‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 123 sur 184 · ILLUSIONS DU MONDE · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DU MONDE

\J ENFANS des hommes^ qui courez avec tant d^empressement après une fortune qui vous échappe toujours ^ et qui vous laisse encore mille -choses à désirer , quand vous Pavez trouvée ^ jusqu^à quand votre cœur se laissera^t-îl séduire par une illusion dont votre expérience devroit vous avoir détrompés? jusqu'à quand, aimerez— vous vos inquiétudes et vos chaînes? Le bonheur que vous cherchez n''est plus qu'un poids qui vous accable , dès que vous y êtes parvenus. Vous sentez multiplier vos soucis ^ à mesure que le Tome XIL Moues aux choisis* zS

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monde VOUS multiplie ses faveurs^ de nouveaut désirs naissent de ceux que vous venez de voir accomplis. Le monde vous croit heureux ;; mais la jalousie ^ mais la prospérité d^autrui ^ mais ce qui manque encore à votre ambition ^ mais le vide même de tout ce que vous possédez , et qui ne sauroit jamais satisfaire Fimmensité d^uif cœur que Dieu seul peut remplir^ mais le dégoût méme^ qui suit toujours la possession de ce qu^on avoit le plus désiré ^ mais le cri de la conscience ^ qui vous reproche sans cesse ^ et les voies injustes par où vous êtes parvenus à ce que vous desiriez ^ et Tusage criminel que vous en faites^ mais la pensée même que tout s^enfuit ^ que la vie la plus longue n^est qu'un instant rapide ^ et que demain on va vous redemander votre amé ^ mais tout cela ensemble est un ver secret qui vous dévore sans cesse , et qui empoisonne toute celte vaine félicité qui trompe les spectateurs^ tandis qu''elle ne peut vous rendre heureux ^ et vous séduire vousmême. Pourquoi sacrifiez-vous donc votre. ame^ votre salut étemel , votre Dieu , à des objets dont vous ne pouvez vous empêcher de sentir vous-mêmes le faux ^ la vanité et le néant? Aimez ''celui seul qui peut donner fout ce que Ton désire ^ et dont Famour tout seul fait le véritable bonheur de ceux qui Faiment. i*AiuPHRiS£s.

RÉVOLUTIONS DU MOIfDE. 29I

KÉVOLUTIONS DU BIONDE,

1 ouT passe ^ tout disparoît, tout s*" écroule à nos yeux : un nouveau monde s"* élève insensiblement sur les débris de celui que nous avons vu en y entrant : une nouvelle cour reparolt à la plaee de celle que nos premières années ont vue : de nouveaux personnages sont montés sur le théâtre: de nouvelles scènes occupent tous les^oursTu^ nîvers ^ nous nous trouvons presque seuls et étrangers au milieu du monde ^ parmi des hommes que nous avons vus naitre ^ séparés de ceux avec qui nous avions d^abord vécu ; tout nous échappe , tout fuit , tout court rapidement se précipiter dans le néant ^ et au milieu de ces révolutions étemelles ^ où Dieu seul , qui ne passe point ^ paroit si grand 5 où Dieu seul , qui changeant sans cesse la face de Punivers ^ demeure toujours^ le même ^ paroit si digne de nos hommages ^ nous ne le voyons pas : nous ne nous élevons jamais jusqu'à lui : nous tenons encore aux débris d'un monde qui s^est déjà à demi écroulé entre nos mains : nous rappelons même par Timagination ce qui nous en est échappé : nous donnons de la réalité à ce qui n*'est plus : nos premières années souillent encore notre cœur par des souvenirs lascifs et injustes : nous faisons sans cesse revivre nos jours passés , en ce quHls ont eu de criminel : il semble que la vie est trop courte

219a titVOfLVTÎOnS ÙV MONDt.

pour offenser Dieu : nous revivons sans «esse pftf' des images qui renouvellent nos iniquités passées • c"'est-à-dire ^ nous vivons doublement pour le crime ^ n^ayant jamais vécu un instant pour la, vertu* Ainsi le passé nous souille ou nous séduit^ loin de nous détromper et de nous instruire :. nous n^y voyons que les révolutions humaines : nous ne remontons pas plus haut^ et nous vivon» comme si le hasard conduisoit Tunivers ^ et qu il n''y eut point d^autre raison de ce qui arrive^ que Tévénement lui^-méme. mystères.

LHnoonstance du. monde ^ si terrible pour cenx qui se sont livrés à lui ^ fourni^ mille motifs de consolation à Famé fidèle. Rien ne lui paroit constant ni dui*able sur la terre ;; ni les fortunes les plus florissantes ^ ni les amitiés les plus vives ^ ni les réputations les plus brillanties , ni les faveurs les plus enviçes. Elle y voit une sagesse souveraine qui se plait ^ ce semble ^ à se jouer des hommes en les élevant les uns sur les ruines des autres^ en dégradant ceux qui étoient au haut de la roue , pour y faire monter ceux qui rampoient^ il n'y à qu'Hun moment, devant eux 5 en produisant tous les jour de nouveaux héros sur le théâtre ^ et faisaut éclipser ceux qui auparavant y jouoient un rôle si brillant ^ en donnant sans cesse de nouvelles scènes à Tunivers. Elle voit les hommes passer toute leur vie dans des agitations , des projets et des mesures ;; toujours attentifs ou à se surprendre ^ ou à éviter d^ètre

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