‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 30 sur 184 · IMMORTALITÉ DE L^AME · texte numérisé non relu

IMMORTALITÉ DE L^AME

Oi tout drât finir avec Tioiis^ si rhomme ne doil rien attendre après cette \ie^ et que ce soit id iVitre patrie ^ notre origine ^ et la seule félicité que nous pouvons nous promettre ^ pourquoi n^y spmmes-^nous pas heureux? Si nous ne naissons que pour les plaisirs des sens^ pourquoi ne peu* Vjent-ils nous satisfaire^ et laisseiit-ilsrtoujours un fonds d^ennui et de tristesse dans notre cœur P- Si riionune n a rien au-dessus de la béte ^ que ne coule-t-il ses jours comme elle ^ sans souci , sans inquiétude ^ sans dégoût ^ sans tristesse , dans la félicité des sens et de la chair? Si Thomme n^a point d^autre i)onheur9 espérer quW bonheur, temporel ^ pourquoi ne le . trouve-t-il nulle part Sjur la terre? d^oà vient que les richesses Tin*, quiètent j; que les honneurs le fatiguent;; que les plaisirs le lassent^ que les sciences le confondent ^ et irritent sa curiosité Icân de la satisfaire ;j que la réputation le gêne et rembarrasse; que tout cela ensemble ne peut reàiplir Fimmensité de son cœur ^ et lui laisse encore quelque chose à desi-^ rer ? Tous les autres êtres , coûtées de leur des^ tinée^ paroissent heureux^ à leur manière^ dans la situa tion où r Auteur de la nature les a placés:^ les astres^ tranquilles dans le firmament i^ ue quit« tent point leur séjour pour aller éj^lairer une autre terrç : la terre ^ réglée dans ses mouvemens ^ ne

s\lanct

les animaux rampent ânos le» campagnes^ sans envier la destinée de l^hommé qui habite lèâ villes et les palais somptueux^ les oiseaux se réjouissent dans les airs^ sans peifsef VU y a des Créatures phis heureuses quéux sur la terre : tout estiieu* reux^ pour ainsi dire^ tbat est à sa place dans la natures l^homme seul est inquiet et mécontent^ rfaoname seul est eu proie à ses désirs y se laisse déciûrer par des craintes^ trouve son supplice xkns ses espérances ^ devient triste et Ànlbettreux m milieu de ses plaisirs;; Thomme seul ne ireu- Gontte rien id-bas où son eœiûr puisse se fixei'é

D^ocL vient cela? ô homme ! Ne s^roit-ce point parce que vous êtes id-bas déplacé ^ que vous êtes fait pour le ciel i; que votre coeur est plus grand q[ue le monde^ que h terre n'est pas votre patrie ;; et que totit ce qui n^est pas Dieu n^est rien pour vous? Répondez si vous pouvez^ on plutôt interrpgBz votre eœur^ et vous serez fidèle.

Eu second iieu^ si tout meurt avec le> eoiqis ^ qui est^e qui a pu persuader à tous les hommes^, de tous le ^ècles et de tous les pays ^ que leur ame étoit immorteHeP d^oà. a pu venir au genre humain cette idée étrange d^immortalité? un seu* tîment si éloigné de la nature de Flxomme^ puis^ . quil ne serdit né que pour les fonctions deS'Sens^ aureit-il pu prévaloir sur là tcTrre? Car sîrhomme^ comme la bète, n''€st fait qtie-.pour le temps ^ rien ne doit être plus incompréhensible pour lui, que la seule idée d'iiïimc^taSité. Des 'machines Tome XIL MoBCSAUx eaoïsis» . <» ,

6% IB{I10RTAI«IT.^ PE h\^lA.

péUie$ àfi bpw , qvà ne devrQJQot vivre , et n a-7 vair pour objet qu^mie Celicité sensuelle ^ aurpîjçntelleç jamais. pu oiise ilonoer^ou. trouver «u eU^s— . mémas, de si nobles seoUmians ^ et deà, id^es si sublimes?, Cependant c^ta idée si eî^li^aprdipair^. est devenue l'idée de Uois les hommas : ^ette idée slopposée méjfae. aux sm^ ^ pwqiie l-homme , a^mme la Mte , meujct .tput e|itifiç.«> çps jie^x ^ s est établi^ sur tou^Ja leire î.ccsei^iiiïiept, q^ n'aun^t pas dû vdim^ tjnouyervq. ipveijiteui: dans Tunivers ^ a trouvé une. do.cilité vwxçrsçl)^ pairmi tous les peuples.; les. pLua saiiyag^ ^ c<miTie les plus cultivés; lef plyts* pcji^.^ cpri\me 1^ pli;VB grossiers; les plus iùâdéks^ copap^^ 1^ plus.spu* misàlafei.

