‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 48 sur 59 · S SUB LA FERVEUR · texte numérisé non relu

S SUB LA FERVEUR

plus déchargés qu^eux de FexpiationjTet de la pénitence*

Est-ce que dans ces premiers temps les crimes étoient moins excusables ^ et méritoient par— là des peines plus rigoureuses ? Mais Fidolàtrie d'^où sortoient ces premiers disciples :j les dissolutions du paganisme dans lesquelles ils avoient été élevés^ les excès autorisés par la religion même qu'ails «voient sucée avec le lait ^ tout cela sembloit rendre après leur conversion ^ leurs chutes plus dignes d'indulgence et de grâce : au lieu que vous , npurris des parties de la foi ^ blanchis par la grâce de la régénération au sortir' du sein de vos mères ^ élevés dans une discipline sainte ^ afiermis contre Thorreur du crime par les secours de la religion et par les exemples des justes , vous ne pouvez justifier vos chutes que par un excès d^ingratîtude et de corruption ^ qui les rend plus criminelles , * et dignes d'un châtiment plus long et plus sévère. Est-ce que la malice ayant prévalu ^ les crimes devenus plus communs ^ sont devenus plus par-* donn^bles P Mais la multitude des coupables ne change rien à la nature des crimes. Tous les Jbommes qui avoient corrompu leur voie du temps de Koé ^ ne furent pas moins frappés de Dieu ^ et engloutis sous les eaux^ que Finfortuné Achan^ qui chargé contre Tordre du ciel de quelques dépouilles de Jéricho , se trouva le seul anathème ^u milieu d^Israël : et d'^ailleurs le grand nombre de criminels irrite encore plus la vengeance divine ç f^t c'est une foli^ de prétendre <}u^à potesure €ju^

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Dieu est plus outragé ^ il devleadra pluâ indul^ gent et plus favorajble.

Est-ce euEn que la ferveur de ces premiers temps rendoit les fidèles plus propres à soutenir les rigueurs de la. pénitence publique; au lieu que nous ^ nés dans des siècles plus relâchés ^ nous ne sommes plus en état de les porter ^ ni TEglise en droit dé les exiger de notre foiblesse ?-

Quoi! mes Frères^ la ferveur des premiers fidèles auroit armé FËglise à leur égdird ^ de ri-« gueur et de sévérité ; et FE^lise am*oit réservé ^ pour notre mollesse et pour nos déréglemens ^ son indulgence et ses grâces P Les premiers temps Tauroient donc vue une mère rigoureuse .envers des enfans zélés et fidèles : et elle deviendroit en nos jours ^ pour des enfans rebelles et corrompus \^ une mère complaisante et facile ? Ses chàtimen3 ctcneut donc réservés à des siècles ^ où Ton se re-* pentoit encore si vivement de ses Êuites ; et pour lespénitens tièdesde nos jours ^ elle n'^auroit plus que des faveurs et des récompenses ? C'étoit donc un malheur pour ces premiers disciples de la foi ^ que Tabondance de leui* componction; puisqu'elle leur attiroit une abondance de peines ? leur ferveur qui faisoit tout leur mérite , faisoit donc aussi toute leur iufortune ; et notre lâcheté fait tout notre bonheur ^ quoiqu'elle fasse tout notre crime ? Et depuis quand donc la vertu est-elle devenue un titre onéreux ^ et le vice ^ un privilège favorable ?

]^on ^ mes Frères^ comparez -vous dq boimef

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fm à ces premievs disciples;; vos crimes à leur» crimes ^ et leur pénitence à la vôtre. La religion ne change point ^ Tesprit de TEglise est encore le méme^ Dieu regarde toujours le péché desTnémes y?ux ; sa justice exige toujours les mêmes répa-^ rations^ TEvangile nous propose encore les mêmes maximes^ le changement des temps ne change point les règles et les devoirs : sur quoi pouvez— vous donc croire que vous serez quitte devant Dieu de vos crimes, à meilleur marché, si je Fose ^ire , que ces premiers fidèles ? S'il y avoit des différences à mettre , vous le voyez ^ elles se toumeroient contre vous.

Et cependant comparez votre pénitence à la l^r : vons savez jusqu'où est montée la uiesure de vos crimes^ que faites— vous pour leç- expier ? Croyez-vous que quelques légères prières ina— posées par un ministre , peu éclairé , ou trop indulgent , effaceront devant Dieu ce cahos d'iniquités y où votre- amc a presque toujoturs été abimée ? croyez-vous que confesser simplement ses crimes aux pieds du prêtre, ce soit les punir ^ et que des fautes qui ne s'expioîent autrefois qu^ par des années entières de géniissemens et de ma-

' cérations , seront expiées, aujourd'hui , dès qu'on s'en sera déclaré coupable ? croyez- vous qu'une vie entière de volupté sera purifiée par la sîmpte

, absolution du prêtre trop facilement accordée ^ tandis qu'une seule chute demandoit autrefois une vie entière de larmes et de pénitence ? Croyez- TOUS que la voie ait été étroite pour les fidèlos

