LE MYSTÈRE DE LINCARNATION
JjiYisioif. Le monde ne connott de véritable gnmdeur^ que celle qmjrûppe les sens^ devrai bohheur , que celui de viire dans les pkUsirs / de raison^ que la sienne: ce sont là les trois erreurs principales^ quijbrment proprement toute la sagesse humaine ^ et que confofid la sagesse de Dieu cachée dans le mystère de V Incarnation. /. Un Dieu anéanti ^ rend les humiliations honorables. IL Un Dieu chargé de nos douleur^^ rend les souffrances aimables. III. Un Dieu uni à rhomme ^Jait taire la raison y et rend la foi même rcdsonmMe.
r* Partie. Un Dieu iméanti^ rend tes hwni^ liations honorables. Pour le comprendre^ remar-* cpions quels sont les principaux caractères de Toi^ûeil humain ^ voyons ensuite Fo^osîtiou qu^ils ont avec rauéantissement du Fîk de Dieu dans son union avec notre nature.
I** Le premier caractère de Porgueil , e^t cette erreur qui fait que nous sortons^ pour ainsi dire^ de nous-mêmes ^ et que pour nous étourdir suv
le sentiment intérieur et humiliant de notre misère ^ nous cherchons avec complaisance dans les choses qui scmt hors de nous ^ les biens ^ les titres^ la naissance^ etc. ^ une gloire dont la source ne devroit être que dans nous-mêmes. Or les circonstances extétieures de Fincamation du Verbe ^ corrigent les hommes de cette première erreur. De tous les mystères ^ celui de Fincarnation a^oit été annoncé de la manière la plus éclatante et la -plus pompepseij cependant rien de plus -obscur aux yeux des sens^ que ce qui se passe aujourd'hui à ^assareth : c^est un seul ange qui est envoyé ^ et encore sous la simplicité de la figure humaine^ •il: est envoyé à une fille qui n a rien qui la dis^ tingue dans sa tribu ^ que sa pudeur et son inno-? jcençe.^ Nazareth ^ où ce mystère sVccomplit ^ est la ville de Juda la plus méprisable : personne ^ Joseph lui-même Tépoux de Marie ^ n''est informé de Fambassade céleste. Dans tous les autres •mystères ^ les abaissemens du Verbe sont mêlés d^éckt et de grandeur^ ici tout est obscur : rien tie parle aux sens^ parce qu'hic! le dessein de la sageàse divine est d'en corriger les erreurs^ et de substituer les uouvelles vues de la foi aux anciennes illusions de la sagesse humaine. En efFet^ .dan> ce mystère nous apprenons que Finnocence .et la vertu sont les seules richesses de Fhomme y que tout le mérite de Famé fidèle est caché dano^ ji0n coeur ; en un mot ^ que k grandeur qui n'e^ que hors de nous ^ n'est qu'un prestige qui nous joue ^ et qu'on n'est grand qu'autant qu'on est
eaint : mais plût à Dieu que ce ue fût pa^ la encore aujourd''hui une sagesse inconaue au siècde !
s* Le second caractère de Forgueil humain , est cette foiblesse qui ne compte poiur rien le mérite de la Tertu même ^ tandis qu^il est cadié, et qui ne hait é^ vice que la confusion et Fop^ probre ; comme si les hommes ne pouvcnent être grands ou méprisables^ que dans Tidée des autres hommes : or ^ Fanéantissement du Verbe dans et mystère ^ conifoud cette vaine attention aux jngemens humaius. Le Fils de Dieu ne descendant sur la terre que pour gtcwifier son Père ^ et reprendre dans le cœur des hommes les hommages que les créatures lui avoient ravis ^ ce dessein de* mandoit^ ce semble^ qu il se montrât à eux dans toute sa gloire : cependant ce n^est pas par IMclat et la majesté^ qu^il veut triompha de nos coeurs^ e^est par les humiliations et les opprobres : il cache tout ce qu''il est ^ en un mot ^ il paroit anéanti dans tous ses titres* D'^où vient une oon^ duite si surprenante ? Laissons les autres raisons de Tobscurité de son ministère ^ celles qui nous regardent ^ sont ^ premièrement ^ qu'ail vouloit apprendre aux mi^tres chargés de la dispensation de TEvangile^ à ne rien changer à Tordre de Dieu dans les fonctions de leur ministère ^ sous prétenlç de concilier plus facilement à sa parole les suffrages des hommes ^ et à ne pas croire que Dieu soit plus glorifié par la gloire qui leur revient à eux-mêmes. Secondement^ il vouloit apprendre aux fidèles que les jugemens des hommes m
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doivent jamws décider de leurs devoirs :; qu^l ne faut pas s^eiï tenir dan» le service de Dieu à ce que le monde approuve ^^mai» à ce* que Dieu demande de nous ; que robscurîté est le plus sur asile de la vertu r cependant prenons— y garde ^ les gens de bien même comptent les hommes pwr beaucoup : ce qu^ils sont à leurs yeux et ktùi yeux de Dfeu ^ les intéresse peu ^ ils ne paréissénl touchés que de ce qu^ils sont aux yeux des hommes ij et ils sont souvent^ hélas !. plus flattés des fausses vertus qu^on leur attribue ^ quHIs ne sont humiliés par la \érité qui leur fait sentir leurs défauts et leurs misères réelles.