. Car, rerocaaoï.juçqu;^ la. n^^pc^ di^ sièçl^, parconrezi toutes les uaUons^ lisf» Tl^islpif*^ d^ royaumes tt de^ empices^ écput^z cepi^ quî.rjShvieoiVîiitdes.Ues.IespUis.^loîgiiées; l'ifnipprlalite de lame. a. toujours ^té^j et ^ epcorç^ 1^ crpjjanf^e dp tpufi les peuples de TtiniviNr^. 1^9 ÇQm¥>iâSfiipe d|ua seul Dieu a, pu. s'^efTaper s^i^r. la t^jce^ sa gloive y sf puissapce ^ sou imm^^ité ^ oui ^ p^, s^a^ néau% ^ pour ainsi dire ^ daost le coçpr et dai^ Fe^rit des homnies^.des peupW eutiçrs e^ saju— . -vages peuvj^t vivre eocose sans, culte ^ saiis reli*-, gjon^ sans Dieu dans <:e mpndp : mais.îls aUfq— d(ent tous un avenir; n*^ le seutûnent de. 1^— moiiairté de Tatioe nV pu s'^efiacer de leur cœnr;. utôis ils se %urent tops^ une région que. nos aines. faal»teront après notre mort; et eu oubliant Di^^i^ ils n'ont pu ne pas 56 s^itir eux-mènu;s«

Or, d'ôà vieîit ^e des tomtiiefe si Afférens ' d^huineur, dé.eulte^ de Çàfs^ de ^ïilifiienâ, d'intérêts , dé 6^e même', fet <3fuL à peine péTroisseut êntrViix de même eipètfé, 'côdrièrineùt tous pourtant en ce pbîtit , èl veulent toilsi èlte immortels? Ce û''est paà ici iitt'e ciallusion ^ car, comment feréi-vous Cônveidr ensemble Ifes hommes de toiis lé^ pays.iet de tous leâ âiècleà? Ce n'est pas im pt^jugé de rédttûdtidn ;; Car ibs faœurs, les ussiges, le ciilte, qtiî d^brdiùaîre sont la suite des préjugés , ne sont paà leâ mêmes parmi tous les petfptes ; lé sentiment de llmmorbEilité Veur est commnti à totts. Ce ïieit pas ttne secte ^ €a"r outre que c''est la rfeligioa tniîverselle du monde , ce dognie n'a point eu de chef et de protecteur : 1^ hommes se le SonJ ^rsua^lés euxmêmes, ou plutôt k nature le leur â^ appris sa^ le secours des xnaltrèâ^ et, seul depuis le oommeûcernent des choses ^ 3 a passé des pères aux enfadâ , et «Vst t6njôu:rs maintenu ^r là terre. O vou^ ^ <{Qi croyez être an amas de boùè ,- sortez dodc du inonde^ où tous vous trouvez seul de vot^e «Ivis^ allez donc clierchcar d&ris Une autre terre des hommreff d^utfe autre espèce ^ et sbihblàbles à h bête r où plutôt , ayez' hoH-eUi' de voùs-hiênle de votis trcftîver côhime seul dans lunivers, de ^OttS riévolter côtitre toute là hatùrê, de désà- ▼cmer votre j^topré çiœur^- et réèoiitidissëz dans ^ri sentiment commun à tous lés horhtnes , rîmpfesnoti cdiûmttncf dé TAuteuf ^i les a lou& fermés!

