‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 157 sur 184 · VIE PRIVÉE D^UN GRAND HOMME · texte numérisé non relu

VIE PRIVÉE D^UN GRAND HOMME

JLes grands hommes ^ qui ne doiveat ce titre qu'^à certaines actions d'éclat ^ n^ont quelquefois de grand que le spectacle.

Dans ces occasions rares ^ les yeux du public

et la gloire du succès prêtent à Tame une force

et une grandeur étrangères; Torgueil emprunte

. les seçtiniens de. la vertu ; Thomme se surmonte^

et ne se montre pas tel qu'il est.

Combien de conquérans fameux dans Thistoire ^ à la tête des armées ^ ou dans un jour d^ac^ tion ^ paroissent au-dessus des héros ; et dans le détail des mœurs et delà société , à peine étoiçutils des hommes.

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C'est que dans les occasions d'éclat , Thoinme est comme sur le théâtre ;; il représente : maïs dans le cours ordinaire des actions de la tîe , il est, pour ainsi dire , rendu à lui-même^ c'est lui quon voit^ il quitte le personnage, et ne montre plus que sa personne.

Aussi lorsque l'auteur sacré loue ces hommes illustres qui ont été riches en vertu, et qui se sont acquis parmi leur peuple ime gloire qui passera d'âge en âge , il comprend tout leur élogte dans ces deux traits : Ils ont maintenu' et einhelM au dehors l'ordre et la beauté de la société, par la douceur de toutes les vertus civiles : Pulchritudinis studium habentes; et ils ont été au dedans comme les génies pacifiques et tutélaires de leurs proprés maisons : Paeificantes in -domibus suis.

Oui , Messieurs , que le prince de Conti ait été un grand homme de guerre , c'est une gloire qu^il a partagée avec tant d'hommes fameux que la France a eus dans tous les siècles.

Mais une louange qui lui est propre , c'est que la \ie paisible et privée , l'écueil des réputations les plus brillantes , a laissé voir en lui encore plus de vertus estimables : c'est qu'en le voyant tous les jours , nous l'ayons toujours tu plus grand.

Quels égards pour la princesse son épouse, dont la couduite et les vertus ont toujours honoré le rajig ! Les plus petites attentions, qui sembloieal

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devoir échapper à la supériorité de son génie ^ n^échappoient pas à la bonté de son cœur. Quel e tendresse pour les princes ses enfaos ! Foimant ]ui-ui€ruie dans leur cœur ces premiers sentimens d'Loaneur et d'élévation si digues de leur naissance :; devenant , pour ainsi dire ^ enfant avec eux^ pour leur apprendre k devenir un jour sages ^ grands^ équitables^ humahis^ modérés ; en un mot , tout ce qu'il étoit lui-même. Vivant comme un homme privé au milieu de son auguste famille^ respectant les liens de la religioû et de la nature , les doux titres de pare et de ■mari^ et ne connoissant pas cet usage insensé) qui fait que la plupart des grands semblent être nés seuls sur la terre, croient que tout ce qui renverse la première institution de la nature est un privilège delà grandeur, et regardent tout ce qui lie comme un joug qui les déshonore.

ORAIS. FUNÈB. DU P&LNC£ Df^ CONTf.

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