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des premiers temps ^ et qu^elle soit devenue spa-* cieose ;et commode pour vpuâ P cpe le royaume du ciel ait été pour eux le prix de la seule vio-* lence ^ et qu'ail le soit devenu pour vous des plai^ sirs et de la paresse ? qiie le Seigneur ait exigé d^eux jusqu^à la dernière obole ^ et qu^ vous remette à vous toute k dette ? en un mot^ que leurs crimes rares et peu fréqueiis ^ expiés sous la cendre et sous le cilice ^ pleures avec une foi vivi^ et une componction abondante ^ aient irrité la justice de Dieu ^ et que les vôtres plus innom--' brables et plus honteux ^ sans être punis et expiés^ vous attireront sa miséricorde ^ et vous seront les garans de sa bonté et de sa clémence ?■

£t cependant où sont vos larmes ^ vos macérafiona^ vos jeunes^ Vos privations^ et la persévérance de vos prières? où est cet esprit -de componction/ et d^bumiliation qui imprime à toutes nos actions un caractère de pénitence ? Que soui&ez-'VOus ? de quoi vous priver- vous pour soutenir le titre de pénitent^ le seul titre qui vous reste pour pré-tendre au salut P

Mais que dis-je, mes Frères P loin d'hêtre pé— nitens^ êtes-vous chrétiens? Quand vous n'^auriea que les. devoirs communs de FEvangile à remplir^ sans avoir de crimes à expier ^ n^auriez-vous rien à craindre de la justice de Dieu? Quelle vie que votre vie ! quelles mœurs que les nôtres 1 Quel siècle a jamais poussé plus loin le faste ^ ics.piai.4rsy Foisivcté . la mollesse et la bizarrerie des excès et des usages? quels temps ont jamais été plus maW

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heureux ^ et cependant pins outrés sur foût ee qui fait la félicité des sens et les )<»e8 des enfaiis du siècle ? Choisissez les plus hommes de bien dVntre \ocs^ ces hommes vertueux que le mondo canonise; ces femmes régidières que la multitude approuve :j ces élus du siècle ^ comme parle saiut Augustin ^ dont la conduite au dehors «^st irré« prochable : et voyez si vous trouverez dans leurs mœurs des vestiges même de la première sainteté des chiétiens ^ voyez si vous y retrouverez un seid de ces traits de la vie iévangélique ^ qui tous ensemble font seuls le caractère des enfans de Dieu^ voyez si leur vie soutiendra un seul des engagemens de leur baptême^ $i vous j reoonnoiirez des disciples de Jésus-4Christ ^ des en£ms

. de la foi ^ des citoyens du câel ^ des ennemis du monde ^ des honounes crucifiés ^ des étraBgers sur la terre; et si de tout ce .petit nombre d^hommes même ensemble^ que le monde approuve le plus ^ vous en pourriez former un seid chrétien.

Ainsi nosdevoirs.sont encore les.mémes quVutrcfois ; et les mœurs seules ont changé : ainsi la religion subsiste encore peur nous juger ^ et la ^^ qui devoR nous sauver^ s'^esl éteinte: ainsi r£\aiigileapa99é'de nos.péres à mous, et ne nous

'sert plus que dé eondamnation ^ après leur avoir ser^i de règle : ainsi le corps du christianisme se soutient y et Fesprit qui vivifie est éteikit dans nos cœurs ; et tout Favantage que nous avons sur les infidèles ^ c'^est que sortis d'une racine sainte j BQus sommes ^esenus des rames^ux £«U\ages <]ui.

wxt dégénéré, et que nous ayons enté sirrrolivîer franc le germe de riniSdéHté , et les mœurS' €oc-« rompues du païen et de Tidolàtre. ^

Ne regardez donc pas, mes Frères, les mœnts publiques comme un titre qui vous rassure ^ c^est le fruit de cette iustructioït. Rappelez-vous sans cesse aux règles et aux devoirs : ne vous croyez pas en sûreté , parce que vous êtes la multitude ;j comme si votre conformité avec le monde , qui fait le caractère des réprouvés , pouvoit devenir le titre de votre innocence.

Et pour vous, mes Frères, qui revenus des passions insensées , êtes entrés depuis long-temps dans les voies de k componction et du salut ^ rapprochez les foibles efforls de ^otre pénitence , du zèle et de la sainte austérité de -ces premiers penitens: loin de vous enorgueillir de vos justices défectueuses, qui .dans un siècle aussi^ corrompu , pardssent des singularités et des prodiges de vertu, parce qu'*elles mettent entre vos mœurs et les mœurs du reste des hommes , tous pervers et corrompus, une différence infinie; humiliez-vous par ce qui vou& reste de chemin à faire , pour approcher de la pénitence et d^ la ferveur des premiers temps :j et pensez qu^il y a encore plus loin- de vous^ à ces premiers fidèles , qu'ail n^y -a aujourd'hui du reste des, hommes à vous.

Ainsi , que les pécheurs tremblent, et que les justes se raniment ; que les uns sortent de leur léthargie , que les autres renouvellent sans, cesse leur ferveur ^ que Les premiers aient horreur

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d^e»x-mêmes ^ que les seconds ne se regardent pas avec complaisance t^ en nn nM>t ^ que les uns soient frappés de leurs crimes , que les autres ne se rassurent pas sur leurs vertus ^ afin que tous ensemble ils puissent un jour être réunis dans TEgUse du ciel ^ et y jouir de la bienheureuse immortalité. Ainsi soitr-il.

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