‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 119 sur 184 · ADVERSITÉ · texte numérisé non relu

ADVERSITÉ

Xi'ÉPhEUVE la moins éqnuoque d'une vertu solîde, c'est Tadversîté. El quels coups , Ô mon Bîeu ! ne prépariez-\ous pas à sa constance ! Ce grand roi ^ que 1^ victoire avoit ?ui\i dès le berceau, et qui eeffiptoit ses prospérités pw- les ,}o«t^de «Oïl règne: ee roi , dont les eutrcpi ises toutes ^ules aniion— Çow ni toujours le succès^ ei qui-) ju$^e-là u ayant jamtôs trouvé d'obslaele, n'a.Yoitou qu à se défier de ses piiopf^s désirs : ic»im d«ftt tant d'éloges et de trophée publies »voie»t iiwH^ritftlisé le» conquêtes^ et qi^î »V<^ît jamaM «» à oraiocfee que les écueiU qui nais&eul du «eio fi*ê»ioe4eialQ«^»ge ci de la glttiriS : ce jroi , sî kng-lepiip^ maU^o d«9 éyéoeii»e»s , les v^t ., pur aine jévol^»!^ miàf^ 9> tous tourjoés «outre Û. Les eimeum pFe99<sB^ uotre pla^ ;.ik n'ont qu'à sieflBai«i>tf«r^ laviclpke^ se montée avec eux : kuKS |>nopi?es suocès les éton»eut ;; k vdcnr de nos tiy»up(«ft a $e»Fiblé passer dans leur ea«p : k Aomhm pnsidîgieui&'die uos lyriuées en iàajlite la dévoi^ie : la, ;dÂver^^ des lieux ne iàk que 'di>vorsifi^ aM»s «aftlbem^fi : tant de champs fwi^eux de «ios victoii^ «oui surpjsî^ de servir 4» Utéàtre à oofi^^aites : kp^le a^t coaslerué;; h mfi^mt «neoaçée,;; h misère .«^ la mortalité sei&l>lent se j eindi?e aux enueudis^ ^us^ ks maux pjiroissent réunis ^aur nous : et iD&^u quî nous eu préparoit.ks :re6&oiKC»s^ ueums lesmoQ*

PROSPÉRITÉ NÉE DE L^m JUSTICE. i^S

Iroît pas enœre^ Denain et Landrecîes étoîent encore cachés dans les conseils éternels ^ Cependant notre cauise étoit juste;; maïs Tavoit-elle toujours été? et que sais-je ^ si nos dernières défaites n'expioient pas Téquîté douteuse , ou Torgueil inévitable de nos anciennes vicfôires?

Louis le reconnut; il le dit : T assois autrefois entrepris la guerre légèrement^ et Dieu avoit semblé me favoriser : je la fais pour soutenir les droits légitimes de mon petit-fih à la couronne d'Espagne , et il m'abandonne : il me préparoit cette pimition que f ai méritée» Il s^humilîa sous là main qui s'^appésantissbît sur lui : sa foi ôta même à ses malheurs la nouvelle amertume que Je long usage des prospérités leur donne toujours ; sagraade ame ne-parutpoint émiiû : au milieu def la tristesse et derabattement.de la cour, la sérénité seule de son auguste front rassurait les Irayeurs publiques. Il regarda les chatimens du eîel comme la peine de Tabus qûal avoit feiît dcf SCS faveurs passées : il répara par la plénitude de sa soumission , ce qui pouvoit avoir manqué autrefois à sa reconnoissance. Il s'^étoit peut-être attribué Ift glojre des Xvénemens ; Dieu la lui ^te , pour loi donner celle de la soumission et de la constance* OR. FUN; de L0f2IS-^LE*-GRAKD.

91^4 L^HOliHESB KJiIirT INJirST. DC SES PEINtS.

L'HOMME SE PLAINT IKJUSTiatfENT DE SES PEINES.

A TOUTES ces vérités si consolantes pour une ame aiflîgée^ je pourrois encore ct}ouier , loes Frères, que nos peines ne nous pai:v>issent excessives que par Pexeès de la cprruf<t΀>n ie notre cœur ^ que c'est la vivacité de nos passions qui Ibrme eelle de nos souflTrfinces ^ que nos pertes ne deviefuvqi^ àî douloureuses, que par les attaqhemens outrés qui nous lioient aux objets ^perdus; que rua n'est vivement affligé, que lorsqu'^on étoit vivement attaché ; et que l'excès de nos afflictions est tou«* jours la peine de l'ercès àt ne» âtnoitts-înpistes. Je pourrois ajouter , que tout ce qiit nous re^ garde ^ nous le grosnssons toujours ; que cette idée même de singularité dans nos malhefurs , flatte notre vanité , en même tem{» qu'elle autorise nos murmures ^ que nous ne voulons jamw ressembler aux autres 5 que nous trouvons une àiauière de plaisir secret à nous persuader qAe nous sommes seuls de notre espèce : nous y ou— drion& que tous les hommes ne fussent occupés que de nos malheurs ^ comme si nous étions les seuls malheureux de la terre. Oui ^ mes Frères ^ les maux d'autrui ne sont rien à nos yeux : nous ne voyons pas que tout ce qui nous environne est |>resquc plus malheureux que nous ; que nos affllction$ ont mille ressources qui manquent à