3"* Le dernier caractère de Torgueil , est cette itnpostm^ de vanité qui cherche la gloire dans les humiliations mêmes: car il ik'est presque poiqt d^humilité réelle ^ et rien n^est pbjs rare qu^une humâliaftion' volontaire ^ qui ne conduit qu''à rhumilité. Or ^ voilà Féeueil qoe les anéantissemens du Yerbe dans ce mystère nous «f^^ prenaent à éviter : il se revêt de la ressemblanc>e du péché ^ mais c'^est pour en porter toute la honte : il se charge de nos îniqtntés ^ notais pour en être la victime : il veut passer pour un Saman* tain et pour ua ennemi de la loi ^ mais c''est pour étrepuui comme un séducteur: enfin il se cache ^ lorsqu^on veut le reconuoitre pour roi^ mais c'est pour mourir oomujœ un esclave» Pour nous ^ hélas ! les œuvres hmuiliantc^ ne novts jjaîsent presque jamais ^ parce que noifô espérons ^^elles tournèrent k notre gloire ^ cep^iidai|t
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depuis ratiéantissement d'*uQ Dieu ^ est-il rien de plus injuste pour rhomme , q;ue de \oulpir s'^élever de quelque manière que ce soit?
II* Partie. Un Dieu chargé de nos douleurs doit nous rendre les Souffrances aimahh.
L'homme ionoceut devoit mener une vie heureuse et tranquille :^ mais Thorame pécheur est iié pour souflrir '^ cependant le plïiisir est encore le penchant dominant de cet homme criminel ^ et condamné à souffrir^ il n^a jamais pu aimer les souffrance' Il falloit donc qu'Hun grand exemple lui rendit aimable ce qui lui étoit devenu nécessaire, et qu'Hun Dieu souffrît tout pour sauver rhomme, afin que Thommé apprit et aimât à souffrir pow apaiser son Dieu. Aussi le .ministère du Veiié incamé ^ est un ministère de croix et de souffrances: îl n'^annonce que des croix et des tribulations; « n^appelle 'heureux que ceux qui souffrent ; et de peur qu'on ne donnât un jour à ses maximes des interprétations favorables à Tamour-propre , il* voulu expirer entre les bras de la douleur, et sa doctrine n'est que le récit de $es exempte. Puis donc que le Verbe qui ne s'est incarne que pour nous montrer la. voie du ciel , et satisfaire pour nous à la justice divine, est veott mener ici -bas une vie triste et souffrante, k chrétien ne peut plus se flatter d'arriver au salut par des routes douces et aisées ^ car THomme- Dieu étant Iç chef des chrétiens, nous ne pouvoB» prétendre au salut que comme ses membres: «^ qu'cst^e qu'être memirp de Jésusr-Christ? ce*
suivre la destinée du chef ^ et lui être conforme^ Or lan^ir toute sa vie dans des moeurs indolentes et sensuelles ^ et se livrer sans cesse k tous ses goûts j pourvu qu''ik n'ofrent point de crime ^ est^^ce être conforme à Jésus— Christ ^ et vivre comme il a vécd ? est-ce être animé de son esprit P Ce n^est pas ainsi que ces hommes apostoliques^ q[ui les premiers vinrent annoncer Jésus-Christ à nos pères ^ leur en parlèrent : FEsprit de Jésus- Christ est iine>^ sainte avidité de soui&ances ^ une attention continuelle à mortifier Tamour-propre, et à retrancher a ses sens tous les adoucissemeos inutiles. Voilà le fond du christianisme ^ et TEsprit de Jésus-Christ : si vous nWez pas cet e^rit ^ en vain seriesB-vous exempt des crimes grossiers , vous n''appartenez pas à Jésus^hrist, et V0U9 n^aurez point de part à son royaume»
