnler ^ ni se pardonner ser misères propres.

Je ne dis rien de la troisième r^le qui consiste à prendre giutde qu^i) ne se mêle rien d^hmnain dans rintention ^ et que la vue des bomines eachée au fond de nos cœurs , et presque imperceptible à nous-mêmes^ de nous fasse perdre devant Dieu tout le mérite de lamiséricorde.

Je finis en vous disant seulement avee saint AugustiU : Vous êtes ici devant Dieu ^ interrogez votre cœur : Antè Deum es ^ mterroga cor tuum: ( S; Aug. ) ne vous en tenei pas à la Surface de vos désirs qui voustromqpent^ en ncvous oflVant rien que de louable : allez à la source^^ sondez—en les vues les plus secrètes : Intiis vide I ( Ibid. ) et là ^ voyez ce que vous avez fiiit jusqu^ici ^ et quels en ont été les moti:& les plus réels et les plus enveloppés dans le cœ^ir i f^iik qmd fecisti et quid appètistL ( Ibid. ) Voyez si les œuvres obscures^ et qui n*ont pour témoin que Tœfl invisible du Père céleste ^ réveillent aussi vivement votre zèle^ que celles qui sont publiqiies ^ et exposées aux regards et aux louanges des hommes: Fide^ etc. Voyes si dans celles où Téclat est inévitable , vous êtes bien aiées qtt^on vous oublie ^ qu^on vous confopd6

D<àN;s QUEL BS^KiT ^ etc. 'Sa^

hûos la foule des i^ersomifis qui. s^y emploieiti^ et

ffi yotre charité ae se refiroidit point ^ d|ès ipie vous

-p'^en avez pas les premieFS hoBoews : F^ùle y etc.

Voyez si les entreprises pieuses que le mondie

.blâme y ne vou& trouvent p9S ^a. peu plus

judifTéreute ;^. et si les œuvriss privée» dfi Tappro*-

batioD des hommes ^ ne yqus en sont pas un peu

rVnokis chèpres : f^ide ^ etc^ Yoyez si le suocés.qui

Jes suit vous blesse , et si vous êtes ingénieuse à

^eu- rejeter toute la gloire sur les aolves : f^ide ^

^etc* Voyez enfin -^ si vous n^agiasez que sous les

;yeux de Dieu^ si les b^mmes sont, pour vous

: comme s^ils n'^étojeBt pas: si vous êtes aussi

juse que le Seigneur soit glorifié par tos op^

probres ^ que par votre réputation ^ si c'^est Vious-

jnéme, une vaine gloire^ OU votre salut ^ que

.vous cherchez : yide quidfecisti^ et qmd ape^

tisti^ salutem tuam an laudem humanam. ( S,

Aug- )

Bon Dieu ! s''écrie ce Père ^ que d^œuvnes saintes sur lesquelles nous .comptons i^L4>as ^ seront un jour rejetées ^ lorsque le Seigneur viendra juger les justices ! que de fruits de la charité ^ lorsque jiQus croirons en paroûre devant lui les mains pleines , se trouveront gaies par le ver secret d^unâ dangereuse complaisance l et qu^il nous^ i^steca peu de chose i^ lorsque ]e Juge de nos alitions ne nous laissant pour notiw partage étemel ^ que les oçuvres qui auixuit été lea fruit&et leafdmis de sa gcace.^ nous aura dépouillés de toujtescelim qui p»t i^pifsoiisnl; luiapiiaiieHr^ maîs.<pii n?apparfcetti»ent

3^8 WUVRES DE MISÊftléO^A-B.

qu^à nous-mêmes! Et ne croyez pas ^ Mesdaznes^ que les règles dé la foi sur les offices de la charité^ tels que je viens de les exposer ^ qui semblent demander des précautions si pénibles ^ soient cav* pables de dégoûter les âmes fidèles de ces pieuses prariques. Àh! rien au contraire n^est plus propre à soutaûr-la vertu ^ à ranimer le z^e ^ à consoler la piété et la miséricorde. Car que vous disonsHQOUs? que ces pratiques saintes sont des devoirs^ que veus^^ ne devez pas les regarder comme des œuvres de surcroit ^ et qiie la miséricorde est la vertu la plus nécessaire^ ceux qui naissent dans Tabondance? mais quoi de plus persuasif pour vous la rendre aimable? Lie o6mrmandement de Jésus-Christ lui ôteroît^fl quelque chose de ses charmes ? et seroit-elle moins ehère À ses disciples^ pour Tavoir été da:vantag]p à leulr Maître ?

Que vous disons^nous? que les oeuvres de miséricorde doivent être les remèdes journaliers de vosforblesses de tous les jours? Mais que peut» pn dire de plus consolant ^ que de vous découvrir dans ces offices religieux^ une nouvelle source de mérite ^ et des trésors cachés que la plupart des fidèles n'y cherchent poiut? que peut-ou vous découvrir de plus heureux pour vous ^ que de vous apprendre qu'ils peuvent servir d'exercices à toutes les vertus qui vous manquent^ que tous vos maux peuvent y trouver leurs remèdes ; que la patience ^ la pudeur^, Fhumilité , la douceui>, )''amour de la prière et de la retraite ^ si vous

HAlfS QUEL ESPRIT^ ^tC 320

'ÇiStilëfi"^" naîtront de la nùséricorde ^ et que dans un seul devoir de piçté^ i^ou0 recueillerez le mérite de tous les autres?

Que vous disons-nous enfin? qn^il faut agir sousles yeux de Dieu' seul ^ et ne Compter pour rien Tapprobation ou la censure des hommes ?

Mais que sont diewit Dieu tous les hommes ensemble , qui puisse mériter que Famé fidèle f a^ dès attentions sur eux? L'^éstîme du inonde qu^elle méprise ^ qu^elle fuit ^ auquel elle a renoncé ) lui pahAtroîl-e9e un prix digne dès actions qui peuyent lui valoir une félicité éternelle ? Estce ralentir sa charité ^ de lui apprendre que le inonde entier n'^esl pas d%;ne d^elle ^ que Dieii seul mérite d'hêtre spectateur des œuvres que lui seul peut récompenser :^ et que pour les mettre lÉBR sûreté ^ il suffit de n^ chercher point d^autre ^pire que celle qui ne périra janisôs ? Ah l]t esprit de )a loi n^est ppint opposé à la Icâ même* Plus on avance dans la vérité^ plus on croit dans la charité f plus on connolt la loi de Tamoiur ^ plus ^onlVme* Kerreur perd in&itliblespouent quand on rapprofondit^ mm la vérité nW étsle que de nouveaux charges. Ainsi ce sei^ lorsque nous la verrons telle qu^elle est ^ que nous Taimerons sans tiédeur. |Sa|is mélange) sans iretc^ir etiaùs inçonstaAÇiQ* Aiti»j6<»lriL

DISCOURS

PRONONCE DANS I4A GÉaSUONIS

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