‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 121 sur 184 · ESPRIT DU MONDE · texte numérisé non relu

ESPRIT DU MONDE

JXoTBB vîe est ttue vie pleine de Vesprît du monde ^ et vide de rE^pril de Dieu ^ non-seulement parce que notre vie n^est pas intérieure et recueillie ^ mais encore parce que ô^est Tesprit du monde qui en forme les désirs ^ qui en conduit les afiections ^ qui en règle les jugemens^ qui en produit les vues^ qui eu anime toutes les dé^ marches* Sur toutes les choses qui nous environnent ^ sur tous lésé véaemens qui nous frappent^ sur tous les objets qui nous intéressent ^ nous pensons comme le monde , nous jugeons coneiine le monde ^ nous sentons comme le monde ^ nous, agissons comme le monde». Les afflictions nous rebutent ^ les prospérités nous élèvent ^ les méfHris nous révoltent , les honneurs nous flattent. Ceux ^i réussissent dans le monde ^ nous les appelons heureujc. ; ceux qui échouent ^ nous paroissenl: dignes d^être plaints. Nous envions la fortune ou 1» &veur de nos supérieurs ;; nous souffrons impa* tiemment celle de nos égaux ^ nous r^ardons avec mépris la condition de ceux que la nature nous assujettit. Les taleus que le monde admire^ nous les admirons dans les autres :; nous nous les souhaitons- à nous-*racmes : la valeur^ la. réimtatioa, la naissance^ les agrémeus du eorps et de 1 esprit^ nous les envions, s^ils nous maiiquen^ ûous nous en applaudissons, si nous les avons :

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enfia^ nos vues^ nos jngemens^ nos maximes ^ nos désirs ^ nos espérances sont tontes mondaines. H se peut faire que nous parlions àa monde avec mépris ^ mais dans le détail de la conduite ^ nos vues ^ nos jugemens ^ nos affections sont toujouirs mondaines. U se peut faire même que nous j mêlions quelques sentimens chrétiens; qu^en certaines occasions nous ayons des vues conformes à ceUes de la foi; que sur certains événemens^ nos dispositions soient chrétiennes et spirituelles : mais ce ne sont là que des étincelles de fcH ^ pour ainsi dire ^ qui nou3 échappent ; que des intervalles de grâce qui n'^iuterrompent que pour un instant le cours de nos dispositions mondaines. Ce qui domine dans la conduite ^ ce qui fait comme •le corps de toute notre vie , ce que nous sommes^ même indépendamment de nos réflexions ^ et lorsque nous agissons naturellement; en tin mot^ le principe constant et comme universel de Ions nos sentimens mtérieurs et de toutes nos démarches extérieures ^ c^est Fesprit du monde ; nous n^avons qu^à souder notre cœur pour «n convenir. Or ^ TEsprit de Dieu n'*est point oÀ règne Fesprit du monde : il nous pousse peut-* lètre^ il nous excite ^ il nous inspire de saint» désirs ^ il réveille notre peu de foi ; mais il n^ règne pas dans notre ceeur : il heurte à la porte ; mais nous ne Favons pas encore reçu : il laissa. • tomber sur notre ame quelques étincelles de* son feu divin ; mais il n^y est pas encore venu lui"*xnème.

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L^'esprit du monde est un esprit de souplesse et de ménagement. G>mme l^amour-propre en est le principe^ il ne cherche la vérité qu''autant que la vérité lui petit plaire ^ il ne se déclare pour la piété , qu^autant que la piété trouve des partisans favorables ^ il ne se fait honneur de la vertu ^ que dans les lieux où là vertu Thonore. Et voilà Tesprit qui nous régit et qui nous gouverne ;; un esprit de timidité et de complaisance : on craint d'hêtre à Dieu^ et dans toutes les occa* siens où il s'agit de se déclarer pour Itii^ (m mollit et. on se ménage^ et dés qu^il faut s^exposer pouo sa gloire à^ dérision et à la censure des hommesi^ on vecule ^ et on se fait de sa lâcheté une feussir prudence ^ et dès qu''il est question de déplak'a foaje ne pas manquer au devoir , on en croit la transgression légitime^ et la première chose qu''on examine dans les démarches que Dieu demande de nous^ c'^est si le monde y donuera son suffrage^ et pour ne pas perdre Festiine du monde ^ on jiaroit encore mondain ^ on paille son langage ^ oq applaudit à ses maximes , on s^assujettit à ses usages^ et pour éditer même délre ennuyeux ^ ou entre dans ses plàisii-s : on est de ses dissipa*» tions^ on participe peut-être à ses crimes.

KYSTÈAES.

YIE DU MONDE.

(^u'*EST-C£ que le monde ^ pour les mondains

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eux-mêmes qui Taimeat ^ qui paroissent enivrés de ses plaisirs ^ et qui ne peuvent se passer de lui ? Le monde ? c^est une servitude étemdle , où nul ne vit pour soi ^ etoù^ pour être heureux^ il faut pouvoir baiser ses fers et aimer son esclavage. Le monde P c^est une révolution journalière dMvénemens , qui réveillent tour à tour dans le cœur de ses partisans les passions les -j^us violentes et les plus tristes ^ des haines cruelles ^ des perplexités odieuses , des craintes amères ^ des jalousies dévorantes ^ des chagrins accablans. Le monde ? c^est une terre de malédiction ^ où les plaisirs mêmes portent avec eux lettb épines et leur amertume. Le jeu lasse par ses ittreurs et par ses capnces ; les conversations ennuient par les oppositions d'humeur et la contrariété des sentimens : les passions et les attachemens criminels ont leurs dégoûts ^ leurs contre-temps , leur» bruits désagréables : les spectacles né trouvant presque plus dans les spectateurs que des âmes grossièrement dissolues^ et incapables d'^ètxte réveillées que par les excès les plus monstrueux de la débauche , deviennent fs^des en ne remuant que ces passions délicates qui ne font que montrer le crime de loin ^ et dresser des pièges à Tinnocence. Le monde enfin est un lieu oùTespérance même ^ qu^on regarde comme une passion à douce ^ rend tous les hommes malheureux \ où ceux qui n^espèrent rien ^ se croient encore plus misérables ^ où tout ce qui plait ^ ne plaît jamais long-temps ^ et où Fennui est presque la destinée

VANITÉ DBS PLAISIRS DU MOirrUB. iS^

la plus douce et la p}us supportable qu'ion puisse y attendre. Voilà le monde ^ mes Frères^ et ce n'^est pas ce monde obscur^ qui ne connoît ni les grands plaisirs ^ ni les charmes de la prospérité y de la &veur. et de Populence : c!^est le monde dans akwi beau^ c'^est le monde de la cour;; c''est T0us-inânie& qui m^écoutez^ mes Frères. Voilà le mood^ ;^ et ce n^est pas ici une de ces peintures imaginées ^ et dont on ne trouve nulle part la ressemblance! Jer ne peins le monde que d''après votseceeur ^ c^est-à-dire ^ tel que vous le connqissez el le s^teae tous Jes jours vous-mêmes, aveutt .

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