L^HODIME SB PLAIKT IffJUST. DE SE» PEIffSS. â^5

bîca dWtres ^ que dans des infirmités habituelles^ nous trouvons dans rabondance des. bieiaiS ^ et dans; le nombre d'es personnes attentives à nos besoins ^ mille consolations refusées à taat d''autres BoasUteureux ^ que dans< la perte d^une personne chère i^ il nous reste dans la situation où la pro^ vidV^nce notls a placés , mille endroits qui peuvent eu adoucir Tamerlume ; que dans des dissensioi^ domestiques ^ nous retrouvons dattô la teiKlresse et dans la confiance de -nos amis ^ |es doueeui:;s que nous ne saurions trouver parmi nos proches.:; que dans .unje préférence in jjustç , Testimç dvi public nous venge de Tin justice de nos maîtres;; enfin ^ que n&as trouvons mille dédommagemens humains h nos malheurs ^ et que si Ton mettoit dans une balaxice, d'un coté nos cousolations , de Tautre nos peines y nous verrions qu^il reste encore daas notre état ^ plus de douceurs capables de nous corrompre ^ que de croix propres à nous sanctifier.

Aussi , mca Fràres , il n^est presque que les grands et les heureiix du monde^ qui se plaignent de Fexeès de leurs m«Hiiiearsi et de leurs peines. Des infortunés^ qui naissent et qui vivent dans la misère et dans raccabkmeiit ^ passent dans le sileace et dans FoiibK presque de leurs peines ^ leurs }aiârâ malheureux : 1» pluS' petite, lueur de soubgement et de repos , leur redonne la sérénité et Fallégresse : les plus légère» douceurs dont oci eorïsple leurs peines, les leur font oublier : u» moment de plaisir, les^ dédommage d^uoe année

2^6 L^HOMME SE PLAINT HT^tTSt. DE SES PCIHBS.

entière de souffrances^ tandis qu'ion \oit ces âmes heureuses et sensuelles ^ au milieu de leur abon^ dance , compter pour un malheur iuouï un seul désir contredit ^ se faire de Tennui et de la satiété même des plaisirs , un triste martyre ^ trouver dans des maux imaginaires , la source de mille chagrins réels ^ sentir plus vivement la douleuir d'un poste manqué ^ que le plaisir de tous ceux qu^elles occupent ^ enfin regarder tout ce qui trouble tant soit peu leur félicité sensuelle^ comme la dernière des infortunes.

Hélas ! mes Frères , non-seulement c'^est Ta— mour excessif de nous-mêmes ^ mais encore c'est notre dureté pour nos frères ^ qui grossit à nos yeux nos propres malheurs. Entrons quelquefois sous ces toits pauvres et dépourvus ^ où la honte eache des misères si affreuses et si touchantes : allons dans ces asiles de miséricorde ^ où toutes les calamités paroissent rassemblées : c''est là que nous apprendrons ce que nous devons penser de nos aflEUctioDS : c'^est là que, touchés de Fexcès de tant de malheurs ^ nous rougirons de dcHmer en* oore des noms à la légèreté des nôtres ^ c''est là que nos murmures contre le ciel se changeront en des actions de grâces ^ et que moins occupés des peines légères que le Seigneur nous envoie , que de tant d'autres qu'il nous épargne, nous commencerons à craindre son indulgence , loin d^ nous plaindre de sa sévérité. ▲viçnt.

SVK

SUR L^ipiSCOPAT. 257

SUR rÊprscoPAT.

Qiï^'ssT-CE que Thonneur de Pëpiscôpat , si Ton s'en tient à ce que la chair et le sang nous ré-, vêlent là-dessus , et si Ton en juge parla corrup-* tic^n et le relàcheitient de ces derniers temps ? C'est un poste émînent qu'ail est permis de souhaiter ^ auquel il est glorieux d'atteindre , et dont il est doux de jouir : «""est un titre pompeux , nfiaîs Vide i^ qui retient tous les honneurs du sacerdoce ^ et qui en distribue aux autres les fatigues comme des faveurs : c^est une autorité tranquille qui ^ à Tombre du faste qui Tenvîronne, décide du travail de ceux qui portent le poids du jour et de k chaleur. IVÛis si Ton consulte le Père des lumières^ et si nous remontons à ces siècles de ferveur et de pureté^ c'étoit un poids redoutable et saint , qu'eu ne desiroit jamais sans témérité , dont on ne pouvoit se charger soi-^ même sans profanation ^ sous lequel on devoît frémir avec crainte et tremblement : c'étoît uneservitude pénible , qui, nous établissant sur tous ^ nous rendoît redevables à tous ^ un ministère d'^amour et d'humilité , qui établissoit le pasteur dépositaire des miséricordes du Seigneur, et des misères du peuple. Siècles si honorables à la foi , sainte antiquité si connue en ao^ jours et si peu imitée , temps heureux , on étes-vous ?

ORâIS. PUNÈB. UE m. DB YILLEROT* .

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