ÉTABLISSEMENT DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE SOUS LOUIS XIII
COMMENT IL CONTRIBUA A UNE RÉVOLUTION DANS LE COUT ET LES MOEURS DE LA NATION.
«INAUGURE trop favorablement des règnes futurs de la mouarchie ^ pour soupçonner même qu^ils se refroidissent jamais sur Futilité de votre établissement : ce tribunal^ élevé pour perpétuer parmi nous le goût et la politesse^ est un secours qui a voit manqué aux siècles les plus polis de Rome et d** Athènes^ aussi ne se sauvèrent-ils pas long-temps de la fausse éloquence et du mauvais goût, et on les vit bientôt retomber presque dans la même barbarie d^où tant d^ouvrages fameux les «voient tirés. Mais
'Mais l<8i oarcitiiial de RiQheBcUi^ à qui ilétoit
lloûfté 4e poiMr aiir*(Le»ms des auir«s bommesy
^kX méu^g&e à K>B $îécl« ua seodH)!^ si spéeessaié e ii
il coiapât que TinocHistance 4e ia aaiien avait
i>esoiri d'*un frein ^ ejt (gae le goût n aurait pas
ckèt- nfiW une 4ea|i&ée plus invamble que les
usages , •fk'û n^étaUissoit des juges ^mûr le fixer, r
Eepasaez sur le» régîtes qui préeédèrsuttla nais-*
sa»ee de raqadéuiie : )a naïveté da kiigage sup^
fléoit^ je ravoise^ dans un petit ncHÉa^e d^au^
ïeurs , à la pureté du style ^ au .ekxix et à rarran^
g^aeat des matières; et toutes les beautés doub
Wire laague s^est depuis eaviclm li^oilt pu en-^
core ^ïfiacer les grâces de leur aaciefkBie siiiiplidté;>
Mais en géseéral^ quel faux goût d^^tpeiiceà
ms astres en fouruissoîe&t touiottrs les traits les
plus haidis et les plus iumioeux; et Tecaleiir
croyoit ramper ) si du pranter pas il ne se per-^
doit dans les nues : une érudition entassée san^
àmx décidoit de la beauté et' du mérite des
éloges.; et pour louer «on héros avec suceès^ il
&Iloit presque avoir tirouvé le seor^ àeue poiul
parler de lui. . '
La^chaire jsémbloit dispute): ^ou- de bouSbn-
uerto mvee le théâtre ^ ou de séuhenesse: avea
iTéoole; et le prédicateur croyoît avoir rempli le
Ymnistére le plus sérieux de la reli^ioa^ quand, il
«voit déshonoré la majesté de k paroie sainte^ em
7 mêkmtt^ ou des termes barbares qu^oo nW-^
teivloit pas ^ ou des plaisanteries qu'od n'aaroife
$as^ du entendre. •
7o«c XI L Morceaux choisis. ,z$, >
338 BTABLISS. DE lVdAUI^.MiÉ FR&Ni^. ^ etc
Le barreau n^étoit presque plus qu^un étalage de dtatioas étrangères à la cause; et les plaidoyers fiais ^ les juges étoient bieu plus instruits et iplus en état de prononcer sur le mérite des orateurs^ que sur le droit des parties, c Le goût manquoit partout ; la poésie elle-^ même , malgré ses Marot et ses Régnier , marehoit encore sans règles et au hasard : les grâces dç ces deux auteurs appartiennent à la nature ^ qui est de tous les siècles ^ plutôt qu^au leur ; et le chaos où Ronsard^ qui ne put imiter Tun^ ni devenir le modèle de lautre ^ la replongea ^ montre que leurs ouvrages ne furent que comme d'heureux intervalles^ qui échappèrent à un «iècle malade ^ et généralement gâté. *
Je ne parle pas du grand Malherbe : il avoit vécu avec vos premiers fondateurs; il vous appar* tenoit d^avance ; c''étoit laurore qui annonçoit le jour.
. Ce jour^ cet heureux jour s'éleva enfin : Faca"^ demie parut; le chaos se débrouilla; la nature étala toutes ses beautés ^ et tout prit une nour^ velle forme.
- La France ne vît plus rien qu'acné dût envier aux meilleurs siècles de Tàntiquîté : le théâtre^ la satire, fa poésie lyrique, la fable, Thistoire, Téloquence , la philosophie , le style épistolaire, les traités de piété jusque-là informes, les traduo»lions nobles et hardies , eurent parmi vous leure héros : dans tous les genres, on vît sortir de votre sein des hommes uniques , dont Rome et la Grèce se sei^oient fait honneur.
lÈTABLISS. DE L^CAOéMIE FBANÇ. ^ etC. 33g
La chaire elle-même rougît de ce comique ladéceat , ou de ces ôrnemeus bizarres et pompeux, dont elle s^éloit jusque-là parée:; etsttbs-^ titua Finstruction à une pompe vide et déplacée^ la raison aux fausses lueurs^ etrEvangileà Pima* gination. Partout le vrai prit la. place du faux.
[Notre langue devenue plus aimable , à mesure quVUe devenoît plus pure , sembla nous réconpilier avec toute TËurope ^ dans le temps mèm« que nos victoires Farmoient contre nous : un François ne se trouvoit étranger nulle part ^ son langage, étoit le langage de toutes les cours ^ . et nos ennemis ) ne pouvant vaincre comme nous^ vouloient du moins parler comme nous.
La politesse du langage nous amena celle des mœurs : le goût qui régnoit dans les ouvrages d^esprit ^ entra dans les bienséances de la vie civile; et nos manières, comme nos ouvrages, ser-^ virent de modèle aux étrangers.
Le goût est Farbitre et la règle des bienséances et des mœurs , comme de Féloquence : c^est un dépôt public qui vous est confié , à la garde du-^ quel on ne peut trop veiller : dès que le faux , le mauvais et Fiudécent sont applaudis dans les ouvrages d^'esprit, ils le sont bientôt dans les mœurs publiques : tout change et se corrompt avec le goût : les bienséances de Féloquence et celles des mœurs se donnent ^ pour ainsi dire , la main. Rome elle-même vit bientôt ses mœurs reprendre leur première barbarie , et se corrompre , sous les empereurs , où la pureté du
i*dga^ et le ^û^ An bot^ siècle' eoimii«ttca It s^aliéirer^ et 1» France aiiroit sati5 dbute h mèncre 'destinée ) si raentlémie ^ dépositaire des brenr- •éances ^ et de b pureté dtt goût ^ n« nous répon-' diiii ans i ée celle des mœurs pour nos nevenx.^ vi«ovae »E RéCEpr. a lVcau. pkakç