64 IVMOKTâLlTÉ DE L^AMK.

E^fin, et f^ finis avec cette dernière raisoà : la société universelle des hommes ^ les Idis quioot» iinissent les uns aux autres.^ les devoirs les plus sacrés et les plus inviolables de la vie civile^ tout cela n'*est fondé que sur la certitude d''un avenir. Ainâ ) si tout meurt avec le Qor{» ^ il faut que Tuiûvers prenne d^'autres lois^ d'autres mœurs ^ d^autrcs usages^ et que tout cbange de fkce sur là terre. Si tout meurt avec le corps ^ les maximes de Féquité ^ . de Tamitié ^ de rhonneut ^ de la bonne foi ^ de la reconnoissanoe , ne sont donic plus que des erreurs populaires;; puisque nous nte . devons rieji à des hommes qui fie nous sont rien^ jpuxquels aucun nœud commun de culte et d^e»pérance ne noufrliev, qui vont demain retomber . dans le néant ^ et qui ne sont déjà plus. Si tout 'meurt avec nous^ les doiuc nom» d''enfant ^ de . .père V d'ami ^ dMpoux^ soM doac des noms de théâtre^ et de vains titre» qtû non»'. abusent f puis^que .IVmitié^ cel)p même qui: vient de la vertri^ n''est plus ; un. lien 4u#:dbleç que nos pères .q|i^ uQ^s' oat pr^péfiés.) He soi»t plus^ que nos enfans ne. seront point nos successeurs.^ car le néant ^ tel que nous deyoas être un jour , n'a point de suite : que la société sacrée des noeés n'est plus qu'une Union brutale ^ d'où par wa. a^ semblage. bizarre et fortuit, portent des êtres qui nous ressemblent , . mais qui n'ont de commun avec nous que le néant.

Que dirai<je encore?; si tout meurt avec nous^ les annales domestiques et la suite de. nos un-

éèîres n'est dôac plus qu^iiie sfuîte dé cMmère*, puisque nous n^arons plus â^aîeux ^ et que notis nWrbo^ pcnnt de neveàx ^ iSé^tfoin^ du notn et de la posliérité sont donc frivrfes';* rhotinent qu^da rend à la mémoire des; hionifiies Hlustrcs ^ uiie erreur puérile , puisqu'il est f îdièulê d'honorer ce qui n'est plus^ la religiioli dès' tôttibeaiix ^ mie itlusioa vulgaire^' les èeiidre^ de nos pères et de nos amSs.^ une yile poussière qu'il fàdt J^tér afu Tent, et qui n'appartient à pèrsbiftne^ fes'dèi*tâétes intentions des. ttKfùrdns^^ si s^dréés panùi Jcs peuples lé&jdnsbarbaré^^ lédèraîérsond'utfe âiacbine qui se dissout ^ et pour tout dire ^ èntta mot ^ si tout meurt avee nous ^ les lois sont donc une servitude insensée^ les. rois et les souverains , des fantômes que la foiblesse des netg)les a élevés ^ h justice^ une usurpatioh sur Itf Iil>erté de» hommes 7^ la loi des mariages ^ un vain scrupule ^ h' pudeur , vta pre|u^Y f h^i»fe«r ^ la pfr^bHe , des clùmères :;' les inceste ^ les pfel^rifcîderfy lés ]^ef&dies noire^^ des }fetix de Bt riàtùi'è.j etdé» noms que la pofitiqxfe dés ïégislàteuttf k fn^^enté^^ Voilà où sérédttit'Jk ^bilosbf^liîé siibîifcèe de» ÎDipîes :, voilà cette forcé , cette raiscWt^ cette sà-^ gesse qu'ils nous vantent éternel leifefen«.î G>ttVo^ nez de iem-s maximes, €ft l'ônivets é!itiéi*^retotnl)éî dans un affreux chaos';; et tO«C est cSonfôndui st*- . la terre ^ et toutes les idées du Vice et de lây^érffc $<mt renvc'rsces ^ et lés \a\i les pi «s iovfolftbté!^ de Ja société s'évaiibuisKértt 5: et 1» ^liseiplÎJtre' detP aiœurs périt^ etie gibùveiiiemeutdies'état^erdefe»

66 INCfeBTiTUDi ȣ LA TIV*

empires n^ plus de règle ^ et toute rhannome du eorps politique s^écroi4e^ et le genre humain n**^! .plu3 qùVu assemblage d'insensés^ de barbares^ . d^impudiques ) de furieux: ^ de fourbes,, de dénaturés^ qui n''ont plus d^'autre loi que la forcée ^ plus d.''a.utre frein ^ que leurs passions et la crainte de Fautorité ^ plus d^autre lieu « que rirréligioii et Tindépendance ^ plu$ d'autre Dieu^, qu'yeux— mêmes. Voilà le monde des impies ^ et si ce plan affreux de république Vous pladt^ formez^ si vous 1^ pouvez , une société de ces hommes monstrueux. Tout ce qui nous reste à vous dire ^ , c'est que vous êtes digne d'y occuper une place*

CARÊME ^ I

Page 1