Mais ce qu'il y a de consolant pom* nous , c^est que Jésus-Chri$t en nous faisant une loi par le caractère seul de sou ministère^ de la violence et du renoncement ^ nous rend en même temps aimable la crœx dont il nous charge. Souffrir ici-bas étoit pour nous un sort inévitable ^ mais sans JésuS'Christ Fhomme eût souffert sans consolation et sans mérite. II est donc venu adoucir et sanctifier nos souffrances. Premièrement ^ son exemple leur ôte tout ce qu'acnés av(»ent d^abject et d'dBmiliant : il est beau de souilrir après Im^' il est glorieux de marcher sm: ses traces. Secondement ^ Fonction de sa grâce adoucit ce que la iriolence et le renoncement avqient d''amer. Je
conviens que se renoncer sans cesse soî-méme ^ que ne point aimer le faste ^ la magnificence ^ la joie ^ les plaisirs ^ et se réduire à. une modestie simple et chrétienne ^ <et renfern^r tous se» peuchans dans le silence <^ dans la prière et dans la retraite ^ est quelque chose de frès-pénible ^ mais la source des plaisirs véritables n^est pas. dans les sens ^ elle est dans le cœur : or ^ c'^est là qiu Jésus-Christ porte le remède ^ et la douceur de sa grâce ^ tandis qu^u.dehprs tout parolt triste^ rebutant ^ douloureux pour une ame fidèle ^ ub consolateur invisible remplace ces amertumes par des délices que le cœur de Thonmie charnel ua jamais goûtées. Troisièmement ^ les promesses de Jésus-Christ ôtent aux souffrances tout ce qu'^eBes avoient d'inutile et de désespérant. Avant sa nue nifestation dans uottXfi chair ^ on soufiroit pour la gloire , pour la patrie , etc. , mais Forgueil étoit un foible dédommagement dans les souffrances^ pour Fhomme surtout qui veut être heureux ; mais le fidèle qui souffre , qui se punit lui-même^ qui porte sa croix ^ a un avenir éternel pour lui^ quand même ses peines seroient ici— bas sans consolation ^ Pespérance seule qui est cachée «' dans son sein ^ les adouciroit. Un Dieu manifesté en chair ^ est le garant de sa confiance : en Jésus- Christ ses souffrances trouvent un prix et un mérite digne de Dieu • en faut-il davanta^ pour nous les rendre aimables?
IIP Partie. Un Dieu uni à F homme ^ Jhk t(ùre la raison ^ et rend la foi méine raisonnable^
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Tout est plein aujourd-hiiî de chrétiens philo-^ sophes ^ et de fidèles juges de la foi : on adoucit tout ^ on donne un air de raison à tout:j on veut entrer dans les desseins de Dieu ^ sur les destinées diBS hommes^ on trouve des inconvéniens dans' Fhistoîre vénérable de nos livres saints , etc. Mais depuis que nous adorons un Dieu fait homme ^ c^est une folie ^ dit un Père^ de vouloir raisonner i sur tout ce que la religion nous propose d^inac** 1 cessible à la raison : il n''est plus rien dlncompréi liensible que Jésus-Christ Homme-Dieu n''aplai nisse et ne rende croyable. Ou renoncez donc 9 à Jésus— Christ ^ ou avouez que Dieu peut faire s ce que vous ne pouvez comprendre. Après le ^ mystère de FHomme-Dieu ^ la foi ne peut rien i nous proposer de plus élevé ^ et de plus inaccesil «ble à la raison humaine. Méditons donc ce mys^ 6 tère de Jésus— Christ Homme— Dieu : il éclairera ^ notre raison en achevant . de la confondre ^ ett nous conduira à Tintelligence ^ en nous faisant t sentir la nécessité de la foi. Imitons Ma^e ^ qu^' dans un mystère où tout est nouveau et incom^ préhensible ^ où elle ne trouve rien dans Fhistoire des merveilles du Seigneur qui puisse la rassurer ^par la resseùiblançe ^ au lieu de douter comme Zacharie ^ ne veut point d^autre garant dé sa foi^ i que la toute--puis$ance et la vérité d^ celui qui f fexigç.
Z^%: ^VâLYSIEÈ