‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 42 sur 184 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

talité : il avoît tnîs en nous un germe de vie que la révolution des temps et des années n''auroît ^ ni affoibli , ni éteint : son ouvrage et oit concerté avec tant d'ordre, qu^il eût pu défier la durée des siècles , et que rien d'étranger nVn eût pu jamais dissoudre, ni altérer même riiaimonie. Le péché seul sécha ce germe divin , renversa cet ordre heureux, arma toutes les créatures contre Thomme ; et Adam devint mortel , dès qu'il devint pécheur : C^est par le péché , dit T Apôtre ^ gue la mort est entrée dans le monde»

Nous la portons donc tous , en naissant , dans le sein : il semble que nous avons sucé dans les entrailles de nos mères, un poison lent, avec lequel nous venons au monde , qui nous fait lan-:* guir ici-bas , les uns plus , les autres moins ^ mais qui finit toujours par le trépas : nous mourons tous les jours ^ chaque instant nous dérobe une portion de nqtï'e vie , et nous avance d'un pas vers le tombeau : le corps dépérît , la santé s'use, tout ce ' qui nous environne nous détruit ^ les alimens nous corronipent , les remèdes nous af— foiblissent^ ce feu spirituel qui nous anime au dedans , nous consume , et toute notre vie n'est qu'une longue et pénible agonie. Or , dans cette situation , quelle image devroit être plus familière à l'homme, que celle de la moriP lin criminel condamné ,à momir^ jfadqae part qu'il jette les yiOix, que peut-il voir que ce triste objet? et le plus ou le moins que nous avons à vivre fait-^il une différence assez grande , pour nous regarder comme immortels sur la terre ?

Là mokt* gS

n est vrai que la mesure de nos destinées n^est pas égale : les uns voient croître en paix , jusqu^à Tàge le plus reculé , le nombre de leurs années ^ et héritiers dés bénédictions de Pancien temps , ils mearent pleins de jours , au milieu d'aune nom« breuse postérité ^ les autres , arrêtés dès le milieu de leur course ^ voient ^ comme le roi Ëzéchias ^ les portes du tombeau s'^ouvrir en un âge encore florissant^ et cherchent en vain conune lui le reste de leurs années ; enfin ^ il en est qui ne &nt que se montrer à la terre , qui finissent du matin au soir ^ et qui^ semblables à la fleur des champs^ ne mettent presque point d'^intervalle entre Tins— tant qui les voitéclore ^ et celui qui les voit sécher etdisparoitre. Le moment fatal marqué à chacun^ est un secret écrit dans le livre éternel que FA— gneau seul a droit d^ouvrir. Nous vivons donc tous, incertains de la durée de nos jours :^ et cette incertitude ^ si capable toute seule de nous rendre attentifs à cette dernière heure ^ endort elle-même notre vigilance. Nous ne songeons point à la mort ^ parce que nous ne savons oi^ la placer dans les diiférens âges de notre vie. Nous ne regardons pas même la vieillesse comme le terme du moios sûr et inévitable : le doute si Ton, y parviendra , qui devroît , ce semble , borner en deçà nos espérances ^ fait que nous les étendons n^ème au delà de cet âge. Notre crainte, ne pouvant poser sur rien de certain , nVst plus qu'un, sentiment vague et confus , qui ne porte sur rien du tout ; de ^orte que Fincertitude, qui ne devroit

Çj/S- L^HOMMC ^ÈS*D& HOUBIR.

tomber que sûr le plus ou le moins ^ nous rend trauquilles sur le fond même. carêxe^ uf.

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