‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 6 sur 59 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Xje pifemier haounage que Tame sainte de Jésus^ Christ entrant dans le monde ^ rendit à la ]ustio<; et à la grandeur de son Père ^ fut une oblatioii d^elle-ménaie , dît TApôtre j et le sein de Marie devint comme le premier temple ^ où cet holo-* èauste pur fut d^abord immolé. Mais il manquoit à ce sacrifice invisiUe Fappareil des cérémonies sensibles : il falloit que la victime parut sur Fautel ^ que le prix qui TavoU; rachetée , fut porté dans le temple \ qu^elle fiit livrée entre les* mains du pontife de la loi \ que les justes et le» saintes femmes se trouvassent à ce nouveau cal^ vairei; que Marie elle-même fut présente au sacrifice^ que le glaive de doideurqui devoit pwcep son cœur y brillât par avance : en un mot ^ qtt.# tout y retraçât aux yeux de son Père* les cir-^ constances de la croÛL ^ et Thistoire anticipée de ce grand sacrifice.

U semble en effet ^ mes Frères ^ que son heure • n^étant pas encore venue , Jésus-Christ ne paroit aujourd'hui dans le temple que pour se hâter d^y aller tracer en attendant^ les préludes et les ressemblances de son immolation sanglante^ et que comme avant son union à notre chair ^ il prenoit plaisir , dit Tertullîen , à se manifester aux patriarches sous une forme sensible ^ pour

SUR LES DISPOSITIONS ^ ClC. 5B

Satisfaire ^ ce semble ^ Fimpatience de son amour ^ par ces essais et ces symî)oles d^incamation ^ de même ayant d'^expirer sur la croix ^ il se plaît à donner à son Père des représentations anticipées de ce grand sacrifice^ comme pour contenter par avance le désir qui le presse d^étre baptise de ce baptême de sang ^ et <le le glorifier par sa mort.

Mais quoique ce ne soit ici qii^une image du Calvaire ^ Poblation n^'en est pas moins réelle ^ dit Saint Bernard ^ première condition que nous pro« poserons pour modèle , la réalité de Tofirande. Les autres premiers-nés qu'ion venoit mettre entre les maius du pontife ^ on les présentoit au temple ^ plutôt pour les racheter que pour les consacrer au Seigneur : ce n'étoit là qu^une offrande simulée et apparente ; des victimes . de parade qui ne mouroient jamais à Tautel ^ et qui remplacées à Finstant par un vil animal ^ ne retenoient pour elles que les dehors et tout Tappareil du sacrifice.

Mais Jésus-Christ entrant aujourd'hui dans le

temple ^ livré entre les mains du pontife ^ et place

sur Fautel : Me voici ^ dit-il à son- Père : les

hosties de la loi n'*étoient pas dignes de vous 5

mais vous m'^avez formé un corps ^ et la loi de

tnort que vous avez prononcée contre moi, est

le désir le plus ardent de mon cœur. Dès lors il

accepte «t souffre par avance tout ce qu'ail doit

souffirir un jour pour son Père : déjà se présentent

à lui tous les travaux futmrs de son ministère ;

les humiliations de sa \ie cachée à Kazareth^ les

54 PURIFICATION DE hX yiERGf.

courses pénibles de sa vie publicjue ^ rizuitflité de ses prodiges et de sa doctrine^ les calomnies^ des prêtres et des pharisiens ^ tout le détail d'^uu supplice infâme : déjà il voit dans le tenaple le. lieu d^où sera tiré le prix de sa mort ^ déjà il ^méle dans la foule des prêtres qui environnent îlutel^ les pères de ^ceux qui seront assis un jour pour le juger comme un ^criminel : déjà porté dans les rues, de Jérusalem entre les bras cL^ Marie ^ il entend ce peuple séditieux demander sa mort avec des cris affreux : déjà il voit le ch^oùa fatal ^ où ses traces sanglantes seront emps^mtes j et par où chargé delà croix ^ et couvert d^épines^ il montera sur le Calvaire ^ et quoiqu^il ne soiî pas encore livré à ses ennemis ^ son amour .com-* mence le sacrifice que leur fureur consommera sur la croix.

Première instruction : Dieu devroit sans doute exiger de nous le i^crifice de notre vie ^ puisse tout péchem* est indigne de vivre ^ et que nous devenons enfans de mort^ dès que nous devrions enfans de péché : mais sa clémence a remplacé cette peine ^ et le sacrifice continua de la vie des sens ^ est devenu la loi de mort imposée à tout fidèle. Cest cette loi que npus avons tous accep* tée sur les fonts sacrés^ lorsqu^on vint nous ofinr au Seigneur dans le temple : c'est cette hostie qu'on nous à ordonné d'immoler' à notre pkce « pour être déchargés de la malédiction commune , et acquérir le droit d^itre associés au peuple de Dieu : c'est là ce martyrci de la foi , que noUft

sifR LES msfOsmcHrs^ etc* 6S

avons tons .Toué ^ ce martyre ^ dit saint C jprien ^ qui u^attend pas des tyrans et des supplices^ et qui trouve dans la tranquillité du culte ^ par les violences continuelles faites aux passions ^ une paix plus amére même et plus douloureuse ^ que le tcouble de ses persécutions et de ses souffrances : c^est là le grand témoignage que nous devons tou$ vendre à la foi .chrétienne ^ en confessant la vérité de ses promesses ^ par le sacrifice continuel que nous leur faisons de nos sens et de nos passions^ et c^est en ce sens que tout chrétien est le témoin ^ c'est-à-dare ^ le martyr de Jésus-Christ : Eritis mîhi testes* (Act, i. 8.)

Voilà, mes Frères, la vie chrétienne :; une vie de renoncement et de sacrifice : cependant sOi consacrer à Dieu, pour la plupart des âmes, qui revenues des égaremens du monde , veulent le servir , c'^est simplement étaler des dehors plus religieux \ se faire des liaisons plus amples ^ ne plus fuir le conmierce des gens de bien ^ aller quelquefois loin du monde respirer Fair de 1^ retraite^ ne pas rougir des œuvres publiques de miséricorde:^ se choisir un guide sacré, et ne plus vivre dans un oubli entier des sacremens* Mais si Yousn'^êtes, ni moins ambitieux, ni moins attaché^ ni moins sensuel, ni moins sensible, ni moin3 jaloux , ni moins vain ^ vous vous offrez au Sei-? gneur comme les premiers-nés d^Israël : c^est-à-\ dire , vous vous mettez entre les mains du p<m-^ tife, vous paroissez.aux pieds de Pautel^ mais vous ne devenez pas le partage du Seigneur \ vous

Page 1